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DVDEF

Fargo (Special Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Fargo (1996) marque un tournant dans la carrière des frères Coen, une sorte d'apaisement cinématographique après le quasi expérimental et très cérébral Barton Fink (1991) et le débridé et complexe The Hudsucker Proxy (1994).

On y suit l'histoire d'un vendeur de voitures, Jerry Lundegaard (William H. Macy), opprimé par son riche beau-père et employeur Wade Gustavson (Harve Presnell), qui décide de prendre en main son avenir. Il a la curieuse idée de faire enlever sa femme afin de récupérer l'argent de la rançon pour monter sa propre affaire. Il fait appel à deux gangsters étranges, Carl (Steve Buscemi) et Gaear (Peter Stormare) pour ce faux enlèvement. Bien évidemment rien ne va se passer comme prévu et suite à leurs bavures, le Sheriff de la petite ville de Brainerd, Marge Gundersson (Frances Mc Dormand), va les poursuivre tranquillement bien qu'elle soit enceinte de plusieurs mois.

La mise en scène de Fargo diffère donc quasiment en tous points des oeuvres précédentes des Coen. Ici, comme s'ils s'adaptaient à leurs conditions de tournage, tout paraît figé par rapport à The Hudsucker Proxy. Comme si les basses températures avaient gelé les steadycams et les grues, leur réalisation est épurée, calme et observatrice, elle cesse d'être un personnage pour devenir un instrument d'étude.
Chaque plan est réfléchi et calculé mais simple et sans effets, cela leur permettant de changer de registre, de rajouter une nouvelle corde à leur arc.
Fargo sera donc leur film de la maturité et là où d'autres talentueux et fougueux jeunes cinéastes auraient eu du mal à s'adapter à un nouveau style, les Coen se fondent dans leur nouvelle esthétique avec une aisance confondante.
La froideur du climat imprègne donc la réalisation comme les personnages, car dans Fargo tout le monde se déplace et fonctionne assez lentement.

Les personnages sont bien développés et le spectateur s'attache à eux facilement malgré la noirceur de leurs actes ou leur bonhomie à la limite du ridicule. Les Coen filment des individus ordinaires dans un environnement ordinaire, auxquels il arrive des évènements pathétiques mais humains.
L'humour de Fargo ne sera sans doute pas du goût de tout le monde mais il s'avère pourtant très universel car leur sujet de moquerie est la bétise humaine et les catastrophes qu'elle peut causer. Certes les deux frères raillent leurs personnages en les rendant le plus ridicule possible mais cela est toujours fait de façon respectueuse, sans cynisme ou méchanceté. La violence de Fargo, sèche et brutale, est contrebalancée et atténuée par le côté affable et doux des habitants de la région et plus précisément de Marge.
Chaque personnage a sa particularité physique et comportementale qui nous rappelle que nous sommes dans un film des frères Coen et que forcément ces spécificités vont finir par les servir ou les desservir.
La stupidité de certaines attitudes pourra paraître outrée mais il suffit d'observer un peu son environnement quotidien pour s'apercevoir que certes le film concentre la bétise, mais qu'aucune des absurdités commises par les protagonistes ne paraît inimaginable.

Jerry est le personnage le plus émouvant car il a cette capacité incroyable mais si humaine de rater tout ce qu'il entreprend, relayé par le jeu et le visage de chien battu de W. H Macy. Celui-ci compose un perdant persistant qui en devient bouleversant tant il réussit à s'enfoncer encore plus dans les ennuis à chaque décision qu'il prend.
Les deux petits truands sont ses pendants criminels et leur lente descente vers l'horreur est aussi ridicule (mais amusante) que celle de Jerry qui remonte du coup dans l'estime des spectateurs. S. Buscemi et P. Stormare composent deux personnages que tout oppose mais qui semblent comme les composantes d'une seule et même personne. Le physique des deux acteurs est primordial et le fait que Buscemi soit un moulin à parole lui va aussi bien que le mutisme à Stormare.
Entre ces deux extrêmes, Marge vient désamorcer le cauchemar en amenant sa tranquilité, son assurance et sa compétence, créant du même coup une opposition positive et chaleureuse à la noirceur et l'aspect pitoyable des autres protagonistes.
Sa gentillesse et son assurance réchauffent le film et le couple qu'elle forme avec son époux sonne comme un hymne aux joies simples et au bonheur tranquille.

Les acteurs sont tous absolument formidables, composant des personnages peu gratifiants avec une volonté digne de tous les éloges. Il permettent au film d'exister car sans leur talent les spectateurs ne seraient pas emportés par le film. Leur travail général sur les accents si particuliers de cette région des Etats-Unis est proprement phénoménal et dans la lignée des expérimentations des deux frères en la matière. La photographie complexe de Roger Deakins donne le ton du film, glacé et froid à l'extérieur mais chaud et humain à l'intérieur. Carter Burwell, qui avait déja magnifié Miller's Crossing grâce à son score, réitère cette performance en prenant à nouveau comme thème principal une mélodie connue et classique pour exprimer l'humanité des personnages dans leurs défauts comme leurs qualités.

Un film surprenant à bien des égards que nous vous conseillons sans réserves tant une fois passé le temps d'adaptation, vous serez sans aucun doute amusés, attristés ou séduits par l'histoire et les personnages de ce film policier résolument hors-normes (au même titre d'ailleurs que toute la filmographie des deux frères).


Image
L'image est proposée au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est excellente permettant de distinguer les moindres détails sans toutefois être trop poussée et conservant du coup un aspect cinéma. L'interpositif est très propre et cela est une performance étant donné la difficulté que représente à ce niveau un panorama constamment enneigé comme celui présent dans le film.
Le rendu des couleurs est impeccable, rendant bien les contrastes provoqués entre n'importe quelle couleur et le blanc immaculé de la neige. Elles sont naturelles, constantes, bien saturées et sans aucuns débordements.
Le contraste est très bien géré et évite toutes les brillances.
Les parties sombres offrent un rendu quasi parfait grâce à des noirs purs et profonds et un contraste poussé. La qualité des dégradés est également remarquable, rendant les moindres nuances de la superbe photographie de Roger Deakins.

La partie numérique du transfert est à la hauteur, ne générant aucun défaut notable. Un peu de fourmillements sont parfois visibles mais rien de gênant.
A noter que sur l'autre face du disque, une version recadrée (et donc totalement inutile) est disponible.
Un transfert enfin à la hauteur de cet excellent film qui nous permet de l'apprécier dans des conditions idéales.


Son
Les deux bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1) et Français (Dolby Digital 5.1).

La dynamique de la bande-son anglaise est d'un très bon niveau, permettant de rendre de façon réaliste la différence entre les sons faibles et les plus élevés. La présence et la spatialité sont de bon niveau même si le rendu général des ambiances aurait pu être un peu plus poussé au vu des standards actuels.
La sublime musique de Carter Burwell est impeccablement rendue et s'intègre parfaitement au reste de la bande-son.
Les enceintes arrières sont peu utilisées mais toujours de façon intelligente et réflechie. C'est d'ailleurs la musique qui en profite le plus, le reste du film ne se prêtant pas à des effets élaborés.
Les dialogues (si importants pour ce film) sont intelligibles en toutes circonstances et ne montrent jamais de signes de parasites ou de saturation quel que soit le volume sonore.
Les basses fréquences sont bien gérées, ne s'exprimant que lorsque nécessaire et de façon efficace mais mesurée.
La bande-son française est quasiment équivalente à son homologue anglaise en terme de rendu, mais une fois de plus le doublage fait perdre une énorme partie du charme de l'oeuvre qui repose beaucoup sur les subtilités d'accent et de vocabulaire.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande-son aussi réussie que l'image qui permet de profiter du film dans les meilleures conditions.


Suppléments/menus
Une édition bien fournie qui remplit les standards d'une édition spéciale.

Tous les suppléments sont rassemblés sur la même face que le film en version format respecté.
Le commentaire audio de Roger Deakins est très intéressant par les informations techniques qu'il délivre, mais celui-ci s'avère peu familier avec l'exercice et de nombreux passages silencieux sont à déplorer. La photographie étant très imortante pour cette oeuvre, ce commentaire devient quasi indispensable à écouter pour les amateurs malgré ses vides et l'absence regrettée des frères Coen.
Le documentaire de 20 minutes intitulé "Minnesota Nice" est passionnant du début à la fin, nous apprenant beaucoup sur les conditions de tournage et sur chaque personnage de la bouche même des acteurs. Mais pour une fois ceux-ci sont intéressés par ce qu'ils disent et cela leur permet de vraiment nous renseigner sur le film et non sur le fait que tout était magnifique etc.

Vient ensuite une entrevue des frères Coen et Frances Mc Dormand durant 20 minutes. Les interviews des deux cinéastes sont rares et celle-ci se concentre sur la technique et sur l'aspect promotionnel, indispensable pour les fans.

Puis est proposée une galerie de 70 photos de plateau et un article de la revue American Cinematographer qui met en avant de fort belle façon le rôle primordial de Roger Deakins dans les derniers films des frères Coen.
Une option assez étrange et complètement dénuée d'interêt offre le film ponctué d'incessantes fenêtres venant nous apprendre des détails et des anecdotes la plupart du temps inintéressantes ou déja mentionnées dans les autres suppléments.
Pour finir sont présentes la classique bande-annonce, un bande-annonce TV de 30 secondes, une publicité pour l'édition spéciale de Blue Velvet.

A noter de jolis menus animés et musicaux et un fourreau plastique sérigraphié du plus bel effet, respectant le style de l'oeuvre
Un ensemble de qualité même si l'on aurait ardamment souhaité un commentaire audio des frères Coen qui se serait sans nul doute avéré indispensable.



Conclusion
Une édition réussie aussi bien au niveau audio que vidéo. De plus, les suppléments sont intéressants et évitent l'apsect auto-promotionnel.

Un film maîtrisé qui pourra surprendre plus d'un spectateur par sa parfaite balance entre humour, tragédie, violence et désespoir, tant le cinéma nous a peu habitués à réussir des mélanges aussi audacieux.
Les frères Coen nous offrent une oeuvre unique au ton décalé mais en même temps si réaliste. Ils nous présentent des personnages humains auxquels le public peut s'identifier ou du moins s'attacher.
Le pathétique de très nombreuses situations est contrebalancé par le positivisme à toute épreuve du personnage de Marge Gundersson. Elle vient rééquilibrer la noirceur et le cynisme général de l'oeuvre.
Le travail qu'ils ont réalisé sur les dialogues, l'accent et les attitudes des acteurs, la concision de leur mise en scène, la simplicité de leur script, font de Fargo une oeuvre indispensable, un polar à la fois amusant et glaçant.
De plus, ils nous font découvrir le rythme et la philosophie de la vie si particulière des habitants du Minnesota qui contraste tant avec ce qu'on nous montre habituellement dans les films sur le peuple américain.



Qualité vidéo:
3,9/5

Qualité audio:
3,7/5

Suppléments:
3,8/5

Rapport qualité/prix:
4,2/5

Note finale:
4,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-10-28

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Fargo

Année de sortie:
1996

Pays:

Genre:

Durée:
108 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
1.85:1 et 1.33:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire audio, documentaire, entrevue, galerie de photos

Date de parution:
2003-09-30

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