Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Waking Life

Critique
Synopsis/présentation
En mars 2002, on attribuait un Oscars dans une toute nouvelle catégorie, celui du meilleur film d'animation. On se souviendra que c'est l'excellent Shrek qui remporta les honneurs, face à Monster inc. et Jimmy Neutron. En coulisse cependant, cette catégorie fraîchement inaugurée était marquée d'un tout petit scandale qui choqua le marché du cinéma indépendant américain mais qui ne fit que bien peu de remous dans l'univers hollywoodien. Le scandale était animé par une pognée d'intellectuels qui s'offusquait que le quelconque Jimmy Neutron ait été mis en nomination tandis que Waking Life était relégué aux oubliettes. Cela tend d'ailleurs à prouver la rumeur qui veut que les Oscars ne font que récompenser des produits issus des grands studios et destinés à un large public. Car Waking Life est tout sauf un film d'animation classique, et le public le répugnera comme la peste, malgré son immense mérite visuel.

Visuellement, Waking Life sort de l'ordinaire en ce sens que le film a d'abord été tourné de façon conventionnelle, avec de vrais acteurs évoluant dans de réels décors, mais de façon fort minimaliste avec une équipe de production réduite au minimum filmant avec des caméras numériques Mini-DV. Une fois le montage du film complété, celui-ci a été envoyé à une brochette d'animateurs qui avait pour mandat de littéralement dessiner par dessus l'image à l'aide de logiciels, une véritable première dans le genre. Chacun des artistes avait carte blanche pour laisser libre cour à ses idées, sous le regard attentif du réalisateur et scénariste Richard Linklater. Le résultat est un film d'animation d'une originalité et d'une inventivité à couper le souffle. Un bijou visuel remarquable qui véritablement fait office de précédent. Là où ça se gatte, c'est au niveau du contenu du film, qui malheureusement n'arrive jamais ne serait-ce qu'à la cheville de l'aspect visuel.

Il est important de le souligner, Waking Life est un véritablement un essai philosophique plutôt qu'un film au schéma narratif classique. Mais qui dit philosophique ne veut pas nécessairement dire juste ou petinent, deux qualités qui font généralement défaut à cette ?uvre. L'histoire (pour autant que l'on puisse appeler cela une histoire?) suit le périple d'un jeune homme anonyme qui se promène de lieu en lieu et bavarde avec n'importe qui du sens de la vie. Or, le jeune homme en vient à se demander s'il n'est pas en train de rêver ou si plutôt il erre tel un somnambule dans une société endormie? Qu'importe, puisque celui qui fini endormie est immanquablement le spectateur, victime qu'il est de cet amalgame sans fin de discours lourds et prétentieux. À toutes les cinq minutes, un nouveau personnage fait son apparition pour tenter son explication de la vie. Or, toutes ces pensées sont le fruit d'une seule et même personne, le réalisateur et scénariste Richard Linklater. Ainsi donc, le message du film est hermétique car il se limite au questionnement d'une seule personne qui nous impose donc sa propre vision des choses. Le film de Linklater aurait été beaucoup plus intéressant ou stimulant s'il s'était contenté d'interviewer des gens ordinaires ou de simplement laisser improviser ses acteurs plutôt que de leur mettre des mots précis en bouche. Car les textes de Linklater sont souvent télégraphiés ou simplement clichés, tout en voulant être le plus profond possible. D'ailleurs, les références à des philosophies ainsi qu'à des penseurs modernes connus abondent. Le discours n'en paraît que plus didactique, ce qui finit par agacer après une dizaine de minutes seulement. Et le film de durer plus d'une heure et demi? Au bout du compte, le plus grand mérite du film est probablement celui qu'il démontre un peu maladroitement que tout le monde, sans exception, sait se faire philosophe. Tout le monde à son explication et son interprétation de la vie. Mais toutes ne sont pas aussi intéressantes, intelligentes ou profondes, et ça, malheureusement, le film nous le prouve aussi à nos dépends? Reste finalement à apprécier l'incroyable facture visuelle du film, fruit des efforts d'une panoplie d'animateurs talentueux et sincèrement inspirés. Sans leur touche souvent ludique, qui traduit admirablement bien l'ambiance qu'a voulu créer le réalisateur, le film n'aurait été qu'une oeuvre complaisante de basse carégorie. Il est dommage cependant que la plus grande réussite du film est en même temps source de la plus grande déception, celle qu'autant d'inventivité et d'efforts aient été déployés au service d'un récit qui n'en valait pas la peine.


Image
C'est en format original de 1.85:1 que nous est offert Waking Life, et ce d'après un transfert anamorphosé de bonne qualité.

Critiquer un tel transfert n'est pas une mince affaire. L'animation est tellement stylisée que les balises qui nous servent habituellement de références pour analyser la qualité d'une image ne sont ici d'aucun secour. Quoi qu'il en soit, nous pouvons certainement affirmer sans nous tromper que l'image en est une des plus nette. Jamais n'avons nous à déplorer un quelconque manque de piqué, les détails de l'animation sont toujours finement représentés. Quant à la colorimétrie, celle-ci nous est apparue riche, constante et bien saturée. Il n'y a aucun débordement indésirable. Impossible toutefois de se prononcer sur un quelconque débalancement chromatique ou sur la naturalité des couleurs, trop d'effets de style ayant été employés par les animateurs. Pour autant que l'on puisse en juger, les contrastes et la brillance semblent bien balancés. Les noirs sont en tout point impeccables. Ils sont denses et profonds, ne trahissant aucun signe de fourmillement. Les dégradés n'ont pas toujours la finesse voulue, mais à nouveau il se pourrait qu'il s'agisse là d'un effet voulu par certains animateurs. Laissons leur le bénéfice du doute?

L'information n'est pas confirmée, mais tout indique que ce transfert soit entièrement numérique (après tout, l'animation fut créée par ordinateur), ce qui élimine donc l'utilisation habituelle d'un interpositif. Conséquemment, le transfert est exempt de tout problème généralement associée aux pellicules tels les grains, les égratignures et autres parasites.


Son
Cette édition nous propose une bande-son anglaise Dolby Digital 5.1 ainsi qu'un doublage espagnol offert en format Dolby Surround 2.0. Comme le film n'a jamais été doublé en français lors de sa distribution en salles, l'absence d'une bande-son française est décevante mais compréhensible. Or, pour compenser cette lacune, Fox nous offre pour la première fois des sous-titres français, ce qui constitue une très bonne initiative de la part de ce studio qui s'était jusqu'ici toujours borné à n'offrir que des sous-titres anglais et espagnols.

Le mixage anglais n'est pas ce que l'on pourrait qualifier de percutant, bien au contraire. Essentiellement, ce mixage ne se déploie que des enceintes avants. De plus, la séparation des canaux apparaît légèrement imprécise. Il en résulte une spatialité tout juste fonctionnelle, une présence effacée et un dynamisme fort limité. En fait, il semblerait que seule l'enregistrement sonore effectué lors du tournage ait été employé pour réaliser ce mixage, sans qu'il n'ait pu bénéficier d'un réel polissage en post-production. Les effets sonores sont minimes et font montre d'une présence subtile et effacée, en particulier des canaux d'ambiophonies. Ces derniers ne laissent échapper que quelques sons d'ambiances étouffés. Heureusement, les deux éléments fondamentaux de ce mixage, à savoir la musique et les dialogues, ont été adroitement intégrés à l'ensemble. D'une part, les dialogues sont toujours parfaitement nets et intelligibles, d'autre part les musique est mixée avec subtilité pour créer une ambiance douce et enivrante. Les basses ne sont employées que sporadiquement pour appuyer quelques effets sonores légèrement tapageurs (des coups de feu par exemple), tandis que le canal .1 (LFE) reste pratiquement muet du début à la fin.


Suppléments/menus
Bien qu'elle n'en porte la mention nulle part, cette édition de Waking Life pourrait certainement être qualifiée d'édition spéciale puisqu'elle renferme un lot tout à fait satisfaisant de suppléments. Les plus intéressants d'entre tous sont certainement les deux pistes de commentaires audio qui y sont offertes. La première est animée par le réalisateur et scénariste Richard Linklater, le producteur Tommy Pallotta, le directeur artistique Bob Sabiston et l'acteur Wiley Wiggins. Les quatre hommes savent se faire intéressant et abordent plusieurs facettes de la production du film, tant d'un point de vue technique qu'anecdotique. Ils font part de leur implication dans le projet ainsi que de leur impression sur le produit finie, le tout dans une discussion assez animée et conviviale. Le tout est captivant et nous en apprend beaucoup sur les intentions des concepteurs du film dans la réalisation de ce projet hors de l'ordinaire. Encore plus intéressante est la deuxième piste, celle-ci animée par 25 (!) des animateurs qui ont travaillé sur ce film. Ceux-ci expliquent avec enthousiasme leurs idées, leur technique et les difficultés rattachées à chaque scènes. Vraiment, que voilà une piste des plus intéressante et captivante, bien plus que le film lui-même ! Finalement, on nous offre une troisième piste de commentaires, mais cette fois sous forme de sous-titres. Ces commentaires écrits ne font qu'une apparition sporadique dans le film, mais elles expliquent en partie et de façon concrète quelques unes des philosophies abordées.

Le reste des suppléments est essentiellement regroupé sous une rubrique intitulée The Waking Life Studio. Dans cette section, vous retrouverez tout d'abord la bande-annonce originale, suivie d'un court documentaire promotionnel. D'une durée de seulement 4 min, ce segment est véritablement trop court pour nous apprendre quoi que ce soit, nous n'avons droit qu'à un bref aperçu de la technique d'animation utilisée dans le film. Vous retrouverez ensuite une section nommée Animation Scrap Heap, où se retrouvent une collection de 19 scènes coupées ou alternatives ainsi que divers tests d'animation. Ces scènes n'apportent strictement rien de plus au film, mais elles sont néanmoins assez intéressante vue leur qualité visuelle. À voir.

Greatest Hits : The Live Action Version est un montage de douze minutes montrant quelques unes des scènes du film telles que filmées avec une caméra Mini-DV, c'est à dire avant qu'elles ne soient altérées par l'animation. Ces quelques minutes ont le mérite de nous faire remarquer la qualité du travail qui a été exécuté pour animé ces mêmes scènes. Bob Sabiston's Animation Tutorial est un segment d'une vingtaine de minutes durant lequel l'un des animateurs nous fait la démonstration de la technique d'animation. Très instructif. Suit ensuite deux courts métrages d'animation ayant servi de référence et de pré-test pour la production du film. Intitulés Snack and Drink et First Pass, ces court-métrages sont visuellement beaucoup moins stimulant que le film lui-même, mais ils démontrent bien l'évolution de la technique de ces tests jusqu'au produit final.



Conclusion
Si les envolées philosophiques du film nous laissent de glace, il en va autrement de sa facture visuelle absolument hallucinante qui mérite incontestablement le coup d'?il. En ce qui concerne le transfert vidéo, cette édition rempli parfaitement bien son mandat en offrant une qualité d'image qui rend pleinement justice au travail des animateurs. Quant à la bande-son anglaise, elle n'est malheureusement que fonctionnelle et aurait mérité une plus grande attention, surtout lors de la post-production du film. Finalement, les suppléments en offrent réellement plus que ce que l'on aurait espéré à prime abord.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
3,7/5

Rapport qualité/prix:
3,7/5

Note finale:
3,6/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2002-06-03

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Waking Life

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
100 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Twentieth Century Fox

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Espagnole Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais (CC)
Français

Suppéments:
2 pistes de commentaires audio, piste de sous-titres informatifs, scènes coupées et alternatives, sélection de séquences filmées originales, courts métrages, documentaires et bandes-annonces.

Date de parution:
2002-05-07

Si vous avez aimé...