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DVDEF

One from the Heart

Critique
Synopsis/présentation
Francis Ford Coppola est un cinéaste majeur de la dernière moitié du 20ème siècle qu'il n'est plus la peine de présenter, tant des oeuvres comme la série des Parrains, Apocalypse Now ou sa version de Dracula, ont marqué l'inconscient collectif de façon indélébile.
Son sens de la démesure et du gigantisme, qu'il assume pleinement grâce à un investissement total dans son art, en font le plus ambitieux des cinéastes de la génération des années 1970 (Spielberg, Lucas, De Palma, Scorcese). Toutefois cela le conduit souvent à rencontrer des problèmes financiers majeurs lors du financement de ses oeuvres les plus importantes, qui le conduiront, suite à l'échec conjoint de son studio et du film One from the Heart, à revenir vers un système de production plus traditionnel mais aussi plus contraignant.

One from the Heart aborde des sujets peu traités dans les précédents films de Coppola comme l'amour, la difficulté de vivre à deux et l'ambiance de la comédie musicale et romantique. On y suit Hank (Frederic Forrest) et Frannie (Teri Garr) se disputer lors de la soirée du 4 Juillet alors qu'ils étaient censés célébrer leurs cinq années de vie commune. Il vont partir chacun de leur côté passer une folle soirée avec le compagnon de leurs rêves (Leila (Nastassja Kinski) et Ray (Raul julia)) et parvenir à la même conclusion sur leur couple suite à cette expérience.

Avec une trame aussi mince que celle-ci, Coppola se devait d'apporter un soin extrême à la mise en scène, la mise en image et en musique de son oeuvre, et c'est ce qu'il fait avec tout le talent qu'on lui connaît. Son penchant pour la comédie musicale et plus généralement les métiers de la scène, va s'exprimer à travers ce film qui expérimente sur tous les plans et tente une approche différente de ce type d'univers au cinéma.
Le scénario et les dialogues oscillent en permanence entre réalisme, irréalisme et décalage le plus total, ce qui pourra surpendre au début mais s'avère totalement justifié une fois que l'on y pense et que l'on a pu observer la maestria du réalisateur à orchester le tout.

Le problème se situe au niveau du scénario parfois trop lâche, qui ménage de grandes plages où la progression dramatique est sur pause, et Coppola tente de nouvelles approches visuelles, décoratives sans arriver toutefois à accrocher vraiment le spectateur du fait de l'intangibilité des sentiments et sensations qu'il souhaite faire ressentir. Cependant, son travail est souvent passionnant et montre l'incroyable capacité d'adaptation de ce réalisateur-producteur capable de passer, sans changements majeurs dans son style, d'un gigantesque film allégorique sur la guerre et la recherche de soi, tournée en décors réels, à une pure oeuvre de studio sur un sujet beaucoup plus léger et difficilement cernable.

Une fois de plus, il fit appel à son fidèle et génial chef opérateur Vittorio Storaro qui éclaire ses décors brillants de tous feux comme aucun autre n'aurait su le faire, pour arriver à un rendu visuel absolument superbe et d'une grande complexité. La belle et touchante musique de Tom Waits donne un ton plus grave à l'oeuvre et réussit par un mélange savant entre jazz, blues et l'univers personnel du musicien, à vraiment porter le film de bout en bout, permettant souvent de préciser les intentions de Coppola sur diverses scènes par son pouvoir évocatif.

Les acteurs ont la difficile tâche d'incarner des personnages atypiques dans leur traitement, mais ont également la trop rare possibilité de tenter de nouvelles approches et d'expérimenter dans leurs domaines au même titre que le réalisateur lui-même. On sent une créativité et un désir d'innover présents chez tous les acteurs.

Cette sensation de liberté artistique totale, chez tous les créatifs présents sur le plateau, ainsi que les moyens conséquents mis à leur disposition sont les meilleurs atouts d'un film par ailleurs assez hybride et peut-être trop différent pour son époque. Il connut un terrible revers et obligea Coppola à stopper son rêve d'une "famille de cinéma" qui travaillerait dans une ambiance et une direction totalement libre afin de pouvoir laisser libre cours à leur imagination et leurs sentiments. Cette utopie cinématographique sera stoppée nette dans son élan peut-être parce que Coppola n'a pas pris le temps d'habituer progressivement ses spectateurs à un cinéma différent (dans tous les sens du terme) et a risqué le tout pour le tout.

One from the Heart est donc un film passionnant et déroutant comme son auteur, et le recul des années et la qualité du DVD aidant, il ne fait nul doute qu'il sortira de l'anonymat et l'oubli quasi total dans lequel il était injustement tombé.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.33:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est d'un niveau exceptionnel auquel on ne se serait pas forcément attendu pour un tel film un peu oublié de tous. L'interpositif est absolument vierge de tous défauts si ce n'est un peu de grain sur certains plans comprenant des matte paintings, et encore dans des conditions très raisonnables. La finesse des détails et textures est tout bonnement incroyable sur toute la durée, procurant une sensation trop rare d'image en 3D.
Le rendu des couleurs appelle lui aussi les superlatifs tant il est sublime. Elles sont en permanence parfaitement justes, surtout sur les tons de peau, sans aucuns débordements, d'une constance parfaite et enfin impeccablement saturées. La magnifique et incroyable photographie du génial Vittorio Storaro est superbement rendue, offrant à ce film un aspect visuel résolument unique.
Le contraste est lui géré à la perfection, évitant toutes les brillances.
Les parties sombres sont impeccablement rendues grâce à des noirs très purs et profonds. La qualité des dégradés est tout bonnement sidérante, offrant un véritable nouveau départ à ce film mal aimé qui le mérite amplement.

La partie numérique du transfert parvient l'exploit de se hisser à la hauteur du reste du transfert et hormi la présence de quelques très légers fourmillements sur quelques plans d'effets spéciaux, aucun défaut visible (même en cherchant bien) n'est à déplorer.
Vous l'aurez compris, nous sommes littéralement tombés en admiration devant ce transfert parfait qui est la preuve que la vision utopique du cinéma de Coppola, si elle n'est pas forcément viable financièrement, permet de proposer de telles images sur support numérique vingt ans après la sortie d'un film dont l'exploitation s'est révélèe catastrophique.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby Digital 5.1).

Sa dynamique est remarquable pour un film de 1982, sans aucune limitation audible dans le haut comme le bas du spectre. Sa présence et sa spatialité ne peuvent certes rivaliser avec celles d'une bande-son actuelle mais leur niveau est exceptionnel pour un tel film.
La superbe bande originale de Tom Waits est restituée à la perfection (profondeur et pureté) et impeccablement intégrée au reste de la bande-son.
Les enceintes arrières sont peu utilisées (mais de façon toujours convaincante), ce qui paraît logique pour ce type d'oeuvre et c'est surtout la musique et quelques scènes d'ambiance qui en profitent.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et sans aucunes traces de distortions ou parasites et ce même à fort volume.
Les basses fréquences sont elles aussi parfaitement gérées, sachant rester discrètes mais efficientes sur toute la durée du film, amenant le surplus d'assise qui fait souvent toute la différence.
Les sous-titres sont diponibles en Anglais uniquement.

Une bande-son remarquable dont la réussite paraît un cran en dessous de celle de l'image, mais qui propose une qualité exceptionnelle pour un film oublié de 1982. A nouveau, nous nous devons de louer le perfectionnisme et la dévotion de Coppola à son art, qui permet de conserver et de remasteriser des films avec une telle qualité.


Suppléments/menus
Une des sections suppléments les plus passionnantes et complètes qu'il nous ait été donné de parcourir.
Sur le premier disque sont disponibles une piste comportant la bande-originale de Tom Waits isolée et un commentaire audio de Francis Ford Coppola.
La piste musicale isolée bénéficie du même excellent remixage que la bande-son complète et offre donc une qualité audio optimale. Le commentaire audio est passionnant et extrêmement instructif de bout en bout. Coppola est un orateur très agréable à suivre et la passion pour son projet est toujours aussi forte, ce qui rend ce commentaire d'autant plus précieux. Il nous explique le pourquoi et le comment des diverses scènes et sait être technique dans ses explications sans jamais rendre celles-ci obscures. Un commentaire qui permet de réevaluer le film lui-même par une meilleure compréhension de ses enjeux et de la complexité qui se cache sous une apparente simplicité.

Sur le second disque sont offerts quatres documentaires, des scènes coupées ou alternatives, des extraits de répétitions, des morceaux alternatifs de la bande originale, des bandes-annonces, une galerie de photos.
Le premier documentaire est intitulé "The Dream Studio" et nous raconte en 28 passionnantes minutes comment Coppola failli réaliser son rêve d'un studio indépendant où tout le personnel travaillerait en intellgience, où chacun pourrait apporter sa touche personnelle à l'oeuvre en création. Teri Garr nous raconte comment Coppola mit en jeu à nouveau toute sa fortune dans un projet risqué, par conviction pour son art et au mépris de tout risque financier réaliste, ce qui entraîna la perte du studio mais permit une expérience humaine et artistique quasi unique (au même titre que celle d'Apocalypse Now, même si dans un registre radicalement différent).

Le second est intitulé "The Making of One from the Heart" et durant 24 minutes nous raconte avec beaucoup de passion communicative la génèse et le tournage du film. Ce documentaire prend d'ailleurs une résonnance toute particulière lorsque l'on sait l'acceuil qui fut réservé au film et les conséquences financières qui en découlèrent.
Le troisième, intitulé "Tom Waits and the music of One from the Heart", nous dresse en 14 minutes un bon portrait du musicien qui nous explique ce qu'il a souhaité faire ressentir grâce à sa musique.
Le dernier documentaire intitulé "The Electronic Cinema" revient en 9 minutes sur toutes les innovations techniques que Coppola expérimentera sur ce film et nous démontre combien il était à nouveau en avance sur son temps.
Le reste du matériel proposé est plus traditionnel et apporte à chaque fois un éclairage nouveau, le film permettant de prolonger le rêve éveillé dans lequel Coppola nous avait plongé durant le film.

Voici donc un ensemble d'une cohésion parfaite et d'un intérêt constant, ce qui est plus rare. Coppola est toujours aussi passionné par ce projet et il réussit à plonger ses spectateurs dans le même état, tant son enthousiasme est communicatif et ses explications pertinentes et accessibles à tous.
Beaucoup de grands éditeurs feraient bien d'étudier en détail le travail qui a été accompli pour la création de ces suppléments, tant ils se rapprochent d'une certaine idée de la perfection.



Conclusion
Voici donc une sublime édition aux résultats audio et vidéo époustouflants de qualité et des suppléments qui le sont tout autant. Nous vous recommandons chaudement l'achat de ce DVD étant donné ses qualités, le film lui-même et un prix de vente somme toute fort raisonnable au vu du contenu.

One from the Heart vous surprendra certainement du fait de son sujet et de son traitement, qui contrastent de façon radicale avec ses précédentes oeuvres. La légèreté et la comédie sont deux nouvelles cordes à l'arc de Coppola et le moins que l'on puisse dire c'est que l'homme est décidément un immense metteur en scène et directeur d'acteurs et, dans le cas de One from the Heart, un grand expérimentateur visuel et narratif. Seul le scénario paraît un peu trop simple et schématique pour aboutir à un nouveau chef-d'oeuvre, mais le film s'avère passionnant et toujours surprenant malgré quelques défauts et des problèmes de rythme. Un film qui demande une adéquation et un investissement du spectateur afin que celui-ci puisse en apprécier toutes les splendeurs dont la magnifique musique de Tom Waits.


Qualité vidéo:
4,3/5

Qualité audio:
4,2/5

Suppléments:
4,6/5

Rapport qualité/prix:
4,1/5

Note finale:
4,4/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-03-28

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
One from the Heart

Année de sortie:
1982

Pays:

Genre:

Durée:
100 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Zoetrope Studio

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:

Suppéments:
commentaire audio, piste musicale isolée, documentaires

Date de parution:
2004-01-27

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