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DVDEF

Casablanca (Two-Disc Special Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Michael Curtiz est un réalisateur de la grande tradition hollywoodienne, qui est à la lisière entre les auteurs et les artisans en ce sens que l'on reconnait certaines constantes dans ses oeuvres mais pas suffisamment pour qu'il soit le dépositaire d'un véritable univers.

Il débuta sa carrière en 1912 et sur les cinquante années qui suivirent réalisa pas moins de 172 oeuvres entre long et courts métrages. Il s'agit donc d'un des véritables pionniers du cinéma mais sa carrière ne prit son envol que lorsqu'il émigra de Budapest à Hollywwod en 1926. Il fut pris sous contrat par la Warner pour laquelle il tourna des films dans tous les genres : fantastique, comédie musicale, guerre, noir, gangsters, comédie, boxe, policier, pirates et même épopée biblique. Sur la masse de ses oeuvres, quelques films sont vraiment mémorables : Doctor X (1932), Mystery of the Wax Museum (1933), Captain Blood (1935), The Walking Dead (1936), The Charge of the Light Brigade (1936), Angels with Dirty Faces (1938), The Sea Hawk (1940), Casablanca (1943), Mildred Pierce (1945), The Breaking Point (1950), The Egyptian (1954).

Son sens technique était donc très développé ainsi que sa capacité à se sauver des complexes situations parfois engendrées par les tournages. Son sens de la mise en scène est solide même si elle ne s'avère jamais spécialement remarquable. En fait, Casablanca (1943) est un parfait exemple des capacités de Curtiz. Il fut capable de mélanger les genres et les acteurs avec une grande aisance. Sa principale qualité est donc de maîtriser tous les secteurs de la création du film sans pour autant en être l'instigateur. Ainsi, si chaque élément de ses meilleures oeuvres pris séparéments n'ont rien de spécialement notable, c'est la façon dont ils sont assemblés qui en fait le prix.

Casablanca est ainsi l'un des films les plus adulés du cinéma américain voire même mondial car l'alchimie entre l'histoire, la période et les conditions de tournage ont permis à Michael Curtiz de créer une des oeuvres les plus stables et équilibrées qui soient.
On suit l'histoire de plusieurs personnages coincés à Casablanca alors zone neutre en 1943. Dans cette ville cosmopolite, les menus larcins sont monnaie courante car de nombreuses personnes ayant fui l'avancée du régime Nazi s'y trouvent coincées par manque d'un précieux visa leur permettant de quitter la ville pour s'enfuir aux Etats-Unis. Rick (Humphrey Bogart) est propriétaire du café américain de Casablanca, personnage énigmatique et ténébreux. Il fascine le chef de la police française, le Capitaine Louis Renault, un homme fin mais qui semble profiter des opportunités qui s'offrent à lui grâce à sa position, sans trop de scrupules (délivrer des visas). Lorsqu'arrivera Victor Laszlo (Paul Heinreid), célèbre pour s'être évadé d'un camp de concentration et avoir échappé aux Allemands depuis, celui-ci sera surveillé par le Major Strasser (Conrad Veidt). Rick reconnaîtra en sa compagne, Ilsa Lund Laszlo (Ingrid Bergman), la femme dont il était tombé éperduement amoureux à Paris lors de l'invasion de la ville par les Nazis, et qui avait disparue alors qu'elle devait l'accompagner à Casablanca. Un imbroglio bien évidemment complexe va se nouer entre tous ses personnages.

Curtiz a réalisé une oeuvre qui a su comprendre et retranscrire tout le sens du mot mythe. Tous les éléments du films sont imprégnés de cette notion, du choix des acteurs jusqu'à la mise en scène et le rythme. Le choix d'acteur est une des forces de ce film, Bogart est non seulement parfait dans son rôle mais de plus l'image qu'il véhicule dans l'esprit des spectateurs a aussi une part importante dans l'aspect inoubliable et emblématique de son personnage. Ainsi seront employés Sidney Greenstreet et Peter Lorre, ses célèbres accolytes de The Maltese Falcon de John Huston, ce qui induira d'entrée les notions d'aventures exotiques et de trafics louches et suspects. Peut-on rêver plus angélique visage que celui d'Ingrid Bergman pour incarner une sorte d'idéal de la femme sentimentale. De même, quel méchant aurait pu être aussi détestable et sournois que Conrad Veidt. Pour le Capitaine Renault, il fallait un acteur capable à la fois de paraître intelligent et profiteur peu scrupuleux mais dans le même temps inspirer la sympathie et Claude Rains est absolument parfait dans ce qui restera le rôle de sa carrière.

Curtiz fut capable de trouver le ton juste, qui met l'aspect archétypal de ses personnages et de son histoire en valeur, sans jamais tomber dans la caricature ou le pastiche, bien au contraire.
Ainsi il applique un traitement d'habitude réservé aux contes et aux mythes à un type de film sur lequel cela n'a jamais été fait, et c'est sans doute pour cela que Casablanca marque tant l'esprit de ses spectateurs.

C'est en développant la psychologie complexe de chacun de ses personnages et de leurs relations qu'il réussit à leur donner visage humain malgré leur côté emblématique, ce qui fait souvent défaut à bien des films de ce type. Sa mise en scène est à nouveau au diapason de ce principe, ne cherchant jamais à innover ou surprendre mais au contraire à tirer la quintessence du style classique (que Curtiz pratique depuis 30 ans déja à l'époque), en offrir le meilleur sans tomber dans la citation ou le lieu commun. Chaque scène fait avancer l'histoire, la sert et la seule figure de style du film est un flash-back émouvant et efficace.

De plus, son scénario parvient de façon assez miraculeuse à mélanger homogènement divers ingrédients a priori peu compatibles ou du moins de façon aussi équilibrée. Dans ce film vous trouverez de l'action, de l'aventure exotique, de l'amour, du patriotisme, du cynisme et du romanesque.
L'humour en est également une composante essentielle, entre le cynisme de Bogart, les demi-mots et la roublardise de Claude Rains, il est présent sans jamais forcer le trait ou attirer l'attention uniquement sur lui. Il y a également le second degré très présent qui permet au film de supporter plusieurs visionnages sans jamais épuiser la totalité de ses réserves humoristiques.

Enfin, la musique de Max Steiner, directement inspirée de la chanson As Time Goes By, est pour beaucoup dans l'atmosphère si particulière dégagée par le film. Le personnage de Dooley Wilson, le pinaniste noir Sam, est d'ailleurs important pour l'ambiance de l'oeuvre grâce à la qualité de ses numéros musicaux mais également par la relation qu'il entretient avec Bogart, qui s'avère une fois de plus à la distance parfaite du cliché pour pouvoir s'en servir mais également s'en détacher.

La plus grande force de Curtiz est d'avoir su, malgré des conditions de production et de tournage cahotiques, garder le contrôle de son film ou du moins garder le cap, la direction dans laquelle il souhaitait aller, se servant des obstacles pour rebondir plutôt que de buter dessus.
Une oeuvre donc quasi parfaite, regorgeant de scènes et d'acteurs légendaires (voir la scène de la Marseillaise) qui vous offrira le meilleur du clacissisme hollywoodien.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.33:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est d'excellente facture permettant de littéralement redécouvrir le film. L'interpositif est impeccable et les deux ou trois défauts éventuellement observables sont insignifiants. La finesse des détails est elle aussi de très haut niveau.
Le contraste est remarquablement géré et évite absolument toutes les brillances. Les parties sombres sont impeccablement rendues grace à des noirs vraiment profonds et purs. La qualité des dégradés est du même acabit grâce à la précision de l'échelle des gris.
La partie numérique est à classer parmi les réussites et ne laisse passer aucun défaut visible.

Un formidable et minutieux travail de restauration a été effectué pour la sortie de cette édition. Si les précédentes éditions DVD de Casablanca offraient déja une belle image, elles sont littéralement enterrées par celle-ci.Le rendu est très cinéma et le moindre détail est visible, à tel point que les plans truqués sont plus évidents. La Warner peut être fière de son travail et de proposer une version définitive de cet éternel classique.

Nous pouvons donc espérer le meilleur pour les futures éditions de la même collection, présentées dans les suppléments.


Son
Les deux bandes-son proposées sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby mono) et Français (Dolby mono).
La dynamique de la bande-son anglaise est de bonne qualité. Sa présence et sa spatialité sont certes limitées par le format, mais poussent les limites de ce dit format à leur maximum en la matière. La superbe musique de Max Steiner est impeccablement rendue (même si limitée dans ses crescendos) et s'intègre parfaitement au reste de la bande-son.
Les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles et sans aucune trace de parasites ou de distortion. Les basses fréquences sont présentes lorsque nécessaire et dans ce cas sont gérées au mieux.

La bande-son française est de bonne qualité même si on y dénote quelques parasites et elle paraît un peu plus étouffée que son homologue anglaise.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.


Suppléments/menus
Une section pleine à craquer et pour une fois dont la qualité est à la hauteur de la quantité.

Sur le premier disque sont disponibles deux commentaires audio et une introduction par Lauren Bacall, la bande annonce originale, celle concotée pour la ressortie en salles du film en 1992, les filmographies ainsi qu'une section sur les récompenses obtenues par le film.
Le premier commentaire a été confié à Roger Ebert qui fait partie des meilleurs dans cet exercice. Une fois de plus (après Citizen Kane) le résultat est excellent. Son ton et sa diction sont très agréables et surtout il arrive à transcrire en language simple et compréhensible le sens caché de la technique du film. Il vous fera découvrir toute l'importance que peut avoir la photographie ou le montage avec une aisance remarquable. Il arrive également avec une facilité déconcertante à aligner des informations historiques ou techniques au moment précis où elles sont nécessaires. Il s'agit du travail d'un vrai professionnel qui a préparé son intervention dans les moindres détails et qui nous offre là un véritable cours sur l'oeuvre, sans l'aspect rébarbatif du cadre scolaire car il a réussi à conserver sa candeur de spectateur cinéphile. Espérons qu'il s'agit-là du futur des commentaires audio, car il vaut mieux entendre un professionnel préparé qu'un réalisateur réticent ou novice.

Le second commentaire est confié à Rudy Behlmer, historien du cinéma, qui nous offre un travail plus classique mais remarquablement complet. Il est plus orienté vers les anecdotes de tournage et vu les difficultés qu'a rencontré Curtiz sur cette oeuvre, cela est passionnant et très instructif.

Le spectateur qui n'aura pas trouvé toutes les informations qu'il souhaite sur le premier disque pourra se tourner vers le second sur lequel sont présents nombres d'autres segments.

Le plus intéressant est sans conteste Bacall on Bogart (92 mins) au cours duquel Lauren Bacall nous présente dans les moindres détails l'impressionnante et prolifique carrière de celui qui fut l'un des mythes les plus forts d'Hollywood. Son portrait est touchant et complet car ponctué d'extraits des films mentionnés ainsi que de vidéos personnelles. A voir absolument.
Vient ensuite A Tribute to Casablanca (34 mins) où Lauren Bacall revient sur les conditions de tournage du film et sur son impact sur les générations suivantes.
Les enfants de Bogart et Bergman comparent leurs souvenirs et leurs impressions sur le film dans "As Time Goes By : The Children Remember" (6 mins 50s).

Puis est proposée une version radiophonique de Casablanca (avec les stars du film), une hilarante version Looney Tunes "Carrotblanca", ainsi que le pilote d'une série TV dérivée du film.

Sont ensuite offerts une collection de huit extraits audio contenant les chansons de Dooley Wilson, deux scènes coupées, une série de prises de plateau et une grosse collection de mémos de la Warner (enchainés trop rapidement).

Enfin vient "A Great Cast is Worth Repeating", une série de textes qui nous montre les stars dans d'autres oeuvres célèbres.
Voila un ensemble très complet et instructif qui permet de savoir quasiment tout ce qu'il y à savoir sur Casablanca et sa légende. La qualité est au rendez-vous dans tous les segments mais c'est très logiquement le commentaire de R. Ebert et le documentaire sur Bogart que nous conseillons le plus et qui à eux seuls auraient pu suffir en tant que section suppléments.

A noter également la qualité du boîtier et l'iconographie générale très agréable.



Conclusion
Une édition superbe en tous points. La restauration audio et vidéo est un modèle du genre et les suppléments sont nombreux, de qualité et couvrent tous les styles de renseignements possibles, de l'analyse à l'anecdote.
Une édition que nous recommandons donc impérativement à tous les cinéphiles et autres amoureux du 7ème art dont cette oeuvre est l'un des fleurons.

Un film pour lequel le mot mythique prend tout son sens et qui correspond bien à cette époque malheureusement presque totalement révolue où le cinéma était capable de marquer d'un sceau indélébile l'esprit de ses spectateurs.
Humphrey Bogart, Ingrid Bergman, quel couple plus grandiose (à part Bogart/Bacall) aurait pu faire passer une telle émotion à l'écran ?
Quelle histoire plus complète (humour, amour, intrigue, aventure, idéologie) aurait pu être mise en scène de façon plus fluide et inoubliable ? Quels seconds rôles aurait pu entourer de façon aussi parfaite leurs héros ?

Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre voire impossible. Casablanca n'est peut-être pas l'un des meilleurs films de tous les temps (si tant est que cela veuille dire quelque chose), mais il est assurément l'un des plus équilibrés au niveau scénaristique et surtout dégage une aura envoûtante quasi inimitable, privilège des plus grands.

Un film inoubliable que chacun se doit d'avoir vu et qu'il est difficile d'oublier tant l'histoire et la façon dont elle est contée sont de qualité. Il est assurément une des pièces majeures de la grande légende d'Hollywood et de ses stars qui possédaient alors une magie que leurs collègues actuels tentent sans succès de retrouver.


Qualité vidéo:
4,4/5

Qualité audio:
3,6/5

Suppléments:
4,4/5

Rapport qualité/prix:
4,5/5

Note finale:
4,3/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-09-07

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Casablanca

Année de sortie:
1942

Pays:

Genre:

Durée:
102 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Deux commentaires audio, introduction de Lauren Bacall, deux documentaires, scènes coupées, dessin animé hommage, episode TV de l'adaption, pièce radiophonique adaptée, galeries de photos et documents divers

Date de parution:
2003-08-05

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