Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

A.I. - Artificial Intelligence

Critique
Synopsis/présentation
À l'annonce du décès de Stanley Kubrick, ce n'est pas seulement un mais deux deuils que les cinéphiles ont subits. Il y avait évidemment le deuil d'un grand cinéaste, un visionnaire qui ne cessait de nous étonner, de nous émerveiller. Mais à un second degré, il y eut le deuil d'une œuvre qui ne verrait jamais le jour, une œuvre sur laquelle Kubrick travaillait depuis pratiquement vingt ans. L'œuvre en question était A.I., un film de science-fiction qui devait être la suite logique de son 2001 : A Space Odyssey, dans lequel le cinéaste s'attaquait pour la première fois à la thématique de l'intelligence artificielle (souvenez-vous de l'ordinateur nommé HAL). À la mort de Kubrick, les plus fatalistes crurent du même coup à la mort de ce projet-chéri, et en conclurent qu'il s'agissait de l'une des plus grande perte de l'histoire du cinéma. Mais c'était sans compter sur Steven Spielberg, qui allait reprendre les reines du projet là où Kubrick les avaient laissés. Sacrilège diront certains, bénédiction diront d'autres, Spielberg mena le projet à terme en quelques années à peine…
Non seulement Spielberg mena-t-il le projet à terme, mais il l'adopta entièrement. Il en fit son œuvre, sa réalisation, allant même jusqu'à écrire le scénario au complet, et ce à partir d'un traitement de 90 pages composé par Kubrick. De ce fait, il serait assez ardu de cerner très exactement les éléments qui faisaient partis du traitement original de Kubrick. Tous le savent, Kubrick et Spielberg sont deux cinéastes radicalement différents, animés par des idées, des instincts différents. Il va sans dire, donc, que Spielberg aurait été bien incapable de réaliser la vision de Kubrick telle que ce dernier l'avait envisagé. Pour réaliser le film au meilleur de ses capacités, Spielberg dû adapter le matériel selon des thématiques qui lui sont propres. Il en résulte, dans A.I., un film étrangement hétérogène, un film qui comporte presque deux signatures distinctes. La première partie du film traite de l'arrivée de David, un robot ayant l'apparence d'un enfant et programmé pour aimer, dans sa famille adoptive. Il fera face à une mère éplorée et névrosée, dont le fils biologique est relégué à un état comateux. Pour David, son amour est pur et inconditionnel. Tout ce qu'il demande, c'est d'être aimé en retour. Ce puissant enjeu moral et dramatique, qui tend à démontrer que le plus troublant n'est pas tant qu'une machine manifeste de l'amour, mais que l'homme puisse manifester de l'amour envers une machine, Spielberg le rend admirablement bien tout au long de cette première partie. Sa mise en scène est sobre, subtilement appuyée par une direction artistique froide mais réaliste, par une photographie intimiste, et par une musique étonnamment subtile pour du John Williams. Tout au long de cette première heure, il est fascinant de remarquer plusieurs caractéristiques qui ne sont pas sans rappeler le maître Kubrick lui-même. Dans cette façon sobre et contemporaine de représenter le futur, on ne peut faire autrement que de penser à Clockwork Orange… Ainsi, pendant que le spectateur a l'impression de voir défiler un chef-d'œuvre sous ses yeux, Spielberg commence lentement à introduire ses propres thématiques dans le film et, pire encore, le réalisateur s'apprête à nous faire subir une rupture de ton particulièrement agaçante. Après une première heure enivrante, Spielberg nous bouscule en nous précipitant dans un film d'aventure ludique et un peu grossier, plus fidèle à l'univers de E.T. qu'à n'importe quel film de Kubrick. À partir de cet instant, le robot David se retrouve abandonné par sa mère adoptive, celle-ci ayant retrouvé son enfant biologique. Elle signe ainsi la preuve qu'une machine ne remplacera jamais de véritables liens de chairs et de sang. Mais le petit David n'en restera pas là. Comme il est programmé pour aimer, il fera tout en son pouvoir pour être aimer en retour. Car, il nous le fait comprendre, un amour ne peut être à sens unique. Ainsi donc, la simple quête d'amour de David se transformera en véritable aventure dont l'enjeu est pour lui de devenir un véritable petit garçon, seule façon pour David d'être aimé par sa mère adoptive. Le rapprochement avec Pinocchio, jusque là assez subtile, devient à cet instant si grossièrement appuyé que la thématique subtilement abordée en première partie devient vite aseptisée. Spielberg pousse en effet l'audace jusqu'à mettre dans les mains du petit David un exemplaire même du livre de Pinocchio ! C'est à cet instant que l'on remarque que le thème de l'intelligence artificielle est un peu mis de côté au profit de thèmes chers à Spielberg, à savoir l'intolérance et le racisme. La séquence de la foire de destruction des robots est particulièrement évocatrice.
L'enjeu moral ainsi évacué, il ne reste plus au spectateur qu'à savourer la deuxième partie du film comme étant un simple film d'aventure, où s'enchaîne rebondissements par-dessus rebondissements. Certains, d'ailleurs, manquent cruellement de crédibilité. Par exemple, à un moment du film, David prend les commandes d'un vaisseau de police et s'enfuit avec… Quoi qu'il en soit, la superbe photographie, le remarquable jeu du jeune Haley Joel Osment et la maîtrise de la réalisation font de A.I. une œuvre divertissante et intéressante, mais sans plus. Quel dommage que le sujet n'ait pas été exploité plus en profondeur, comme la première partie nous le laissait présager. Avec ce film, Spielberg nous prouve qu'il ne sera jamais un cinéaste de la trempe de Kubrick.


Image
C'est en format original de 1.85:1 et d'après un transfert anamorphosé que nous est offert A.I.. Avis aux intéressés, une version plein écran (pan & scan) est également mise en marché par Dreamworks.
Avant de s'attarder au transfert lui-même, il serait important de glisser quelques mots sur l'interpositif employé. Ce dernier en est un spécialement créé pour les besoins stylistiques du film, à savoir un interpositif à faible-contraste. Sur support DVD-Vidéo, il en résulte une présence de grains, particulièrement dans les séquences où des artifices photographiques ont été employés (par exemple, la fumée est omniprésente dans le film). Quoi qu'il en soit, cet interpositif ne présente aucun réel défaut en soit, aucune tâche ni égratignure n'y est perceptible. La définition, quant à elle, nous est apparue très bonne, sans toutefois être optimale. La présence de grain masque en effet quelques détails et textures. Très stylisée, la colorimétrie varie en apparence à mesure que le film progresse. Tantôt sobres et dé-saturées, tantôt éclatées et presque sur-saturées, les couleurs n'ont certes pas une apparence naturelle, mais sont rendues justementt et sans bavure. Les tons de peau ont un aspect plutôt naturel, exempt de toute dominante. Les contrastes, tout comme la brillance, paraissent souvent sur-accentués. Mais à nouveau, il s'agit là d'un effet de style recherché et intentionnel. Les parties sombres affichent des dégradés subtils et bien définis, tandis que les noirs sont purs et profonds.
Une légère sur-définition des contours est quelque fois perceptible tandis qu'on dénote la présence de macrobloc en de rare occasion.


Son
Pas moins de quatre bandes-son nous sont offertes sur cette édition. Il y en a trois anglaises (DTS 5.1 ES, Dolby Digital 5.1 EX, et Dolby Surround 2.0) ainsi qu'une française (Dolby Digital 5.1 EX). L'information n'est pas précisée sur le boîtier, mais les bandes-son multi-canaux profitent bel et bien d'un encodage matricielle du canal centrale arrière (ES / EX).
Ce sont des mixages remarquables qui nous sont offerts sur cette édition. Au jeu des comparaisons, la bande-son DTS l'emporte de peu en proposant des basses plus profondes et mieux définies, ainsi qu'une spatialité plus subtile. Quoi qu'il en soit, tous les mixages offrent un espace sonore ample, subtile et parfaitement bien définie. Les éléments sonores sont tous intégrés intelligemment et fort efficacement. Dans la première partie du film, alors que l'action est minimaliste, le champ-sonore se déploie surtout des enceintes avants, tandis que la trame-sonore est subtile et douce, et les canaux d'ambiophonies sont strictement employés pour des effets d'ambiances. Au contraire, lorsque le film change de rythme en deuxième partie, le mixage devient soudainement plus dynamique. Le champ-sonore se déploie alors de tous les canaux, les enceintes arrières manifestent leur présence avec beaucoup d'impact et d'énergie, plusieurs effets canaux à canaux sont employés, et la trame-sonore se déploie avec plus d'énergie. De plus, les basses auparavant subtiles deviennent puissantes et profondes. Le canal .1 (LFE) bénéficie également d'un usage soutenu en deuxième partie, nous offrant même des fréquences allant en deçà des 25 Hz. Ainsi, nous pouvons affirmer que ces bandes-son sont entièrement au service du film. Quant aux dialogues, ceux-ci sont toujours nets et parfaitement intelligibles.
En ce qui concerne le doublage français, les dialogues étouffent très peu la profondeur de la bande-son ainsi que les sons ambiants. Les voix, quoique beaucoup moins naturelles, sont plutôt bien intégrées. À noter que des sous-titres français, anglais et espagnols sont aussi offerts.


Suppléments/menus
Dreamworks n'ont ménagé aucun effort pour nous fournir une série de suppléments des plus complète. Laurent Bouzereau, l'homme a qui l'on doit les documentaires de Jaws et Close Encounters of the Third Kind, a cette fois encore été chargé de produire et réaliser les suppléments de cette édition. Pour ce faire, il a eu accès à du matériel d'archive ainsi qu'au plateau de tournage durant la production du film pour y récolter les commentaires des principaux artisans du film. Le résultat : tout près de deux heures de documents vidéo produit de la façon la plus professionnelle qui soit. Les propos des intervenants sont toujours pertinents et intéressants, les informations sont appuyées par du matériel didactique concret et compréhensible, et qui plus est, le ton est rarement complaisant (exceptés quand les intervenants parlent de Spielberg…) et jamais promotionnel. Le seul véritable problème, c'est que ce long documentaire de presque deux heures a été sectionné en plusieurs petits segments de quelques minutes seulement. Apparemment, Dreamworks préfère offrir le nombre le plus élevé de suppléments possible plutôt que d'offrir un long supplément complet. À tout le moins, auraient-ils dû proposer l'option d'écouter tous les segments vidéo un à la suite de l'autre… Tel quel présenté, vous aurez à utilisez sur votre télécommande à toutes les cinq minutes...
Quoi qu'il en soit, la qualité est au rendez-vous, et ces courts segments touchent à des aspects si variés de la production (le nombre de segments est là pour en témoigner !) que vous connaîtrez virtuellement tous les aspects de la création du long-métrage. Seul bémol : on aurait aimé en savoir un peu plus sur l'origine du projet, qui a germé dans l'esprit de Stanley Kubrick, et des altérations qu'y a apportés Spielberg. À noter également que tous les documentaires sont sous-titrés en français et en espagnol.

Voici la liste des documentaires et des sujets abordés :

Creating A.I. (12 min) - Ce segment traite de la mise sur pied du projet par Spielberg après le décès de Kubrick.

Acting A.I. (18 min) - 2 segments sur la création et l'interprétation des 2 personnages principaux.

Designing A.I. (16 min) - 2 segments traitant de la direction artistique et des costumes

Lighting A.I. (6 min) - Ce segment traite de la photographie du film.

Special Effects (8 min)- On y traite des divers effets spéciaux employés dans le film.

Robots of A.I. (13 min) - La conception et la création des robots du film nous sont expliqués.

Special Visual Effects and Animation: ILM (22 min) - Un autre segment sur les effets spéciaux...

The Sound and Music of A.I. (7 min) - On y explique le traitement sonore et la composition de la musique.

...In Closing: Steven Spielberg - Our Responsibility to Artificial Intelligence (3 min) - Steven Spielberg philosophe sur la relation humain/machine.


Vous retrouverez ensuite une section intitulée Archives. On y retrouve les bandes-annonces originales du film, des galeries d'images (scénarimages), des schémas conceptuels, des dessins, des maquettes d'effets spéciaux ainsi que des photographies. Les documents présentés dans cette section sont variés et intéressants, malheureusement nous aurions souhaités la présence de textes explicatifs.
Quelques filmographies ainsi que des notes de production bien sommaires complètent les suppléments de cette édition.




Conclusion
Si le film laisse perplexe, ce n'est certes pas le cas de cette édition DVD. Des efforts louables ont été mis en oeuvre pour produire une édition solide et complète. La qualité d'image est honorable, tandis que les mixages sonores sont tout simplement impeccables. Quant aux suppléments, ils nous ont semblés riches et complet, malgré l'absence d'une piste de commentaires audio (Spielberg s'obstine à ne pas vouloir en enregistrer). Ne serait-ce que pour ses valeurs techniques, cette édition en est une solide qui vaut certainement son prix d'achat.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
4,4/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
4,2/5

Note finale:
4,2/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2002-02-23

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
A.I. - Artificial Intelligence

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
145 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Dreamworks

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise DTS ES
Anglaise Dolby Digital 5.1 EX
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Française Dolby Digital 5.1 EX

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Documentaires, entrevues, scénarimages, dessins techniques, photographies et bandes-annonces

Date de parution:
2002-03-05

Si vous avez aimé...