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DVDEF

State of Grace

Critique
Synopsis/présentation
Phil Joanou se fit remarquer avec U2 Rattle and Hum (1987), un excellent film-documentaire sur le célèbre groupe de rock irlandais. Son film suivant et son meilleur est celui qui nous intéresse aujourd'hui : State of Grace (1990). Puis, il se verra confier la réalisation d'un polar hitchcockien au scénario plutôt quelconque, Final Analysis (1992), qui connaîtra un certain succès grâce au renom de ses interprêtes (Richard Gere et Kim Basinger), et à la mise en scène démonstrative mais très agréable de son réalisateur. Son film suivant, Heaven's Prisoner (1996), ne lui permettra malheureusement pas d'exercer son talent de metteur en scène sur un scénario digne d'intérêt. Enfin, sur Entropy (1999) il sera son propre scénariste et retrouvera toute son habileté de metteur en scène et de conteur.

State of Grace (1990) est un film qui connut la déveine de sortir la même année que l'un des tout meilleurs polars jamais tournés : Goodfellas de Martin Scorcese (1990). Ce dernier monopolisa, à juste titre, l'attention de tous les cinéphiles qui du coup passèrent à côté du beau film de Phil Joanou. Si Scorcese nous contait magnifiquement et de façon très novatrice une histoire classique, Joanou a risqué la carte du clacissisme et de la tragédie familiale. Il n'a évidemment pas le talent de Scorcese, mais tire admirablement son épingle du jeu.

On suit Terry Noonan (Sean Penn), un flic qui revient dans son ancien quartier (Hell's Kitchen) pour infiltrer le réseau maffieux monté par la famille de son camarade d'enfance Jackie (Gary Oldman). Le frère de ce dernier, Frankie (Ed Harris), en est le "Boss" qui tente de s'allier avec les réseaux italiens, plus puissants. Cette orientation l'obligera à trahir les siens. Terry se trouve pris entre son sens du devoir, son amitié pour Jackie et son amour pour la soeur de ce dernier, Kathleen (Robin Wright). Sur cette trame conventionnelle, Dennis Mc Intire a su construire un scénario qui fait la part belle aux personnages, à leurs conflits intérieurs, leurs relations. L'équilibre entre les sentiments, l'action et la tragédie est remarquable. Si deux ou trois passages plus faibles en réduisent un peu la portée, la dimension tragique et la profondeur des personnages est peu commune dans un genre maintenant plus enclin à aligner les morceaux de bravoure qu'à exalter les sentiments. Le film évite le piège du statisme grâce à la mise en scène à la fois classique et moderne de P. Joanou. Celui-ci est toujours au plus près de ses personnages et compose des plans magnifiques qui ne glorifient en rien leurs actions (qui sont quasiment toutes repréhensibles). La scène finale est d'une intensité et d'une violence rare, le tout au ralenti dont le pouvoir émotionnel est renforcé par un montage audacieux.

Jordan Cronenweth a signé une photographie splendide qui fait réellement partie de la mise en scène et vient ainsi régulièrement nous éclairer sur l'état d'esprit des personnages. Ceux-ci sont d'ailleurs le point fort du film, en grande partie grâce à leurs interprètes. Il est rare de trouver un casting aussi bien choisi et homogène. Sean Penn est d'une subtilité étonnante dans un rôle demandant dans lequel il aurait été facile pour lui de cabotiner. Il exprime de façon poignante le dilemme moral de Terry. Gary Oldman est littéralement ahurissant en Irlandais fou, et de plus réussit à laisser percer de la tendresse et de la finesse à travers ce personnage extrême. Ed Harris est parfait en chef dépassé et pitoyable dans son incapacité à résoudre ses problèmes autrement que par la violence et le meurtre.

Un film très injustement méconnu qui mérite absolument une réévaluation. Il s'agit d'un polar efficace et poignant qui choisit la voie de la tragédie, de l'implication du spectateur plutôt que de s'appuyer uniquement sur son intrigue ou ses scènes d'action pour combler le public. Sans être au niveau des plus grands films du genre, il se place très aisément parmi ses réussites incontestables. Il est tout de même à déconseiller aux plus jeunes et aux plus sensibles du fait du côté réaliste de sa violence. Cependant, son aspect tragédie grecque (très réussi) élève largement cette oeuvre au dessus de la masse qui utilise souvent et copieusement la violence pour elle-même, sans qu'elle serve l'histoire, comme c'est la cas ici.



Image
L'image est présenté au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert anamorphosé.

L'interpositif est d'une propreté remarquable. Mais si la netteté s'avère bonne sur les scènes en extérieur, les scènes en intérieur souffrent d'une baisse générale de la définition. Rien de vraiment gênant cependant. La superbe photographie de Jordan Cronenweth (le chef opérateur de Blade Runner de Ridley Scott , 1982) est supportée par des couleurs justes, constantes et bien saturées. Le niveau des noirs (la brillance), si il est correctement ajusté dans son ensemble, n'est pas assez solide pour permettre une restitution vraiment limpide des scènes sombres (manque de détail). Les noirs sont heureusement profonds et relativement purs (il arrive que sur quelques scènes, ils se bouchent légèrement).

La partie numérique est quant à elle exempte de reproches car elle arrive à limiter au minimum le grain et la surdéfintion furtivement aperçus.

Une bonne surprise que cette belle copie, sans défauts majeurs, surtout pour une oeuvre de fond de catalogue (malheureusement).



Son
Les trois bandes-son sont disponibles en Anglais (Dolby Digital 5.1), Français (Dolby 2.0 surround), Espagnol (Dolby 1.0 mono).

La dynamique de la bande-son multicanal est d'un niveau appréciable, sans pour autant atteindre des sommets. Elle lui permet de proposer une présence et une spacialité agréables. Le déploiement du champ sonore est plutôt limité, mais cela est dû à la nature du film qui est plutôt tourné vers les dialogues que l'action. Les enceintes arrières sont peu sollicitées mais toujours à bon escient et de façon mesurée. La musique est la privilégiée de cette bande-son et l'excellente qualité de sa restitution renforce son côté poignant. Les dialogues sont parfaitement restitués, sans aucun souci d'intelligibilité ou de saturation. Les basses sont bien présentes lorsque nécessaires et offrent ainsi le surplus d'assise qui manque parfois à cette bande-son.

La bande-son francaise en Dolby Surround est également agréable et équilibrée mais plusieurs tons en dessous. Ce sont surtont les voix des doubleurs et les traductions qui font qu'il est préférable d'opter pour la bande Anglaise.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.



Suppléments/menus
Un film peu médiatisé pour lequel on pouvait logiquement s'attendre à une telle absence de suppléments.

La bande-annonce proposée est anamorphosé et de bonne qualité technique. La présentation du film va dans le sens de son intrigue mais le côté classique de l'histoire est un peu trop mis en avant. Ceci a sans aucun doute eu pour conséquence de priver le film d'une partie de ses spectateurs potentiels en leur vendant une oeuvre qu'ils ont l'impression d'avoir déja vu.

Au regard des multiples qualités du film, il est fort dommage qu'un commentaire audio ou un documentaire n'ait pu être mis en production.





Conclusion
Une édition fort honorable au niveau technique et logiquement dépourvue de suppléments. Une oeuvre méconnue et mésestimée malgré un casting impeccable, un scénario solide et complexe, une réalisation inspirée. Cette édition DVD permet de remettre les pendules à l'heure et de pouvoir redécouvrir un des meilleurs polars de l'époque dans d'excellentes conditions.

Un achat grandement recommandé à tous les amateurs de films policiers noirs et intenses, qui sauront passer par dessus le côté déja-vu de l'histoire pour en apprécier toutes les qualités. Cependant, étant donné sa violence (jamais gratuite) et son réalisme, le film se destine d'emblée à un public averti.


Qualité vidéo:
3,0/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-01-07

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
State of Grace

Année de sortie:
1990

Pays:

Genre:

Durée:
134 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround
Espagnole Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Bande-annonce

Date de parution:
2002-12-03

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