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DVDEF

Phone Booth

Critique
Synopsis/présentation
Il fut long et sinueux, le parcours qui mena le film Phone Booth du simple stade pré-production jusqu'à nos écrans. Un parcours semé d’embûches, de malchances et de conflits d'égos, digne des meilleurs histoires hollywoodiennes. En fait, certaines mauvaises langues diront que la production du film est en soit plus fascinante que le film lui-même...

L'aventure commença il y a de ça 4 ans. À cette époque, le scénario de Phone Booth circulait déjà d’un studio à un autre, à la recherche de financement. Jadis, les producteurs et distributeurs hollywoodiens ne croyaient pas en l'attrait d'un film qui se déroulait en entier dans une cabine téléphonique... jusqu’à ce que Jim Carrey lui-même se montre intéressé au projet. Carrey y voyait l'opportunité d'élargir son registre d'acteur, lui qui était jadis à la recherche non plus du succès mais surtout de la reconnaissance (il a depuis oublié cette idée… après les échecs de Man on the Moon et Majestic). Carrey n'avait pas tort. Comme le film se déroulait en entier autour d’une cabine téléphonique, il allait de soit que toute l’entreprise allait reposer sur les épaules d’un seul et même acteur. Mais comme la production du film tarda à se mettre en branle, Carrey abandonna le navire avant même qu'il ait quitté le port. Le projet fut ensuite récupéré par Michael Bay, l'homme derrière Pearl Harbour et The Rock. Le réalisateur, habitué à des méga-productions de centaines de millions de dollars, aspirait à un nouveau défi qui testerait son ingéniosité à la mise en scène. Après tout, de rendre stimulant un film qui met en scène une cabine téléphonique représente un défi de taille ! Décidé à produire lui-même le film, Bay s’est adjoint des services de Will Smith dans le rôle principal. Il allait sans dire que Smith aspirait aux mêmes ambitions que Carrey… Finalement, Smith quitta à son tour le projet pour se consacrer au tournage de Ali (une bonne décision…), tandis que Michael Bay, las d’attendre le coup d’envoi de la production, abandonna lui aussi la « cabine ». Le projet resta en suspens pendant plusieurs mois, jusqu’à ce qu’il soit récupéré par Joel Schumacher, un réalisateur aussi admiré que détesté.

Schumacher avait la ferme intention de réaliser le film avec le minimum de moyen, dans le délais le plus court possible et mettant en vedette un comédien relativement méconnu. En sommes, il voulait réaliser un film d’auteur qui s’éloignait du fonctionnement de la grosse machine hollywoodienne. Il confia donc le rôle principal au jadis méconnu Colin Farrell. Puis, il a bâti son horaire de tournage pour une période de dix jours seulement. Dix jours pour tourner un long-métrage de quatre-vingt minutes… du jamais-vu. De son propre aveu, il s'agissait du défi le plus dangereux mais aussi le plus stimulant de sa carrière. Le film fut donc complété en un temps record, puis monté et prêt à être distribué. Mais quelque chose clochait. Non-satisfait d'un des personnages (dont la présence dans le film consiste essentiellement en une voix), qui avait été confié à Ron Eldard (ER, Black Hawk Down), Schumacher décide de retarder la sortie du film pour remplacer Eldard. Il confia le rôle à Kiefer Sutherland, avec qui il avait déjà tourné à trois reprises. Sitôt complété, le film trouva rapidement le chemin… des tablettes de la Twentieth Century Fox. On ne sait pour quelle raison, la Fox décide de mettre un hiatus à la distribution du film, qu’elle garda un an dans ses voûtes. Quand la Fox se décida enfin à distribuer le film pour le mois de novembre 2002, un coup de malchance survint. En effet, aux États-Unis un tueur fou s'en est pris à plusieurs victimes innocents, les assassinant à l'aide d'un fusil servant aux tireurs d’élite. Jugeant que ce drame se rapprochait dangereusement du sujet du film (ils n’avaient pas tort…), les dirigeants de la Fox ont décidé à nouveau de retarder la sortie du film. Une fois la poussière retombée suite à la capture des présumées coupables de ces crimes, la Fox fixa une nouvelle (et ultime ?) date de sortie, soit le 4 avril 2003. Cette fois, enfin, le film prit bel et bien le chemin des salles obscures…

Ironiquement, tous ces délais ont peut-être permis à Phone Booth de se voir accorder attention qu’il ne se serait pas mérité autrement. Après tout, le fait divers du tireur fou aux États-Unis aura certainement apporté au film une publicité inespérée, et surtout inattendue. Qui plus est, depuis le tournage du film l'acteur Colin Farrell profite d’une popularité et d’une reconnaissance de plus en plus grandissante. Méconnu au moment du tournage de Phone Booth, Farrell est aujourd’hui devenu l’un des acteurs le plus en demande de Hollywood. Sa « notoriété » aura probablement suffis à attirer plusieurs spectateurs au cinéma. Mais au-delà de ces faits, il n'en demeure pas moins que Phone Booth est l’un des thriller les plus ingénieux et les plus réussis de ces dernières années. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le défi était de taille. Réaliser un thriller qui compte comme seul environnement une cabine téléphonique et dont les seules péripéties tournent autour d’une conversation téléphonique demandait chez le réalisateur une parfaite maîtrise du langage cinématographique et surtout beaucoup d’imagination. Et que les détracteurs de Joel Schumacher se le tiennent pour dire, le réalisateur relève le défi avec brio. Bénéficiant d’un scénario réglé au quart de tour qui ne sombre jamais dans les stéréotypes, Schumacher use de toutes les astuces possibles pour insuffler à son film un rythme haletant et une tension qui monte sans cesse. Il varie constamment les angles de prises de vue pour garder un regard neuf du début à la fin. En ce sens, l’utilisation abondante des images en médaillons confère au montage une rythmique, voir une chorégraphie fascinante. Mais surtout, il dirige le jeune Colin Farrell avec beaucoup d’attention. Malgré son peu d'expérience, Farrell porte entièrement le film sur ses épaules tel un vétéran. Son jeu est nuancé et sincère, voilà sa meilleure performance à ce jour. Mais si Phone Booth fascine à ce point, ce n’est pas uniquement pour ses mérites techniques. Le film pose également un portrait intéressant (quoique lourd à quelques occasions) sur l'égocentrisme du citoyen moderne. Les auteurs dénoncent férocement l'isolement de l’homme et son narcissisme dans la société moderne, de plus en plus soumis à un discours de droite. Bien sûr, la conclusion du film est manichéenne à souhait, mais il n’en demeure pas moins que Phone Booth est un suspence franchement efficace et original qui se fait porteur d'un discours parfois intéressant.



Image
Phone Booth est offert au format respecté de 2.35:1 et d'après un transfert 16:9 (dit anamorphosé). La deuxième face du disque comporte également un transfert recadré (1.33:1/pan & scan). Évidemment, pour cette critique, nous avons évalué le transfert 16:9.

Ce transfert en est un de très bonne qualité et ne souffre que de quelques défauts mineurs tout à fait pardonnables. À ce sujet, mentionnons que l'interpositif employé pour le transfert n'est pas exempt d'anomalies. Quelques égratignures ainsi qu'un léger grain se font parfois détectable. La définition ne s'en retrouve par ailleurs aucunement affectée. L'image est toujours précise et bien définie, les moindres détails sont précisément rendu. Vous remarquerez que certains plans du film ont été filmés à l'aide d'une caméra numérique (vraisemblablement Betacam Digital). À ces quelques occasions, la définition semble déficiente, mais il s'agit simplement d'un défaut imputable au matériel source employé (la définition du Betacam Digital est inférieure à la pellicule 35mm). Il apparaît quelque peu périlleux de juger la naturalité ou de la justesse des couleurs puisque celle-ci ont délibérément été altérées à des fins stylistiques. À tout le moins pouvons-nous affirmer que l'étalonnement est constant, qu'il n'y a aucun débordement et que la saturation paraît adéquate. Les teintes de peau ont quant à elles une apparence naturelle. Les contrastes, tout comme la brillance, sont bien ajustés et ne présentent aucune fluctuation. Les parties sombres présentent des dégradés subtils et précis qui ne bloquent pratiquement jamais. Les noirs sont purs et profonds. La présence de fourmillement y est minime et jamais distrayante.

Il y a sur-définition des contours, mais celle-ci est somme toute peu apparente. La compression trahi la présence de quelques macroblocs.


Son
Cette édition DVD offre un choix de trois mixages : le premier en anglais (Dolby Digital 5.1), le second en français (Dolby Digital 5.1) et le dernier en espagnol (Dolby Surround 2.0).

À ce jour, la Fox n'a jamais été un supporteur des bandes-son françaises 5.1. À peine quelques titres avaient-ils offerts du français Dolby Digital 5.1 par le passé. S'agit-il, dans ce cas-ci, d'un cas isolé (comme pour Antwone Fisher) ou d'une nouvelle politique chez la Fox ? Le fait que Solaris et Daredevil, des titres distribués par la Fox quelques semaines après la mise en marché de Phone Booth, n'offrent que des mixages français Dolby Surround sème le doute. Raison de plus de profiter du mixage multi-canal ici offert, d'autant plus que la qualité de celui-ci est tout à fait étonnante.

Le mixage anglais est impressionant de dynamisme et de force. L'espace sonore est immersif et cohérent, profitant d'éléments sonores intelligemment intégrés et mixés. Le champ-sonore se déploie de tous les canaux et le positionnement des éléments sonores est précis. L'utilisation des canaux d'ambiophonie est judicieux. Ils créent à la fois de subtiles ambiances tout en nous en mettant plein les oreilles lors des scènes d'action. À remarquer: l'efficacité et l'ingéniosité des nombreuses transitions de canaux, particulièrement lors des scènes ayants recours aux images en médaillon. Remarquable. Évidemment, le film ne serait pas aussi efficace si les dialogues, primordiaux, étaient mal reproduits. Ceux-ci sont toujours parfaitement nets et intelligibles, et l'intégration de la voix hors champ de Kiefer Sutherland apparaît particulièrement réussie, grâce encore une fois à quelques effets de transition impressionnant. La musique est bien restituée et mixée avec une retenue qui est la bienvenue. Jamais ne prend-elle le dessus sur l'action et les dialogues. Les basses sont profondes et omniprésentes. La gestion du canal .1 (LFE) est on ne peut plus juste; agressive mais sans débordement inutile.

À noter que des sous-titres anglais et espagnols sont également offerts.


Suppléments/menus
Quel dommage pour un film aussi ingénieux, cette édition DVD se fait plutôt avare de suppléments qui auraient pu nous en apprendre sur les multiples techniques employées lors du tournage ainsi qu’en post-productions ou encore sur l'horaire de tournage serrée.

Tout ce que cette édition offre, en dehors de la traditionnelle bande-annonce, est une piste de commentaires audio animée par le réalisateur Joel Schumacher. Heureusement pour nous, cette piste en est une des plus stimulante et intéressante. Schumacher est un animateur volubile et articulé. Ses commentaires sont toujours intéressants et pertinents et ne sont jamais entrecoupés de temps morts. Le réalisateur profite de tout le temps mis à sa disposition pour raconter en détail le processus de production du film tout en dévoilant généreusement plusieurs astuces fascinantes. Que voilà une piste qui mérite une attention.



Conclusion
Sans aucun doute, Phone Booth représente l'un des suspence les plus original et efficace depuis longtemps. La construction du film tient en haleine tandis que l'inventivité de la mise-en-scène surprend.

La qualité d'image et du son rend justice aux efforts déployés pour la production du film. Dommage seulement que les suppléments soient si peu nombreux. Nous aurions certainement aimé en apprendre d'avantage sur le processus de création du film.


Qualité vidéo:
3,9/5

Qualité audio:
4,2/5

Suppléments:
2,0/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2003-07-03

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Phone Booth

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
81 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Twentieth Century Fox

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-10 (double face, simple couche)

Format d'image:
2.35:1 et 1.33:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1
Espagnole Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Piste de commentaires audio et bande-annonce

Date de parution:
2003-07-08

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