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DVDEF

Face/Off (Special Collector’s Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Face/Off est un film qui aurait du marquer le véritable début de la carrière américaine de John Woo après deux films vraiment en dessous de son talent (Hard Target et Broken Arrow) et malheureusement malgré toutes les qualités du film et son succès considérable, il faut bien reconnaître que depuis Windtalkers, Woo est loin d’avoir convaincu et son effacement depuis ce film est fort regrettable.

En effet Face/Off, surtout avec le recul, s’avère être l’un des films d’action/science-fiction les plus réussis que nous ayons pu voir, un mélange détonnant d’action décomplexée, de scénario simpliste et un peu bête à la base mais offrant des possibilités de scènes passionnantes et “jouissives”, joué par des acteurs certes cabotinant mais de façon ô combien agréable, le tout emballé par une mise en scène, un montage et un sens du rythme hors pair.

Voici donc une oeuvre qui prend directement le relais des plus grandes réussites hongkongaises du cinéaste tel The Killer ou Hard Boiled et fait oublier ses deux premières tentatives américaines qui ne lui avaient pas permises de démontrer autre chose qu’un simple savoir faire technique. John Woo a eu une carrière très prolifique et complètement en dent de scie à Hong Kong, réalisant des dizaines de films sans autre intérêt que leur aspect technique jusqu’à ce qu’un déclic se produise en lui avec A Better Tomorrow, et qu’il invente un style et des thématiques qui n’appartiennent qu’à lui. Certes, l’utilisation de ralentis, le montage ultra découpé mais lisible et les gunfights d’anthologie ont déjà été vus ailleurs mais jamais tous
ensemble, avec une telle efficacité et surtout avec ce petit "plus" poétique et fascinant qui fait le prix de ses oeuvres intéressantes. N’oublions pas non plus une vision naïve et entière de l’idée d’amitié, une sorte de chevalerie moderne, que ce soit chez les méchants ou les gentils qui sont d’ailleurs souvent en apparence séparés par une ligne Bien/Mal très manichéenne mais pourtant ambiguë et passionnante des que l’on s’y penche de plus près. Il recycle beaucoup et s’inspire de chefs-d’oeuvres reconnus du cinéma mondial, mais se débrouille toujours pour créer quelque chose de nouveau sur ces bases connues. Il est lui même très ambiguë quant à ses références puisque, par exemple, il revendique sans en avoir l’héritage et le mélange de deux figures emblématiques du cinéma français que pourtant tout oppose, Jacques Demy (Les demoiselles de Rochefort) et Jean Luc Godard (À bout de souffle). Il n’hésite pas ainsi à mélanger des figures de style et des thématiques antinomiques avec une aisance confondante, n’hésitant pas à aller à l’encontre de tous les principes des cinéastes auquel il emprunte pour recycler des figures de style ou des thématiques. Son cinéma est donc en permanence au bord du ridicule excessif sans jamais y tomber de par sa force esthétique et sa foi aveugle dans la puissance du medium au service de sa vision des choses. Son dernier film Hong Kongais, Hard Boiled, qui est aussi son plus explosif, excessif et fou, est aussi éminemment politique et engagé puisqu’en dénonçant ouvertement les agissements ignobles des triades chinoises, le cinéaste s'est mit personnellement en danger. On comprend dès lors les raisons de son départ aux Etats-Unis et le temps d’apprentissage qu’il lui fallut (langues, coutumes, système de production et absence de liberté artistique) avant d’enfin parvenir à monter un projet qui lui ressemble.

Et le projet de Face/Off était donc le véhicule idéal pour lui permettre de démontrer ses véritables capacités de cinéaste. Le postulat de départ farfelu et pour le moins abracadabrantesque rappelle celui des meilleurs films de John Frankenheimer tel The Manchurian Candidate ou Seconds sans pour autant offrir un traitement aussi fascinant et profond, mais au contraire développant sans complexe l’aspect le plus incroyable de ces prémisses. Lorsque un réalisateur a dans son sac deux acteurs aussi talentueux et
cabotins que Nicolas Cage et John Travolta pour jouer deux rôles interchangeables, la jubilation ne peut qu’être au rendez-vous. Si en tant que spectateur vous décidez de jouer le jeu et de ne pas chercher la moindre once de réalisme dans la situation ou les actions présentées, vous laissant prendre par la maestria de la mise en scène et des acteurs en roue libre, vous aurez alors un divertissement pur d’une incroyable efficacité.

John Woo y reprend de façon moins frénétique ses expérimentations visuelles de Hong Kong et les “embellit” et les polit d’un vernis hollywoodien qui ne les ternit pas mais les rend plus tolérable pour le grand public. Nous sommes donc toujours triste de voir que malheureusement ce genre de super blockbuster de qualité est une espèce en voie de disparition (même Die Hard 4.0 ressemble plus a un épisode de 24 mélangé à The Shield qu’aux Die Hard de John McTiernan) alors même que les réalisateurs capables de les faire sont toujours présents dans l’industrie. Bien sur John Woo étant John Woo, il décline dans ce film ses figures de style préférées à outrance, mais le film est si dynamique et divertissant que ces “lourdeurs” ne se sentent jamais vraiment. Egalement, la final du film est complètement en folle avec une course poursuite en bateau qui démarque les limites du film; au sens où le réalisateur se fait ouvertement plaisir dans un style plus proche de HK (cascadeurs visibles, action totalement insensée et irréaliste), contrastant un peu avec la perfection technique du reste du film.

Voici donc un film dont les “défauts” ou “faiblesses” évidentes sont constamment transcendés par toutes ses qualités, pour peu que vous souhaitiez passer un bon moment divertissant sans compliquer votre vie de spectateur, toutefois sans forcément regarder un film totalement décérébré (ce qui est aussi fort agréable parfois) alors ce film est fait pour vous et l’un des meilleurs qui se puisse trouver dans ce style.




Image
L’image est proposé au format respecté de 2.35:1 d’après un transfert 16:9 au moyen du codec VC-1 en 1080p.

La définition générale est vraiment exceptionnelle, surtout pour un film de 1997, rivalisant aisément avec des productions actuelles. L’interpositif est propre mais laisse curieusement toujours passer quelques traits et points discrets. Le grain est limité à ce que John Woo souhaitait et se révèle clairement bien moins important que sur le DVD récemment paru. Les couleurs assez particulières du film sont très bien rendues, restant réalistes tout au long du film, de même que parfaitement saturées. Seule la constance peut éventuellement être prise en défaut, mais cela est plus dû au fait que la HD fait ressortir les divers problèmes au tournage, notemment le changement de lieu de tournage qui, malgré tout l’expertise du directeur photo, se remarque pour un œil entraîné. C’est là la rançon de la très haute qualité, mais cela n’est absolument jamais gênant. Le contraste est géré à la perfection sur toute la durée du film. Les scènes sombres sont magnifiquement rendues grâce à des noirs extrêmement profonds et purs qui sont un vrai régal pour les yeux. Enfin, la partie numérique n’est pas exempte de tout reproche puisque sur un écran de 2.40:1 de base nous avons pu remarquer une surdéfinition légère, mais qui revient régulièrement sans pour autant être gênante, de même que quelques scènes faisant montre d’un peu de bruit numérique mais quasi invisible. Il est cependant curieux qu’étant donné la qualité générale remarquable de ce transfert, de tels défauts subsistent. Une grande partie de notre attente envers la HD concerne justement la suppression de ces défauts artificiels et gageons que nous sommes juste au début de la fameuse révolution HD et que comme pour le DVD, les progrès à venir seront sans aucun doute énormes et inclueront la maîtrise totale de tous les défauts numériques.

Un transfert absolument détonnant qui redonne vraiment une seconde jeunesse à ce film complètement fou, donnant l’impression qu’il vient d’être tourné hier. La HD est clairement un format d’avenir car les différences entre un bon DVD et un bon HD-DVD deviennent de plus en plus écrasantes à l’avantage du second. Certes pour en tirer la substantifique moelle, il faut au moins un écran de 115 cm car en dessous l’apport est bien moindre et ne justifie par forcément un investissement conséquent. Le format étant tout jeune, il subsiste encore quelques légers défauts numériques qui devraient disparaître au fur et à la mesure que la maitrise du codec VC-1 s’améliorera.


Son
Les quatre bandes-son proposées sur cette édition sont respectivement en Anglais (DTS 6.1, 1.5 Mbps), Anglais (Dolby Digital plus EX 5.1, 1.5 Mbps), Français (Dolby Digital plus 5.1, 768Kbps) et Espagnol (Dolby Digital plus 5.1, 768 Kbps).

La dynamique des deux bandes-son anglaises est absolument phénoménale et digne de toutes les éloges. Bien sûr, la Paramount n’a pas jugé bon de proposer des mixages en Dolby Digital True HD ou bien en DTS Lossless, ou encore mieux une piste PCM 5.1 non compressée qui aurait poussé encore plus loin les limites en terme dynamisme, mais nous ne pouvons qu’être vraiment satisfait. Attention à vos enceintes qui risquent, selon leur tailles et leur puissance, d’avoir du mal à retranscrire l’avalanche sonore et à saturer rapidement. Leurs présence et spatialisation sont elles aussi assez incroyable et représentent ce que nous avons entendu de plus enveloppant et explosif à défaut d’une subtilité qui fait parfois défaut (mais cela est à mettre au crédit du film!). La musique est parfaitement rendue, sans aucune limitation quelles qu’elles soient, autant dans le haut que le bas du spectre. Elle est par ailleurs parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les enceintes arrières sont utilisées de la manière la plus agressive qui soit mais dans le bon sens du terme, en total accord avec le style du film. Mission donc totalement remplie pour la gestion des enceintes qui s’avère remarquable de précision et ce malgré le déluge sonore qu’elles ont à retranscrire. Les dialogues sont logiquement parfaitement intelligibles en toutes circonstances. Aucune trace de parasites ou distorsions ne sont audibles et ce même à volume très élevé comme cela est conseillé pour le visionnage de ce film, à condition d’avoir des voisins tolérants tout de même.

La gestion des basses fréquences est absolument remarquable, apportant un poids démentiel à toutes les scènes d’action mais aussi aux scènes d’ambiance ou au rendu musical. A noter une très agréable différenciation entre les différents types de graves que l’on trouve habituellement en HiFi mais rarement en cinéma maison.

Les pistes françaises et espagnoles sont de belle qualité, mais de plusieurs crans en dessous à leurs homologues anglaises. Il est donc plaisant de constater que le Dolby Digital Plus n’est pas une simple astuce marketing mais bel et bien un plus pour le consommateur exigeant.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande son du tonnerre qui représente ce que nous avons pu entendre de plus impressionnant et efficace dans ce domaine (même si nous n’avons pas encore testé de bande-son de blockbuster récent), ce qui fait vraiment plaisir à entendre sur un film de 1997. Malgré tous nos superlatifs, nous nous devons également de souligner le fait que la Paramount aurait pu offrir directement des formats sonores sans aucune compression qui aurait encore poussé plus loin l’excellence du rendu sonore, le tout pour se réserver la chance d'offrir une édition future, ce qui est somme toute vraiment dommage et illustre un certain manque de respect pour le consommateur croyant (certes un peu naïvement) acheter l’édition ultime d’une œuvre qu'il aime.







Suppléments/menus
Une section très fournie et complète qui offre tous ses segments en vrai HD pour une fois, même si nous devons bien avouer que l’intérêt réel est clairement limité. Sur le premier disque sont donc offerts deux commentaires audio. Le premier est de John Woo (qui parle un anglais clairement limité) et des deux scénaristes, Mike Werb et Michael Colleary. Malheureusement ce sont les deux scénaristes qui se concentrent sur leur script qui monopolisent la plupart du temps de parole de façon certes très intéressante, mais qui sera reprise en intégralité sur le second commentaire audio. Woo intervient peu et de façon heurtée mais ces apports sont toujours passionnants. On regrette vraiment qu’il n’ait pu faire un commentaire plus poussé. Le second commentaire audio est donc de Mike Werb et Michael Colleary semble être présent pour gonfler le nombre de suppléments sur cette "special collector’s edition". En effet il s’agit du même commentaire que le précédent sans les apports de John Woo et ne présente donc aucun intérêt à écouter. Son ensuite offertes 7 scènes coupées d’une durée totale de 9 minutes et proposent toutes un commentaire audio de John Woo. On peut ainsi constater que John Woo a su choisir les scènes nécessaires et délaisser celles qui n’aurait fait qu’alourdir son film tant les extensions de scènes proposées ne montrent finalement que peu d’intérêt.

Sur le second disque nous est offert le plat de résistance de ces suppléments avec un documentaire en 5 parties (“Science Fiction / Human Emotion”, “Cast / Characters”, “Woo / Hollywood”, “Practical / Visual Effects”, “Future / Past”) d’une duree totale de 64 minutes. Le tout s'intitule "The Light and the Dark: Making Face/Off". Dans ce long et complet documentaire, John Woo revient en détails sur la genèse du film, sa préproduction et les soucis rencontrés sur le tournage, mais également ses intentions en tant que cinéaste, le tout de façon passionnante, ce qui fait regretter que la parole ne lui soit pas plus donnée dans le commentaire audio. Un segment hautement recommandé. Est également offert un autre documentaire d’une durée de 26 minutes intitulé "John Woo: A Life In Pictures". Le cinéaste y revient avec la candeur et la sincérité qui le caractérisent sur son parcours personnel comme professionnel. L’ensemble est passionnant et permet de mieux comprendre la personnalité à vif qui se cache derrière l’auteur/cinéaste. Pour terminer est offerte une très efficace bande-annonce de superbe qualité.

Voici donc un ensemble pour une fois à la hauteur du film et du titre de l’édition (Special Collector’s Edition). Même si ce film se prête clairement moins à l’analyse que bien d’autres, les deux documentaires du second disque permettent vraiment d’avoir une autre vision du film.








Conclusion
Une superbe édition qui démontre la claire supériorité des formats HD sur le SD. L’image est absolument superbe et la bande-son se trouve parmi les plus efficaces et impressionnantes qu’ils nous aient été donné d’entendre. Les suppléments sont identiques à ceux de l’édition spéciale et complètent à merveille cette édition dont nous vous recommandons plus que chaudement l’achat.

Face/Off est un projet de film d’action/science-fiction des plus fous qui soient, mélangeant avec le plus grand bonheur les délires pyrotechniques du cinéma de Hong Kong dont John Woo était le fer de lance avec le savoir faire technique et l’excellence des acteurs américains pour le plus grand plaisir du spectateur. Il est malheureusement trop rare de voir un pur blockbuster aussi enthousiasmant, osant des scènes délirantes, s’appuyant sur une situation de départ très légère mais ne laissant jamais au spectateur le temps de se poser trop de question, recette que bien des studios américains auraient bien fait de noter. À revoir ce film, on se dit qu’il est vraiment bien dommage que John Woo ne tourne pas davantage tant l’euphorie qu’il dégage est agréable.


Qualité vidéo:
4,3/5

Qualité audio:
4,5/5

Suppléments:
4,1/5

Rapport qualité/prix:
4,1/5

Note finale:
4,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2008-03-04

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Face/Off

Année de sortie:
1997

Pays:

Genre:

Durée:
138 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Paramount

Produit:
HD DVD

Nombre de disque:
1 HD-15

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
-

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise DTS ES 6.1
Anglaise Dolby Digital Plus 5.1
Française Dolby Digital Plus 5.1
Espagnole Dolby Digital Plus 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaires audio, scènes coupées, documentaires, bande-annonce

Date de parution:
2007-10-30

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