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DVDEF

Chaplin Collection, The: The Great Dictator

Critique
Synopsis/présentation
Nous ne reviendrons que sur le film lui-même, ayant déja fait une présentation de Charlie Chaplin et de son oeuvre dans la critique de Modern Times.

The Great Dictator (1940) est donc le premier film parlant officiel de Chaplin et le moins que l'on puisse dire c'est que, si à nouveau les plus belles séquences du film sont muettes, il a réussi de fort belle façon son passage au film parlant.

On y suit l'histoire parallèle de deux personnages principaux, Adenoid Hynkel (Charlie Chaplin) et A Jewish Barber (Charlie Chaplin) dont les destins croisés vont alimenter le film. Hynkel est le dictateur tyrannique et irrascible de Tomania, pastiche d'Hitler, et va se retrouver en compétition avec Napaloni (Jack Oakie) l'également pathétique dictateur de Bacteria, afin de savoir qui envahira en premier le pays voisin, Osterlich. De son coté le barbier juif, amnésique suite à des blessures contractées lors de la première guerre mondiale, sort finalement de l'hopital des années plus tard, persuadé d'avoir quitté son salon depuis quelques semaines seulement. Hors Hynkel a enfermé toute la communauté juive de Tomania dans un ghetto et leur a également retiré une grosse partie de leurs droits. Le barbier osera relever la tête et resister à sa façon, ce qui lui vaudra l'admiration de Hannah (Paulette Godard).

Pour ne serait-ce qu'oser prévoir la mise en chantier d'une comédie attaquant aussi directement et brillamment le personnage le plus dangereux que notre planète ait connue, il fallait au moins s'appeler Charlie Chaplin et être mondialement adulé et respecté. Il rencontra beaucoup d'opposition envers son projet mais tint bon et passa plus de cinq cent jours à peaufiner son bébé qui lui tenait tant à coeur.
Hitler lui avait non seulement volé sa célèbre moustache (et allait tristement la rendre encore plus célèbre !!) mais en le considérant comme un Juif (alors qu'il n'en était pas un), lui avait également ouvertement signifié son mépris. Notre courageux artiste décida donc de se venger. Il le ridiculisa de la façon la plus marquante qui soit grâce à cette imparable comédie, se plaçant à la distance exacte de la réalité pour être efficace au niveau comique, mais en prenant soin de garder les nombreux coups de canons qu'il délivre bien braqués sur sa cible.

Aucune autre charge n'aurait su être aussi juste, efficace et surtout n'aurait pu avoir autant de poids que la sienne. Le film fut vu et discuté partout à travers le monde, alors même que tous les gouvernements prenaient bien soin d'éviter d'offenser le terrifiant dictateur. A ce titre, nous pouvons véritablement parler de match au sommet entre deux adversaires à la renommée internationale, au charisme intense et aux armes redoutables.

Chaplin ne gagna malheureusement pas la bataille dans la divulgation de la réalité du régime Nazi et de son dirigeant, son film arrivant malheureusement trop tard pour pouvoir éveiller véritablement les consciences face à ce danger. Nénamoins, les deux hommes sont maintenant indissociables car si Hitler est bien amèrement resté le plus célèbre, son unique et génial pastiche qui ne manque jamais d'être cité l'est presque tout autant et c'est tant mieux.
La ressemblance physique entre Chaplin et Hitler est déja étonnante, mais en extraordinaire imitateur à l'univers personnel qu'il était, il copia à la perfection sa gestuelle, ses grimaces, ses mimiques, allant même jusqu'à inventer un language proche des sons gutturaux allemands de façon à sonner également comme lui. Il compose ainsi ses scènes de discours comme des scènes muettes car son language y est incrompréhensible littéralement et c'est grace à sa science du burlesque et à son sens de l'universalité que n'importe qui est plus ou moins à même de comprendre ce qu'il dit. Cela souligne également le fait que les discours d'Hitler étaient souvent quasi incompréhensibles tant ils étaient véhéments et passionnés, et que c'est plus avec sa gestuelle et son attitude qu'il arrivait autant à captiver les foules. Le plus important n'était pas le discours qu'il tenait mais sa mise en scène, son contrôle total des réactions du public. Le fait d'être le seul à avoir la parole et à être écouté est plus important que le contenu réel du discours.

Ce sont à nouveau les situations burlesques, si étudiées et travaillées que leur puissance comique n'est en rien entamée par la force de la critique et de la charge, qui permettent à Chaplin de réussir un film à deux niveaux (comme Modern Times) aussi efficaces l'un que l'autre.
En face de lui, il eut l'excellente idée de confier le rôle de Napaloni à Jack Oakie qui compose un Mussolini époustouflant, plus vrai que nature et de façon aussi efficace que Chaplin, a qui il vole presque la vedette grâce à la stupidité énergique et débonnaire de son personnage. Son travail sur l'Anglais parlé à l'italienne est exceptionnel.
En face, le barbier juif n'est plus vraiment Charlot mais s'en rapproche tout de même par bien des aspects. Son personnage tragi-comique offre un contrepoint idéal à celui de Hynkel. Le film est à nouveau construit comme une succession de scènes dont chacune est chargée d'exposer un certain type d'attitude.

Ainsi la poésie est à nouveau au rendez-vous et vient aérer le film de temps à autre grace à de magnifiques scènes en apesanteur (Hynkel et son globe, la séance de rasage) et simultanément lourdes de sens.
Chaplin passa longtemps à peaufiner le montage de son film, n'hesitant pas à retourner les scènes qu'il ne jugeait pas bonnes (il finança lui-même l'entreprise), de façon à livrer cette oeuvre au timing impeccable et à la perfection insolente dans l'observation.
Mais The Great Dictator prend une tournure plus sombre qu'à l'accoutumé par le biais de scènes tristes et violentes (l'exil des amis juifs du barbier, la fin du film) qui dénotent de ses habitudes.

Dans le même esprit, la toute fin du film est un moment d'une ambition et d'une perfection rares. Toute la progression de l'oeuvre tend vers ce climax qui à nouveau démontre l'ambition sans faille de Chaplin. Il adresse un discours didactique d'une cohérence intense, vantant la paix et l'amour entre les êtres humains. A l'époque ce texte qui pouvait paraître naïf, avait été taxé de pro-communisme alors que bien au contraire il n'en est rien. Chaplin nous montre comment même avec un message a priori positif on peut se laisser entrainer sur la pente du fanatisme et surtout, fait rare dans le cinéma, il prend progressivement et discrètement la place de son personnage pour s'adresser directement à son public. Son discours prend alors une force sans équivalent et achève définitivement de placer Chaplin parmi les géants de cet art et les grands hommes de ce siècle, en ce sens qu'il dépasse largement le cadre du cinéma pour atteindre à la véritable universalité.

Une oeuvre qui arrive donc par des moyens différents aux mêmes objectifs que Modern Times, ce qui bien évidemment devrait rendre son salutaire visionnage totalement obligatoire.
Un des sommets incontestables du cinéma mondial que chaque amamteur de cinéma se doit de posséder dans sa collection, surtout quand l'édition proposée est aussi belle que celle-ci.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.37:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est d'un niveau exceptionnel et permet littéralement d'oublier l'age du film. L'interpositif est très propre mais curieusement moins que celui de Modern Times (cf critique). Quelques légers défauts subsistent de temps à autre (scènes de brouillard) mais ne s'avèrent absolument jamais gênants. La finesse du transfert permet de faire ressortir l'extrême méticulosité de Chaplin jusque dans le moindre détail.
Le contraste est impeccablement géré dans son ensemble et seuls deux trois moments laissent passer de légères et benignes trâces de brulage des blancs. Nous signalons tout de même que nous faisons cette remarque car il s'agit quasiment du seul défaut présent avec ce transfert.
Les noirs sont profonds et purs (pour une oeuvre de 1940) et permettent un excellent rendu des scènes sombres.
La qualité des dégradés et le respect de l'échelle des gris sont en tous points remarquables et leur quasi perfection fait honneur aux nouvelles techniques de restauration.
La partie numérique du transfert est absolument parfaite, ne provoquant strictement aucun problème décelable à l'écran.
Un transfert résolument magnifique qui rend parfaitement jusitice à l'oeuvre et permet de la redécouvrir et de la conserver dans des conditions absolument idéales.
Nous ne pouvons que nous satisfaire du splendide travail effectué par MK2 et relayé par Warner, car il était grand temps que ces classiques absolus bénéficient du meilleur traitement possible.


Son
Les trois bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1), Anglais (Dolby Digital 2.0 mono) et Français (Dolby Digital 2.0 mono).
Le remixage multicanaux possède une dynamique fort correcte pour un film de 1940. Sa spatialisation et sa présence sont d'une qualité exceptionnelle, preuve d'un remixage réussi et surtout respectueux du matériau originel.
La musique est très bien rendue et parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les enceintes arrières sont utilisées avec parcimonie et une efficacité remarquables. Elles ne dépassent jamais le niveau recquis permettant ainsi à cette bande-son d'être très performante tout en ne dénaturant pas le travail de l'auteur.
Les dialogues sont parfaitement intelligibles en toutes circonstances, sans aucune trace de parasite ou saturation.
Les basses fréquences sont bien présentes et efficientes mais restent dans des niveaux raisonnables, remplissant ainsi parfaitement leur office.
Les deux bandes-son monophoniques ont également été très bien remixées. Elles sont donc en bon état mais du fait de l'excellent travail réalisé lors du remixage multicanal, ne présentent finalement qu'assez peu d'intérêt.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français, Espagnol, Portugais, Chinois, Thailandais et Coréen.
Un remixage en 5.1 parfait dont devrait s'inspirer beaucoup d'ingénieurs du son. Il réussit l'impeccable synthèse entre le surplus d'efficacité dû à son format et le respect des intentions initiales de Chaplin. Bravo !



Suppléments/menus
Une section plutôt bien fournie et d'un grand intérêt.
Tous les suppléments sont heureusement rassemblés sur le second disque de cette édition, laissant ainsi intelligemment le maximum d'espace pour une qualité audio et vidéo optimale sur le disque contenant le film.
Le principal et majeur atout de cette section est le magistral documentaire intitulé : The Tramp and the Dictator (55 mins). Il a été produit par la télévision américaine et fait un parallèle pertinent et impeccablement argumenté entre la vie de Chaplin et celle d'Hitler.
Le commentaire effectué par Kenneth Brannagh est remarquable d'intelligence et nous permet de porter un regard réellement différent sur le film par la masse d'informations et de recoupements qu'il met en avant. Un documentaire essentiel dont l'exemple devrait être plus souvent suivi.
Le deuxième segment est une rareté retrouvée dans les archives de la famille Chaplin. Le frère de Charlie Chaplin, Sydney, avait filmé en couleurs une bonne partie du tournage (25 mins). Il est réellement surprenant de voir Chaplin en couleurs surtout pour ceux qui n'ont jamais vu sa dernière oeuvre, La Comtesse de Hong-Kong, et donc ne l'ont jamais associé à la couleur. Il est dommage que ces documents n'aient été accompagnés d'un commentaire car du coup les 25 minutes d'éléments disparates paraissent bien longues malgré leur intérêt intrinsèque.
Vient ensuite une scène coupée d'un court métrage de Chaplin de 1919 (7 mins) qui s'avère fort intéressante en supplément. Elle démontre à quel point Chaplin a une continuité dans son inspiration et ses thèmes. Le décor, la gestuelle des personnages et le rythme y sont quasi indentiques à la scène présente dans The Great Dictator.
Par contre, les scènes de Monsieur Verdoux (3 mins) paraissent peu pertinentes si ce n'est par la présence d'extraits d'actualité présentant Hitler et Mussolini ensemble.
Est également proposée une galerie d'affiches du film, ainsi que les mêmes extraits des autres films de The Chaplin Collection que sur l'édition de Modern Times (cf critique).
La somme d'informations et de recoupements apportés par le documentaire est phénoménale et passionnante, et suffirait largement à surpasser nombre de sections suppléments bien plus fournies. Le reste des segments proposés permet de mieux cerner le film mais manque de commentaire pour être exemplaire.

Un ensemble donc excellent qui est parfait pour accompagner une oeuvre de cette trempe. Mais à nouveau comme pour Modern Times, nous regrettons l'absence d'un commentaire audio par un spécialiste qui aurait permis de rendre cette édition définitive.



Conclusion
Une édition magnifique sur tous les plans. Les parties vidéo et audio sont de tout premier ordre et les suppléments sont largement à la hauteur du film.

Un film unique et absolument indispensable comme c'est souvent le cas dans l'oeuvre de Chaplin. Il y fait à nouveau preuve d'une acuité incroyable quant à la folie d'Hitler et de Mussolini. En traitant l'aspect dramatique des évènements de l'époque par la dérision, il réussit parfaitement à démontrer et dénoncer le ridicule et le danger que représente la folie totalitariste (aussi bien au niveau Nazi, Fasciste que Communiste). Non seulement le film est une comédie absolument hilarante mais Chaplin réussit également à y introduire une notion dramatique au moins aussi importante grâce à son double rôle, sans lequel le film n'aurait sans doute pas eu le même impact.
Si le personnage de The Little Tramp/Charlot n'est plus présent, il faut bien reconnaître que son interprétation du barbier s'en rapproche fortement. Le perfectionisme et la détermination du cinéaste y sont portés à leur comble (plus de cinq cents jours pour la finalisation et nombre de pressions pour faire avorter son projet).

En plus de toutes ses qualités, le film atteint à nouveau à l'universalité grâce au discours final qui voit Chaplin le créateur s'adresser directement à l'humanité toute entière pour un message de paix et de rationalisation absolulment magistral.
Cela prouve ainsi qu'il géra mieux que ses collègues réalisateurs de l'époque du muet son passage au parlant, même s'il fut lent et progressif.
Une oeuvre totalement nécessaire dont l'intérêt didactique va croissant au fil des années et permet de perpétuer le devoir de mémoire tout en divertissant ses spectateurs. Magistral !


Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
4,3/5

Suppléments:
4,1/5

Rapport qualité/prix:
4,5/5

Note finale:
4,4/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-07-22

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Great Dictator, The

Année de sortie:
1940

Pays:

Genre:

Durée:
120 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono
Espagnole Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol
Portugais
Chinois
Coréen
Thailandais

Suppéments:
documentaire, archive en couleurs du tournage, scène coupée d'un court métrage, galerie d'affiches, extraits de films de la collection Chaplin

Date de parution:
2003-07-01

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