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DVDEF

Manhunter (Restored Director's Cut Divimax Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Michael Mann est un homme à part dans le système hollywoodien classique et bénéficie de façon fort justifiée d'une excellente réputation auprès des cinéphiles.
Il débuta sa carrière à la télévision en tant que réalisateur et scénariste et passa naturellement au cinéma tout en gardant ses multiples casquettes d'auteur, metteur en scène et producteur. Si ses débuts ne firent pas grande impression, on peut déja retenir de Thief (1981) et The Keep (1983) un sens aiguisé de la mise en scène et une volonté de se détacher des productions classiques.

Il fera preuve par la suite d'une qualité de mise en scène encore plus affutée, alliée à un sens de l'économie de moyens aussi bien au niveau réalisation, dialogues que scénario, qui en font un cinéaste à part. Ainsi, The Last of the Mohicans (1992), Heat (1995), The Insider (1999) et Ali (2001) sont des oeuvres à la limite de l'abstraction, très travaillées aussi bien au niveau scénaristique que réalisation. Si il n'a jamais connu de véritable succès au box-office, Michael Mann a, grâce à son exigeance et sa rareté, conquis de nombreux spectateurs qui vont fidèlement découvrir ses nouvelles oeuvres, lui assurant une place sans équivalent parmi les réalisateurs hollywoodiens.

Manhunter (1986) est le seul de ses films qu'il n'ait pas produit et donc sur lequel il n'eut pas le contrôle total. La version qui nous est proposée aujourd'hui est celle qui se rapproche le plus de sa vision initiale de l'oeuvre.

On y suit l'histoire de Will Graham (William Petersen), ancien "profiler" du F.B.I, qui avait quitté le métier pour cause de rencontre avec le Docteur Lektor (le célèbre psychiatre psychopathe immortalisé par Anthony Hopkins dans The Silence of the Lambs). Celui-ci sera contacté par son ancien Chef Jack Crawford (Dennis Farina), qui est dans l'impasse lors d'une enquête sur un nouveau tueur en série. Graham qui s'était rebati un équilibre psychologique après les traumatismes causés par Lektor, hésite à laisser sa famille pour retourner aider son ami. Mais sa sensibilité et ses talents exceptionnels pour cette activité seront les plus forts et il acceptera d'aider Crawford dans la traque du tueur baptisé The Tooth Fairy (Tom Noonan). Il se retrouvera ainsi confronté à tous ses vieux démons et se mettra en danger à cause de sa technique d'identification au tueur fort efficace et de son obligation de revoir le Docteur Lektor.

L'adaption du livre de Thomas Harris par Michael Mann en délaisse certains aspects pour se concentrer sur la personnalité de Graham et celle du tueur. Ainsi, beaucoup d'amateurs du livre furent déçus par ce qu'ils considérèrent comme une trahison, alors qu'il s'agissait plus de la part de Mann d'une interprétation personnelle du livre. C'est lui qui créa la série Miami Vice et c'est lors d'un épisode que déja, il mettait son héros en résonnance avec l'esprit d'un tueur dérangé, allant jusqu'à créer de troublantes analogies entre eux.
Ainsi, on comprend ce qui a séduit Mann dans le livre de Harris et la raison pour laquelle son film est fort différent stylistiquement de The Silence of the Lambs de Jontahan Demme (1990).
L'histoire évite donc au maximum le sensationnel et le baroque pour se concentrer sur Graham et sa technique d'identification au tueur. De nombreuses scènes nous le montrent en plein travail de reconstition mentale de l'esprit de ce dernier, et la mise en scène souple et efficace de Mann nous fait bien ressentir son trouble et sa progressive perte de repères. Toute la partie concernant la famille du héros peut paraître déplacée mais s'intègre en fait fort bien au film, y ajoutant une dimension supplémentaire. Elle montre à quel point le danger est grand pour Graham de se laisser totalement aspirer par l'état d'esprit qu'il est en train de recréer dans sa tête.

L'un des apsects les plus intéressants du film est ce parallèle entre le chasseur (Graham) et sa proie (le tueur), à tel point que Graham paraît parfois dangereux tant il finit par comprendre le tueur et donc semblerait a priori capable des même atrocités. Il y a également le même parallèle à faire entre le tueur et ses futures victimes qu'il épie et tente de comprendre pour mieux répondre à son traumatisme.
L'autre originalité du film est d'avoir pris le temps de nous montrer le tueur sous un jour "normal", fasciné par Graham (comme il arrive qu'une proie soit facinée par son prédateur), pris dans une aventure amoureuse qui aurait pu le sauver de sa folie. Ainsi en nous faisant ressentir de l'empathie pour son méchant, Mann brouille les cartes, d'autant que son héros est un solitaire bourru et fort peu sympathique.
Le docteur Lektor est joué par un Brian Cox absolument glaçant aux antipodes du docteur Lecter de Hopkins, qui délimite bien les différences fondamentales d'approche entre les deux films. S'il apparaît moins grand-guignol et gothique que son illustre collègue, Cox n'en est pas moins gênant dans son interprétation du mal à l'état pur combiné à une intelligence supérieure. Les scènes dans la cellule de celui-ci sont d'ailleurs parmi les meilleures du film et l'on est presque aussi soulagé que Graham lorsqu'il en sort.

Les acteurs sont donc tous impeccables, offrant des prestations solides sans être inoubliables, et donnent au film un aspect très réaliste. A noter que Tom Noonan en tueur mélancolique, profondément malheureux mais également terriblement effrayant de par son jeu et sa présence physique, compose un méchant original qui a tendance à marquer durablement les esprits des spectateurs.
La maîtrise de l'écriture de scénario permet à Mann de ménager un suspense redoutable en marge de tout l'aspect psycholigique de son film, qui alliée à son talent pour la mise en scène lui permet de signer des moments intenses (la scène de l'appât, l'arrestation du tueur).

Cependant, ne maitrisant pas totalement tous les éléments de son oeuvre Mann s'est vu imposer une conclusion finale qui colle mal au reste du film. De même, son penchant pour l'esthétique chic et toc des années quatre-vingt ainsi que pour l'excécrable musique de cette même époque font que certains apsects du film ont assez mal vieilli, faisant ainsi le bonheur des détracteurs du film. La photographie de Dante Spinotti est remaquable même si à certains moments elle se laisse aller à de l'esthétisme gratuit, qui se justifie par les goûts de Mann en matière de visuels. Cela amoindrit un peu la portée du film et a tendance à éloigner certains spectateurs de l'histoire.

Une oeuvre originale et intense qui, malgré ses défauts, s'avère être un film policier résolumment excellent et glaçant qui inaugura de superbe façon la mode des films sur les tueurs en série.
Sans ces afféteries et le contrôle de Dino de Laurentiis (producteur) sur le produit final, il ne fait nul doute que Manhunter aurait été une oeuvre inoubliable à classer parmi les chef d'oeuvres. Nous vous recommandons chaudement son visionnage ne serait-ce que pour constater la différence entre un vrai cinéaste et un simple artisan, en le comparant avec l'autre adaptation du livre de Thomas Harris, Red Dragon de Brett Ratner (2002).


Image
L'image est proposée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est d'excellente qualité mais souffre de fluctuations dû à l'intégration de nouvelles scènes de qualité médiocre. L'interpositif est vraiment très propre et à nouveau ce sont les mêmes scènes qui introduisent de légères saletés.
Hormis dans les fameuses scènes rajoutées, la finesse des détails atteint un niveau trop rare pour des films des années quatre-vingt.
Les couleurs sont impeccablement rendues, toujours justes, naturelles, constantes et bien saturées. Si leur aspect peu paraître un peu passé ou plutôt moins que sur d'autres éditions, la présence de Michael Mann pour superviser ce transfert est le gage du respect de ses intentions originelles en la matière.
Le contraste est lui aussi impeccablement géré et permet à cette copie d'éviter toutes brillances, surtout pour un film à la photographie aussi travaillée et jouant avec la surexposition.
Les scènes sombres retrouvent une lisibilité impeccable et cela permet de littéralement redécouvrir une partie du film. Cela est possible grâce à des noirs étonnament profonds et purs pour une oeuvre de cette époque.
Les dégradés sont également d'une qualité supérieure et permettent de bien apprécier toutes les nuances de la complexe photographie de Dante Spinotti.
La partie numérique du transfert est impeccable et rend largement justice au beau travail de restauration effectué sur cette oeuvre. En effet, les défauts numériques sont très faibles et seuls quelques fourmillements artificiels sont notables lors de certains passages (ciels et cellule de Lektor) ainsi qu
Sachant la présence de scènes de moins bonne qualité, ce transfert ne s'impose pas comme l'un des meilleurs. Manhunter n'a jamais été aussi bien traité et cela n'est que justice pour un film mesestimé à tort qui se voit ainsi la possibilité d'être réévalué dans des conditions quasi idéales.



Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby Digital 2.0 surround).
Sa dynamique est forcément limitée de par son format mais s'avère excellente dans les limites de celui-ci. Sa présence et sa spatialité souffrent des mêmes remarques mais s'avèrent tout de même satisfaisantes.
La musique est impeccablement rendue et parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les enceintes arrières sont remarquablement bien utilisées pour ce format mais n'atteignent pas l'efficacité de celle d'une bande-son en 5.1.
Les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles et sans aucune trace de parasites ou de saturation.
Les basses fréquences sont suffisamment présentes et bien que cette bande-son sollicite assez peu le grave, leur rendu est efficace et solide à défaut d'être exceptionnel.
Il n'y a malheureusement aucune option de sous-titres disponibles, seule une piste close caption est présente et uniquement accessible par biais d'un décodeur adéquat.
Une fois passé la déception de ne pas avoir une bande-son en format 5.1 sur une telle édition, force est de constater que celle présente remplit impeccablement son office, poussant les caractéristiques techniques du Dolby Surround au maximum de leurs possibilités. Il est curieux de la part d'Anchor Bay, éditeur nous ayant habitué à d'excellents remixages multicanaux, de ne pas en proposer pour ce film.



Suppléments/menus
Une section un peu vide en dehors du commentaire audio pour un film qui aurait largment mérité plus.

Le commentaire audio de Michael Mann est très intéressant en ce sens qu'il traite chaque idée directrice du film en détails et avec le sens de l'efficacité qui le caractérise. Seulement, ce commentaire est parfois difficile à suivre car il est peu relié à l'image. Lorsqu'une idée est présentée dans une scène, Mann la souligne et la développe sans tenir compte de ce qui se passe par la suite à l'écran. Un commentaire exigeant et un peu difficile à suivre mais qui permet de vraiment développer les aspects laissés en suspens par le film et d'expliciter certains des personnages de la façon la plus précise et passionnante qui soit. Au final, il ressemble plus à une interview qu'à un véritable commentaire audio scène par scène.

Sont également disponibles trois différentes galeries : scènes coupées et scènes alternatives, photos de production et matériel promotionnel.
Est également proposée la bande-annonce originale de l'oeuvre d'une qualité fort correcte et qui permet de voir comment a été vendu le film.

Un ensemble un peu léger mais qui a l'avantage de ne pas se perdre dans des digressions inutiles. Le commentaire de Michael Mann vaut mieux à lui seul que bien des sections entières de suppléments et nous ne pouvons donc que nous féliciter de sa présence.




Conclusion
Une édition réussie mais en tous points fort curieuse. Les scènes ajoutées correspondants à la version longue sont de bien moins bonne qualité mais Anchor Bay a l'honnêteté de nous en prévenir, et enfin la bande-son n'est que Dolby Surround alors que la bande-son de l'ancienne édition de la version normale du film était en Dolby Digital 5.1.

Nous sommes même gratifiés d'un commentaire audio intéressant de Michael Man lui-même. Nous recommandons amplement cette édition surtout aux amateurs de cette oeuvre et à ceux qui ne la connaîtraient pas, tout en sachant qu'il ne s'agit sans doute pas d'une édition définitive.
Le film se concentre sur les deux personnalités de l'enquêteur et du tueur, laissant l'action et l'aspect glauque au second plan, lui préférant de façon juste et payante la psychologie des personnages et leurs conflits intérieurs. Les excellentes interprétations des deux acteurs principaux, relativement peu connus, contribuent d'ailleurs grandement à l'impact du film, en ce sens qu'ils permettent aisément l'identifiaction du spectateur.

La mise en scène sèche et précise est au diapason des personnages qu'elle scrute et nous suivons cette enquête de façon peu conventionnelle mais résolument passionante. Un film policier haut de gamme, se rapprochant plus de l'esprit des romans de Harris que les autres adaptations existantes.


Qualité vidéo:
3,6/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
3,7/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-08-10

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Manhunter

Année de sortie:
1986

Pays:

Genre:

Durée:
121 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Anchor Bay

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
-

Suppéments:
commentaire audio, 2 galleries de photos, gallerie promotionelle, bande-annonce

Date de parution:
2003-07-08

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