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DVDEF

Masque of the Red Death/Premature Burial (Midnite Movie - Double Feature)

Critique
Synopsis/présentation
Roger Corman est un cas à part dans l'industrie cinématographique à la fois par ses qualités et ses défauts. L'homme a cumulé les postes de réalisateur (un cinquantaine de films à son actif), de producteur (un centaine de films cette fois-ci) et de découvreur de talents (Jack Nicholson, Francis Ford Coppola, Martin Scorcese, Jonathan Demme). Il a réussi dans ces metiers grâce à plusieurs principes relativement simples : un budget très faible, un jeune réalisateur ou acteur voulant faire ses preuves, un sujet avec de l'action et une grande liberté tant que le budget était respecté. Ce système lui permit de devenir patron d'une entreprise très rentable et de temps à autre, de permettre la réalisation ou de réaliser lui-même des oeuvres intéressantes.

Car il faut bien avouer que la majeure partie des ses productions et réalisations ne sont pas vraiment dignes d'intérêt. Cependant de temps à autres, grâce au hasard associant les bonnes personnes au bon sujet, ont donné lieu à des films mémorables et passionnants (toutes proportions gardées) : le cycle des adaptations d'Edgard Poe, Machine Gun Kelly, Not of this Earth (1957), The Day the World Ended (1957), Bloody Mama (1970), The Undead (1957), The little Shop of Horrors (1960),"X", the Man with the X Ray Eyes (1963). A noter qu'il fut également le distributeur aux États-Unis de nombres de productions étrangères totalement à l'opposé de ses oeuvres ou des films qu'il produisait tels les films de : Fellini, Bergman, Truffaut.

Son travail le plus intéressant restera sans nul doute son cycle E. Poe. Celui-ci débute en 1960 avec un de ses meilleurs représentants, The Fall of the House of Usher dans lequel le système est mis en place. Un décor travaillé, des couleurs flamboyantes, un Vincent Price impérial et une ambiance tendue créés par une réalisation moins coincée et illustrative que prévu. Suivront The Pit and the Pendulum en 1961, toujours bien réalisé mais au scénario plus lâche, puis The Premature Burial en 1962 (où Ray Milland remplacera Vincent Price). The Raven (1963) tentera avec moins de succès d'aborder la série sous un angle parodique qui ne lui convient pas. The Haunted Palace (1963) et The Terror (1963) seront les deux les plus conventionnels et prévisibles de la série tout en restant interessants. Viendront ensuite les deux les plus réussis avec The Masque of the Red Death (1964) et Tomb of Ligea (1961) où Corman sort pour une fois de ses studios pour filmer la nature, et aidé d'un Vincent Price plus sobre qu'à l'accoutumé et d'un script surprenant (l'irrationnel peut à tout moment faire irruption dans la réalité), nous offre l'épisode le plus original de la série.

Masque of the Red Death (1964) est le plus cher de la série et de loin le plus travaillé au niveau des couleurs, des décors et de la composition des plans. Le prince Prospero (Vincent Price toujours un peu cabotin mais c'est une qualité dans ce cas), cruel, imbu de lui-même et sadique terrorise ses serfs et se pose en adepte du satanisme. Lorsque la Mort Rouge décime sa région, il organise un grand bal décadent pendant lequel ses invités sont censés être à l'abri de l'épidémie au sein de son chateau. Les dialogues très bien écrits de C. Beaumont font mouche et l'ambiance décadente qui se dégage de ce film est formidable. Les décors chatoyants et colorés sublimés par la magnifique photographie (toute en couleurs crues et sursaturées de Nicholas Roeg) sont un autre des personnages du film. De plus, une conclusion étonnante et une réalisation travaillée (et très en accord avec le sujet) achèvent de donner à ce film le statut de petit chef d'oeuvre du cinéma et le classer parmis les meilleures oeuvres fantastiques de l'époque.

Premature Burial (1962) ne peut prétendre aux mêmes splendeurs visuelles pour cause de budget beaucoup plus limité et de sujet n'appelant pas la flamboyance. Guy (Ray Milland, vraiment excellent même si radicalement different de Price), est obsédé par la peur d'être (comme il pense que son père l'a été) enterré vivant. Au fur et à mesure du film, son délire va aller croissant et la matérialisation de ses obsessions de plus en plus folles (les magnifiques tableaux qu'il peint, son hallucinant caveau mortuaire équipé de tous les gadgets pour le sauver au cas où il serait enterré vivant). La magnifique photo en tons un peu passés, la réalisation (dont la lenteur et les mouvements de caméra épousent le sujet) renforcent l'idée de décadence (Guy fait partie de la belle société) et de corruption (nous ne vous lèverons pas l'intrigue) qui sont le fil directeur de toute la série des adaptations de Poe. Il est évident que si les décors sont de qualité, les extérieurs dans la brume et les effets speéciaux de la séquence du délire de Guy (même si efficaces) traduisent un manque de moyens évidents qui empêche le film de s'élever au rang des meilleurs de la série, encore que sur le fond le scénario est vraiment retors.

Il est intêressant lorsque de faibles budgets obligent les artisans à se surpasser au niveau des idées et du système D, pour accoucher d'oeuvres dont l'intérêt aurait sans aucun doute été moindre si la production avait été plus généreuse. Roger Corman démontre à travers ce cycle Edgar Poe une sensibilité et un talent de réalisateur certain, dont on pouvait douter au vu de ses productions habituelles. Deux films à voir absolmument et surtout à redécouvrir (pour les nombreux amateurs), vu la qualité proposée par cette édition.


Image
Les deux transferts (anamorphosés) présentent l'image au format respecté de 2.35:1. Etant donné l'age des deux films, le résultat obtenu est tout simplement remarquable et peut en remontrer à bien des transferts très récents.

La netteté et la finesse des détails délivrés par ces deux transferts sont vraiment d'un niveau très élevé et surprendra vraiment les amateurs du genre ayant toujours vu ces films en VHS. Les interpositifs sont victimes de deux ou trois rayures et taches sur les deux films, mais rien de suffisant pour venir déranger les spectateurs tellement ils sont subjugués par les autres qualités de l'image. Le rendu des couleurs est le point fort de ces deux transferts mais de façons différentes. Le fabuleux travail de Nicholas Roeg (futur réalisateur de Don't Look Now et Catch 22) sur Masque of the Red Death explose littéralement à l'écran grâce à un rendu magnifique et sans défauts des couleurs flamboyantes et très saturées qui parcourent tout le film. De façon beaucoup plus discrète, mais de qualité équivalente, les magifiques couleurs (plus sombres et torturées que sur Masque) travaillées par Floyd Crosby (ancien chef opérateur de F.W Murnau) retranscrivent parfaitement l'ambiance sombre du film. Pour les deux transferts, les contrastes sont bien gérés et évitent tous les défauts de brillance souvent inhérents aux vieux films. Les noirs sont magnifiques sur les deux copies et permettent un excellent rendu des parties sombres (la définition restant toujours de niveau correct) qui abondent dans ces deux oeuvres. Bien sûr, quelques effets, comme les "matte Paintings" des chateaux, ressortent du fait de l'excellente qualité de ces transferts mais cela n'est pas gênant.

La partie numérique des transferts est également de haut niveau ne laissant apparaître que sporadiquement des fourmillements (dans Premature Burial pendant la scène de délire de Guy) et du grain intempestif (au début de Masque lorsque Prospero visite le village de nuit).
Un excellent travail de la MGM qui nous offre des résultats inespérés pour des oeuvres qui en valent largement la peine. Le résultat est d'autant plus impressionnant lorsque l'on connaît les très faibles budgets de tournage des productions Corman et le faible prix de vente de cette double édition.


Son
Sur chacun des deux films sont disponibles une bande-son anglaise (DD 1.0 mono) et en français (DD 1.0 mono).

Les deux bande-son originales profitent de dynamiques fort correctes, ce qui leur permet d'avoir des présences tout à fait honorables. Les musiques et effets sont toujours bien intégrées et permettent un rendu tout à fait convaincant. De même, les dialogues sont naturels et sans distorsions aucunes. Les basses fréquences ne sont certes pas le fort de ces éditions mais leur niveau permet (dans le cas des deux films) de donner un surplus d'assise et de poids à la restitution.

Par contre, leurs homologues en français sont de qualité vraiment faible, offrant des rendus très etouffés où beaucoup d'effets sont absents et les voix (généralement mal choisies) des doubleurs sifflent dès que l'action s'emballe. Celles-ci sont présentes certes, mais à moins d'une véritable allergie aux versions originales, leur écoute n'est pas conseillée, loin s'en faut ! Les sous-titres sont bien disponibles en anglais, français et espagnol pour les deux films.


Suppléments/menus
Les suppléments, même s'ils sont peu nombreux, présentent suffisammment d'intérêt pour justifier d'une section dédiée (contrairement à bon nombre d'éditions soit disant spéciales).

Pour chaque film, il s'agit d'un bande annonce de qualité technique moyenne (avec un léger avantage à celle de Masque) et de qualité artistique plus discutable due aux exigences du circuit de distribution des ces oeuvres. Là où les amateurs seront ravis, c'est avec l'interview de M. Corman qui accompagne chaque film. Au fil du temps, cette série de films tirés de l'oeuvre d'Edgar Allan Poe est devenue fort célèbre et ces interviews toutes deux forts interessantes viennent apporter de précieuses informations aux nombreux fans qui manquaient cruellement de matériel. Dans Roger Corman behind the Masque (18'51), il nous dévoile les secrets de tournage de ce film qui restera son plus gros buget et l'un de ses plus gros succès. Dans Roger Corman unearths Premature Burial (9'38), il revient sur les conditions de production et la différence entre Ray Milland et Vincent Price.

Ces deux suppléments réussisent à être plus intéressants que bien des sections beaucoup plus etoffées et ce grâce à leur rareté et leur pertinence. Encore une fois, un bon effort de la part de la MGM, pourtant dans une collection à faible prix.




Conclusion
Une édition indispensable du fait de la qualité artistique et technique des deux oeuvres offertes avec ce titre. De plus, malgré un prix de vente des plus serrés, la MGM nous propose des suppléments de qualité. Ces deux oeuvres typiques du cinéma fantastique des années soixantes méritaient un tel traitement et il ne reste plus qu'à espérer que les autres films du cycle E. Poe de Roger Corman soient offerts en format DVD à un niveau de qualité équivalent.


Qualité vidéo:
3,2/5

Qualité audio:
2,8/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-09-22

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Masque of the Red Death/Premature Burial

Année de sortie:
1964

Pays:

Genre:

Durée:
84 / 82 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
2.35:1 et 2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Entrevue avec Roger Corman

Date de parution:
2002-08-27

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