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Perfume : The Story of a Murderer

Critique
Synopsis/présentation
Cela faisait plusieurs années que le roman Le Parfum de Patrick Süskind, considéré comme un grand chef-d’œuvre de la littérature, était envisagé d’être adapté au grand écran. Plusieurs cinéastes reconnus ont manifesté de l’intérêt, notamment Stanley Kubrick, Tim Burton, Milos Forman et Martin Scorsese, qui finalement ont dû s’effacer pour une question de droits. Mais surtout, ce qui fait que Le Parfum a pris autant de temps à être adapté, c’est justement son impossibilité à être adaptable, du moins jusqu’à maintenant. Puisqu’il raconte l’histoire d’un meurtrier à l’odorat ultra développé, Süskind a construit son livre à partir de la description. Grâce à ce procédé, l’auteur avait réussi à transmettre au lecteur toute la dimension olfactive du récit. Les odeurs étaient décrites de manière si particulière, si précise que le lecteur était complètement immergé dans l’univers du meurtrier alias Jean-Baptiste Grenouille. C’était là qu’était le plus gros défi du scénariste et du réalisateur qui allait s’attaquer à ce classique de la littérature.

C’est finalement le cinéaste allemand Tom Twyker (Run Lola, Run, Heaven) qui s’est vu attaché au projet. En plus de se charger de la réalisation, Twyker a co-scénarisé le film avec Andrew Birkin et Bernd Eichinger. Il faut dire que plusieurs doutaient au départ de ce choix étant donné la tendance formaliste que certains reprochent au cinéaste. Pourtant, il faut avouer que cette sélection s’impose d'elle-même. Twyker est un véritable maître de l’expressivité. Il l’a prouvé avec ses précédents films, particulièrement avec Run Lola, Run, où il réussissait à transposer toute la tension, le danger et l’urgence de la course folle du personnage de Lola. C’est donc que le réalisateur sait maîtriser le langage cinématographique de manière à produire un cinéma que l’on pourrait qualifier de « cinéma de sensations ». Perfume : The Story of a Murderer devient donc le contexte idéal pour transposer son cinéma en plus de faire taire ses détracteurs grâce à une histoire complexe et riche.

Twyker et ses scénaristes ont donc adapté le roman de la façon la plus fidèle qui soit. Le récit ne change guère trop par rapport à celui pensé originalement par Süskind. Les trois scénaristes mettent l’accent sur les éléments importants de l’intrigue (la formation par Baldini, le premier meurtre de Grenouille) en y accordant plus de temps alors que certains raccourcis sont empruntés pour résumer des évènements qui, dans le livre, pouvaient sembler plus longs (la scène de la caverne). Twyker a même gardé la finale du roman intacte, et c’est précisément là que l’inadaptabilité du roman se concrétise. Même si la scène possède un énorme pouvoir sur la résolution de la quête du personnage de Grenouille, donc étant cruciale scénaristiquement, elle risque de diviser drastiquement les spectateurs. Certains trouveront cette finale magistrale alors que d’autres décrocheront totalement. Pourtant, c’est cette finale qui donne tout son sens au récit et qui fait de Jean-Baptiste Grenouille un personnage des plus mémorables de la littérature.

À ce titre, Twyker a visiblement décidé d’être moins critique à l’égard de son personnage principal. Si Süskind était plus catégorique, Twyker épouse, quant à lui, le point de vue de Grenouille et tend ainsi vers une empathie. Elle se concrétisera lors d’une scène magnifique où Grenouille reconstituera son premier meurtre et fantasmera sur un contact avec l’autre sexe qu’il n’aura jamais. Il faut ajouter à tout cela le choix de Twyker de faire appel à Ben Whishaw, un acteur à la bouille attachante et au regard transperçant alors que le roman donnait l’impression que Grenouille était d’une laideur absolue. Sinon, Twyker réussit haut la main le pari impossible de rendre à l’image la dimension olfactive du roman. La première scène, la naissance de Grenouille, est à ce titre particulièrement marquante. Twyker juxtapose une série de plans rapprochés sur divers éléments du lieu en prenant bien soin de mettre en valeur les détails et les textures des éléments mis en scène. Impossible de ne pas imaginer les odeurs de cet endroit crasseux, malsain et glauque.

Après de nombreuses années, l’adaptation du chef d’œuvre de Patrick Süskind a finalement pu voir le jour. Si le film qui en a été tiré ne risque pas de passer à l’histoire, le cinéaste allemand Tom Twyker peut néanmoins se vanter d’en avoir fait une œuvre respectable. Grâce à son flair visuel et à sa sensibilité sensorielle, le cinéaste a réussi à retranscrire toute la dimension olfactive du roman. En restant donc fidèle à son style, Twyker a réussit à offrir par la occasion un grand divertissement de qualité.



Image
Le film est offert au format d’image respectée de 2.35:1 d’après un transfert 16:9.

Un transfert qui reproduit avec une grande classe la facture visuelle assez riche du film. Puisque nous avons affaire à une production très récente, l’interpositif était logiquement dans un état remarquable offrant ainsi une niveau de netteté impeccable. La même chose peut être dite pour le niveau de détails et de textures qui sont ici parfaitement reproduits et qui sont carrément essentiels à « l’approche olfactive » du cinéaste et se devait d’acquérir la plus grande finesse. Dans la même lignée, le rendu des couleurs est aussi superbe. La photographie étant constitué en bonne partie par des couleurs chaudes, ces dernières sont riches, précises et nuancées tout en évitant tout problème de saturation ou de débordement. Les contrastes sont également parfaitement gérés évitant ainsi tout problème de surbrillance. Nous avons également droit à de beaux et fluides dégradés qui offrent de superbes et nombreuses parties sombres. Ce sont finalement des noirs purs et profonds qui complètent ce très beau et admirable transfert.

La compression demeure logiquement très bien maîtrisée et ne laisse paraître aucun défaut apparent.



Son
Nous retrouvons ici deux bandes sons seulement. La première, en version originale anglaise présentée au format Dolby Digital 5.1 et la deuxième en version espagnole offerte au format Dolby Surround 2.0. On reprochera par contre au distributeur l’absence d’un doublage français sur cette édition alors qu’elle arrive plusieurs mois après l’édition en Zone 2 (qui contient une bande son française) et que le film avait été projeté en version française dans plusieurs salles du Québec.

Puisque nous avons ici une œuvre qui se prête davantage à instaurer une ambiance plutôt que de se livrer à des prouesses sonores, il est possible de dire que le mixage 5.1 sert ici honorablement le film. Le dynamisme demeure très convaincant alors que la présence est très solide. Le déploiement du champ sonore s’effectue d’une belle façon. La majorité des éléments sonores passent par les ouvertures frontales et latérales alors que les enceintes arrière sont souvent réservées à des fins d’ambiance. Ce qui ne les empêche pas de livrer quelques effets d’ambiophonie plutôt réussis, mais qui demeureront très subtils pour le spectateur. Quant aux dialogues, ils demeurent totalement et constamment intelligibles tandis que la superbe trame sonore composée par Johnny Klimek, Reihold Heil et Tom Twyker lui-même s’intègre subtilement au mixage. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les basses sont assez souvent sollicitées et lorsque c’est le cas, elles grondent avec une belle profondeur alors que le canal d’extrêmes grave se manifeste, lui aussi, plus souvent que l’on pourrait le croire et ce, de la façon la plus efficace possible.

Heureusement, des sous-titres anglais, espagnols et surtout français sont disponibles sur cette édition.



Suppléments/menus
Malheureusement, seul un documentaire « The Story of Perfume (13:52) » est offert sur cette édition. Encore plus désolant, ce segment n’est qu’une enfilade d’interventions visant à vanter les mérites des différents artisans du film, principalement Tom Twyker et les acteurs. On pourra reprocher également à ce documentaire d’être d’ordre promotionnel et d’aborder l’œuvre de façon très superficielle. Une section amèrement décevante et qui nous laisse sur notre faim.



Conclusion
Perfume : The Story of a Murderer est-il encore une preuve que les scénaristes à Hollywood sont à court d’idée ? Dans ce cas-ci, on parlera davantage de prétexte à étaler au grand public le talent manifeste du cinéaste Tom Twyker pour exprimer, grâce au langage cinématographique, différentes sensations. Son film est certainement pertinent et après l’avoir vu, il devient difficile d’imaginer une autre vision du roman de Patrick Süskind. L’histoire de Jean-Baptiste Grenouille est donc assurément à découvrir pour les cinéphiles et à redécouvrir pour les lecteurs puristes.

Une édition techniquement très satisfaisante. Le transfert est très beau et reflète avec classe les choix stylistiques du réalisateur alors que le mixage 5.1 sert honorablement le film. Par contre, on ne pourra que rester déçu et frustré devant l’absence d’un doublage français et la présence d’un documentaire aussi superficiel et auto congratulateur. On enviera alors nos cousins français qui ont eu droit à une édition double avec un doublage français et une montagne de suppléments dont un commentaire audio de la part de Twyker. Serait-ce le signe d’une éventuelle réédition ? Pour le moment, celle-ci n’existe que pour admirer l’œuvre d’abord et avant tout.



Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
3,9/5

Suppléments:
1,5/5

Rapport qualité/prix:
3,2/5

Note finale:
3,3/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2007-10-10

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Toshiba 27A43C, Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Perfume : The Story of a Murderer

Année de sortie:
2006

Pays:

Genre:

Durée:
147 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Dreamworks

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Documentaire

Date de parution:
2007-07-24

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