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DVDEF

Right at Your Door

Critique
Synopsis/présentation
Les attentats du 11 septembre 2001 et l’ouragan Katrina de l’été 2005 ont été deux évènements marquants pour les américains et qui ont donné lieu à un véritable courant cinématographique. Un courant à travers lequel les œuvres des réalisateurs témoignent d’une prise de position favorable sur les enjeux, optant ainsi pour point de vue altruiste du peuple américain. Et d’un autre côté, on observe des œuvres beaucoup plus pessimistes qui témoignent de la nature profonde de l’homme américain : sa nature humaine. Right at Your Door du scénariste et réalisateur Chris Gorak se situe précisément dans cette catégorie. Fort de ses expériences en tant que directeur artistique et directeur photo sur les plateaux de David Fincher (pour Fight Club) et des frères Coen (pour The Man Who Wasn’t There), Gorak s’attaque à présent à sa première production indépendante qui a été saluée au dernier Festival de Film de Sundance et chez nous, au dernier Festival Fantasia.

Le film suit un couple, Lexi et Brad. Quelques semaines après leur déménagement à Los Angeles, Lexi se rend au travail dans le centre-ville, comme à tous les jours, alors que Brad reste à la maison. Or, aujourd’hui, des bombes explosent dans la ville. Lexi et Brad sont donc séparés. Brad apprend à la radio que les bombes sont chimiques et qu’elles libèrent un gaz toxique dans l’air. La seule solution est cd se barricader à l’intérieur de la maison jusqu’à ce que les secours arrivent. Mais celle qui arrivera bien avant c’est Lexi, laissée à elle-même au pas de la porte de sa propre maison par son mari déchiré par la situation.

Le cinéaste Chris Gorak propose une prémisse d’une efficacité exemplaire de par sa simplicité et de par sa dimension métaphorique avec les évènements du 11 septembre. Évidemment, Gorak avoue ouvertement s’en être inspiré pour l’intrigue de son récit, mais l’originalité principale du cinéaste, et qui en fait la principale force du film, est d’avoir choisi d’observer une situation de catastrophe d’une grande ville à travers un point de vue intimiste, soit celui d’un jeune couple. Couple qui sera rapidement mis à l’épreuve lorsque l’un d’entre eux devra effectuer un choix déchirant, soit celui de sauver sa propre vie, et de laisser l’autre à l’extérieur sous le gaz qui s’éparpille dans l’air pendant que les autorités tentent de prendre le contrôle de la situation. Ces éléments font en sorte que Gorak, à travers son scénario, pose plusieurs pistes de réflexions absolument fascinantes quant à une éventuelle situation. Par exemple, on remarque que Brad n’a accès à de l’information concernant l’explosion des bombes et sur l’évolution de la situation que grâce à la radio, ou encore on remerciera tout simplement le cinéaste d’avoir garder nébuleuse la provenance de ces bombes (est-ce vraiment un acte terroriste ?). De cette façon, le spectateur, selon sa propre connaissance de l’actualité politique, pose ses propres hypothèses. Gorak se permet même une réflexion assez intéressante concernant les stéréotypes sexuels. C’est ici l’homme qui est confiné à l’espace de la maison (Brad est un musicien qui passe ses journées à la maison) et la femme qui est condamnée à rester à l’extérieur de la maison (Lexi est celle qui pratique un métier important et qui, visiblement, fait vivre économiquement le couple). Un renversement des rôles très intéressant.

Pour ce qui est de la réalisation, Gorak se sert visiblement de son savoir-faire technique et de sa riche expérience pour mettre à profit sa prémisse. Image granuleuse (il a finalement opté pour filmer en pellicule plutôt qu’en numérique), direction photo qui tend de plus en plus vers le gris à mesure que le film avance, caméra nerveuse, bref, le cinéaste sait comment instaurer une ambiance et à maintenir une tension dès les premières minutes. Malgré le budget limité, le film est visuellement riche et les qualités et le flair artistiques de Gorak sont ici criants. Nous devrons également saluer la finale. Bien que totalement imprévisible, elle ne pourrait sembler avoir que pour but exclusif cet effet de surprise. Tous les éléments sont en place pour une finale explosive, certes, mais qui colle parfaitement en terme de thématique et de cohérence avec le reste du récit. Ainsi, Gorak qui semblait vouloir témoigner que la véritable menace pour l’homme n’est pas celle qui se trouve en territoire ennemi, mais plutôt celle qui se trouve chez lui (voir le traitement des hommes militaires envers Brad et Lexi) se trouve à capturer subtilement cette pensée à travers sa finale très pessimiste et surtout très ironique.

Right at Your Door est donc un autre film de la vague post-11 septembre. Or, même s’il arrive un peu plus tard que des films comme United 93, reste que son propos est toujours aussi criant d’actualité et baigne dans une paranoïa américaine toujours aussi palpable. Chris Gorak nous propose ici une vision intimiste d’un évènement apocalyptique à travers les choix déchirants d’un couple séparé par une porte. Si, par moments, Gorak prêche par romantisme avec ses deux personnages, on le lui pardonnera très rapidement par son traitement très efficace se rapprochant d’un réalisme certain.



Image
Le film est offert au format d’image respectée de 1.85:1 d’après un transfert 16:9.

La définition générale de l’image est très bonne. Le matériel source ne laisse paraître aucun défaut majeur. Les égratignures et les parasites se font donc assez rares. La netteté de l’image varie. Bien que répondant aux exigences du réalisateur, l’image affiche un grain assez prononcé réduisant légèrement le niveau de détails et le niveau de textures. Heureusement, ce grain n’est pas désagréable pour l’œil. Le rendu des couleurs est juste et correspond avec une haute fiabilité au travail sur la photographie. Les couleurs très froides et souvent dans des tons grisâtres (particulièrement vers la fin) sont impeccablement reproduites affichant précision et richesse. Les tons de peaux sont eux aussi naturels et constants. Le niveau des noirs est correctement réglé évitant la plupart des effets de brillance. Alors que les dégradés sont fluides et précis offrant ainsi de très belles parties sombres. Les noirs sont purs et profonds.


La partie numérique de ce transfert pose malheureusement problème. Le plus gros défaut étant un signe évident de compression, soit un fourmillement se mêlant de façon peu élégante au grain cinématographique et gâchant une certaine partie du visionnement.



Son
Deux bandes sons sont disponibles sur cette édition : Dolby Digital 5.1 et Dolby Stéréo 2.0, toutes deux offertes en version originale anglaise.

Davantage film d’ambiance que film d’action, le mixage 5.1 offre néanmoins ici un dynamisme suffisamment excitant et une présence très convaincante, particulièrement dans la première partie du film et dans la dernière. Le déploiement du champ sonore s’effectue aussi de belle façon. Les ouvertures frontale et latérale sont claires et profondes alors que les enceintes arrière supportent judicieusement les ambiances. On notera quelques effets d’ambiophonie intéressants et très réussis, notamment le passage d’un hélicoptère. Les dialogues demeurent constamment et parfaitement intelligibles alors que la trame sonore s’intègre subtilement au mixage. Les basses supportent adéquatement les éléments du mixage (principalement la trame sonore) alors que le canal d’extrêmes graves se manifestent à quelques occasions avec une certaine efficacité.

Il y a option de sous-titrage en anglais et en espagnol. Le public francophone devra trouver un autre moyen de découvrir cette œuvre puisqu’il a été ici ignoré...



Suppléments/menus
Nous trouvons d’abord une piste de commentaires audio animée par le scénariste et réalisateur Chris Gorak et David Hughes de Empire Magazine. Les interventions demeurent très informatives et la chimie entre les deux intervenants est agréable et se sent aisément. Les deux hommes font preuve d’une belle modestie (peut-être moins en ce qui concerne la finale du film), mais généralement leurs propos demeurent pertinents et intéressants.

Viennent ensuite deux entretiens avec Gorak. Le premier, « Forearm Shiver – An Interview with Chris Gorak (25:43) », qui offre les commentaires du cinéaste sur le processus entier de la production de son film. De l’idée du scénario, en passant par l’impact politique de son histoire, jusqu’au tournage et à la post-production du métrage. Gorak demeure intéressant et pertinent dans ses propos tout en gardant une certaine forme de modestie. Et le deuxième « Film School – Tips on Making an Independent Film with Chris Gorak (14:32) » est un prétexte pour étaler les expériences professionnelles de Gorak. Malgré tout, ses propos sur « comment faire un film indépendant » sont pertinents et très instructifs.

Nous retrouvons également deux finales alternatives dont on peut lire les écrits du scénario seulement. Bien que très peu différentes de celle choisie pour le montage finale, elles sont beaucoup plus percutantes en ce qui concerne le destin des personnages. Rien que pour cela, elles valent la peine d’être lues pour voir l’audace qui animait Gorak.




Conclusion
Chris Gorak, fort de ses expériences passées en tant que direction artistique et directeur photo, était prêt à passer derrière la caméra. Et son premier long-métrage, Right at Your Door, est une belle preuve de son audace, de son talent et de son ambition. Malgré le budget limité du film, il signe un film visuellement riche, à la portée politique très ambitieuse et à l’efficacité irréprochable.

L’édition offerte ici est techniquement très correcte. Même si le transfert est numériquement perfectible, il rend très bien les volontés du cinéaste. De plus, le mixage offre une belle immersion et sert adéquatement l’œuvre en question. Les suppléments, eux, se veulent intéressants et relativement pertinents, même si les propos présentés dans la piste de commentaires audio et les entretiens peuvent parfois sembler redondants. Il s’agit donc d’une édition très honnête, malgré l’absence totale de francisation pour cette œuvre que nous vous recommandons tout de même chaudement.



Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
3,9/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,7/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2008-04-08

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Toshiba 27A43C, Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Right at Your Door

Année de sortie:
2006

Pays:

Genre:

Durée:
96 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Maple Pictures

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Piste de commentaire audio, entretiens avec le réalisateur, fins alternatives scénarisées, bandes-annonces

Date de parution:
2008-01-29

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