Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Panic Room (Superbit)

Critique
Synopsis/présentation
David Fincher est un véritable surdoué de l'image. Il a commencé sa carrière (comme beaucoup de jeunes réalisateurs américains) dans la publicité et le clip vidéo. Il traînait cependant depuis longtemps dans le milieu du cinéma, ayant participé à Star Wars : The Return of the Jedi (1983) en tant assistant caméraman dans l'équipe des miniatures et des effets optiques, et à Indiana Jones and the Temple of Doom (1984) en tant que photographe des peintures sur verre (matte photograph). Les dirigeants de la Fox, impressionnés par le style visuel (et après plusieurs essais infructueux avec d'autres cinéastes) de ses clips vidéos, décidèrent contre toute attente de lui confier l'énorme responsabilité de réaliser Alien3 (1992)...

Celui-ci se retrouvera embarqué dans une aventure qui le dépassera totalement. Malgré les incessantes réecritures du scénario et des dirigeants de studio peu enclins à la dépense, Fincher arrivera à imposer sa patte à ce film de commande. L'univers sombre et décadent proposée par le film tranche (bien heureusement) avec le suspense du premier et la fureur guerrière du second. Les partis pris esthétiques du film et l'orientation mystique du script dérangèrent et déçurent beaucoup de spectateurs. Il est aisé de remarquer que D. Fincher n'a pas pu faire le film qu'il souhaitait car ses options ont sans aucun doute effrayé les responsables de la Fox et à juste titre, car malgré le filtre qu'ils lui ont imposé (27 scènes retirées du montage initial), le film reste original, très noir et d'une facture technique exceptionnelle. A la suite de cette expérience extrêmement stressante pour lui (premier film, suite d'une série très célèbre, studio freinant perpétuellement ses ambitions, acceuil relativement timide du public), David Fincher déclara pendant un temps vouloir arrêter le métier de réalisateur.

Bien heureusement pour nous, spectateurs, il est revenu sur sa décision en partie grâce à la qualité d'un des scénarios lui ayant été proposés : Seven (1995) Le scénario d'Andrew Kevin Walker rejoint en effet l'univers et l'ambiance développé par D. Fincher sur Alien3. Le résultat est un polar éminemment pessimiste et déprimant supporté par la photographie incroyablement complexe et sombre de Darius Konhji, la puissante et hypnotique musique d'Howard Shore, et enfin la maestria technique et l'intelligence (certains diront la roublardise) de son auteur. Son succès phénoménal à travers le monde impose d'emblée Fincher comme une valeur sure en dépit du caractère radicalement anti-hollywoodien de son univers et de son style. En effet, une de ses caractéristiques principales est d'arriver à combiner les qualités des film de divertissement, et celles non d'un auteur complet mais d'un artisan génial sachant imposer un univers fort, expérimenter sur la forme (image et son) et maîtriser toutes les figures du cinéma.

Dans The Game (1997), nous aurons la confirmation qu'il est un grand manipulateur (après Seven où il jouait déja très habilement avec les spectateurs), mais ce coup-ci il pêche par excès. Le film est une fois de plus parfait techniquement, d'un rythme et d'un style puissants et subtils. Malheureusement, arrivés à la fin du premier visionnemment, la conclusion et son côté 'too much' viennnent en un retournement de trop gâcher un peu ce qui précède. Le système du puzzle dans le scénario est poussé trop loin et mais il réserve tout de même d'excellents moments et partage des thèmes communs avec ses autres oeuvres (le suicide, l'anonymat) et encore une fois, des acteurs parfaitement dirigés (Michael Douglas est impeccable).

Pour son film suivant, il prend énormément de risques en réalisant un film hallucinant et fou, tiré d'un livre homonyme qui l'est encore plus : Fight Club (1999). Du générique ahurissant aux images subliminales en passant par les flashbacks, les fantasmes du héros ou la musique, ce film est tout simplement incroyable. On aime ou on déteste mais l'on ne peut lui enlever à la fois son originalité (utilisation neuve des effets spéciaux, structure du film), sa constance thématique (à nouveau l'anonymat, le suicide) et sa maturité cinématographique (il utilise et maîtrise toutes les techniques). L'humour etait plutôt absent de ses oeuvres précédentes, cette fois il utilise la satire (et plutôt violente) pour arriver à son propos. Comme il aime la provocation, les dérives de ses anti-héros sont passées aux yeux de beaucoup comme son véritable discours. Il est permis de se demander par quelle méthode il a réussi à débloquer autant d'argent pour un film aussi peu commercial dans ses thèmes et ses situations (même si le style de son auteur est une de ses meilleures armes auprès des studios).

Il est à noter que depuis sa mésaventure sur Alien3, il ne signe ses contrats que s'il possède les droits sur le montage final du film. Ainsi, on peut isoler une technique dans sa filmographie : un oeuvre radicale et sans concessions (Seven), un film de studio beaucoup moins novateur (The Game), un autre film radical (peut-être même encore plus) et décalé (Fight Club), puis un retour vers une oeuvre de studio beaucoup plus classique Panic Room (2000).

Meg (Jodie Foster, un des gros atouts du film) emménage avec sa fille dans une grande maison au coeur de Manhattan. Une de ces pièces est une Panic Room qui permet, en s'y enfermant, d'être totalement protégé d'éventuels intrus. Leur premier soir dans la maison, trois cambrioleurs s'introduisent dans l'immense demeure avec apparamment un but très précis. Sur ce canevas simple, David Fincher brode un film prenant, tout en suspense, et s'impose une fois de plus comme un cinéaste maniant la forme comme personne. Une autre constante de Fincher est son penchant pour les expérimentations, et Panic Room ne déroge pas à la règle : un générique original (Seven, Fight Club), une photographie extrêmement sombre et travaillée (Alien3, Seven, Fight Club), des effets spéciaux novateurs (Fight Club), une utilisation du son cruciale et imposante (Seven, Fight Club). Il rend ici hommage à A. Hitchcock en utilisant les techniques du maître pour créer le suspense, le film étant entièrement basé dessus (les caméras de surveillance sont un hommage direct à Rear Window).

Le principe de cette Panic Room est parait-t'il courant dans la haute société américaine, et à travers celui-ci, Fincher égratigne discrètement mais surement le mode de vie américain et les dérives protectrices de son peuple (le cocooning est une tendance très forte aux États-Unis et cette pièce en est l'extrême). Un film moins important dans sa filmographie même si, à l'instar de The Game, il reste une oeuvre prenante et cela même si on en connaît dès le départ les limites.

Il est rare de trouver des cinéastes encore capables d'alterner les oeuvres de divertissement pure et des oeuvres à message beaucoup plus personnelles. Certes, David Fincher a vraiment deux visages de cinéastes, mais il apparaît comme parfaitement autonome dans ses choix (comme d'autres grands du cinéma, même si aucune comparaison n'est possible). Son choix de financer des oeuvres plus courageuses et risquées en réalisant magistralement des films de studio semble le seul possible s'il souhaite conserver les moyens mis à sa disposition, dont il a fondamentalement besoin pour pouvoir faire le cinéma qu'il désire. Ainsi, aux dernières nouvelles, il tournera Mission Impossible 3 (devenu une énorme franchise), de façon à pouvoir financer son très coûteux et excitant projet d'adapter, dans une version très personnelle, Rendez Vous with Rama d'Arthur C. Clarke. Espérons que ce jeune cinéaste réussira à conserver le statut qui est le sien et continuera tout au long de sa carrière à nous alimenter en films passionnants et originaux.



Image
Le format préféré de David Fincher, le 2.40:1, a bien été respecté sur cette édition.

La transfert anamorphosé proposée par la Columbia Tristar s'avère d'une définition générale tout à fait excellente. L'interpositif est aussi propre que possible et la finesse des détails remarquable. Les couleurs si particulières de ce film (complètement désaturées et peu nombreuses) sont parfaitement restituées. Elles participent pour beaucoup au projet esthétique que D. Fincher ne manque jamais d'élaborer pour chacun de ses films. Le contraste est également très bien géré, ne provoquant jamais de brillances intempestives, et s'avère essentiel tant la luminosité du film est basse. Sans cet effort sur le contraste, l'image aurait été sans nul doute irregardable (comme les premières copies de Seven). La qualité de restitution des parties sombres est vraiment bonne même si la très faible quantité de lumière occasionne parfois une baisse de la définition donnant un aspect très légérement flou à l'image. Il y a cependant fort à parier qu'il s'agit plus d'une volonté du réalisateur que d'un défaut de cette édition DVD.

La partie numérique du transfert propose par contre curieusement deux ou trois traces furtives de surdéfinition et de grain vidéo intempestif (dans les parties les plus sombres). Ces petits défauts sont aisément oubliés tant la qualité générale de ce transfert est impressionnante au regard des difficultés que celle-ci représente pour un support numérique (absence quasi totale de luminosité, lieu clos et caméra en mouvement quasi permanent).

Il faut garder à l'esprit que la faible luminosité du film rend l'image très sombre et celle-ci demande un temps d'adaptation. Certains ont pu prendre ceci (au même titre que la progression de la spacialisation sonore au fur et à mesure du film) pour des défauts de cette édition, nous pouvons pourtant vous assurer que le rendu proposé par ce titre est en tout point conforme à celui que nous avions pu voir au cinéma. Une image magnifique même si moins éclatante que d'autres productions du réalisateur (du fait de la volonté de D. Fincher).



Son
Les trois bande-sons sont disponibles en Anglais (DD 5.1 surround), Anglais (DTS 5.1 surround) et Français (DD 2.0 surround).

Le niveau de dynamique de la piste en DTS est excellent et permet une présence et une spacialisation hors du commun, on est littéralement plongés au coeur de l'action. La piste en Dolby Digital est elle aussi d'excellente facture bien que très légèrement en retrait de son homologue en DTS. A noter que la bande-son est à l'image du film, qu'elle débute de façon calme (et plutôt axée sur l'enceinte centrale) et devient de plus en plus enveloppante au cours du développement de l'action. La séparation des canaux est formidable et la discrète (mais très efficace) musique du film est parfaitement intégrée (profitant ainsi de l'utilisation optimale des cinq canaux) et ce pour les deux pistes.

Là où la piste en DTS l'emporte sur sa rivale, c'est au niveau de l'utilisation des enceintes arrières, qui y sont plus précises et claires. Les dialogues sont toujours parfaitement intégrés et d'un naturel confondant même si l'ont peut déplorer sur les deux mixages, un niveau de l'enceinte centrale un peu faible qu'il est conseillé d'augmenter légèrement pour un rendu optimal. Les basses fréquences sont d'un niveau réaliste et non hypertrophiées comme sur beaucoup de productions récentes. Ainsi, à part deux ou trois passages, le caisson n'est pas sollicité fortement, juste aux niveaux nécessaires. Le rendu offert par ces deux pistes est de très haute qualité même si les options choisies par les ingenieurs du son en font une bande-son moins démonstrative que d'autres.

La bande-son en français se défend correctement et propose un Dolby Surround d'excellente facture mais qui ne peut décemment rivaliser avec ses deux homologues anglaises en multicanaux. Il est aussi intéressant de constater que c'est Jodie Foster elle-même qui effectue son doublage en français, ce qui nous prouve à la fois son implication dans le projet et ses formidables capacités d'actrice.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais et Français et dans une couleur jaune habituellement détestable, mais qui dans le cas de ce film s'avère judicieuse. En effet, les sous-titres blancs ont toujours une légère tendance à augmenter la luminosité générale au moment où ils apparaissent, et ici ils auraient sans aucun doute perturbé le rendu d'une image extrêmement sombre.



Suppléments/menus
Il est étonnant de constater la présence de suppléments (bande annonce et filmographies) et de menus animés (superbes par ailleurs) avec cette édition considérant qu'il s'agit d'une édition Superbit (habituellement sans suppléments et menus fixes pour une meilleure qualité d'image et de son).




Conclusion
La présente édition est clairement destinée à un public fortement épris de qualité (aussi bien au niveau image que son) et mérite à ce titre nos plus vives recommandations. L'oeuvre elle même est de qualité (le scénario en étant le seul élément plus faible), la maestria technique et l'univers de David Fincher justifiant à eux seuls un visionnement.



Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-10-01

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Panic Room

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
112 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Columbia Tristar

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.40:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise DTS
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Bande-Annonce, filmographies des artisans du film

Date de parution:
2002-09-17

Si vous avez aimé...