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DVDEF

Fat City

Critique
Synopsis/présentation
John Huston est un véritable monument du cinéma américain. La qualité de ses meilleures oeuvres, la longévité exceptionnelle de sa carrière, un tempérament et une vie hors normes en font un réalisateur différent et un de ceux dont l'oeuvre est la plus éblouissante.

Il débute au cinéma en 1931 (et après avoir été clochard, boxeur, cavalier dans une armée rebelle mexicaine) au poste de scénariste et signe la coécriture de High Sierra (Raoul Walsh, 1941) et Sergeant York (Howard Hawks, 1941). En 1941 également, il réalise son premier et l'un de ses tout meilleurs films, le mythique The Maltese Falcon. Par la même occasion, il imposera définitivement Humphrey Bogart comme l'interprète du privé tel qu'il l'a créé dans ce film (qui sera d'ailleurs le modèle de quasiment tous les films policiers qui suivront, même ceux des plus grands dont The Big Sleep d'Howard Hawks, 1946).

Suite à cette immense réussite (il révolutionna le film policier lors de son coup d'essai), il tournera un nombre incroyable de grands films au cours de ses 46 années de carrière. Il eut certes des hauts (la liste suit) et des bas (We Were Strangers (1949), The Barbarian and the Geisha (1958), The Bible (1966), The Roots of Heaven (1958), Sinful Davey (1969), Phobia (1980), Victory (1981), Annie (1982)), mais ils correspondent chacun au rythme de la vie trépidante de John Huston. Ses oeuvres les plus importantes brassent des thèmes reccurents dont le pricipal est la quête de soi, présente chez le héros hustonien. Son sens de la mise en scène, surtout lors de sa dernière période (1970 à 1987), lui permettra d'illustrer des sujets forts sous un angle original. Ses talents dans la direction et le choix des acteurs sont remarquables et participent grandement à la qualité de ses oeuvres (H. Bogart, L. Baccal, S. Hayden, G. Peck, A. Gardner, R. Burton, M. Brando, Elisabeth Taylor, S. Keach, S. Connery, M. Caine, A. Finney, J. Nicholson, A. Huston).

Le plaisir que l'on prend souvent au visionnement de ses films est lié à celui qu'il prend lui- même à conter des histoires soit originales, soit des adaptation littéraires (art dans lequel il fut l'un des meilleurs), mais toujours pleines d'aventures mais aussi de sens. Ses réussites sont souvent majeures et reflètent bien son propre tempérament : The Treasure of Sierra Madre (1948), Key Largo (1948), The Asphalt Jungle (1950), The Red Badge of Courage (1951), The African Queen (1952), Beat the Devil (1954), Moby Dick (1956), Heaven knows, Mrs Allisson (1957), Freud (1962), The Night of the Iguana (1964), Reflections in a Golden Eye (1967), A Walk with Love and Death (1969), The Kremlin Letter (1970), Fat City (1971), The Life and Times of Judge Roy Bean (1972), The Man who would be King (1975), Wise Blood (1979), Under the Volcano (1984), Prizzi's Honor (1985), The Dead (1987).

Contrairement à Hitchcock ou Hawks, qui sur la fin de leurs carrières ont choisi de refaire et ainsi d'approfondir leurs films fétiches, Huston lui, nous offrira ses oeuvres les plus inventives et dynamiques.

Fat City est un film charnière pour lui car il correspond au retour vers ses vraies valeurs. On y suit Tully (Stacy Keach), un ancien boxeur professionel qui a sombré dans l'alccol, au moment où il se décide à retourner s'entraîner. Il rencontre au gymnase Ernie (Jeff Bridges), un jeune qui vient juste pour s'amuser. Celui-ci s'avère naturellement doué et Tully se revoit dix ans plus tôt. Il lui conseille d'aller voir son ancien gérant pour apprendre le noble art. Il recroisera le même Ernie quelque temps (et whiskies) plus tard, et de voir qu'il est devenu boxeur lui redonne pendant un temps la force de vouloir reprendre l'entraînement. Il a entre temps rencontré Oma (Susan Tyrell) un pilier de bar comme lui.

Il s'agit de la vie de modestes américains vue avec un regard chaleureux qui, s'il les montre dans des situations pitoyables, ne juge et ne condamne jamais. Le besoin de chacun d'être aimé et choyé est mis en évidence à travers le relation désespérée entre Tully et Oma, l'amitié entre Tully et Ernie ou Ruben. La peinture est aussi sans illusions quant à la distance à laquelle vivent ses personnages de l'image et de l'espoir vehiculé par l'Amérique. En cela il est un film ancré dans son époque, celle du désenchantement et du doute. La mise en scène de Huston (qui a alors 70 ans), est énergique et pleine de passion et d'affection pour ces paumés. Il était d'autant plus touché qu'il a connu ce style de vie ainsi que les combats dont il parle. Il revendique même ce retour sur son passé et la nostalgie qui se dégage de cette oeuvre. Stacy Keach, Jeff Bridges et Susan Tyrell sont pleinement investis dans leur rôle et leur adéquation totale aux personnages en font des perdants plus vrais que nature. Le portrait du milieu de la boxe amateur est très réaliste ainsi que les combats. On a ici la franchise et l'honnêteté de quelqu'un qui a connu ces situations et les présente sans les enjoliver ou les exploiter de façon outrée (comme ce sera le cas dans Rocky de J.G. Avildsen (1976)). Le rythme est plutôt lent et l'intérêt va plus aux personnages et à leurs difficultés (les belles scènes du marché au travail à l'aurore, la discussion entre les deux anciens boxeurs), ce qui pourra rendre ce film ardu à visionner pour certains. Au final, la narration classique et la surdramatisation s'inclinent au profit des émotions et des sentiments.

Un film très personnel de John Huston qui retrouvera grâce à lui une deuxième jeunesse. Il faut quelques efforts pour en apprécier toutes les subtilités de ce film des années soixante-dix. Une fois que l'on s'habitue au rythme et au style de cette époque, on peut alors redécouvrir une grande quantité d'excellents films oubliés ou passés un peu inaperçus. Celui-ci vous permettra de découvrir le cinéma de John Huston, mais ses oeuvres sont tellement différentes selon les époques, qu'il est conseillé de continuer votre exploration de cet univers complexe, attirant et chaleureux.


Image
L'image est offerte au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert anamorphosé. Est présent également un transfert en plein écran (P & S).

L'interpositif est relativement propre mais cependant pas autant que ce à quoi on aurait pu s'attendre. La définition générale est elle aussi correcte sans posséder forcément le niveau attendu. Les couleurs à la palette à nouveau limitée (cf Serpico et Don't Look Now) sont correctement rendues, même si elles ont l'air un peu plus passées qu'au cinéma. Le contraste est acceptable sans être lui non plus à la hauteur de nos attentes. Les parties sombres du film sont à la fois bien et mal rendues du fait des particularités de la superbe photo de Conrad Hall. En effet, toutes les scènes dans les bars et les scènes de petit matin sont volontairement très sombres et ce transfert leur rend justice sans avoir voulu les dénaturer pour rendre les scènes plus visibles. Cependant, les noirs sont un peu justes en profondeur mais surtout bouchés. Ainsi, dans les scènes sombres tous les détails sont absents.

La partie numérique du transfert n'est pas elle non plus du meilleur niveau. Les fourmillements sont présents pendant quasiment toute la durée du film et sont parfois rejoints par des parasites qui, combinés aux défauts de l'interpositif, finissent par donner l'impression qu'il ne s,agit pas d'un nouveau transfert.

La Columbia Tristar propose à nouveau un transfert, certes acceptable, mais dont une bonne partie de la restauration semble avoir été oubliée. Ceci est fort dommage car ce beau film méritait certainement un traitement plus poussé.


Son
La seule bande sonore disponible avec cette édition est en Anglais (DD 2.0 stéréo).

Cette bande-son en stéréo s'avère d'une dynamique correcte eu égard à l'age du film. La présence est suffisante pour que le spectateur puisse être plongé dans l'ambiance dès la chanson d' ouverture. Les effets stéréo ne sont certes pas le point fort de cet enregistrement, cependant ils sont suffisamment précis pour permettre un bon rendu des scènes de combat. La musique est bien intégrée au reste de la bande-son et ne vient jamais couvrir les dialogues. Ceux-ci sont bien rendus et toujours intelligibles. Les basses fréquences sont limitées mais sont présentes pour appuyer et donner plus de corps aux combats. Des bruits parasites sont éventuellement audibles si l'on pousse la piste dans ses retranchements.


Suppléments/menus
Une section totalement vide, car on ne peut considérer les trois bandes-annonce proposées comme un véritable supplément.
En effet, la bande-annonce de On the Waterfront peut passer, encore que sa qualité soit vraiment très limite, celle de The Champ serait logique (film sur la vie de Mohammed Ali avec lui-même dans son propre rôle) si le film n'avait l'air aussi ridicule. Mais la palme est décroché sans conteste par la bande-annoce de XXX qui n'a strictement rien à faire sur une édition DVD d'un film de J. Huston des années 70. Les suppléments ne sont pas a priori la partie publicitaire d'un DVD et pourtant la présence de la bande-annonce d'un film d'action à gros budget récent sur l'édition ne peut être que de la publicité. Ce défaut est étonnant de la part d'un aussi gros éditeur que la Columbia, surtout qu'il fait l'effort de sortir des films un peu oubliés malgré leurs immenses qualités.

De plus, il semblerait que des vrais suppléments aient été prévus à l'origine, car on trouve avant le début du film l'habituelle note concernant la responsabilité de l'éditeur vis à vis du contenu des suppléments. Il est bien dommage que sur une oeuvre aussi intéressante que celle-ci, l'éditeur n'ait jugé bon de n'inclure aucun vrai supplément (S. Keach et J. Bridges auraient pu commenter le film).



Conclusion
Une édition moyenne techniquement et malheureusement sans suppléments. Par contre, la qualité du film rattrape largement ces défauts et permet à cette édition d'obtenir notre recommandation.

Une oeuvre poignante et sans illusions, sur le monde de la boxe amateur, parmi les plus réalistes et justes sur le sujet. Seul son rythme désarmant et son refus de tout sensationnalisme pourront dérouter les spectateurs peu habitués aux film des années soixante-dix, mais permettra à ceux qui feront l'effort de passer par dessus leurs habitudes, de découvrir tout le talent et la sensibilité de ce géant du cinéma qu'est John Huston.


Qualité vidéo:
2,8/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
2,8/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-12-10

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Fat City

Année de sortie:
1971

Pays:

Genre:

Durée:
97 mins minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Columbia Tristar

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Bandes-annonce

Date de parution:
2002-12-10

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