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Halloween (25th Anniversary Edition)

Critique
Synopsis/présentation
John Carpenter a frappé un grand coup avec Halloween aussi bien au niveau artistique que professionnel et cela sans vraiment s'en rendre compte. Pour sa biographie, reportez-vous à la critique de The Fog.
En 1978 sort donc sur les écrans un film d'horreur au budget ridicule (320 000 dollars) qui allait pourtant connaître un succès phénoménal et parfaitement justifié, mais également modifier radicalement la donne pour tous les petits producteurs concernant la rentabilité et le poids éventuel d'un film à faible budget sur l'industrie cinématographique toute entière.

Non seulement les petits films d'horreur peuvent être rentables mais surtout gagner beaucoup d'argent. De plus, Halloween va réellement créer une vague de films contant l'histoire d'un tueur en série aux meurtres particulièrement sanglants, appelés Slashers, qui trouveront leur quasi négation comique dans un film qui leur rend pourtant hommage, Scream de Wes Craven (1996).
Halloween restera néanmoins, en compagnie de l'immense film qui l'inspira, Psycho d'Alfred Hitchcock (1960), le meilleur film du genre grâce à la qualité de sa mise en scène, la simplicité de son scénario et le fait qu'il touche à nos peurs profondes sans rien montrer de vraiment sanglant.

L'histoire est à la fois simple et linéaire mais il s'en dégage une rare sensation de cauchemar (cf critique The Fog). Durant le prologue (situé en 1963), la caméra subjective épouse génialement le point de vue du petit Michael Myers (6 ans) qui va sauvagement assassiner sa soeur adolescente à l'arme blanche, sans plus d'explications. 15 ans plus tard, le Docteur Loomis (Donald Pleasance), qui s'occupe de Michael depuis son admission à l'asile, doit le faire transférer mais ce dernier s'échappe la nuit même où le Docteur venait le récupérer. Il lui vole sa voiture et file droit vers Haddonfield (la ville où il perpétra son meurtre) pour la nuit d'Halloween. Le Docteur Loomis tentera de faire comprendre au Sheriff local le danger que représente Michael Myers pour les habitants du quartier, mais malgré sa peur intense, il ne réussira pas vraiment à convaincre. Pendant ce temps, Michael semble avoir reperé ses futures proies potentielles, Laurie (Jamie Lee Curtis), Nancy (Annie Brackett) et Lynda (PJ Soles), trois jeunes femmes qui ne se doutent de rien.

Carpenter manipule son spectateur grâce à sa mise en scène, en jouant sur la confusion qu'induisent les plans subjectifs du prologue, les spectateurs croyant avoir affaire à la vision de Michael Myers durant tout le reste du film, alors que souvent il est hors champ. Cela permet à Carpenter de créer une tension phénoménale, grâce à la subjectivité potentielle de nombreux plans. Il prend donc un malin plaisir à balayer les avenues propres et symétriques d'Haddonfield par de lents travellings à hauteur de visage, installant la sensation de danger à tous les coins de rue.
Une des nouveautés de cette oeuvre est de proposer un film d'horreur situé en milieu urbain. De façon plus générale, une grosse partie du succès de ce film est dûe au fait que Carpenter brouille les pistes en modifiant les règles du genre et par conséquent déstabilise son spectateur.
En effet, le fantastique est un style cinématographique très codifié et les spectateurs savent souvent à quoi s'attendre, ce qui leur permet de surmonter la peur et l'angoisse parfois viscérale que peuvent engendrer ce type de films. Hors Carpenter les prend radicalement à contre pied en changeant ces repères et la nature-même de son monstre.
Michael Myers n'est plus un monstre classique mais une entité aux contours mal définis et sans psychologie aucune. Son invincibilité le rattache au fantastique de même que son don d'ubiquité. Il n'est jamais là où on l'attend et pendant les 2/3 du film, nous ne voyons que des parties de son corps envahir l'écran soudainement alors même que l'on croyait être à sa place par le biais de la caméra subjective.

Cette nouvelle source de terreur prend clairement ses racines chez le Norman Bates de Psycho mais se revèle plus déstabilisante ici car sans visage apparent (Myers est caché derrière un masque) et sans motivations explicites.
On se serait attendu à avoir un discours du Dr Loomis sur la psychologie tordue de son patient, or ce dernier n'est là que pour transmettre la peur que Michael lui inspire et son incompréhension totale devant son mutisme complet.
Cela permet même à Carpenter de créer ce qui deviendra une figure récurrente de son oeuvre, l'incarnation du Mal à l'état pur. Ce concept reviendra dans plusieurs de ses films sous des formes différentes, le brouillard dans The Fog (1979), la chose dans The Thing (1982), le diable sous forme liquide dans Prince of Darkness (1987), l'écrivain Sutter Cane et ses monstres des abîmes dans In the Mouth of Madness (1995).

Il joue tout de même avec les légendes en assimilant clairement son tueur au boogey-man, le croque mitaine qui nous a tous traumatisés enfants, et ainsi atteint notre inconscient. Il peut alors provoquer des souvenirs de peurs que nous avons tous connus par l'identification avec les enfants que garde Laurie.
Elle-même est victime de cette peur lors du brillant passage d'exposition du film où ses amies se moquent de ses peurs non rationnelles. C'est d'ailleurs à ce moment que les dons d'ubiquité de Michael lui seront les plus utiles, n'apparaissant qu'à Laurie, dont l'entourage ne croît bien évidemment pas une seconde à ses dires concernant un inconnu étrange qui l'observe et la suit.
Carpenter crée les nouvelles règles du cinéma d'horreur des années quatre-vingt (qu'il contribue grandement à relancer par la même occasion), en cassant les anciennes. Ainsi ce sont les adolescents lascifs et forniqueurs qui seront assassinés et la pure qui s'en sortira seule grâce à son caractère et sa volonté. Il est d'ailleurs intéressant de voir que l'année d'après sortira Alien de Ridley Scott (1979), qui popularisera définitivement le personnage de l'héroine forte par le biais de Ripley (Sigourney Weaver).

Carpenter évite l'horreur graphique car il la sait moins marquante dans le temps que la peur qui s'adresse directement à notre inconscient. Ainsi, malgré sa réputation et à l'instar de The Texas Chainsaw Massacre de Tobe Hooper (1975), il y a très peu de sang et pour tout dire d'horreur graphique à l'écran alors même que le courant des films gore était en plein essor.

La musique est également pour beaucoup dans l'efficacité du film. Elle est de Carpenter lui-même et malgré sa simplicité ou plutôt grâce à sa pureté, elle prend le spectateur aux tripes. C'est elle qui rythme le film et l'adéquation entre son aspect atmosphérique et la lenteur inhabituelle et suspecte des longs plans panoramiques est remarquable.
Carpenter a la réputation d'être un cinéaste d'ambiance plus que de situations et cela trouve son origine dans Halloween où l'on peut maintenant voir avec le recul à quel point le film repose sur la mise en scène et le tempo si particulier qu'il lui imprime.
La remarquable photographie de Dean Cundey est un élémént déterminant pour cette fameuse ambiance et le spectateur se souviendra longtemps de l'environnement nocturne bleuté qu'il a réussi à créer. Sa formidable gestion du noir permet à Carpenter de cacher la maigreur de son budget derrière une image splendide, et de terrifier ses spectateurs en laissant à Michael Myers la possibilité de se matérialiser dans un des nombreux coins sombres de l'écran.

Halloween est donc un film devenu mythique avec les années et qui malgré ce statut et le nombre d'oeuvres qui ont tenté de le copier, il reste original et efficace.
Carpenter y affirme les bases de son style fait de modernité et de respect des leçons tirées des grands maîtres (Hawks, Ford, Leone), duquel il ne derogera jamais tout au long de sa carrière et qui fait que nous conseillons sans réserves ce petit film qui est pourtant si important.


Image
L'image est présentée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est d'un excellent niveau ce qui n'est pas surprenant de la part d'Anchor Bay qui a dû réaliser un sacré boulot pour arriver à un tel résultat sur un film à tout petit budget de 1978. L'interpositif est quasiment vierge de tous défauts et seuls quelques passages légèrement granuleux sont éventuellement décelables.
La finesse des détails est elle aussi de qualité supérieure même si elle baisse parfois légèrement lors de certaines scènes nocturnes très sombres.
Les couleurs sont également bien traitées, naturelles, constantes et sans débordements. Tout juste peuvent elles parfois sembler manquer légèrement de saturation et donc paraître un peu plus passées que dans la scène précédente, mais cela reste du domaine du détail.
Le contraste est lui aussi parfaitement géré et permet d'éviter toutes les brillances.
Les très nombreuses parties sombres du film sont restituées de façon exceptionnelle et cela rend justice au travail de Carpenter et Cundey, qui ont poussé loin leurs expérimentations visuelles dans le domaine du clair obscur.
Les noirs sont vraiment profonds et purs et aidés par le bon contraste, permettent un rendu impeccable des passages sombres.
La qualité des dégradés est telle qu'elle permet de rendre toutes les nuances de bleu de la tenue de Jamie Lee Curtis alors qu'elle-même est dans un environnement bleuté.

La partie numérique est du même acabit bien qu'elle génère quelques curieux fourmillements lors des passages sur lesquels on les attendaient pas forcément (l'arrivée à Haddonfield en plein jour). A part cela, aucun autre défaut n'est à signaler.

Un transfert remarquable, mais on s'avère moins surpris qu'à l'accoutumé car Anchor Bay nous a habitués à d'excellents résultats et nous pouvons dire que cette édition d'Halloween fait vraiment partie de leurs réussites.



Son
Les trois bandes-son proposées sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1), Anglais (Dolby Digital 2.0 surround) et Anglais (Dolby Digital 1.0 mono).
La bande-son multicanal est d'une dynamique fort correcte même si l'on est loin de celle de mixages récents. Sa présence et sa spatialité sont très effectives lors des passages musicaux ou agités et plutôt restreinte durant le reste du film.
La lancinante musique de John Carpenter est remarquablement bien rendue et s'avère parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Le déploiement du champ sonore s'avère d'ailleurs particulièrement réussi lors des nombreux passages musicaux.
Les enceintes arrières sont relativement peu utlisées mais à chaque fois de façon fort efficace. Elles relaient des bruitages ou la musique, renforçant ainsi la tension chez le spectateur sans le distraire.
Les dialogues sont toujours bien intelligibles mais leurs volume étant en retrait par rapport au reste de la bande-son. Dans tous les cas vous pouvez monter le son sans soucis car aucune saturation ou distortion ne sont alors audibles.
Les basses fréquences sont peu utilisées mais lorsqu'elles le sont, le résultat est de qualité. Le caisson de basse vient ainsi souvent apporter le petit plus d'assise qui décuplera l'ambiance de la scène.
La bande-son en Dolby Digital 2.0 surround et celle en mono s'avèrent relativement peu intéressantes tant le remixage multicanal est réussi et surtout supérieur.
Il n'y a bien malheureusement absolument aucune option de sous-titres comme d'habitude chez Anchor Bay, hormis les sous-titres cc. Dommage également qu'aucun doublage français ne soit offert.

Un remixage multicanal de qualité même si le film se prête relativement peu aux débordements de décibels. Mais le formidable rendu de la musique remplace allègrement n'importe quels effets des bandes-son hypertrophiées actuelles.


Suppléments/menus
Une section bien fournie et au contenu intéressant qui n'oublie aucun des aspects de l'oeuvre et sa production, mais s'avère trop redondant sur certaines informations et utilise de trop longs extraits du film.

Sur le premier disque est disponible un commentaire audio de John Carpenter, Jamie Lee Curtis et Debra Hill. Les trois intervenants ont été enregistrés séparément et le montage de leurs diverses interventions s'avère vraiment excellent. Ils sont tous trois passionnés par le sujet et d'une volubilité qui fait plaisir à entendre. Leur propos sont toujours intéressants même si parfois ils ont tendance à paraphraser l'action à l'écran. Un commentaire de grande qualité et indispensable pour tous les amateurs d'Halloween.

Sur le deuxième disque se trouvent les deux documentaires et le reste des segments.
"Halloween : a cut above the rest" (87 mins.) est le gros morceau de cette édition. Le principal reproche que l'on peut lui faire est d'utiliser de trop longs et nombreux extraits du film que la plupart des gens qui regarderont ce documentaire auront déja vu au moins une fois voire plus. Mis à part cette réserve, il faut bien avouer que ce documentaire est très plaisant à regarder et permet d'avoir des renseignements précis sur tous les compartiments du film et les intentions de Carpenter et Hill (même si ces infos sont parfois répétitives).

Le documentaire suivant, "On Location 20 Years Later", ne dure que dix minutes et n'est pas d'un intérêt primordial, mais se laisse regarder et permet de prendre du recul par rapport à l'oeuvre.

Vient ensuite une galerie de 58 photos bien choisies et de bonne qualité. Suit un ensemble de segments consacrés à l'aspect promotionnel avec une bande-annonce, deux bandes-annonces TV et deux bandes-annonces radio. Est également proposée une biographie des artisans mais qui s'avère vraiment incomplète.

La section DVD-ROM propose le scénario original et deux fonds d'écran assez réussis.
Pour finir, un petit livret assorti de belles photos retrace la carrière du film, l'évolution de son appréciation par les critiques et son influence finale sur l'industrie cinématographique.
Un bel ensemble que l'on aurait peut-être souhaité un peu plus fourni tant il existe des documents concernant ce film, mais qui s'avère à la hauteur de l'oeuvre et de cette édition.



Conclusion
Une édition réussie techniquement proposant un superbe transfert et une piste multicanal pas forcément aussi efficace que les remixages les plus récents. Il s'agit cependant à coup sur de la meilleure édition de ce film mythique et d'un bon travail de la part d'Anchor Bay.

Les suppléments sont au rendez-vous en qualité comme en quantité, nous permettant d'avoir le maximum de renseignements possibles sur les conditions de tournage ainsi que les intentions de John Carpenter, malgré un aspect parfois répétitif.
Une oeuvre mythique dans sa réputation comme dans son contenu, qui réussit depuis une vingtaine d'années à marquer durablement ses spectateurs sans rien leur montrer de vraiment horrible. Il s'adresse directement aux peurs primales de chacun, déplaçant lapeur du carcan gothique et codifié dans lequel elle était jusqu'alors enfermée, pour la rendre encore plus effective en la situant dans une banlieue résidentielle, c'est à dire notre quotidien.

Le spectateur n'a donc plus la possibilité de se mettre à distance grâce à l'exotisme des lieux. Ici le postulat fantastique, Michael Myers comme incarnation du Mal à l'état pur (thème recurrent chez Carpenter), n'est pas l'élément qui va provoquer la peur.
Il s'agit d'un pur film de mise en scène où le scénario est là pour servir le réalisateur et sa maestria technique. A ce titre, les expérimentations de Carpenter en matière de suspense ne sont pas sans rappeler les techniques D'Alfred Hitchcock qui réalisa l'ancêtre du film de tueur en série, Psycho (1960), auquel Halloween doit beaucoup et rend d'ailleurs hommage.
Une oeuvre importante pour le cinéma fantastique et surtout pour les cinéastes indépendants car son succès leur permit de pouvoir réaffirmer leur poids vis à vis d'une industrie qui se serait volontiers débarassée d'eux.
Carpenter confirme ainsi, après la réussite d'Assault on Precinct 13, son statut de jeune réalisateur original au talent assuré et à la volonté affirmée.



Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
3,7/5

Suppléments:
3,8/5

Rapport qualité/prix:
4,3/5

Note finale:
4,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-09-21

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Halloween

Année de sortie:
1978

Pays:

Genre:

Durée:
91 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Anchor Bay

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:

Suppéments:
Commentaire audio, deux documentaires, bandes-annonces, galerie de photos, matériel promotionnel, section DVDRom (Scénario, économiseurs d'écran)

Date de parution:
2003-08-05

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