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DVDEF

Frida

Critique
Synopsis/présentation
Il aura fallu presque une décennie complète à l’actrice Salma Hayek pour enfin voir son rêve, son projet chéri, devenir réalité. Dès son arrivée à Hollywood, tandis qu’elle faisait une apparition remarquée dans le Desperado de Robert Rodriguez, la jeune comédienne originaire du Mexique projetait d’interpréter le rôle d’une idole, la peintre Frida Kahlo. Enchaînant tout à tour une multitude de rôles plutôt mineurs sans pour autant voir le jour où un film racontant la vie de Frida serait enfin produit, Hayek décidé de prendre les choses en main et de produire elle-même le film, en se donnant bien entendu le premier rôle…

Loin d'attiser les passions, le projet mis plusieurs années à se mettre en branle. La jeune comédienne fit des pieds et des mains pour trouver le financement et s'associer à des producteurs intéressés. C’est finalement avec un budget dérisoire, considérant les sommes astronomiques investies par Hollywood de nos jours, mais avec une équipe de production et d'interprètes impressionnante et passionnée que la production de Frida débuta. Car à défaut d’avoir réussis à convaincre les dirigeants des grands studios du potentiel de l’œuvre, elle aura eu la chance de convaincre plusieurs grands noms de l’industrie à embarquer dans l’aventure. Des interprètes chevronnés tels que Alfred Molina (acteur de talent sous-utilisé), Geoffrey Rush, Edward Norton et Antonio Banderas ont acceptés des contrats sous-payés pour être de la partie. Mais le meilleur coup de Hayek et de ses collaborateurs fut de s’adjoindre les service de Julie Taymor à la réalisation. Taymor était non-seulement toute désignée pour l’emploi du fait qu’elle est une femme (Frida est avant tout un film féminin et féministe), mais surtout parce qu’il s’agit d’une réalisatrice au talent et à l’imagination exemplaire. Ceux qui en doute se doivent de jeter un coup d’œil à son film précédent, le visuellement splendide Titus.

À voir cette adaptation cinématographique de la vie de Frida, on comprend rapidement les raisons qui ont tant motivées Salma Hayek à en produire un film. La vie de la peintre tient à la fois d’une grande tragédie, du mélodrame et du « success story » inspirant. Aussi, comme la vie de Frida demeure méconnue du commun des mortels, la pertinence d’une telle œuvre est indiscutable. Et finalement, il est évident que le personnage de Frida représente le rôle d’une vie pour une comédienne comme Salma Hayek. Femme forte à la personnalité complexe, Frida représentait un défi de taille pour l’actrice, un défi qu’elle relève avec un brio étonnant. Ses détracteurs, qui la croyait uniquement capable de rôles mièvres et sans intérêts, devront se raviser. Justement, Hayek s’est méritée une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice à la cérémonie de 2003. Une nomination plus que méritée ! Mais au-delà de l’interprétation remarquable de Salma Hayek, Frida est un film passionnant de par son sujet, un sujet parfaitement maîtrisé par la réalisatrice Julie Taymor et mis en scène avec imagination et sensibilité par celle-ci. Visiblement en parfait contrôle du langage cinématographique, Taymor s’est employée à rester fidèle aux œuvres de Frida pour réaliser son film. La réalisatrice s’est non seulement servi des tableaux de Frida Kahlo pour raconter l’histoire de son film, mais elle s’est carrément inspirée de ces tableaux pour stylisé la facture visuelle de l'oeuvre. Logique, considérant que Frida Kahlo faisait surtout de l’auto-portrait (surréaliste). Plusieurs scènes sont donc filmés telles des tableaux, des portraits de l’artiste-peintre. À titre d’exemple, noter la mise en scène quasi-surréaliste de l’accident de tramway en début de film. La dernière image de l’accident rappelle pratiquement le style des œuvres de Frida. Merveilleux ! Mais Taymor pousse encore plus loin l’inspiration des peintures de la peintre en employant tel quel certaines des œuvres de celle-ci. Par exemple, au mariage de Frida, la réalisatrice choisi de nous montrer une œuvre peinte par Frida représentant son union avec son mari. Après quelques secondes à l’écran, la toile se métamorphose subtilement en une scène vivante, pleine de mouvement. La transition est impeccable et l'idée, géniale. Tout d’abord parce que cela ajoute une belle touche artistique à la facture visuelle du film, mais aussi parce que Taymor démontre avec une redoutable efficacité à quel point Frida s’inspirait de sa vie, de ses expériences pour peindre. Le procédé est répété à quelques occasions pendant le film, toujours avec autant d’imagination.

Mais malheureusement, aussi fascinante soit la vie de Frida, et aussi inventive soit la mise en scène, le film ne réussit pas toujours à maintenir intérêt et fascination. La raison en est fort simple, le scénario élabore beaucoup trop la relation tumultueuse entre Frida et l'artiste de renom Diego Rivera (Alfred Molina, excellent). Certes, cette relation marqua profondément la vie de Frida, mais le film insiste beaucoup sur les œuvres de Diego et peut-être pas assez sur celles de Frida, pourtant le point central du film. Quoiqu’il en soit, il s’agit d’un reproche assez discutable qui n’entache que très peu l’ensemble de l’œuvre. Une œuvre à ne pas manquer pour les amateurs de peinture, ou pour tout amateur de cinéma intelligent.


Image
Frida est offert au format respecté de 1.85:1 et d'après un transfert 16:9 (dit anamorphosé). Dans l'ensemble, ce transfert en est un de très bonne qualité.

L'interpositif employé pour le transfert était visiblement dans un état optimal. Aucune anomalie digne de mention n'est perceptible. L'image est toujours nette et très précise. La définition est excellente et laisse percevoir les moindres détails ainsi que toute la subtilité des textures. Les couleurs profitent d'un étalonnement presque parfait. Les couleurs sont riches, pures et parfaitement bien saturées. Leurs rendues est naturel (sauf bien entendu lorsqu'il y a effet photographique), tout comme pour les teintes de peau par ailleurs. Il n'y a aucun débordement et aucune dominante involontaire. Seul petit reproche, certaines teintes chaudes (les plus lumineuses) laissent voir un très léger et subtil fourmillement (chroma noise). La brillance est constante et bien ajustée, par contre les contrastes auraient gagné à être légèrement accentués. Les noirs sont parfaitement intenses et profonds, tandis que les parties denses bénéficient de dégradés subtils et précis.

Il n'y a pas sur-accentuation des contours ou marque de compression à déplorer.


Son
Cette édition nous propose deux bandes-son de format Dolby Digital 5.1, soit l'une en anglais et l'autre en français. Des sous-titres sont offerts en anglais et en espagnol.

Il va de soi que Frida n'est pas le genre de film à offrir un mixage agressif et tonitruant. Entièrement au service du film, les mixages multi-canaux offerts n'en sont pas moins efficaces et réussies. La dynamique des deux bandes-son est très bonne, tandis que la spatialité et leur présence sont tout à fait acceptables, mais pas nécessairement remarquables. Les éléments sonores sont intelligemment intégrés, sans excès. Le champ-sonore se déploie essentiellement des canaux avants, les enceintes arrières étant relégués à la reproduction de quelques effets sonores et parfois de la trame-sonore. Un usage légèrement plus actif de ces canaux, entre autre pour incorporer des effets d'ambiance, aurait accru la spatialité de ces mixages.
La trame-sonore bénéficie est parfaitement bien intégré et fidèlement reproduite. Les dialogues sont irréprochables. Ils sont toujours parfaitement précis et nets, sans jamais perdre leur intelligibilité. Les basses, tout comme le canal .1 (LFE) d'ailleurs, se font quelque peu discrets tout au long du film. Cela ne fait pas réellement défaut au mixage, vu la nature du film.




Suppléments/menus
Cette édition est pour le moins généreuse quant à la quantité de suppléments qui y sont offerts. Si la majorité de ceux-ci se retrouvent sur le deuxième disque, le premier offre néanmoins quelques éléments des plus intéressants.

Il y a tout d’abord une piste de commentaires audio animée par la réalisatrice Julie Taymor. Très rapidement, la réalisatrice apparaît fort à l’aise avec le concept des pistes de commentaires, ce qui n’est pas donné à tous. Elle est articulée et enthousiaste tout au long de ce commentaire audio, qui ne compte pratiquement aucun temps mort. Ses propos sont toujours intelligents et pertinents, et les thêmes abordés, très variés, vont de l’anecdote amusante jusqu’à ses trucs et techniques employés pour tourner le film. Très lucide et modeste, elle n’hésite pas à dire ses bons coups et à avouer ses moins bons. Très intéressant.

Une deuxième piste de commentaires est également offerte, celle-ci animée par le compositeur Elliot Goldenthal, par ailleurs récipiendaire d’un Oscar pour cette trame-sonore. Contrairement à la première piste de commentaires, celle-ci ne couvre pas la totalité du film mais quelques extraits seulement. Un menu nous conduit directement aux extraits commentés, ce qui nous évite de devoir patienter durant de longs silences. À l’instar de la réalisatrice, le compositeur se révèle très intelligent et articulé dans ses propos. Il explique le processus de composition ainsi que les objectifs qu’il voulait atteindre avec chaque pièces musicale. Très intéressant, quoique peut-être trop bref.

Finalement, le premier disque contient également une très bonne entrevue de trente-huit minutes avec Salma Hayek. Tout au long de l’entrevue, l’actrice nous explique toutes les péripéties qui entourent la mise en chantier du film à partir du moment où elle s’y est intéressé, il y a huit ans. La comédienne verse jamais dans la complaisance, elle se révèle au contraire une interlocutrice passionnée, lucide et généreuse. Tous les propos recueillis sont intéressants et pertinents. La bande-annonce originale du film ainsi que d’autres publicités sont aussi disponibles sur le premier disque.

Le deuxième disque renferme bon nombre d’entrevues et de documentaires dont la plupart sont tout à fait dignes d’intérêt. Tout d’abord, sont offertes deux entrevues avec la réalisatrice Julie Taymor. La première est une session de question et réponse filmée à l’American Film Institute (AFI). D’une durée de trente minutes, cette entrevue permet de cerner plusieurs aspects et enjeux du film. Les questions posées à la réalisatrice sont pertinentes, et cette dernière y répond de façon très articulé. L’entrevue suivante, d’une durée de 20 minutes, nous présente la réalisatrice interviewé par Bill Moyer. Si quelques informations révélées en début d’entrevue laissent craindre une redondance parce que déjà entendue dans la piste de commentaires audio ou dans l’entrevue précédente, la majorité des propos recueillis demeurent inédits, et donc digne d’intérêt.

Suive quatre courts segments qui traitent tous de la musique du film. Premièrement, nous avons droit à une entrevue menée par le compositeur Elliot Goldenthal interviewant la chanteuse Chavela Vargas, que l’on peut non seulement entendre durant le film mais qui fut à une époque l’amante de Frida ! Pendant plus de 15 minutes, celle-ci partage son expérience avec le compositeur et révèle également quelques facettes de sa relation avec Frida. Si l’entrevue devient redondante après un certain temps, le contenu général demeure néanmoins passionnant. The Voice of Lila Downs (5 mins.) est une brève description d’une chanteuse moderne que le compositeur a sollicité pour sa musique. Bref, mais intéressant. The Music of Frida (5 min) nous présente Salma Hayek interviewant Elliot Goldenthal à propos de son rôle de compositeur et de ses influences. Salma’s Recording Session (3 min) nous montre l’actrice en coulisse d’une session d’enregistrement destinée à la trame-sonore du film. Distrayant, mais sans plus.

Viennent ensuite une série de cinq segments s’attardant à l’aspect visuel du film. The Vision of Frida : With Rodrigo Pietro and Julie Taymor (6 min) est une description de l’approche stylistique de la photographie et de son rôle dans le film. Cette vignette est intéressante mais malheureusement trop brève pour pouvoir se permettre de véritablement élaborer le sujet. Dommage. The Design of Frida : With Felipe Fernandez ( 2 min) s’attarde beaucoup trop brièvement à la direction artistique du film. Un segment plus élaboré aurait été souhaitable, celui-ci restant trop en surface. Bringing Frida Kahlo’s Life and Art to Film : A Walk Through the Real Locations (5 min) s’attaque aux lieux de tournage, choisis minutieusement pour recréer le plus fidèlement possible l’environnement de Frida. Fascinant, sinon, à nouveau, trop bref. Beaucoup plus stimulant est le documentaire Amoeba Proteus Visual FX Piece (9 min), qui décortique les splendides et souvent subtils effets spéciaux du film. Les concepteurs des effets expliquent les exigences de la réalisatrice avant d’expliquer les moyens qu’ils ont pris pour arriver aux résultats du film avec un minimum de moyens financiers. Finalement, The Brothers Quay Visual FX Piece (2 min) est ridiculement court segment où deux artistes expliquent leur art, lequel a servi à créer la séquence de l’hôpital animée avec des marionnettes. Quel dommage qu’aussi peu de temps ait été consacré à l’une des scènes les plus saisissantes du film.

Finalement, le deuxième disque comprend un documentaire promotionnel de quatorze minutes intitulé Portrait of an Artist, documentaire qui n’a d’autre ambition que de résumer l’histoire du film et de féliciter le talent des artisans impliqués dans la production film. Une courte biographie écrite de Frida Kahlo est également offerte.



Conclusion
Bien plus qu’un simple drame biographique, Frida est un superbe film d’auteur réalisé avec imagination et intelligence par une réalisatrice pleine d’avenir. Techniquement, cette édition DVD offre un excellent rapport qualité/prix. Le transfert est excellent, les mixages sonores sont au service du film, et les suppléments sont très nombreux et, pour la plupart, intéressants et stimulants.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,3/5

Suppléments:
3,8/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2003-07-15

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Frida

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
123 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Alliance Atlantis

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Deux pistes de commentaires audio, entrevues, documentaires, bandes-annonces

Date de parution:
2003-06-10

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