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DVDEF

Carlito's Way (Collector's Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Brian De Palma est un cinéaste à part qui fonctionne de façon différente de ses camarades de la génération des années soixante-dix (Coppola, Scorcese). Son style emphatique et son recours constant à la citation d'autres cinéastes (principalement Hitchcock) en font l'un des réalisateurs les plus maniéristes en activité. Parfois les résultats de cette méthode, qu'il utilise depuis ses débuts, sont fort probants (Phantom of the Paradise, 1974 ; Dressed to Kill, 1981 ; Blow Out, 1981 ; Body Double, 1984 ; Carlito's Way, 1993 ; Femme Fatale, 2002) mais il arrive aussi que ses oeuvres soient beaucoup moins intéressantes (Carrie, 1976 ; The Untouchables, 1987 ; Raising Cain, 1993 ; Mission to Mars, 2000).

Dans Carlito's Way, il atteint la quintessence de son style, une sorte d'apogée du film de gangsters qui a fait sa réputation (Scarface, 1983 ; The Untouchables, 1987). Tous les éléments classiques des films de De Palma sont présents mais cette fois-ci, il réussit un mélange à l'équilibre parfait entre la traditionnalité de son scénario et sa façon hors normes de le filmer et de le raconter.
On y suit Carlito Brigante (Al Pacino), un ex-caïd porto-ricain de la drogue, alors que son avocat et ami David Kleinfeld (Sean Penn) vient de réussir à le faire sortir de prison au bout de cinq ans alors qu'il devait normalement y passer trente ans. Celui-ci retrouve goût à la vie et souhaite rentrer dans le droit chemin afin de pouvoir réaliser son rêve. Pour arriver à ses fins, il acceptera de s'occuper d'une boîte de nuit dans laquelle son ami Kleinfeld a des parts. Il se retrouvera confronté à son passé violent et renouera des liens avec son ex-compagne Gail (Penelope Ann Miller), qui renforcera encore son envie de réaliser son rêve. Mais malgré toute sa bonne volonté, la cruauté de ses anciennes fréquentations va lui rendre la tâche très difficile.

David Koepp est un excellent scénariste (Toy Soldiers, Panic Room, Spider-Man) qui a su donner un intérêt constant à cette histoire que l'on pourrait presque qualifier de traditionnelle, utilisant de façon magnifique des procédés classiques (la voix-off) et s'adaptant parfaitement à l'univers de De Palma ainsi qu'à son style cinématographique. Les nouvelles d'Edwin Torres mettent en valeur un Carlito passionnant et attachant ainsi qu'une galerie de personnages secondaires que Koepp a su magnifier sans en édulcorer les actions.
Carlito Brigante est un personnage magnifique, d'une richesse et d'une profondeur rares, qui est pour beaucoup dans l'intérêt de l'oeuvre et du plaisir évident qu'ont eu les artisans à la tourner. David Kleinfeld est également un personnage fascinant et son changement d'attitude en cours de film est résolument surprenant, le menant vers une voie que l'on aurait plutôt vu Carlito emprunter.
On pourrait rapprocher son attitude de celle de Tony Montana dans Scarface, alors que Carlito serait plus proche de Manolo l'accolyte de Montana. Seul le personnage de Gail est plus unidimensionnel car il donne l'impression de n'être présent dans le film que pour servir le personnage de Carlito, en représentant une part capitale de son rêve d'évasion ainsi qu'une vision idéalisée de la femme.

De Palma a tourné pour ce film les scènes les plus impressionnantes de sa filmographie en sachant parfaitement faire l'équilibre entre la dilatation du temps (dont il est le spécialiste) et l'intérêt émotionnel de ces scènes où les repères temporels sont chamboulés (le gunfight dans l'arrière salle du barbier, la scène où il épie Gail). Sa virtuosité est toujours aussi extraordinaire et cette fois-ci entièrement au service des personnages et de l'intrigue. Si le tempo du film est plutôt lent et le scénario plus porté vers les personnages et leurs états d'âme que l'action, la durée (143 min) se fait beaucoup moins ressentir que dans d'autres de ses oeuvres du fait de l'équilibre qu'il a su trouver entre l'action et les scènes de dialogue.

Al Pacino trouve ici le rôle le plus intéressant de sa carrière, avec celui de Michael Corleone dans les Parrain, et son interprétation est sans discussion à classer parmi ses meilleures. Il rend admirablement la lassitude et le dilemme de Carlito qui se sait coincé dans une impasse. Il n'a droit qu'à une minuscule marge de manoeuvre et Pacino le restitue de façon magistrale. Sa façon de se déplacer, son attitude générale, en font un vrai fauve des quartiers difficiles mais ses nouvelles résolutions l'ont changé et son combat pour se sortir de son ancienne condition, seul Pacino pouvait l'exprimer ainsi.
Sean Penn s'est lui-même composé son allure incroyable et sa prestation est à la hauteur de celle de Pacino. Il joue un avocat qui ne cesse de nous surprendre tout au long du film et utilise toute son énergie et son intensité afin d'en rendre toutes les subtilités et la veulerie.
Penelope Ann Miller a un rôle plus ingrat, qu'elle remplit admirablement. Beaucoup de reproches lui ont été fait quant à son manque de crédibilité mais son interprétation n'est pas en cause. Son rôle est de personnifier la vision de la femme idéale pour Carlito et sa fraîcheur lui permet de réussir cet exercice de fort belle façon.

La photographie et la musique sont au diapason de la mise en scène et des acteurs, achevant de rendre cette oeuvre magnifique et inoubliable.

Voici donc un bel exemple de travail artistique collectif aboutissant à une réussite totale qui sera sans aucun doute de plus en plus apprécié au fur et à mesure que les années permettront d'en prendre toute la mesure. Les nombreux détracteurs du film à sa sortie tendent à revenir sur leur opinion première et finissent par célébrer cette oeuvre qui est en passe de devenir la plus estimée (à juste titre) de son réalisateur.


Image
L'image est proposée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est d'un excellent niveau et ne chute jamais malgré les difficultés que pose la majeure partie des scènes. L'interpositif est vierge de tous défauts. La finesse des détails n'est pas exceptionnelle mais s'avère très solide et surtout d'une constance remarquable. Le rendu des couleurs est impeccable et cela est un minimulm pour un film à la photographie aussi travaillée. Les couleurs sont naturelles, constantes et bien saturées. Le contraste est lui aussi parfaitement géré et évite toutes les brillances. Les parties sombres du film sont magnifiquement rendues grâce à des noirs purs et profonds. La qualité des dégradés est excellente et permet d'apprécier au mieux la photographie de Stephen H Burum.

La partie numérique est du même accabit, laissant juste de légers fourmillements (non gênants) faire leur apparition de temps à autre. Aucun autre défaut créé par la gestion de l'encodage n'est à déplorer.
Un transfert qui convient parfaitement à l'oeuvre, lui offrant la qualité qu'elle méritait amplement sans pour autant la dénaturer à cause d'une définition trop poussée ou d'un rendu trop lisse qui aurait certainement atténué son rendu très cinéma.


Son
Les trois bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1), Français (Dolby Digital 5.1) et Espagnol (Dolby Digital 2.0 surround).
La dynamique des deux bande-son multicanal est d'un excellent niveau, permettant de profiter au mieux du gros travail effectué sur la bande-son. Leur présence et leur spatialité est de bon niveau sans toutefois atteindre l'effet enveloppant des bandes-sons plus récentes.
L'émouvante musique de Patrick Doyle est formidablement restituée et parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les enceintes arrières sont peu utilisées pour des effets mais profitent surtout à la restitution de la musique.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et ne présentent aucune trace de parasites ou distortion et ce même à fort volume.
Les basses fréquences sont bien présentes et servent surtout la qualité de la restitution musicale.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.
Une bande-son de qualité qui n'hypertrophie pas les effets et s'avère être un bond en avant conséquent par rapport à la précédente édition.


Suppléments/menus
Une section intéressante mais manquant de contenu pour que cette édition mérite vraiment l'appellation Collector's Edition.

Le documentaire de Laurent Bouzzereau intitulé "The Making of Carlito's Way" est plutôt court (34 mins.) mais propose quantité d'informations passionnantes. Le seul reproche que l'on puisse lui faire est de ne contenir aucune intervention ou interview d'Al Pacino ou Sean Penn. Heureusement la maîtrise de Bouzzereau dans le domaine du documentaire rattrape largement ce défaut et nous offre une vision complète des conditions de tournage ainsi que des intentions de De Palma.
Vient ensuite une galerie composée de trois thèmes : les portraits comprenant des photos des acteurs principaux du film, les differentes affiches et des photos de Brian de Palma. Puis est offerte une excellente bande-annonce de bonne qualité technique.

Un ensemble léger mais de qualité qui sait nous renseigner sur l'essentiel sans fioritures. Il est tout de même à espérer qu'une édition plus complète verra le jour et permettra alors de proposer une analyse des rapports ténus entre ce film et Scarface.




Conclusion
Une édition recommendable en tous points. Les parties audio et vidéo ne sont pas au niveau des meilleures réussites actuelles mais sont tout à fait satisfaisantes pour une oeuvre de 1993 et représentent surtout une nette amélioration par rapport à la précédente édition.
Les suppléments sont un peu léger mais la qualité du travail de Laurent Bouzzereau vient atténuer ce problème.

Une oeuvre au scénario classique mais à la réalisation et l'interprétation virtuoses. De Palma s'y montre fidèle à ses principes de mise en scène et les utilise de façon magnifique, rendant émouvantes et touchantes des scènes pourtant vues de nombreuses fois dans d'autres oeuvres. La formidable scène finale représente à nos yeux la quintessence du cinéma de De Palma en même temps qu'une scène vraiment poignante, malgré sa durée inhabituelle et le fait que sa conclusion ne soit pas une surprise.
Al Pacino et Sean Penn sont au sommet de leur art, sachant se situer en permanence à la limite de l'éxagération sans jamais y tomber et composant ainsi deux personnages passionnants et inoubliables.
Un film de gangsters à découvrir ou à redécouvrir de toute urgence ne serait-ce que parce qu'il représente une oeuvre purement cinématographique dont la mise en scène et le jeu des acteurs font tout l'intérêt.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,7/5

Suppléments:
3,5/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,6/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-11-12

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Carlito's Way

Année de sortie:
1993

Pays:

Genre:

Durée:
145 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Universal

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1
Espagnole Dolby mono
Allemand Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Documentaire, gallerie de photos, bande-annonce

Date de parution:
2003-09-02

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