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DVDEF

Ghost World

Critique
Synopsis/présentation
Au risque de se répéter, les films destinés à un public adolescent sont désormais pratiquement tous d'un genre éculé, édulcoré et aseptisé depuis belle lurette. En sommes, les producteurs prennent le public adolescent pour une bande d'abrutie attardée qui n'ont comme seul intérêt cinématographique que des films d'horreurs débiles et des comédies grasses et vulgaires. Il va sans dire que tant que la recette sera rentable (et elle l'est !), aucun producteur à Hollywood n'osera proposer à ce public une ?uvre plus intelligente, une ?uvre qui saurait peut-être enfin cerner cette période délicate qu'est l'adolescence, une ?uvre à laquelle certains adolescents pourraient réellement s'identifier (autre qu'American Pie?). Est-ce un signe que les temps changent ou simplement l'exception qui confirme la règle, mais Ghost World, de Terry Zwigoff, incarne précisément l'anti-thèse du film classique pour ado. Pas étonnant que le film passa presque inaperçue au box-office?


L'univers de Ghost World est, tel que le titre l'indique si bien, un peu fantomatique. Un univers légèrement insolite donc, qui n'est pas totalement étranger à l'univers cinématographique des frères Cohen. Les gens qui peuplent cet univers sont tout aussi étrange, voir désincarné, tout en étant profondément humains. Et dans ce monde peu invitant, une adolescente, Enid (Thora Birch, franche et sincère) se cherche. En compagnie de son amie d'enfance (Scarlett Johansson), elle passe la majorité de son temps à critiquer ou a dénigrer ceux qui l'entoure pour se convaincre de sa réelle valeur. C'est pourtant en voulant jouer un mauvais tour à un triste inconnu (Steve Buscemi, touchant) qu'elle découvrira en lui un ami, une âme s?ur. Ainsi, cet homme solitaire, véritable anti-héros de la société moderne, deviendra en quelque sorte le héros de son monde personnel et égocentrique.

La grande réussite de Ghost World provient certainement de cette ambiance teintée d'étrangeté et d'insolite qui berce le film du début à la fin (la conclusion risque d'ailleurs d'en laisser plusieurs pantois). Le plus étonnant, c'est que le réalisateur traite ce climat d'insolite avec un réalisme qui désarçonne le spectateur. Il ne faut pas s'y méprandre d'ailleurs. L'insolite n'a rien d'extravagant ou de réellement fantaisiste. Simplement des petites touches étranges qui font partie de l'univers de ces personnages. Après tout, la ville de Ghost World est précisément une ville fantôme, un lieu indéfini qui n'a rien d'invitant pour le personnage d'Enid, une adolescente accrochée au passé (elle voue un culte aux objets du passé) qui refuse de se mêler au monde des adultes. Enid se cherche une personnalité, des intérêts, même un visage (son apparence change à plusieurs reprises dans le film). Son parcours initiatique, elle l'entreprendra réellement aux côtés du personnage de Steve Buscemi, un homme mal vieilli et aigri qui, comme Enid, sent qu'il est " incapable de s'identifier à plus de 98% de la population ". En s'attachant d'un peu trop près de cet homme, Enid ne fera que s'embourber d'avantage dans son retranchement. Alors que tous ses repères, ses points d'appuis semblent vouloir s'écrouler et disparaître autour d'elle, Enid finira d'elle-même par trouver sa voix.

Vous l'aurez remarqué, ce récit initiatique n'a rien du film pour ado traditionnel. En ce sens, le film ne plaira certainement pas à tous. Le public habitué et satisfait des comédies insipides qui ne traitent que de sexe risque de trouver le temps long dans cet univers psychologique quasi asexué. Mais les cinéphiles en quête d'une ?uvre en tant soit peu profonde et complexe apprécieront certainement la franchise du message, l'efficacité de la mise en scène, et la finesse dans l'interprétation. Ah, oui, avons-nous mentionné que Ghost World est adaptée d'une bande-dessinée ? Comme quoi les B.D. ne racontent pas que des histoires de super-héros?


Image
Ghost World nous est présenté en format original de 1.85:1 d'après un transfert anamorphique. Malgré le faible budget du film et son potentiel commercial plutôt limité, MGM se sont appliqués à produire un transfert de très bonne qualité rendant parfaitement justice à la photographie du film. Seule petite bémol avant d'aller plus en détail, l'interpositif utilisé pour ce transfert n'est pas de qualité optimale. Il est possible de remarquer quelques points blancs ainsi que des égratignures bien minimes mais présentes. Ce défaut est cependant bien mineur et ne distrait pas réellement.

L'image affiche une belle netteté, les détails et les textures sont rendus avec précision. À peine quelques rares arrières-plans souffrent-ils d'un très léger manque de piqué. Les couleurs sont reproduites avec richesse, pureté et naturalité. Le niveau de saturation est parfaitement ajustée, et nous ne remarquons aucun débordement. Quelques scènes présentent une légère dominante (particulièrement de bleu et de vert), mais il s'agit là d'une caractéristique de la photographie, et non du transfert. Brillance et contrastes sont tout deux parfaitement balancées, nous ne notons aucune fluctuation. Les parties sombres sont généralement bien dégradés, à peine quelque plans peu lumineux paraîssent un peu bloqués. Les noirs sont quant à eux purs et profonds.
Ce transfert ne souffre d'aucun défaut de compression quel qu'il soit, et la sur-définition des contours réduite au stricte minimum.


Son
Il n'y a qu'une bande-son avec cette édition, et elle est anglaise Dolby Digital 5.1. La raison expliquant l'absence d'une bande-son française est fort simple : le film n'a jamais été traduit en vue d'une distribution en salles. Pour compenser, MGM a inclus des sous-titres français, espagnols, ainsi qu'anglais.

Le mixage de cette édition en est un efficace qui respecte le style et l'ambiance de l'?uvre. Ainsi, comme il s'agit d'un film un peu intimiste, le dynamisme sonore est pas limité. Cela ne veut pas pour autant dire que le mixage n'offre pas un espace sonore convaincant. Le champ sonore se déploie subtilement de tous les canaux, mais plus expressément des enceintes avants. Les canaux d'ambiophonies sont quant à eux utilisés subtilement pour créer une certaine ambiance. Très peu d'effets sonores localisés sont audibles. La trame-sonore est parfaitement bien intégrée à l'ensemble, avec finesse et subtilité quand il le faut, mais aussi avec un certain impact lorsqu'une scène le requiert (par exemple, une séquence de mini-concert rock). Les pièces musicales du film, composées de vieux classiques, sont intégrées avec fidélité malgré l'âge du matériel. Les dialogues sont quant à eux toujours clairs, nets et intelligible. Peu de basses dans ce mixage, mais l'étalelement est adéquat. L'usage du canal .1 (LFE) est plutôt timide.


Suppléments/menus
Doit-on réellement s'en étonner, mais cette édition offre peu de suppléments. D'abord, vous retrouverez un court mais honnête documentaire de onze minutes. Malgré sa (trop) courte durée, ce segment s'avère plus intéressant que la moyenne des documentaires offerts de nos jours. On a su éviter toute complaisance superflue, et au contraire les intervenants se permettent de faire une brève lecture du film et des enjeux. Le réalisateur Terry Zwigoff se révèle être particulièrement intéressant. Une piste de commentaires audio animée par celui-ci aurait certes été la bienvenue?

Suit ensuite une série de quatre scènes inédites, dont une seule franchement drôle mérite une quelconque attention. Vous retrouverez ensuite un extrait du film Gumnaam, extrait ayant d'ailleurs servi à l'ouverture du film. Il s'agit d'une scène de comédie musicale particulièrement trépidante. Finalement, la bande-annonce originale est aussi offerte.



Conclusion
Après une sotie qui passa presque inaperçue auprès du grand public sur les écrans de cinéma nord-américains, espérons que Ghost World, un véritable petit bijou, puisse enfin trouver son auditoire avec cette édition DVD. Une édition d' une facture technique des plus honnête, tant au niveau de l'image que du son. Nous aurions apprécier des suppléments plus nombreux et plus étoffés, mais dans les circonstances, cette édition comble entièrement nos attentes.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,7/5

Suppléments:
2,5/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,3/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2002-01-24

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Ghost World

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
111 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais (CC)
Français
Espagnol

Suppéments:
Scènes coupées et alternatives, documentaire, vidéoclip et bande-annonce.

Date de parution:
2002-02-05

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