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DVDEF

Chaplin Collection, The: Limelight

Critique
Synopsis/présentation
Chaplin nous offre avec Limelight une oeuvre profondément émouvante, même si par certains aspects moins aboutie et universelle que Modern Times ou The Great Dictator. Le film se déroule dans le Londres du début du siècle et nous y suivons Calvero un clown qui fut très célèbre, maintenant oublié de tous, qui sauve la vie d'une de ses jeunes voisines ayant tenté de se suicider. Il a maintenant sombré dans un alcoolisme léger mais assuré et se prend d'amitié pour cette jeune ballerine à laquelle il redonne goût à la vie grâce à sa philosphie et son énergie. Il tentera de faire un come-back après avoir arrêté la boisson mais son échec sera terrible pour son moral. Heureusement pour lui, sa protégée renouera elle avec le succès et entamera une grande carrière de danseuse, en en faisant profiter son protecteur dont elle est finalement tombée amoureuse. Il s'enfuira ne souhaitant pas gâcher la vie de la jeune fille qui souhaite l'épouser malgré leur quarante ans de décalage. Mais leurs chemins finiront par se recroiser.

Après l'insuccès de Monsieur Verdoux (1947), qui rompait totalement avec le style et l'ingénuité de ses oeuvres précédentes, Chaplin revient vers son univers et plus précisément vers lui-même.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard (mais d'une manière générale, il n'y a pas de hasards dans ses oeuvres) si son personnage de Calvero était sous-titré The Tramp Comedian. De même, la vindicte dont était victime notre homme (pourchassé par les maccarthystes en tant que communiste pour ses vues sociales et parce qu'il n'avait jamais demandé la nationalité américaine), et l'insuccès qui suivit sont conjurés dans cette oeuvre qui s'avère la plus personnelle qui soit.
Sa peur de perdre son public, d'être rejeté par lui est exorcisée à travers Calvero, rôle pour lequel il est moins grimé et déguisé qu'à son habitude, et sans doute très proche dans les affirmations sur la vie et sa valeur, de ses vraies pensées et de sa philosophie.
Le repli sur lui-même après son rejet par son pays d'adoption étant total, il recrée Londres, sa ville natale qui vit ses débuts dans le music-hall, fait tourner ses enfants, sa femmme, son demi-frère et son ami Buster Keaton.

Il croyait réaliser son dernier film et lui donna donc un ton tragi-comique très réussi mais surtout y montre qu'il avait accepté l'échec de son oeuvre précédente et la fin de sa gloire ininterrompue depuis 1916. L'image du clown seul et caché dans des décors en arrière scène, dont nous voyons le visage s'assombrir au fur et à mesure que les projecteurs s'éteignent, est d'une force peu commune en même temps qu'une métaphore parfaite de la situation dans laquelle il pensait se trouver.

Heureusement, le film fut un succès international et Chaplin put encore tourner deux films avant de mettre un terme à sa carrière, mais Limelight restera toujours son film testament, ses adieux émouvants au monde du spectacle. En effet, l'aspect comique est toujours présent mais ce sont très nettement la mélancolie et l'acceptation du destin qui prennent le dessus dans cette fable sur la gloire, qui sait rester positive malgré la situation décrite et surtout grâce à l'optimisme à toute épreuve de Chaplin.

Cela nous conduit à parler de l'un des "défauts" de l'oeuvre à savoir un équilibre et un rythme moins maîtrisés que dans ses précédentes. Le numéro du dresseur de puces est un véritable régal d'ingénuité et de génie comique et l'on y retrouve un Chaplin au meilleur de sa forme. Passé ce numéro et jusqu'au fabuleux et mythique duo final avec Buster Keaton, l'équilibre entre la narration et les scènes de danse ou de comique (non comiques comme voulues dans le scénario) est bancal. Les passages de music-hall sont relativement communs et exposés beaucoup trop longuement par rapport à leur intérêt, et surtout cette insistance a tendance à distraire le spectateur et à l'éloigner de l'implication émotionnelle profonde qu'il avait réussi à mettre en place.
Hormis cette petite remarque, le film est d'une intensité incroyable et le sort de Calvero, de Thereza, du personnage de Buster Keaton sont d'une efficacité dramatique quasiment sans équivalent, et pour une fois la tristesse l'emporte sur la joie malgré un final magnifique et en fin de compte optimiste.

De même, la philosophie de la vie que Chaplin a développé tout au long de sa carrière nous est présentée à travers les paroles de Calvero tentant de redonner le goût de vivre à la ballerine suicidaire. Leur ton et leur relative candeur pourront passer pour de la naïveté pour les détracteurs du film, mais ils correspondent pourtant à des principes simples basés sur l'idée bête mais essentielle que la vie vaut la peine d'être vécue.

Les acteurs offrent tous des prestations impeccables, Chaplin en tête, et savent garder la touche nécessaire à faire passer le ton et l'émotion produits par cette oeuvre. Chaplin a d'ailleurs encore renforcé les sentiments et sensations dégagées en écrivant une magnifique musique totalement en adéquation avec les évènements relatés et qui en renforce grandement l'impact émotionnel.

Nous conseillons donc sans aucune réserve ce film magnifique et bouleversant, sorte de chant du cygne de son auteur qui y démontre une fois de plus sa légendaire acuité. Il est capable d'en faire une parabole sur la triste et injuste situation dans laquelle il se trouvait à cette époque, évitant de la citer ou la fustiger, préférant la présenter comme une sorte d'évolution logique ou de fatalité sans pour autant que le film vire au tragique.

Au même titre que les autres oeuvres du maître, Limelight est un film inoubliable et essentiel même si moins universel. S'il paraît d'une approche moins aisée car plus personnel et jouant sur l'émotion plus que sur le comique, il n'est pas moins indispensable et marque d'une sublime aura mélancolique mais heureuse ce que Chaplin voulait comme son testament cinématographique.




Image
L'image est présentée au format respecté de 1.37:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est de bon niveau mais s'avère curieusement un peu moins poussée que sur Modern Times et The Great Dictator. De plus, certaines instabilitées de l'image visiblement du à la convertion PAL à NTSC finissent par agacé (le problème est évident pour la séquence d'ouverture).

L'interpositif est relativement propre et seuls quelques très légers défauts viennent à une ou deux reprises faire leur apparition sans jamais devenir gênants. La finesse des détails est elle aussi d'un niveau plus que correct pour une oeuvre de 1952 mais ses fluctuations l'empêchent d'atteindre l'excellence. Le contraste est relativement bien géré mais à nouveau s'avère inscostant et souvent un peu trop poussé. Il a tendance à laisser passer des brillances qui peuvent devenir un peu agressives selon les passages, mais rien de bien gênant cependant. Les passages sombres du film sont bien rendus grâce à des noirs de bonne qualité et des dégradés appréciable. Par ailleurs, comme sur les autres DVD de la collection Chaplin, l'échelle des gris est fort bien respectée.
La partie numérique est elle exempte de tous reproches et seuls quelques fourmillements légers font leur apparition à plusieurs reprises.

Une copie en très bon état dont on attendait peut-être un peu plus étant donné les prouesses réalisées par Mk2 sur des films plus anciens de Chaplin. Il s'agit sans doute de la version définitive de cette oeuvre qui, si elle n'atteint pas la perfection, propose sans ambiguités la plus belle image qu'on en ait jamais vu.


Son
Les trois bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1), Anglais (Dolby Digital 1.0 mono) et Français (Dolby Digital 1.0 mono).

La bande-son multicanaux offre une dynamique correcte, ce qui est appréciable pour une telle oeuvre. Sa présence et sa spatialité ne sont pas les plus étoffées qui soient mais sont respectueuses des intentions d'origine de Chaplin et c'est le principal.
La superbe et mélancolique musique de Charles Chaplin lui-même est fort bien rendue et surtout impeccablement intégrée au reste de la bande-son.
Le champ sonore est bien développé tout en restant dans les limites du raisonnable; le rendu reste naturel, ne paraissant pas forcé. Les effets d,ambiophonies sont eux aussi discrets et utilisés intelligemment, de façon à ne pas donner inutilement un caractère artificiel à ce remixage. Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et ne montrent que des traces limitées de parasites et de distortions qui s'avèrent très peu gênantes tant que l'on reste dans des limites raisonnables au niveau volume.

Les basses fréquences sont logiquement anecdotiques mais sont tout de même là pour appuyer efficacement les envolées musicales du film.
Les deux bandes-son monophoniques sont logiquement inférieures en terme de rendu et surtout celle doublée en Français fait preuve d'une ambiance plus étouffée que ses homologues anglaises.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français, Espagnol, Portuguais, Coréen, Thaïlandais et Chinois.

A nouveau de la part de Mk2 une impeccable bande-son multicanal à l'équilibre parfait entre efficacité et respect.


Suppléments/menus
Une ensemble intéressant mais qui manque de réel travail sur l'oeuvre elle-même.

Le segment Chaplin Today : Limelight, fait intervenir Bernardo Bertolucci qui a du mal à vraiment nous expliquer pourquoi ce film l'émeut à un tel point. De même, le reste des intervenants procèdent plus à une célébration de l'oeuvre sans trop d'esprit critique ou d'analyse et cela est fort dommage. Car bien entendu le film de Chaplin est une oeuvre inoubliable mais cela est de notoriété publique. Ainsi, à part les interventions de Claire Bloom, ce document n'est pas totalement inintéressant mais s'avère un peu creux et ressemble plus à un devoir de mémoire qu'à un véritable supplément.

L'introduction de David Robinson est par contre à nouveau résolument passionnante et nous éclaire sur la situation ahurissante dans laquelle Chaplin s'est retrouvé avant et pendant le tournage du film. Ces éléments nous permettent de mieux l'appréhender et en comprendre certaines spécificités. Malheureusement, ce segment est trop court et fait amèrement regretter l'absence d'un commentaire audio du même David Robinson qui n'aurait pas manqué d'être passionnant.

Viennent ensuite deux segments intéressants dans leur rapport au film : une scène coupée de 4 min 29 où Calvero rencontre son ami sans bras qui est mentionné dans le montage actuel du film, et un court métrage de 1919, The Professor (6 min 24), où il utilise déja le personnage du dresseur de puces.

Une bonne initiative est d'avoir inclu une bande-son spécifique contenant uniquement la belle et émouvante musique du film composée par Chaplin lui-même.

Est également disponible un court extrait audio, illustré de photos du film, de Chaplin lisant deux courts extraits (2 min 24) du premier traitement de ce qui allait devenir le scénario de Limelight, alors rédigé sous la forme d'un roman.
Puis est proposé un curieux segment composé uniquement de deux films de vacances de la famille Chaplin, les montrant au quotidien mais sans aucun commentaire quel qu'il soit et ainsi on peut juger sa longueur assez rébarbative (17 mins).

Ensuite sont proposées la traditionnelle galerie de bandes-annonces internationales (4 min 25), les galeries de photos défilantes (4 min 25) et la galerie de posters et affiches de l'oeuvre (18 différents).
Pour finir est présente la galerie d'extraits de films de la collection Chaplin (cf critique Modern Times pour la liste).

Une fois de plus, les suppléments de la collection Chaplin valent largement le détour et sont en quantité mais nous ne pouvons que regretter leur manque de recul et l'absence de mise en perspective de l'oeuvre. Les films de vacances auraient appelé un commentaire d'un des membres de la famille et l'introduction aurait du se transformer en commentaire audio.
Néanmoins, nous sommes devant un travail de qualité qui manque juste d'analyse et de réflexion sur l'oeuvre elle-même pour être complet.




Conclusion
Une édition réussie mais un peu décevante en regard de celle de Modern Times ou de The Great Dictator. En effet, la qualité visuelle de ce titre DVD est bonne mais s'avère plusieurs tons en dessous de celle des deux films pré-cités (gestion du contraste, définition). Le son est toujours sans reproches et les suppléments complètent bien cette édition.

Le film ressemble vraiment à une autobiographie à peine déguisée et Chaplin arrive à un niveau d'introspection rarement atteint par d'autres artistes. Si l'humour est un peu en retrait, c'est sur le registre de la mélancolie et de l'émotion que Chaplin exerce son génie.
Et l'on peut dire qu'à nouveau il jettera toutes ses forces et son talent dans la bataille, porté par son expérience personnelle et ses souvenirs d'enfance, pour nous offrir une oeuvre peut-être moins immédiatement abordable que ses précédentes mais assurément aussi marquante.
On sent bien l'investissement total de l'homme dans son projet (acteur, scénariste, réalisateur, compositeur de la musique, concepteur des costumes, chorégraphe) et cela permet paradoxalement au film de dépasser le cadre de son auteur pour à nouveau atteindre à une certaine universalité (même si moins marquée qu'avant).

Beaucoup de séquences sont encore totalement muettes et les numéros de music-hall de Chaplin sont à nouveau réussis même si parfois un peu trop longuement exploités pour conserver un rythme efficace au film (mais là n'était pas l'intérêt de Chaplin).
Un film inoubliable qui marque durablement même s'il peut laisser une impression plus mitigée au premier visionnage.


Qualité vidéo:
3,3/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
3,2/5

Rapport qualité/prix:
3,7/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-08-18

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Limelight

Année de sortie:
1952

Pays:

Genre:

Durée:
132 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol
Portugais
Chinois
Coréen
Thailandais

Suppéments:
Documentaire, Introduction, Scènes coupées, Musique isolée, Extraits de la nouvelle lus par Chaplin, Court métrage, Films de la famille Chaplin, Gallerie de Photos et Posters, Bandes-annonces, Extraits de films de la collection Chaplin

Date de parution:
2003-07-01

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