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DVDEF

Invasion of the Body Snatchers (Collector’s Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Le remake est un exercice difficile et souvent ingrate car mercantile. Mais lorsque un cinéaste a réellement quelque chose à apporter, une vision, un angle d’approche, une sensibilité autre que celle du film original, la sauce peut prendre et offrir un film passionnant, parfois d'autant plus lorsque mis en perspective avec son prédécesseur.

Et c’est un défi que l’excellent et trop souvent mésestimé Philip Kaufman à relevé haut la main en modernisant intelligemment l’immense classique qu’est le Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel (1956).
Cinéaste discret mais très sur de son métier, au style non flamboyant mais efficace et dont le fond repose toujours sur l’intelligence du traitement, Kaufman offre avec cette nouvelle version un sorte de mise à jour du film de Siegel qui malgré toutes ses qualités était parfois marqué du sceau tellement agréable de la naïveté des séries B de science-fiction des années 50.
Et le moins que l’on puisse dire c’est que la façon qu’a le film de Kaufman d’aborder cette idée d’une invasion d’extra terrestres « en douceur » et toute en uniformisation est véritablement effrayante et oppressante.
Ainsi de très nombreux éléments du films sont à double sens et suivent une logique qui ajoute en permanences des couches de sens et de signification possible à une histoire dont les prémisses sont en eux-même porteur de multiples interprétations et débouchant sur des considérations philosophiques et métaphysiques passionnantes et essentielles.

Le fait que le film soit situé a San Francisco, le berceau du mouvement hippie des années 60, le « flower power » est mis en opposition directe avec le fait que les envahisseurs sont justement d’origine végétale. Cette idée à la fois ironique et effrayante puisque les plantes deviennent donc une source de terreur et de destruction de l’humanité et non sa libération espérée. De même l’organisation stricte et efficace des « snatchers » est mis en opposition avec le laisser aller caractéristique des hippies de l’époque, l’efficacité aveugle et déshumanisée contre l’hédonisme naïf, les années 60 contre la fin des années 70, la fin de l’illusion en quelque sorte.
De façon aussi logique, le fait que les héros fassent partie d’une agence de santé publique qui cherche à garder la ville propre et protéger ses habitants est à nouveau passionnant et renforce la puissance des « snatchers » puisqu’il faut toute la puissance d’analyse d’un organisme de veille pour réussir à comprendre le danger et surtout à tenter d’y résister, dégageant ainsi une métaphore de système immunitaire du corps humain mis à l’échelle de l’humanité entière; pas mal pour une « petite histoire de science-fiction ».
Nous arrêterons l’analyse de tous ces petits détails afin de ne pas vous gâcher la découverte du film, puisque tel n’est pas le but de cette chronique. Cependant vous pouvez aisément mesurer la richesse thématique de ce film puisque sur de simples changements basiques des prémisses de l’original, le cinéaste et son scénariste ont déjà développés une réflexion passionnante.

Non content d’avoir un scénario en béton armé bardé de références et de détails significatifs et générateurs de sens et réflexion, Kaufman démontre aussi un sens du rythme impressionnant (même si logiquement à un rythme bien plus posé qu’un film récent, mais aussi bien plus naturel et donc en rapport avec le fond de l’histoire) ainsi qu’un développement de la psychologie des personnages des plus logiques et consistant.
Sa direction d’acteur est également remarquable puisque l’ensemble du casting dégage une sensation de malaise et d’étrangeté qui se diffuse petit à petit de façon subtile mais fort efficace.
La mise en scène discrète mais efficace du cinéaste renforce cela de façon impressionnante puisque de très nombreux petits détails viennent hanter les cadrages pour le spectateur à l’œil perspicace. De même, en évitant tout spectaculaire inutile et, au contraire, en adaptant son rythme au circonvolutions de l’histoire, le doute puis la torpeur suivi de la peur puis de la fuite et enfin de la terreur pure, la mise en scène et le montage du film en font une œuvre profondément et physiquement angoissante et effrayante.
Mais l’élément qui surprend le plus est bien le design sonore du film, aussi bien dans ses effets sonores que dans sa musique atmosphérique qui rend un film déjà bien éprouvant pour les nerfs et le cœur du spectateur parfois à la limite du supportable. Ben Hurt (ingénieur du son) et Denny Zeitlin (compositeur de la musique) ont travaillés en collaboration étroite avec Kaufman pour offrir une ambiance sonore absolument incroyable qui décuple totalement l’efficacité et l’impact du film, plongeant le spectateur dans un environnement auditif inédit et aussi traumatisant que les images ou les thématiques du film.

Vous aurez donc compris qu’à nos yeux, ce film est un vrai chef-d’œuvre du film de Science-Fiction, intelligent, effrayant, fascinant...
Même pour les spectateurs les plus réticents au cinéma des années 70, nous conseillons le visionnement de cette œuvre qui leur fera sûrement changer d’avis sur cette période cinématographique puisque nous sommes quasiment persuadés qu’il est quasiment impossible de regarder ce film sans être à un moment ou un autre vraiment angoissé ou terrifié.




Image
L’image est présentée au format respecté de 1.85:1 d’après un transfert 16:9.

La définition générale est d’un bon niveau et même surprenant sur un tel « petit » film des années 70, malgré quelques plans ou le niveau baisse visiblement. L’interpositif est très propre a défaut d’être immaculé et ne laisse apparaître qu’une quantité très limitée et tout à fait acceptable de points et le traits. Le grain est élevé dans de nombreuses scènes mais cela semble provenir des conditions de tournage et de la pellicule utilisée plus que d’un « mauvais transfert » et quoi qu’il en soit, cela n’est jamais gênant, à moins d’être un aficionado des images ultra lissées et non naturelles, qui sont légions actuellement.
Les couleurs, très typiques de l’époque (un peu passées et généralement dans des ton discrets) sont très bien rendues. Elles sont en permanence naturelles, constantes et bien saturées.
Le contraste est de bon niveau et ne génére aucune surbrillance artificielle.
Les scènes sombres sont agréablement rendues grâce à des noirs purs et profonds.
La partie numérique est quant à elle exempte de reproches notables et cela est conforme a nos attentes.

Un transfert de haute volée qui, sans atteindre le niveau des meilleures remasterisations, offre un niveau de qualité général surprenant (malgré quelques défauts mineurs toujours présents) et pour tout dire réjouissant.






Son
Les trois bandes-son disponibles sur cette édition le sont en Anglais (Dolby 2.0 surround), Français (Dolby 1.0 mono) et Espagnol (Dolby 2.0 surround).

La dynamique de la bande-son anglaise est certes bien loin de ce qui se fait actuellement mais reste tout à fait appréciable si l’on accepte de prendre en compte l’âge du film. De même sa présence et sa spatialité sont loin des standards récents mais restent vraiment plaisants surtout lorsque l’on garde à l’esprit qu’il s’agit d’une des toutes premières bandes-son pensées dans le format surround.
L’étonnante et très angoissante musique de Denny Zeitlin est bien rendue et les limitations dans le haut comme le bas du spectre ne deviennent audibles qu’à volume trop élevé. Elle est par ailleurs remarquablement intégrée au reste de la bande-son pour le plus grand plaisir de tous.
Pour des spectateurs habitués à des œuvres récentes et leurs véritables déluges audio quasi permanent, l’utilisation des enceintes semblera inexistante Pourtant, pour ceux qui accepteront de se laisser porter, c’est la discrétion qui surprend. En effet, malgré une sensation bien faible, le travail sur les enceintes arrières est remarquable, entièrement dirigé sur les ambiances et prévu pour supporter les enceintes avants, non juste pour en mettre « plein les oreilles ». La subtilité est justement utilisée pour rendre un effet non directionnel d’ambiance, à l’inverse de ce qui se fait depuis l’avènement du 5.1, donc ni mieux ou moins bien, juste différent et tourné vers le film plus que sur le sensationnel.
Les dialogues sont parfaitement intelligibles et d’éventuels parasites ou distorsions ne sont audibles qu’à un volume vraiment élevé.
Les basses fréquences sont parfois audibles et elles apportent leur pesant de frissons mais elles sont clairement le point faible de cette bande-son, du fait même de son âge. Des basses fréquences plus profondes et offrant un impact plus poussé rendrait clairement le film encore plus traumatisant.

Une bande-son qui met en avant les qualités de l’excellent mixage mais qui aurait gagné à une remasterisation complète permettant d’insister sur la dynamique générale, le niveau des enceintes arrières ainsi que la profondeur des basses fréquences. Un bon travail de la part de la MGM qui aurait juste pu faire un effort supplémentaire pour un travail « définitif », mais nous préférons 100 fois un travail discret mais respectueux de l’excellent mixage d’origine qu’une remasterisation sauvage et qui aurait dénaturé l’ambiance du film.






Suppléments/menus
Un ensemble complet et fort instructif qui ne cherche jamais à en mettre plein la vue mais plutôt à proposer une vision en profondeur du film;
Sur le premier disque, le commentaire audio de Philip Kaufmann est certes beaucoup moins intense et expansif que certains mais offre cependant exactement ce que nous attendons d’un tel exercice de la part d’un réalisateur, une plongée dans ses intentions en tant que créateur. Le cinéaste nous offre donc une discussion passionnante sur la création du film avec un recul important qui permet une distance analytique que nous apprécions tout particulièrement, de même qu’une absence de sensationnalisme ou de détails triviaux et inutiles.

Sur le second disque est offert un ensemble de 4 documentaires bien construits et intéressants qui complètent à merveille le commentaire audio de Kaufman.
“Re-Visitors from Outer Space, or How I Learned to Stop Worrying and Love the Pod” (15min 45s), “Practical Magic: The Special Effects Pod” (4 min 40s), “The Man Behind the Scream: The Sound Effects Pod” (12 min 48s), The Invasion Will Be Televised: The Cinematography Pod “ (5 min 25s). Cet ensemble fort complet offre un mélange d’interviews récentes et d’extraits qui font que l’intérêt est toujours de mise même si on aurait apprécié une analyse générale plus poussée en profondeur comme en durée tant le film se prêt admirablement à l’exercice. Une fois de plus, nous aurions préféré un seul long documentaire mais cet ensemble permet au spectateur un regard autre sur une œuvre fascinante, c’est bien là l’essentiel.

Est également offerte la très angoissante bande-annonce d’époque.

Nous déplorerons l’absence de sous-titres français, ce qui s’avère incompréhensible. Un mot aussi sur la jaquette où l’on sent que l’éditeur a fait un certain effort pour coller aux thématiques du film... mais fait preuve d’un mauvais goût assez sidérant qui risque malheureusement de décourager plus d’un acheteur potentiel souhaitant découvrir le film.

Un ensemble qui fait honneur au film et qui fait que pour une fois nous ne contestons pas le titre d’édition spéciale ou collector ou autre. La MGM a traité ce film avec une attention à laquelle nous ne nous attendions sincèrement pas et dont nous sommes ravis. Des suppléments à regarder impérativement après le film pour le revivre le film de façon autre et qui vous donneront à coup sur envie de vous replonger rapidement dans ce cauchemar (aussi bizarre que cela puisse paraître).







Conclusion
Une édition fort réussie à défaut d’être parfaite et qui comblera tous les amateurs de cet excellent film sous-estimé. La partie vidéo fait un bond en avant certes perfectible mais vraiment appréciable, et si la partie audio reste quasi identique à celle du précédent DVD, la qualité générale du mixage d’origine en fait un élément solide. Les suppléments sont fort bienvenus, certes classiques mais de qualité sur une œuvre qui offre autant de possibilités d’interprétation et de nuances. Vous aurez donc compris que nous recommandons chaudement cette édition qui remet sur le devant de la scène un film remarquable sur tous les plans et qui n’est clairement pas considéré à sa juste valeur.


Qualité vidéo:
3,7/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
4,1/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2007-11-12

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Invasion of the Body Snatchers

Année de sortie:
1978

Pays:

Genre:

Durée:
117 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Française Dolby mono
Espagnole Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Commentaire audio, quatre documentaires, bande-annonce

Date de parution:
2007-08-07

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