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DVDEF

Schindler's List

Critique
Synopsis/présentation
Steven Spielberg est un cinéaste mondialement connu qui n'est donc plus à présenter. Il est important de noter le changement de direction évident de sa carrière depuis qu'il a réalisé Schlinder's List (1993), passant en quelque sorte à l'âge adulte avec cette oeuvre.
On sent chez lui une vraie volonté de se démarquer de ses oeuvres précédentes, une sorte de maturité dictée par le sujet et ses implications énormes.
Le film nous conte l'histoire vraie d'un industriel du parti Nazi, Oskar Schindler (Liam Neeson), qui utilisa des Juifs dans son usine à des fins commerciales. A force de travailler avec eux, il finit par éprouver de l'empathie envers leur condition et risqua sa vie et sa carrière pour sauver ses employés de l'extermination.

Si Spielberg utilise régulièrement des "clichés" classiques du cinéma américain, c'est qu'il réalise un film de divertissement avant tout, sur un sujet périlleux et primordial, mais un film de cinéma avant tout. Il cherche à toucher le grand public, l'émouvoir sur cette période de folie généralisée qu'a été l'holocauste, de façon plus facile et aisée à assimiler que les immenses films documentaires que sont Shoah ou Nuit et Brouillard. La composante commerciale du film nous semble un point essentiel de sa réussite. Sans ce côté divertissant et commercial (faire un film que sera vu par le plus grand nombre sans pour autant céder aux exigeances des studios pour des questions de rentabilité immédiate), le film n'aurait plus du tout eu le même intérêt puisque d'autres films documentaires eux (donc non commerciaux) ont déja mis en exergue les atrocités dépeintes dans le film de Spielberg.
Alors, s'il utilise des ficelles connues pour la progression psychologique de ses personnages, elles sont toujours justifiées scénaristiquement parlant. Le fait qu'il ait occulté certaines réalités historiques (les tenues rayées des camps de la mort) et qu'il en ait minimisé d'autres, ne fait pas pour autant de Spielberg un opportuniste, bien qu'à nouveau le centre de son film soit l'ascension fulgurante d'un homme seul et par ses propres moyens, et donc la mise en avant évidente de l'idéologie américaine typique. Cette ambiguité est d'ailleurs un des points discutables du film, qui se justifie cependant par le positionnement clairement commercial de l'oeuvre (commercial dans le sens le plus noble du terme : destiné au très grand public).
C'est là une démarche qui inspire le plus profond respect pour ce réalisateur qui cherche à faire passer un message au plus grand nombre et se sert de son nom et de son savoir-faire pour sensibiliser le grand public à des questions du domaine de la morale et de l'éthique (la superbe et impressionnante scène de discussion sur le pouvoir entre Goeth et Schindler).
Il n'y a donc aucune connotation péjorative dans le terme de film commercial, mais au contraire une admiration devant l'homme qui a réussi à se faire combiner l'incombinable, la Shoah et la folie humaine avec un vrai film de cinéma utilisant toutes les techniques de cet art.

Le manichéisme habituel de ses films précédents est quasiment absent et cela était la condition sinéquanone pour qu'il réussisse son pari.
Toute la partie technique est comme à son habitude parfaite, que ce soit au niveau du choix du noir et blanc, de la photographie granuleuse, des choix de caméra portée, des décors, des costumes, de la reconstitution, de la musique étonnamment discrète (et peu "tire larmes", tant mieux) de John Williams.
Le choix des acteurs est aussi une réussite et le fait d'avoir placé son film sous le signe des bourreaux et de la rédemption de l'un d'entre eux, lui évite la lourdeur qui plombe une oeuvre au demeurant sympathique comme La Vie est Belle de Benigni.
De plus, Spielberg a eu l'intelligence de s'accrocher à l'histoire de Schindler comme pilier de son film qui comporte du coup pas mal d'humour de situation efficace, contrebalançant de façon intelligente les passages beaucoup plus durs et renforçant paradoxalement leur impact.
Certaines scènes sont poignantes au possible (les scènes dans la cave entre Goeth et sa servante juive, les réveils de Goeth, le nettoyage du ghetto) alors que les scènes finales censées être l'apothéose émotionelle du film sont plutôt ratées et ne font avancer le film en rien.
Alors bien sur Spielberg utilise le suspense à des moments forts et sur des situations limites , mais dans le cas de la scène des douches cela nous semble parfaitement justifié et quoi qu'il en soit il s'agit avant tout d'un film de divertissement destiné à jeter à la face du grand public l'horreur de la Shoah.
D'ailleurs un grand bravo à Spielberg pour avoir fait non pas un film sur la souffrance du peuple Juif mais une oeuvre qui montre les mécanismes du pouvoir absolu et total, et surtout le fait qu'un profiteur puisse être touché par certaines situations et changer radicalement.

Voici un film qui nous épargne le lourd "background" religieux auquel on aurait pu s'attendre, qui a le courage de se placer du point de vue du bourreau et de ne pas jouer sur le pathos de façon trop ostentatoire. Schindler est une ordure de profiteur qui finira par faire le bien de façon consciente mais tard dans le film, ce qui en fait un héros d'autant plus ordinaire en ce sens qu'il facilite l'identification beaucoup plus qu'un héros classique aux convictions affirmées. En homme redevenu humain, il va faire ce qui est en son pouvoir pour sauver des gens qu'il a appris à apprécier, voila tout. Cependant, il faut relever le fait que Steven Speilberg en bon réalisateur plutôt sage qu'il est, a pris soin de ne pas trop insister sur les aspects négatifs de son héros (tout de même plus présents qu'à son habitude) et de façon logique, de particulièrement mettre en avant ses aspects positifs. Cela est un peu dommage car la fin du film en aurait pris d'autant plus de valeur, mais relativement logique de la part de Spielberg car le public aurait eu du mal à accrocher à un "héros" très négatif dès le départ, impératifs commerciaux oblige. Seule la fin du film peine à parvenir à son objectif, à savoir replacer les évènements du film dans la réalité en montrant les vrais survivants de la liste venir honorer la tombe de leur "bienfaiteur" dans une scène en couleurs.

Un grand film essentiel, non seulement de par sa réussite cinématographique évidente mais surtout par la façon brillante dont il s'acquitte de sa difficile mission d'information et de sensibilisation du grand public au vrai problème dont il faut se souvenir : les dérives sont rapides et un tel moment de folie généralisée est malheureusement encore envisageable.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est de très bon niveau mais marque quelques fois un recul sur les scènes filmées de façon plus large. L'interpositif est immaculé et conforme sur un tel film attendu depuis si longtemps en format DVD. Le grain présent sur de nombreuses scènes est une volonté du réalisateur et de son chef-opérateur. La finesse des détails est elle aussi de haut niveau, permettant d'apprécier au mieux l'excellent travail de reconstitution effectué par Spielberg et son équipe.
Le contraste est géré à la perfection, ne générant aucune brillance alors que le style visuel de l'oeuvre aurait facilement pu faire tomber le transfert dans ce piège.
La partie numérique est elle aussi exempte de tous reproches, ne générant absolument aucun défaut artificiel visible pouvant distraire le spectateur. La qualité de reproduction de l'échelle de gris est également digne de tous les éloges, mettant bien en valeur le remarquable et complexe travail effectué par Janusz Kamisnki à la photographie.

Un transfert absolument magnifique qui rend à la perfection le rendu particulier voulu par Spielberg et Kaminski. Ce résultat impeccable est d'autant plus méritoire que quatre bandes-son muticanal sont proposées simultanément, signe des progrès constants de l'industrie du DVD en termes de reproduction de l'image.


Son
Les quatre bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1), Anglais (DTS 5.1), Français (Dolby Digital 5.1) et Espagnol (Dolby Digital 5.1).

Les quatres bandes-son multicanal sont d'une dynamique excellente avec un avantage pour le DTS assez évident lorsque le système sonore utilisé permet de le restituer. Leur présence et leur spatialité sont remarquables lorsque le film le nécessite (les scènes du "nettoyage" du ghetto), mais restent subtiles et plutôt discrètes le reste du temps, ce qui est clairement une volonté du réalisateur.
La superbe et émouvante musique de John Williams est rendue à la perfection, sans limitations audibles que ce soit dans le haut ou le bas du spectre. Le rendu musical est de façon logique parfaitement intégré au reste de la bande-son. Le déploiement du champ sonore est parfaitement géré lui aussi, fluctuant selon le type de scènes. Les enceintes arrières sont elles remarquablement exploitées. Les effets ponctuels sont rares, les effets surround étant surtout utilisés pour des effets d'ambiance remarquables ou l'élargissement du rendu musical.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et sans aucune trace de parasites ou de déformations et ce même à très fort volume.
Les basses fréquences sont elles impeccablement utilisées afin d'appuyer la restitution des scènes les plus agitées et surtout lors de tous les passages musicaux. Le DTS prend bien sur un avantage non négligeable sur ses homologues en Dolby Digital.
Le DTS est donc à nouveau la bande-son la plus probante mais il faut bien avouer que les autres se défendent vraiment bien, notamment celles doublées qui sont virtuellement identiques à la bande-son anglaise en Dolby Digital.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Des bandes-son remarquables en tous points qui pourront surprendre nénamoins ceux qui s'attendent à un mixage agressif, car Spielberg a très intelligemment choisi la voie de la qualité et de la subtilité au lieu de celle de l'efficacité au détriment du reste.


Suppléments/menus
Une section intéressante mais malheureusement trop courte du fait de l'utilisation d'un seul disque sur cette édition, et qui manque de renseignements sur la production du film et les choix particuliers de Spielberg.

Le documentaire principal s'appelle "Voices from the List" et dure 80 minutes. Laurent Bouzzereau y compile intelligemment et de façon très lisible les témoignages des vrais survivants de la liste d'Oskar Schindler, qui rendent un vibrant et émouvant hommage à leur sauveur. Ce segment permet de bien remettre en perspective le film et de se rendre compte à quel point la démarche de Spielberg en tant que cinéaste est exemplaire.
Le second est intitulé "The Shoah Foundation Story" et dure 11 minutes. La grosse déception vient du fait qu'il ne s'agit ni plus ni moins que d'une publicité destinée à récolter des fonds pour une cause certes noble mais qui n'en a pas forcément besoin, étant amplement relayée auprès des médias et des sphères éducatives par le film lui-même ou le documentaire précédent.
Une section donc intéressante mais décevante en ce sens qu'on aurait aimé avoir des informations sur ce projet ambitieux, sa production, son tournage et les intentions de Spielberg. Ce qui rend d'autant plus irritant la présence d'un segment purement publicitaire et d'un livret qui n'est ni plus ni moins qu'un appel au don, assez déplacé sur un titre DVD.

L'emballage cartonné en dur, qui présente cette édition sous la forme d'un livre, est du plus bel effet, d'une beauté et d'une sobriété en parfaite adéquation avec l'oeuvre et son sujet.



Conclusion
Des résultats audio et vidéo de très haut niveau même si on aurait pu s'attendre à un résultat encore plus poussé dans l'excellence. L'heure de témoignages des survivants est passionnante mais l'autre documentaire uniquement publicitaire l'est beaucoup moins.

Spielberg a changé de visage en tant que réalisateur depuis ce film, qui donne véritablement l'impression qu'il est arrivé à une maturité thématique et stylistique. Il a su s'effacer pour mettre tout son talent de conteur au service de la mémoire des survivants de cette période atroce. Avec intelligence et sens didactique, il a réussi le parfait amalgame entre la dénonciation de l'horreur et le fait de conter une histoire comme n'importe quel autre film grand public.
Cette oeuvre est aussi utile pour le devoir de mémoire que des documentaires plus difficiles d'accès mais plus profonds comme Shoah, en ce sens qu'elle permet au grand public de toucher du doigt de façon probante les horreurs perpétrées à cette époque sans oublier les questions morales liées à toute cette folie.


Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
4,1/5

Suppléments:
3,6/5

Rapport qualité/prix:
4,3/5

Note finale:
4,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-05-16

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Schindler's List

Année de sortie:
1993

Pays:

Genre:

Durée:
196 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Universal

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-14 (double face, simple couche/double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise DTS
Française Dolby Digital 5.1
Espagnole Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
documentaires

Date de parution:
2004-03-09

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