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DVDEF

Alexander (Revisited: The Final Cut (Unrated))

Critique
Synopsis/présentation
Oliver Stone est un réalisateur unique avec ses défauts comme ses qualités qui font de lui un artiste passionnant mais pour l’oeuvre duquel les réactions sont généralement très tranchées.
Et le moins que l’on puisse dire de Alexandre c’est que c’est une œuvre qui cumule toutes les caractéristiques du cinéaste - d’autant plus avec la version revisited qui nous intéresse aujourd’hui.
La première qualité qui nous vient à l’esprit nous semble être le fait qu’il s’agit d’une œuvre très personnelle. Oliver Stone a choisi sciemment d’omettre des parties entières de l’épopée d’Alexandre pour n’en retenir que les points qui l’intéressent en tant qu’artiste, quitte à faire des impasses et à livrer une œuvre désappointant de nombreux spectateurs qui s’attendaient à un blockbuster classique à la Troy.

Les options choisies par Stone pourront donc s’avérer déconcertantes pour ceux qui s’attendent à un film historiquement fidèle puisqu’il a choisi de se concentrer plus spécialement sur l’homme et ses problématiques au détriment de l’aspect spectaculaire et conquérant de son parcours. Cependant, la vie et les accomplissements d’Alexandre risquent de rester en surface. Et Oliver Stone ne parvient pas à éviter ce piège puisque malgré ses choix, une sensation de survol est inévitable à la vision du film, et ce même dans cette version plus proche de celle qu’il souhaitait.
L’angle historique mis en valeur en permanence, au sens de l’impact qu’a eu Alexandre sur l’évolution de l’humanité, est l’un des éléments les plus passionnants du film même s'ils occasionnent dans cette version longue le passage le plus raté et mal placé du film (avec le discours lourd et pesant du personnage joué par Anthony Hopkins). Ce monologue final qui ne fait que surligner ce que le film a mis plus de trois heures à développer parait extrêmement placé et à coup sur ennuiera le spectateur déjà épuisé après plusieurs minutes de bruits et de fureur (autant de batailles que de moments intimes).

Une autre option choisie par Stone, très caractéristique de son univers, est une certaine hystérie qui atteint absolument tous les personnages et situations (ou presque). Cependant, ce qui fonctionne à merveille sur certaines scènes (les batailles ou les discours d’Alexandre) a tendance à lasser voire à devenir parfois ridicule lors des scènes d’affrontements verbaux (terminant presque toujours par de l’empoignade musclée avec les hommes comme les femmes). C’est à ce niveau que le manque de subtilité de Stone se fait sentir et irritera à coup sur de nombreux spectateurs. Ceci dit, ce débordement quasi constant d’énergie presque surhumaine colle avec le parcours sans équivalent d’Alexandre et il aisé de comprendre ou le cinéaste veut en venir. Ainsi malgré un nombre de scènes de batailles proprement dites plutôt réduit (et que le spectateur lambda aura comme attente principale), une ambiance fébrile et suragitée se dégage du film. C’est d’ailleurs à nos yeux et malgré les objections que cela peut soulever ce qui fait tout le prix de cette œuvre rageuse où la tiédeur n’est jamais de mise, en osmose totale avec la génie/folie contagieuse d’Alexandre.

Alexandre s’était attribué une mission hors du commun et quel que soit les obstacles qu’il dût franchir, elle resta jusqu’à son dernier souffle son but, le guide de sa vie, même au détriment de son bonheur personnel. Il est rare de voir un héros forcément mégalomane et égoïste (cela va de pair avec la fonction et le pouvoir) s’oublier à ce point et tout mettre en œuvre pour arriver à son rêve.
Et c’est justement là que Alexandre est un personnage exceptionnel et fascinant qui fait oublier tous les défauts du film pour le spectateur qui accepte de se jeter dedans. La mise en place d’une société juste et égalitaire d’un empire où les différences seraient abolies, une des utopies qui fut le proche d’être effectivement réalisée (quitte à forcer la main des différentes parties) fut le grand projet d’un conquérant unique. Le charisme d’Alexandre lui permit d’entraîner dans sa folle épopée une armée et plusieurs peuples jusqu’au bout de son voyage et ce en dépit des différences de culture et des immenses tensions interraciales. Son parcours n’en est donc que plus exceptionnel comme le montre brillamment Stone tout au long du film.
À la différence d’autres grands conquérants et stratèges, le profit et les possessions n’intéressent que peu en elle-même l’Alexandre que nous dessine Stone.
Ce qui nous amène à un autre point passionnant du film qui est le jeu quasi permanent que le réalisateur entretient avec la notion de légende et de mythe. Certes Alexandre est un personnage historique dont la plupart des actions décrites dans le film sont des faits historiques avérés, mais sa personnalité propre et la force intérieure qui le menait sont plus directement liées à la mythologie grecque. Cette volonté d’Alexandre de devenir un vrai personnage de légende est vraiment très intéressante par le fait qu’elle permet à Stone d’appliquer un traitement très particulier à son film.

Et ses choix de mise en scène sont encore bien plus cohérent dans cette version revisitée où il peut enfin mettre en place ce très complexe jeu de flash-back comme il le souhaitait, c'est-à-dire répartis tout au long du film pour une fluidité bien plus grande, de même qu’un rythme presque totalement maîtrisé (si l’on oubli les 10 dernières minutes mentionnées plus haut).
Visuellement, Stone ne s’interdit rien et introduit de nombreux éléments très personnels dont le plus emblématique reste justement l’animal totem qui connecte son héros avec une sorte de sens caché, l’aidant à prendre les bonnes décisions tout au long de son parcours. Toujours sur la corde raide entre ridicule et touchant, Stone réussit la parfaite intégration de cet élément extrêmement personnel. Par contre il faut bien avouer que lors des dernière batailles en Inde (qui sont d’ailleurs extrêmement éprouvantes et parfois effrayantes de par leur furie et leur sauvagerie grâce à leur durée étendue, les plans gores supplémentaires et un incroyable travail sur la bande-son), lorsque Alexandre est à terre suite à sa confrontation directe avec un éléphant de combat, Stone pousse le bouchon très loin avec toute la scène se colorant en rouge. Là où cette idée aurait pu faire son effet sur une durée plus ramassée, elle devient malheureusement pachydermique suite à l'ajouts d'interminables ralentis. Nous devons reconnaître que malgré notre passion pour le style de Stone, nous trouvons nos limites avec ce genre de procédés dont l’abus conduit à la surcharge indigeste.
Cela n’est cependant que point de détail tant l’œuvre sur sa durée trouve une ampleur, et une complexité foisonnante des plus enthousiasmante et qui fait grandement plaisir à voir dans un film de ce budget. Oliver n’a rien perdu de sa rage, bien au contraire et l’on sent bien que ce projet qu’il couvait depuis très longtemps fut l’occasion pour lui de signer une œuvre bilan de sa carrière où toutes ses thématiques et figures de style (ou presque) sont convoquées pour un film qui le place plus que jamais dans une position quasi unique au sein de l’industrie hollywoodienne à gros budget, celle d’un cinéaste à la fois profondément américain dans son aspect direct rageur (il n’y a qu’a regarder les titres et thèmes de son œuvre jusqu' alors) mais qui possède également une sensibilité européenne très marqué. Ces qualités pourtant presque antinomiques en font un réalisateur des plus passionnants qui demande à ses spectateurs un engagement égal au sien de façon à apprécier ses films à leur juste valeur.
Si vous appréciez les œuvre fiévreuses ou le réalisateur se met à nu tout en offrant un film à grand spectacle, si vous aimez les œuvres hybrides qui ne vont pas où vous les attendez et n’êtes pas rebutés par une certaine hystérie (des plus cathartiques quant aux personnages), alors cette œuvre hors normes est faite pour vous.






Image
L’image est proposée au format respecté de 2.35 :1 d’après un transfert 16:9.

La définition générale est de très bonne qualité mais parfois fluctuante, notamment sur les plans larges. L’interpositif est extrêmement propre et seuls quelques passages vraiment granuleux sont à noter.
Les couleurs sont elles parfaitement gérées et cela est d’autant plus remarquable que c’était loin d’être gagné étant donné le chatoiement quasi constant. Elles sont justes, constantes et parfaitement saturées.
Le contraste est fort heureusement parfaitement géré et évite absolument toutes brillances.
Les scènes sombres sont très bien rendues grâce à des noirs vraiment purs et profonds.
La partie numérique est presque totalement exempte de défauts et seules quelques traces de sur définition sont visibles par moments.

Un superbe transfert DVD qui rend parfaitement honneur au film et quasiment sans défaut.


Son
La seule bande-son offerte sur cette édition est en Anglais (Dolby Digital 5.1).

La dynamique proposée par cette bande-son est exceptionnelle et représente ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle en DVD. Il en est de même pour sa présence et sa spatialité. La musique est parfaitement restituée sans aucune limitation audible, que ce soit dans le haut ou le bas du spectre. Elle est par ailleurs parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les enceintes arrières sont superbement utilisées, capables aussi bien d’agressivité lors de scènes de bataille que de la plus grande finesse lors des scènes d’ambiance plus intimes.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et aucune trace de parasites ou distorsions ne sont audibles et ce même à très fort volume.
Les basses fréquences sont remarquablement gérées apportant leur poids aussi bien au rendu musical que celui des scènes de bataille pour un résultat exceptionnel.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais seulement, ce qui est fort regrettable. En effet, la découverte de cette nouvelle version du film est donc limitée aux seuls anglophones étant donné l’absence d’autres bandes-son que l’anglaise et celle donc également d’autres sous-titres que ceux en anglais, ce qui est beaucoup moins explicable étant donné le peu de place qu’ils prennent sur un DVD.

Une bande-son exceptionnelle encore plus réussie que la partie image qui rend parfaitement honneur à une œuvre toute en contraste.




Suppléments/menus
Etant donné la longueur exceptionnelle du film, il parait assez logique qu’aucun supplément ne soit inclut si ce n’est une présentation de cette version spéciale par Oliver Stone. Certes, une édition spéciale aurait vraiment été la bienvenue mais le pari de Stone de sortir cette version personnelle après la version normale et le faux director’s cut précédents est énorme.
Nous qui habituellement aurions fustigé cette absence nous montrons clément cette fois-ci devant le risque financier encouru par une telle sortie DVD pour un film qui n’a pas été si marquant au box-office et qui pour une fois n’est pas guidée par le mercantilisme mais la volonté de l’auteur de voir sa vision d’artiste respectée (qu’on la juge plus ou moins intéressante ou réussie que les autres disponibles).



Conclusion
Une édition aux qualités audio et vidéo remarquables qui font honneur au format DVD. Les suppléments sont absents mais comme nous l’expliquons juste au dessus cela est pour une fois au profit du respect d’une vision artistique. Nous ne pouvons donc que vivement recommander l’achat de cette édition dont le succès ne pourra (espérons le sans doute un peu naïvement) inciter les studios à retenter ce genre d’aventure post-sortie cinéma, ce qui participe au projet artistique à part entière.

Ce Alexander Revisited : The Final Cut est un film monstre qui voit toute la démesure de Stone concentrée sur 3h34 de film. Cela signifie donc que ses qualités, comme ses défauts ou son originalité sont tous amplifiés, n’offrant ni un meilleur ou un moins bon film que les précédentes versions disponibles mais bien celle qui est la plus proche de la vision artistique de son auteur. Si vous avez apprécié les précédentes versions, nous vous conseillons de vous jeter sur celle-ci, plus Stonienne que jamais et qui vous transportera comme pourra vous agacer pendant le temps d’une séance de cinéma à grand spectacle éminemment personnel.





Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
4,5/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
4,2/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2007-07-02

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Alexander

Année de sortie:
2004

Pays:

Genre:

Durée:
214 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Présentation d'Oliver Stone

Date de parution:
2007-03-20

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