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DVDEF

Crimson Pirate, The

Critique
Synopsis/présentation
Robert Siodmak est un cinéaste qui s'est rendu célèbre grâce au film noir dont il réalisa deux perles, The Killers (1946) et Criss Cross (1949). Ces deux films aux structures complexes et aux personnages torturés illustrent parfaitement l'un des thèmes majeurs du genre : la fatalité. Le reste de sa carrière s'avère beaucoup moins intéressante, malgré la réputation solide de certaines oeuvres surestimées comme The Spiral Staircase (1945) ou Phantom Lady (1944).

Il débuta sa carrière en Allemagne durant les années trentes, la poursuivit en France puis émigra aux Etats-Unis au début des années quarantes. Il en repartira pour teminer sa carrière avec des petits films assez inégaux en Europe. Sa mise en scène est souvent discrète mais assurée et c'est surtout dans la structure de ses oeuvres et son intérêt pour les thèmes qui y sont développés que le talent de Siodmak se remarque. Ainsi dans Cry of the City (1948), c'est l'aspect social et les obsessions de ses personnages qui prédomine et rend passionnant ce petit film, qui paraissait pourtant relativement peu engageant.
The Crimson Pirate (1952) est sa dernière oeuvre américaine et correspond à une sorte de récréation pour lui tant il diffère en tout du reste de son travail. Il s'avère pourtant une totale réussite et fait regretter que Siodmak ne se soit pas plus laissé attirer vers son penchant comique et débridé tant le résultat est frais et divertissant.
On y suit le Capitaine Vallo (Burt Lancaster) et son équipage de pirates détrousser le bateau du Comte Gruda (Leslie Bradley) dans les eaux des Caraïbes. Il leurs volent les armes destinées à écraser une rebellion dans une île proche. Le Capitaine épargne le Comte et son équipage afin de passer un marché avec eux concernant l'arrestation des rebelles. Il est convenu que Vallo et son fidèle bras droit muet Ojo (Nick Cravat) iront vendre les armes dérobées aux rebelles et une fois le marché conclu, livreront ces mêmes rebelles au Comte Gruda de façon à doubler leur mise. Evidemment rien ne va se passer comme prévu et le début de cette histoire mènera nos héros vers des aventures farfelues et pleines de rebondissements.

Dès l'impressionnante séquence d'introduction, il est évident que le film joue la carte du spectaculaire mais surtout de la farce et de la dérision. Un humour au second degré fort bienvenu dans ce genre de films (qui en manque souvent) nous rassure quant aux intentions du cinéaste et de ses interprêtes.

Ainsi, le film s'adresse aux enfants même tous jeunes et aux adultes qui ont su rester de grands enfants tant le spectacle s'apparente à un numéro de cirque géant voire même un numéro de music-hall. Toutes les conventions du film de pirate sont présentes mais subtilement détournées. Pour exemple, une dispute entre Vallo et son second concernant justement des coutumes de pirates non respectées, vire à un pugilat verbal digne d'hommes politiques avec des dialogues à doubles sens et des civilités très peu flibustières.
Le réalisme, la véracité historique ou même la crédibilité dans le sérieux de l'histoire est le dernier soucis de Siodmak, celui-ci profitant du départ de son scénariste Waldo Salt (poursuivi par les sbires de McCarthy) pour diriger encore plus son film vers une farce complète, mais respectant suffisamment les règles du jeu pour garder de la cohésion.

L'intrigue est donc un festival de rebondissements, de double jeu, de trahisons, le tout dans un esprit bon enfant mais pas stupide qui rend cette oeuvre non seulement plaisante à suivre mais surtout totalement attachante. Il ne faut pas chercher une quelconque morale, leçon ou justification d'un seul des actes présentés dans ce film, bien au contraire. Il est destiné à ravir les petits et les grands par ses cascades, ses poursuites, ses explosions, son histoire d'amour, son humour, ses anachronismes abracadabrants (nous vous laissons la surprise), le tout sans leur laisser le temps de réfléchir (ni leur en donner l'envie d'ailleurs).
En ce sens, le principe du film fait furieusement penser à celui qu'utilisera et perfectionnera Spielberg plus tard pour réaliser le chef-d'oeuvre du film d'aventure: Raiders of the Lost Ark (1981).
Ainsi les prouesses physiques des héros sont tout à fait hors normes (l'équipage pirate nageant au moins 150 ou 200 m sous l'eau), les évènements hautement improbables et certains personnages utiles à la poursuite de l'action sont littéralement jetés dans le film sans plus d'explications (le scientifique).
De même, pour se détacher encore plus de la réalité, aucun pays n'est jamais mentionné, il est question d'un roi mais on ne sait jamais lequel et la figure révolutionnaire El Libre est très vague. Il est également à noter que la violence est totalement déréalisée par l'absence de sang et l'énormité des scènes de batailles où les assaillants tombent comme des mouches.
Burt Lancaster et Nick Cravat forment un couple d'athlètes hors normes, et sans leur crédibilité physique (ils ne sont jamais doublés et leurs cascades sont sans filets) et leur complicité évidente, le film n'aurait pas eu le même impact.
De plus, contrairement à d'autres cascadeurs, il savent jouer la comédie à la perfection. Si Burt Lancaster était un grand acteur doublé d'une star confirmée, son ami d'enfance et ancien acolyte (du temps où ils étaient voltigeurs) Nick Cravat, fait preuve d'un sens inné du jeu comique. Sa prestation en pirate muet à cigare est digne des grands acteurs comiques du burlesque.
On se prend souvent à penser aux dessins animés de Chuck Jones ou aux grosses farces du slapstick lorsque l'on voit nos deux hommes dans divers déguisements ou dans des prouesses physiques incroyables.

Un spectacle explosif, châtoyant et au final bougrement plus divertissant que la plupart des films d'aventure récents, comme si le moule avait été cassé.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.37:1 d'après un transfert :3.
La définition générale est d'un niveau remarquable. L'interpositif est très propre même si le temps a laissé quelques marques discrètes (points et rayures). La finesse des détails est également à souligner, tant elle donne l'impression que le film a été tourné il y a peu.
Le rendu des couleurs est tout simplement exemplaire grâce à un Technicolor parfaitement maîtrisé. Les couleurs éclatent littéralement et cela sied parfaitement à ce type de films. Elles sont toujours saturées, constantes et sans aucuns débordements.
Le contraste est également impeccablement géré, évitant heureusement toutes brillances.
Les noirs sont relativement profonds et bien purs et cela permet un bon rendu des scènes nocturnes (tournées en nuit américaine).
La qualité des dégradés est impressionnante et largement à la hauteur du reste de ce superbe transfert.

La partie numérique est également de haute volée, ne générant aucun défaut visible, ni sur définition, ni fourmillements, et la compression est parfaitement maîtrisée.
Une excellente surprise que ce beau transfert pour un film châtoyant qui n'en méritait pas moins. La performance est d'autant plus à relever qu'il s'agit d'une série économique et que comme dans le cas de Scaramouche, aucune restauration particulière n'est mentionnée.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby Digital 1.0 mono). Sa dynamique est forcément limitée mais reste correcte pour un film de 1952. Sa spatialisation et sa présence sont du même acabit, correctes pour l'époque.

La ronflante musique est bien intégrée au reste de la bande-son mais souffre de distortions dans ses débordements les plus extrêmes (et les envolées guerrières sont assez nombreuses). Les dialogues sont par contre en permanence parfaitement intelligibles et cela est à souligner car l'environnement sonore du film est souvent surchargé.
A noter qu'il faut garder le volume à des niveaux raisonnables, sous peine de voir du souffle faire son apparition mais sans pour autant que cela soit vraiment gênant.
Les basses fréquences sont relativement présentes et assurent efficacement le soutien de la bande-son lors des nombreux passages animés.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.
Si le résultat est moins spectaculaire que pour l'image, le son remplit parfaitement son office du moment qu'on ne le pousse pas dans ses retranchements. Il est certain qu'un remixage multicanal aurait été l'idéal pour un tel film, mais étant donné la bonne tenue de cette bande-son en rapport à son tarif, nous ne pouvons qu'exprimer notre satisfaction.



Suppléments/menus
Une section quasiment vide mais cela n'est pas pour nous surprendre, ce titre DVD faisant partie de la collection économique de la Warner.
Est tout de même proposé un court texte déroulant présentant la carrière conjointe de Burt Lancaster et son ami d'enfance et collègue acrobate Nick Cravat.
Sont également disponibles les traditionnelles filmographies des artisans du film.
Il aurait bien évidemment était intéressant d'avoir un documentaire sur les conditions de tournage qui ont dû être mémorables, mais le film se suffit à lui-même et sa copie est magnifique.



Conclusion
Une édition simple mais solide de cet excellent divertissement haut de gamme. L'image est résolument splendide et éclatante de couleurs et si le son est moins réussi, il assure tout de même plus que le minimum syndical.
Les suppléments sont absents mais le film n'en a pas vraiment besoin et surtout son prix de vente très bas le justifie.

Après Scaramouche, un autre film uniquement conçu pour le plaisir des spectateurs. Lancaster et Cravat s'y montrent au moins aussi physiquement époustouflants que Granger et Ferrer (cf critique Scaramouche). Ils bondissent de mât en mât avec une aisance et une classe sidérantes, admirablement relayés par la caméra mobile et dynamique d'un Robert Siodmak étonnant chez qui on n'aurait pas soupçonné de telles qualités pour l'action trépidante.
Le parti-pris ouvertement parodique et burlesque offre une légèreté salutaire au film, qui le distingue des autres films de pirate. The Crimson Pirate joue ouvertement sur les codes très raides de ce genre mais sans pour autant les déconstruire. De nombreux clins d'oeil sont faits au spectateur mais il est toujours respecté.
Hollywood a depuis perdu ce respect de son audience et une tentative de ce genre à l'heure actuelle s'accompagnerait sans aucun doute d'un cynisme éhonté qui en briserait le charme.
Une oeuvre magique qui sait transmettre sa bonne humeur et sa jovialité, et dont le second degré permettra à tous de se régaler des aventures du pirate Vallo sans se prendre au sérieux.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,6/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-07-31

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Crimson Pirate, The

Année de sortie:
1952

Pays:

Genre:

Durée:
104 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
1.37:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Biographie de Burt Lancaster, Nick Cravat et des artisans du film

Date de parution:
2003-07-01

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