Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

In Cold Blood

Critique
Synopsis/présentation
Richard Brooks fut écrivain et scénariste (Brute Force de Jules Dassin, 1946 ; Key Largo de John Huston, 1948) avant de passer au poste de réalisateur. Il est de plus un homme de convictions profondes qui guidèrent l'ensemble de son oeuvre et cela lui valut de nombreuses critiques le taxant de moralisateur.
Brooks est pourtant un homme beaucoup plus fin que cela, qui se laissa parfois emporter par son envie de prouver son point de vue, vers des démonstrations peut-être trop appuyées.

Il n'en reste pas moins un des grands réalisateurs hollywoodiens, profondément concerné et même passionné par le sens moral de ses oeuvres, par le fait de dénoncer toutes les injustices et les fanatismes de ce monde. Et cela est suffisamment rare pour le souligner. Une question éthique ou morale est à l'origine de chacun de ses grands films : liberté de la presse dans Deadline USA (1952), la brutalité du monde militaire dans Take the High Ground (1953), les dérives du système éducatif dans Blackboard Jungle (1955), le racisme dans The Last Hunt (1956) et Something of Value (1957), le fanatisme et les sectes dans Elmer Gantry (1960), la peine de mort dans In Cold Blood (1967), la liberté des moeurs dans Looking for Mister Goodbar (1977).
Il signa également deux superbes Westerns avec The Professionals (1966) et Bite the Bullet (1975) ainsi qu'un excellent film d'aventure Lord Jim (1965).

Son style visuel n'est pas très défini, s'accordant souvant au propos ou au thème de l'oeuvre, passant ainsi du baroque (Elmer Gantry) à la froideur quasi clinique (In Cold Blood).
Son oeuvre restera gravé dans la mémoire collective comme celle d'un moralisateur inspiré qui pêcha parfois par excès de bonne volonté, mais la plupart du temps visa juste et apporta des éléments nécessaires pour faire avancer le débat public sur les différents thèmes importants qu'il aborda. A noter qu'il était aussi un directeur d'acteurs remarquable et que beaucoup d'interprètes connus ou moins connus donnent des performances mémorables dans ses films (Humphrey Bogart, Richard Widmark, Glen Ford, Robert Taylor, Stewart Granger, Elisabeth Taylor, Bette Davis, Paul Newman, Burt Lancaster, Lee Marvin, Robert Ryan, Robert Blake, Scott Wilson, Gene Hackman, James Coburn, Diane Keaton, Peter O'Toole, James Mason).

In Cold Blood (1967) restera comme l'un de ses films les plus marquants grâce notamment à ses deux interprètes principaux et à l'objectivité du regard de Brooks sur les deux criminels, ainsi que la puissance de son plaidoyer contre la peine de mort.
On suit l'odyssée tragique et violente de deux ex-détenus, Dick Hickock (Scott Wilson) et Perry Smith (Robert Blake), qui décidèrent sur un renseignement non vérifié de dévaliser la maison de la paisible et respectable famille Clutter afin de trouver un coffre-fort où aurait été cachés 10,000 dollars minimum. Il s'agit d'un fait divers réel qui eut lieu en 1959. Les deux hommes éliminèrent toute la famille afin de ne pas laisser de témoins ni de pistes. Le film retrace de façon non linéaire, la préparation, le massacre, la fuite des deux hommes, l'enquête de police, leur arrestation puis leur exécution.
Il est difficile de faire un film prenant et intéressant sur une affaire que les médias on détaillée de fond en comble, où tous les détails et les grandes lignes sont bien connues du public. Cela est déja plus aisé lorsque c'est le grand Truman Capote qui en tire un roman très réaliste et non-fictionnel, mais le travail de Richard Brooks sur son adaptation conjuguée du livre et du fait divers est absolument remarquable.`

Il demanda d'aileurs à T. Capote de ne pas se mêler de son adaptation et celui-ci ne vit d'ailleurs le film qu'une fois terminé. Il insista beaucoup sur les détails, se permettant également quelques passages d'une tonalité différente (le ramassage des bouteilles de Coca-Cola).
Son point de vue sur la peine de mort est très net, il l'exprimera d'ailleurs de façon très évidente par la bouche de son personnage Perry Smith : "La pendaison n'est qu'une vengeance, je ne suis pas contre car j'ai passé ma vie à me venger". Cela nous prouve bien que la peine de mort place la société qui la décide au même niveau que les assassins qu'elle exécute. Est également mis en avant l'aspect étrange de ce tueur ayant conscience de ses actes (en les acceptant comme tels), et de son complice lui expliquant pourquoi il a besoin de lui et s'avérant donc encore plus retors.
Ainsi les deux tueurs acquièrent une dimension vraiment dérangeante dans leur capacité à être conscients de leurs actes sans l'explication rassurante de leur folie (même si Perry paraît bien dérangé par moments). Flotte d'ailleurs un parfum de fatalisme et d'inéluctabilité quand est évoqué à deux reprises The Treasure of the Sierra Madre (John Huston, 1948), à travers les propos de Perry et la magnifique scène du ramassage des bouteilles de Coca-Cola. Ils sont à ce moment-là conscients de leurs actes mais surtout espèrent encore dans le rêve américain classique de fortune facile, du coup cette métaphore des bouteilles n'en prend que plus de poids. A noter d'ailleurs que Robert Blake joua son premier rôle dans ce même film, créant du coup une analogie forte.

Richard Brooks prit le parti de rendre ses assassins moins antipathiques que ce qu'ils étaient apparamment dans la réalité, en en faisant des personnes fragiles, débris de la société américaine. Il reste cependant plus objectif que ne le fut Robert Wise dans I Want to Live (cf critique), qui lui prit ouvertement parti pour l'innocence de son héroine dans une autre adaptation de fait divers par ailleurs excellente.
Il résista surtout à la tentation de glorifier et mythifier ses dangereux et au final exécrables personnages comme le fera brillamment Arthur Penn la même année avec Bonnie and Clyde, signant ainsi une oeuvre très différente sur un sujet quasi similaire.

Il confia donc le rôle à deux acteurs peu connus de façon à personnifier ses tueurs par des visages inhabituels, tenant tête aux studios qui tentèrent jusqu'à la dernière minute de lui imposer Paul Newman et Steve McQueen qui n'auraient certainement pas offert le même impact et surtout l'auraient obligés à édulcorer ou modifier son projet.
De même, il refusa de tourner en couleurs, désirant ardamment le noir et blanc de façon à rendre la froideur et l'objectivité que le sujet nécessitait. Son style visuel glaçant et réaliste cadre parfaitement avec ses expérimentations sur le montage (rupture de rythme narratif, flash-backs). Il raconte ainsi le massacre une heure et demie après le début du film, poussant même l'objectivité jusqu'à laisser les meurtres hors-champ pour une efficacité décuplée.
Il expérimenta également de fort belle manière sur le montage-son, faisant par exemple coïncider le cri d'horreur de la personne découvrant les cadavres avec une sirène de police.

Le film change de rythme durant sa dernière demi-heure, ralentissant volontairement de façon à bien faire ressentir la pression montante chez les condamnés et l'absurdité de ce geste. Le public et notre société sont d'ailleurs mis faces à leur responsabilité dans les diverses peines de mort prononcées et exécutées par le biais du court mais crucial personnage du bourreau. Une personne assistant à la pendaison demande à une autre si il s'agit toujours du même exécuteur et l'autre lui répond que oui et qu'il est payé 300 dollars par pendaison, nous renvoyant à notre rôle apparamment indirect mais bien réel dans ces meurtres d'état. Il conclut d'ailleurs son film par une image des plus marquantes.

De façon à bien restituer la froideur de l'histoire, il travailla avec l'immense directeur de la photographie Conrad Hall (The Professionals, Fat City, Road To Perdition) pour développer une photographie très contrastée à la précision clinique comme si le film observait la réalité.

De même, il commanda à Quincy Jones une partition jazz sachant pafaitement s'adapter à l'état d'esprit des protagonistes et à l'ambiance de l'histoire, passant de la légèreté à la distortion expérimentale qui achève de vous plonger dans le film.
Une oeuvre forte et troublante, toujours aussi efficace à l'heure actuelle grâce au perfectionnisme de Brooks et l'excellence de ses acteurs qui campent de façon fort convaincante et anti-dramatique leurs pitoyables personnages.

Un film nécessaire qui permet de réfléchir sur la peine de mort, ses fausses justifications et sur la stupidité légendaire de notre race qui se croît pourtant d'une équité sans égale.


Image
L'image est présentée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est d'un excellent niveau et permet un rendu très agréable. L'interpositif n'est par contre pas très propre et certaines scories sont assez visibles, venant parfois perturber légèrement le plaisir du visionnage. La finesse des détails est résolument supérieure permettant d'apprécier au mieux le magnifique travail des artisans du film.
Le contraste est bien géré malgre quelques fluctuations et évite bien les brillances.
Les parties sombres sont bien rendues grâce à des noirs profonds dus à un traitement différent des scènes nocturnes. L'échelle des gris est bien respectée et permet du coup une bonne qualité des dégradés.

La partie numérique du transfert est un poil en retrait, générant parfois des fourmillements assez prononcés mais rien de vraiment gênant ni choquant pour une oeuvre de 1967.
Un beau transfert qui aurait mérité quelques efforts de plus sur le nettoyage de l'interpositif de façon à ne pas perturber le rendu de la superbe photographie de Conrad Hall qui apporte tant au film.


Son
Les deux bandes-son disponibles sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 3.1) et Français (Dolby Digital 1.0 mono).

La bande-son anglaise est d'une dynamique appréciable étant donné le style et l'âge de l'oeuvre. Sa présence et sa spatialité sont elles aussi de bon niveau si on les rapporte aux mêmes éléments que précédemment.
La superbe et parfois vraiment angoissante musique de Quincy Jones est vraiment bien rendue et bénéficie d'une bonne intégration au reste de la bande-son.
Les enceintes arrières ne sont pas utilisées pour la bonne et simple raison que le curieux format 3.1 ne correspond pas à celui indiqué sur la jacquette. Il s'agit de l'utilisation des trois enceintes avant et d'une piste pour le grave, et non de l'utilisation de deux enceintes avant et d'un signal sur les surround comme précisé.
La bande-son propose donc une large ouverture sur les enceintes avant ainsi qu'un effet stéréo prononcé et efficace qui profite surtout à la musique, les bruitages et autres effets étant limités du fait de la nature réaliste de l'oeuvre.
Les dialogues sont du coup toujours parfaitement intelligibles et sans traces de distortions ou parasites, sauf en cas de volume vraiment élevé, et ce grâce à l'utilisation de l'enceinte centrale.
Les basses fréquences sont bien présentes et efficaces, mais servent surtout la partition musicale en lui offrant le surplus d'assise nécessaire lors de ses passages les plus puissants.

La bande-son française paraît bien fade et étouffée en comparaison mais c'est surtout la qualité artistique de son doublage qui laisse vraiment à désirer.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français, Espagnol, Portugais, Chinois, Coréen, Thaïlandais.

Une bonne surprise que cette bande-son délivrée dans un format inhabituel, mais pourtant bien efficace et qui pourrait s'avérer une alternative valable aux mauvais remixages 5.1 utilisant de façon souvent farfelue, et surtout inutile et distrayante pour le spectateur, les enceintes arrières.


Suppléments/menus
Une section bien malheureusement vide à l'exception de quatre bandes-annonces.

Celle de In Cold Blood est de qualité moyenne mais présente bien l'oeuvre et les questionnements qu'elle entend soulever. Les trois autres sont celles d'oeuvres reliées à In Cold Blood par le thème très large du meurtre : 8 MM de Joel Schumacher, Identity de James Mangold et In a Lonely Place de Nicholas Ray.

Il est vraiment dommage de ne pas trouver un documentaire comparant le degré de liberté pris par Truman Capote lorsqu'il s'inspira d'un fait divers réel pour écrire In Cold Blood, ainsi que celui que prit Richard Brooks pour adapter ce même livre à l'écran. De plus, vu les questions morales très pertinentes soulevées par ces oeuvres, il aurait été judicieux de les analyser de façon objective et neutre, ce que nous permettent les années écoulées depuis la sortie du film.



Conclusion
Une édition réussie au niveau technique même si un nettoyage plus poussé de l'interpositif aurait été un plus. Le curieux format sonore 3.1 est plutôt efficace même si l'on ne peut qu'être étonné de sa présence sur un film très réaliste de 1967. Il est dommage que la Columbia Tristar n'ait pas jugé bon d'inclure des suppléments tant le film et les diverses questions morales qu'ils pose auraient pu être développés et éclaircis.

Un film au regard presque documentaire sur son époque et les deux tueurs qu'il observe, mais qui s'avère d'une force incroyable malgré son regard réaliste.
Les deux acteurs principaux sont stupéfiants de naturel et le fait qu'ils étaient alors inconnus à l'époque renforce beaucoup l'impact de leur interprétation.
Le film observe les faits de façon clinique et relativement neutre, malgré le reproche d'une trop grande complaisance vis à vis de personnages non-fictifs qui étaient des meurtriers avérés. De nos jours, son regard apparaît comme juste et équilibré et cela n'en renforce que plus la force du plaidoyer de Brooks contre la peine de mort.
Le film témoigne de façon objective de la stupidité de l'être humain en général et de sa capacité à se mettre dans des situations incroyables et de les résoudre de la pire façon possible.
Ainsi, le crime atroce commis par les deux paumés est ignoble et profondément dérangeant car non motivé et d'une stupidité incommensurable (ce dont l'un d'entre eux est parfaitement conscient). Mais la vengeance de la justice des hommes l'est tout autant, voire même plus, car elle est censée émaner d'un groupe d'hommes réfléchis et objectifs. Or ceux-ci répondent au meurtre par le meurtre et paraissent donc aussi dérangés et dangereux que les vrais tueurs qui se transforment du coup en victimes.
R. Brooks, par sa mise en scène sèche et clinique, aidé de la glaçante photographie de Conrad Hall et la dérangeante musique de Quincy Jones, nous offre un film puissant, constat tragique sur les inadaptés dangereux que peut fabriquer notre société mais également sur le monstre imbu de lui-même qu'elle a été capable de devenir.
L'image finale reste gravée longtemps et offre une sorte d'emblême pour toutes les personnes étant intimement contre la peine de mort.


Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
3,6/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,2/5

Note finale:
3,3/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-09-11

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
In Cold Blood

Année de sortie:
1967

Pays:

Genre:

Durée:
134 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Columbia Tristar

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Allemand Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol
Portugais
Chinois
Coréen
Thailandais

Suppéments:

Date de parution:
2003-09-23

Si vous avez aimé...