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DVDEF

Bug (Special Edition)

Critique
Synopsis/présentation
A la lumière de notre découverte récente de Cruising du même William Friedkin (voir chronique récente sur le site), tout l’intérêt et le prix de cet incroyable film qu’est Bug se révèle.

Ainsi a 72 ans William Friedkin filme comme un jeune réalisateur, alors même que son talent reconnu et son nom maintenant légendaire lui permettraient de s’assurer une carrière aisée, il continue à ne faire que ce qui lui plait et à ne clairement pas choisir la facilité, loin de la.
Ainsi Bug est tiré d’une pièce de théâtre, concentré sur trois ou quatre personnages, ramassé sur deux ou trois décors et traite d’un sujet limite et éminemment difficile à mettre en image et faire ressentir au cinéma, la folie ou plus précisément la paranoïa la plus intense qui soit.
Et dans cette expérience limite et folle il entraine avec lui deux acteurs principaux qui se donnent corps et âme pour le bien du film. Ashley Judd et Michael Shannon sont les deux piliers du film et délivrent tous les deux des performances hors du commun, mettant le spectateur en identification mais aussi en doute (du fait principalement de « l’étrangeté » de la performance de Michael Shannon, parfaitement en accord avec le thème du film) comme peu d’acteurs et d’œuvre ont su le faire auparavant.
La caméra entomologiste de Friedkin en mouvement permanent à la manière justement d’un insecte observe ses deux sujets de test et propage autant de malaise que les acteurs et leur situation. Grâce aussi à son sens du montage serré et ultra efficace, de même qu’a sa science de la bande-son, Friedkin utilise tous les moyens cinématographiques à sa disposition pour faire monter la tension, le sentiment d’insécurité et finalement la paranoïa chez le spectateur.
Son coup de génie est d’avoir construit son film en deux actes distincts qui traite justement de deux aspects de la paranoïa. Des conditions déclenchantes, que ce soit la situation respective de chaque personnage, l’élément perturbateur (le personnage de l’ex petit ami stupide et violent brillamment interprète de façon volontairement caricaturale par un surprenant Harry Connick Jr) et finalement le passage à l’acte (la superbe scène d’amour, originale et cœur du film) censé sortir les personnages de leur solitude et les aider à partager leurs sentiments et qui va finalement précipiter l’inévitable.
L’inévitable que Friedkin s’est bien gardé de nous montrer ou annoncer dans une première heure magistrale où presque rien ne se passe mais le spectateur est gardé sous tension. En tant que spectateur être placé dans un état de tension et d’appréhension est une plaisir certain mais lorsque la raison de cette tension n’est nullement évidente et concoctée entièrement par le talent du cinéaste et de ses acteurs et non par le déroulement des évènement ou d’une quelconque menace extérieure, cette sensation devient alors étrange et le force à devenir paranoïaque et à sur analyser chaque détail, à se méfier de tout et échafauder en permanence des scénarios quand à ce qui va se passer.
Une fois ce spectateur chauffé à blanc, Friedkin lui donne une point de repère avec cette scène d’amour qui est peut être la seule normale et classique du film. Encore qu’elle soit très bien filmée, de façon originale et que les quelques minutes de relâchement qu’elle apporte au spectateur se terminent de façon particulièrement stressante.
Et dans une deuxième partie outrée et grotesque mais à laquelle le réalisateur et les acteurs nous ont si minutieusement préparés, nous sommes donc lancés à corps perdu dans la psychose galopante et extrémiste des héros.

Les acteurs précédemment formidables de retenue et de subtilité, explosent alors et nous offrent une deuxième partie aussi survoltée et intense que la précédente était en retrait.
La folie furieuse et contagieuse de Peter trouve en Agnes et le thème des insectes un terreau absolument parfait et les deux personnages ne vont par la suite qu’alimenter leurs peurs respectives. Cette explosion de folie se double logiquement et vraiment douloureusement (a cause ou grâce au talent de Friedkin selon votre de degré de tolérance à ce genre de scènes) de auto violence physique qui atteignent presque autant le spectateur que le personnage de Peter. Cette manifestation carnée d’une folie et de peurs invisibles (les fameux insectes jamais montrés) va définitivement faire passer Agnès de l’autre côté de la barrière et dans une scène outrée mais superbe à notre goût elle va également entretenir puis relancer le délire de Peter, le tout de façon verbale.
Cette ambiance explosive est également supportée par un décor fort original et aussi efficace que signifiant ainsi que la bande-son extrêmement torturée et efficace qui maintient une pression permanente sur le spectateur.

Inutile donc de vous dire que Bug est une œuvre radicale qui n’est clairement pas pour tous les publics et demande que le spectateur accepte de se laisser porter et entraîner vers des états de stress rarement atteints. Ainsi pour certains la pression risque d’être trop forte et ils sortiront inévitablement du film, le trouvant ainsi logiquement grotesque au mauvais sens du terme. Si vous souhaitez vivre une véritable expérience cinématographique d’une intensité rare alors nous vous conseillons vivement le visionnement de ce film dans des conditions de calme et de fort volume sonore propice à ce qu’il produise son effet. Si vous souhaitez juste vous divertir passez alors votre chemin ou différez le visionnement de cet œuvre qui ne pourra alors que vous décevoir.






Image
L’image est présentée au format non respecté de 1.78 :1 d’après un transfert 16:9 qui devient malheureusement le standard du marché en lieu et place du 1.85:1.

La définition générale est d’excellente qualité comme l’on pouvait s’y attendre sur une œuvre aussi récente. L’interpositif est immaculé et le grain présent dans de nombreuses scènes est totalement intentionnel, offrant au film une vraie texture comme les affectionne tant Friedkin.
Les couleurs très travaillées du film sont impeccablement rendues, naturelles, constantes et parfaitement saturées.
Le contraste est très bien géré également et évite tous brillances intempestives et ce malgré une œuvre très difficile à rendre de ce côté la.
Les scènes sombres sont elles aussi très agréablement rendues grâce à des noirs purs et profonds.
La partie numérique ne laisse passer que de très légers défauts que l’on aurait certes ne pas souhaité repérer mais qui sont vite oubliés. De légères traces de surdéfinition et une tendance au bruit vidéo discret sont donc éventuellement à déplorer.

Un excellent transfert qui malgré de légers défauts se révèle totalement conforme à notre souvenir du film en salle. Certains spectateurs tatillons pourront se plaindre d’un aspect ''brut de décoffrage'' et d’une image bien moins lissé et retravaillée que ce à quoi ils ont l’habitude mais cela est la volonté d’un cinéaste qui loin de se ranger à la mode, offre au contraire un film complexe et exigeant du point de vue visuel.





Son
Les deux bandes-son disponible sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1) et Anglais (Dolby 2.0 stéréo).

La dynamique de la bande-son multicanal est excellente même si certainement moins poussée que celle des plus gros ''blockbusters'' actuels. Il en est de même pour sa présence et spatialité qui sont forcément limités du fait du film lui-même mais qui sont dans l’absolu de haut niveau.
Les rares passages musicaux sont impeccablement rendus sans aucune limitation que ce soit dans le haut ou le bas du spectre. Ils sont par ailleurs parfaitement intégrés au reste de la bande-son.
Les enceintes arrière sont utilisées avec une rare maestria et précision, non pas pour reproduire des explosions ou autre mais pour créer une véritable ambiance et ainsi exprimer en sons l’état d’esprit pour le moins perturbé des personnages. Le film est certes majoritairement centré sur les dialogues mais les enceintes arrières sont plus souvent utilisées qu’on ne le pense et de façon originale (une enceinte puis l’autre etc.).
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et aucune trace de parasites ou distorsion ne sont audibles et ce même a fort volume.
Les basses fréquences sont impeccablement gérées. Encore une fois le style de la bande-son et les effets désirés par Friedkin font que cette partie peut laisser une impression mitigée au spectateurs habitués au déluges sonores explosifs. Mais pour peu que l’on y prête l’oreille, on pourra se rendre compte au contraire que la piste de grave est remarquable de par sa diversité et sa capacité dynamique.

Si la bande-son stéréo fait part égale avec son homologue multicanal sur bien des points (dynamique, équilibre …) son efficacité certes excellent fait pale figure une fois que l’on passe sur des passages ou les enceintes arrière entre en jeu.

Les sous titres sont disponibles en Anglais et Espagnol seulement.






Suppléments/menus
Une section très intéressante qui offre une vision spécifique du film tel que le voulait son auteur mais fait aussi montre de paresse.

Le commentaire audio de Friedkin se voit reprocher la même attitude que pour celui de Cruising ou le réalisateur se réfugiait déjà derrière une tendance à décrire l’action à l’écran. Mais fort heureusement ce commentaire reste précieux grâce au fait qu’en permanence le cinéaste intègre de nombreux commentaires primordiaux quand à la compréhension du film, des personnages et de ses intentions au sein même de ses descriptions. Ce commentaire est hautement recommandé si vous avez apprécié l’œuvre.

Ensuite le documentaire intitulé « Bug: An Introduction » ne dure malheureusement que 10 minutes et fait office d’objet promotionnel beaucoup plus que d’étude de l’œuvre et de sa genèse. Si l’ensemble reste intéressant on ne peut qu’être frustré de ne pas avoir un vrai documentaire tant les possibilités sont énormes avec ce film.

Enfin une excellente interview en profondeurs du cinéaste sur toute sa carrière appelée « A discussion with William Friedkin ». Elle dure 25 minutes et comme le documentaire aurait supporté d’être bien plus longue tant Friedkin à des choses à dire. Le cinéaste s’y montre apaisé par rapport à son attitude agressive des 70’s et opère une honnête et passionnante introspection de sa carrière et des évolutions que connaît l’industrie et l’art cinématographique depuis ses débuts.

Un ensemble donc qui aurait mérité d’être bien plus long et fouillé ce qui aurait fait cette édition une vraie référence digne de son qualificatif de ''Special Edition''. Ne boudons cependant pas notre plaisir devant ces suppléments qui remplissent leur cahier des charges en offrant au spectateur les clefs d’une vision différente de l’œuvre. Cependant nous ne pouvons qu’inciter Maple Pictures (Lionsgate) à faire plus d’effort sur ses sections suppléments à l’avenir.







Conclusion
Une édition solide sur tous les plans mais qui manque d’un plus pour être considérée comme totalement réussie. Si le son est d’excellent qualité, l’image parait perfectible même si elle reste totalement satisfaisante. Les suppléments vont dans le bon sens mais auraient du être plus longs et introspectifs pour se montrer à la hauteur de l’œuvre.
Malgré ces quelques réservations, nous conseillons vivement l’achat de cette édition car à moins d’un « miracle » il est clair qu’il n’est pas prêt d’en sortir une nouvelle plus poussée.

Bug est une œuvre radicale et risquée pour un auteur « mythique » qui n’a plus rien à prouver et se remet pourtant en danger. Son film est d’une jeunesse et d’une modernité sidérante pour un réalisateur de 72 ans qui a eu une carrière en dent de scie, passant de chefs d’œuvre à succès à films vraiment moyens voire ratés.
Ce Bug est donc une étude de la paranoïa et de la schizophrénie absolument sidérante qui vous offre un vrai trip comme vous en avez sans doute rarement vécu et qui s’adresse donc à un public conscient de ce qu’il va voir. Une fois ce point établi, jetez vous sur cette perle rare et vivez une expérience de spectateur assez unique.



Qualité vidéo:
3,6/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
3,4/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
3,9/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2007-12-20

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Bug

Année de sortie:
2006

Pays:

Genre:

Durée:
101 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Maple Pictures

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.78:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Piste de commentaires audio, documentaire, entrevue

Date de parution:
2007-09-25

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