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DVDEF

Host, The (Two Disc Collector's Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Depuis plusieurs années, le cinéma asiatique semble avoir trouvé le moyen de renouveler la série B. On n’a qu’à penser à Takashi Miike (Audition), Hideo Nataka (Ringu), Chan-Wook Park (Oldboy) et Kiyoshi Kurosawa (Kairo). Chacun de ces cinéastes a réussi à pondre une œuvre majeure tout en renouvelant, voire révolutionnant le monde du cinéma d’horreur et fantastique, à un point tel que plusieurs de ces œuvres ont été reprises par la machine hollywoodienne et en sont devenus des remakes (certes, très mauvais, mais l’influence est là). Ce n’est donc pas sans véritable grande surprise que le cinéaste coréen Bong Joon-Ho (très fort du succès critique et public de son film Memories of Murder où il révolutionnait les codes mêmes du polar) revisite un sous-genre de ce type de cinéma, le film de monstres.

Le film démarre alors qu’un chimiste américain ordonne à son assistant coréen de jeter les restants d’un produit chimique dans les eaux du fleuve Han. Plusieurs semaines plus tard, une créature étrange et gigantesque émerge des eaux du fleuve et attaquent des promeneurs près de la rive. Gang-Du, qui travaille pour le petit commerce de son père, Hie-Bong, qui se trouve justement tout près de la rive, est témoin de la première attaque du monstre. Dans la mêlée, sa jeune fille, Hyun-Seo sera enlevée par le monstre et entraînée dans les canalisations de la ville où se trouve l’antre de la créature. Gang-Du, avec l’aide de son père, son frère, Nam-Il, et sa sœur, Nam-Joo, tenteront de retrouver Hyun-Seo et de tuer la créature.

Voilà pour l’intrigue de base dont il serait sage de taire la suite, car bien que cette scène d’ouverture laisse croire à un film de monstres dans la plus pure des traditions, c’est évidemment se tromper sur The Host et son réalisateur Bong Joon-Ho. D’abord, comme pour son Memories of Murder, Bong tente d’aller plus loin que le simple film de genre en donnant ici beaucoup de chair et de corps à un scénario qui, d’ordre ordinaire, n’aurait pas été très consistant (rappelons-nous Godzilla), particulièrement en ce qui concerne les personnages. Bong a choisi ici de raconter son histoire à travers une famille tout ce qu’il y a de plus pathétique et « looser » : le père somnolant et irresponsable, le frère diplômé et chômeur, la sœur athlète célèbre, mais trop lente, le grand-père soumis, mais avec de l’espoir, et la petite Hyun-Seo, véritable catalyseur de cette famille. Il faut voir cette scène surréaliste où les quatre autres hallucinent la jeune fille en même temps et se mettent à la nourrir l’un après l’autre pour voir à quel point elle est la seule à pouvoir réunir cette famille. C’est donc grâce à cette galerie de personnages attachants que le réalisateur réussit à instaurer une dimension dramatique extrêmement prenante, de sorte à ne pas faire de notre petite famille de la simple viande pour le monstre. Sinon, l’œuvre de Bong se distingue également par les différents registres (drame, comédie, action) avec lesquels elle joue et la précision exemplaire avec laquelle le cinéaste réussit à manier les trois sans que jamais cela ne sonne faux à l’écran. Ainsi, Bong peut se vanter tout autant d’une scène comme celle où la famille pleure la disparition de la jeune fille (moment d’hilarité burlesque génial) comme de celle du combat final avec la créature où il en fait un véritable moment à la fois épique et tragique.

Par contre, sur d’autres aspects, Bong préfère jouer la carte de l’efficacité plutôt que du renouveau. Ainsi, la critique envers les autorités américaines, l’idée que les autorités coréennes n’empruntent aucun moyen pour se débarrasser de la créature et le message de prise de conscience environnementale sont tous des éléments qui ici ne brillent pas par leur originalité, mais qui sont amenés avec efficacité et une logique bien précise par Bong et ses co-scénaristes. Car, en fait, le film est une critique du réalisateur envers son propre pays et, notamment, son rapport avec l’Amérique. Pour Bong, le peuple coréen semble pris au piège avec un ennemi, une Amérique dont il est constamment en tentative de plaire au point de se rabaisser à plusieurs occasions (l’assistant qui jette le produit chimique, imaginer un virus plutôt que de combattre le monstre, laisser les autorités combattre le monstre avec l’agent Orange, produit extrêmement toxique et employé durant la Guerre du Vietnam). Ainsi, l’idée du titre, The Host (« l’hôte » en français) devient une véritable métaphore de la Corée même et de son « comportement » face au corps étranger qu’est ici l’Amérique.

The Host est donc une nouvelle preuve que le meilleur du cinéma fantastique et d’horreur se trouve de l’autre côté du Pacifique. Le cinéaste Bong Joon-Ho mélange ici les genres pour offrir un film de monstres savoureux et intelligent qui brise plusieurs conventions, mais pas toutes, en plus de proposer une critique sociale plutôt intéressante. On ne saurait ne pas recommander ce film aux amateurs de divertissement intelligents ou tout simplement aux fans de films de monstres.



Image
Le film est offert au format d’image respecté de 1.85:1 d’après un transfert 16:9.

Voilà un transfert en tout point irréprochable. La définition générale de l’image est absolument superbe. Puisque nous avons ici une production récente, l’interpositif était logiquement dans un état immaculé, offrant ici une netteté des plus exemplaires. Seul un léger grain cinématographique est relativement perceptible dans les plans plus sombres. Sinon, le niveau de détails et de textures offert est tout ce qui a de plus souhaitable, c’est-à-dire précis et admirable. En ce qui concerne l’étalonnage, encore une fois, on frôle le sans faute avec un rendu précis, riche et nuancé de la palette de couleurs. Ces dernières ne présentent alors aucun problème de saturation ou de débordement. Idem pour les tons de peaux qui demeurent naturels et constants durant la totalité du visonnement. Les effets de surbrillance sont également évités grâce à des contrastes parfaitement gérés. Rien à redire non plus du côté des contrastes qui sont plutôt fluides, précis et livrent ainsi de très belles parties sombres. Nous retrouvons également des noirs purs et intenses.

En ce qui concerne la partie numérique, le transfert se sauve de tout défaut majeur apparent grâce à une belle compression visiblement bien maîtrisée.



Son
Trois bandes sons sont offertes avec cette édition, toutes trois au format Dolby Digital 5.1. Elles sont disponibles en version originale coréenne, en anglais et en français. C’est évidemment le mixage original coréen qui a été pris en considération pour cette critique.

À l’image du transfert, le mixage a très peu à se reprocher ici. Puisque l’on nage dans un film qui contient son lot de scènes d’action, il n’est pas surprenant de constater que le dynamisme de cette bande son est souvent assez impressionnant, de même que la présence qui est des plus solides. L’environnement sonore est aussi judicieusement exploité. Nous avons droit à des ouvertures frontale et latérale qui sont claires et plutôt précises ainsi qu’à une utilisation des enceintes arrière qui dépasse la simple fonction de supporter les ambiances. Ainsi, il n’est pas rare d’assister à plusieurs effets d’ambiophonie particulièrement réussis (surtout dans les scènes d’action), ce qui ne nuit pas non plus à l’immersion du spectateur. À travers tout ceci, les dialogues demeurent parfaitement et constamment audibles alors que la trame sonore s’intègre avec subtilité au mixage. Quant aux basses, elles grondent souvent et ce, avec profondeur (surveillez les attaques de la créature) tout comme le canal d’extrêmes grave qui se manifeste assez souvent de façon très efficace.

Des sous-titres anglais et français sont disponibles.



Suppléments/menus
Nous avons ici une édition très riche en suppléments. Mais il est à noter qu’une édition simple est aussi disponible proposant exclusivement les suppléments du premier disque, donc ceux qui suivent. Nous retrouvons d’abord une piste de commentaires audio animée par Bong Joon-Ho et son ami Tony Rayns qui agit comme modérateur et lui pose des questions sur le film. Le concept est intéressant et Bong s’exprime assez bien en anglais tout en demeurant intéressant et en révélant plusieurs anecdotes intéressantes, mais il faut avouer que la présence de Rayns aide vraiment le réalisateur à préciser certains points. Nous avons ensuite onze scènes supprimées (23:20). Elles sont surtout des variations de scènes déjà présentes dans le film et sont intéressantes à regarder, mais leur absence du film demeure tout à fait justifiée. Nous trouvons également six autres scènes supprimées (4:39) qui sont en fait des extraits de reportages (« deleted news clips ») dont la décision de ne pas les inclure au montage final demeure encore aussi sage, même si elles sont intéressantes à visionner dans ce contexte-ci. Finalement, nous retrouvons le segment « Director Bong Joon-Ho’s Reflections (5:28) » dans lequel le cinéaste s’excuse à différents membres de l’équipe technique (acteurs, artisans) de différents choses, comme de l’imprévisibilité de certains moments de tournage. Le segment est amusant, mais sans plus.

Sur le deuxième disque, alors là, nous sommes gâtés. La première section « Making of The Host » réunie huit segments, dont le premier « Making of The Host With Director Bong Joon-Ho (9:40) » qui est un survol rapide sur les étapes de tournage du film. Le ton demeure heureusement assez posé et les interventions sont plutôt humbles. Nous retrouvons ensuite « Storyboards (7:40) » qui présente de façon intéressante, avec les bruits et les dialogues, certaines séquences d’action du film dans leur version de découpage technique. « Bong Joon-Ho’s Direction (3:11) » réunit plusieurs interventions de la distribution et de l’équipe technique qui vantent, avec une certaine modestie tout de même, les mérites du cinéaste. Heureusement que le segment est court. Nous avons aussi « Memories of the Sewer (9:40) » qui propose les interventions amusantes et surprenantes de l’équipe technique et de la distribution quant au fait d’avoir tourné dans les canalisations près du fleuve Han. « The Film Departments : Set Design (9:00) » est un peu la suite du segment précédent où les créateurs nous parlent du choix des lieux de tournage du film. « Physical Special Effects (5:00) » est un segment très intéressant où on nous montre comment ont été réalisés des moments comme l’ingurgitation d’êtres humains et la régurgitation de déchets de la part de la créature. « Sound Effects (8:45) » se concentre surtout sur le choix et l’élaboration de la « voix » du monstre. Très intéressant. « Composing the Music (6:21) » s’attarde sur le travail du compositeur Byeongwoo Lee. Encore une fois, un segment intéressant.

La deuxième section du disque « The Creature » comprend « Conceptual Artwork : The Birth (7:56) » où on s’entretient avec le concepteur de la créature, Heechul Jang. Amusant et instructif. On en apprend encore davantage avec le segment suivant « Designing the Creature (11:20) » qui couvre la plupart des étapes de la « concrétisation » du monstre. « Bringing the Creature to Life (20:48) » s’attarde à l’élaboration des effets visuels de la créature et de la collaboration de l’équipe d’effets spéciaux avec une autre équipe américaine. « Building the Creature : The WETA Workshop (5 :45) » se concentre sur le travail de la WETA (Lord of the Rings) et de leur possibilité de rendre la créature en taille réelle et de l’intégrer aux séquences dans lesquelles elle interagit avec les acteurs. « Puppet Animatronix (7:15) » nous montre comment la tête de la créature a été animée pour les scènes de régurgitation et de la fin. « Animating the Creature (16 :28) » nous présente le travail fascinant de toutes les étapes de la « mise en scène » de la créature dans plusieurs scènes imposantes du film. « Why did I do that (14:13) » est un segment très intéressant où les concepteurs et le réalisateur expliquent et justifient le comportement de leur créature lors de scènes importantes du film.

La troisième section « The Crew » s’intéresse à l’équipe de production. Nous avons donc « The Staff (5 :15) » dans lequel l’équipe technique nous raconte de façon très originale (on entend seulement leur voix et on ne voit que leurs pieds) leur expérience de tournage. « The Production Team (9:25) » réuni plusieurs anecdotes de tournage de la part des créateurs vécues sur le plateau de tournage. « Visual Effects Supervisor : Film Production in Korea (6 :32) » est un segment relativement intéressant où les interactions entre les équipes de production coréenne et américaine sont abordées.

La quatrième section « The Cast » s’attarde à la distribution et comprend « Casting Tapes (5:54) », un montage d’essais des deux enfants acteurs. « The Family : Main Cast Interviews (5:40) » se concentre, quant à lui, aux autres acteurs du film, principalement des interventions des quatre acteurs principaux. On poursuit avec « Training the Actors (5:22) » où l’on suit les acteurs se préparer physiquement au tournage du film (maniement d’armes à feu, pratique de tir à l’arc). « Additional Cast Interviews (4:56) » présente des entretiens plus ou moins pertinents avec d’autres acteurs ayant tenu des rôles secondaires dans le film. « The Extras : Behind the Scene (4 :54) » offre un regard sur les coulisses de certains scènes tournées principalement par des cascadeurs. « The Extras : The Casting Tapes (5:17) » présente quant à lui l’audition de figurants et « Monster Appeal (2:18) » dans lequel les artisans vantent une dernière fois les mérites du film et combien ils sont impatients de le voir.

Finalement, nous retrouvons un bêtisier (7:36), « Saying Goodbye (4:43) », un segment pseudo sentimental dans lequel les créateurs et la distribution jettent un dernier regard à leur expérience sur le film, et trois bandes-annonces diffusées exclusivement pour la sortie coréenne du film. C’est ce qui clôt une section très riche, autant en nombre qu’en qualité de suppléments.

Il y a évidemment option de sous-titrage pour les suppléments, mais en anglais seulement.




Conclusion
The Host est bien plus qu’un simple film de monstres. C’est à la fois un drame familial et une critique sociale de la Corée. Ce qui n’empêche pas le réalisateur Bong Joon-Ho de nous livrer un divertissement imposant avec plusieurs scènes d’action mémorables en plus de tout cela. Ce film prouve à nouveau que le nouveau souffle de la série B, du cinéma fantastique et d’horreur se trouve bel et bien dans le cinéma asiatique. À voir sans plus attendre.

Alliance nous sert une édition colossale. Le transfert d’image aurait difficilement pu être meilleur alors que le mixage s’avère juste et excitant dépendant du rythme du récit. Quant aux suppléments, ils sont nombreux et divertissants, en plus d’être intéressants. Vous risquez donc d’être très occupés de ce côté. Sans aucun doute, l’une des meilleures éditions de l’année et donc, à se procurer sur le champ.



Qualité vidéo:
4,3/5

Qualité audio:
4,1/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
4,2/5

Note finale:
4,1/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2007-10-12

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Toshiba 27A43C, Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Gwoemul

Année de sortie:
2006

Pays:

Genre:

Durée:
119 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Alliance Atlantis

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Coréenne Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Piste de commentaires audio, scènes supprimées, documentaires, segments, essais des comédiens, bêtisier, bandes-annonces

Date de parution:
2007-07-24

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