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DVDEF

Fritz Lang's You Only Live Once

Critique
Synopsis/présentation
Nous ne reviendrons pas sur Fritz Lang, sa carrière ou son importance tant la tâche est immense et hors de propos pour une telle critique (voir critique de Cloak and Dagger). Surtout que You only live once (1937) ne fait pas partie de ses oeuvres les plus abouties, mais est plutôt à classer dans la catégorie de celles qu'il sauva grâce à sa mise en scène et son point de vue.

On y suit l'histoire tragique d'Eddie Taylor (Henry Fonda) alors qu'il sort de prison après sa troisème incarcération. Une autre arrestation et ce serait la peine capitale pour lui. Il retrouve sa fiancée, Joan Graham (Sylvia Sydney) qui l'a patiemment attendu pendant les trois années de leur séparation. Le jeune couple va s'installer, acheter une maison et tenter de vivre son amour paisiblement. Eddie a pu trouver un travail grâce au patron de Joan mais son chef profite de sa première erreur (un simple retard) pour le licencier. De plus, son passé d'ancien criminel lui est constamment rappelé et vient freiner ses démarches et sa volonté de marcher droit. Il sera ensuite accusé d'avoir commis un hold-up sanglant et sera contraint de s'enfuir avec Joan qui lui est dévouée corps et âme.

Sur ce canevas social assez classique, Lang va greffer des éléments personnels grâce à sa mise en scène. En effet, le scénario pêche par excès de pathos sur certaines situations qui n'en méritaient peut-être pas tant. Du coup, la charge contre la société est moins convaincante et le côté un peu caricatural de certains personnages bloque légèrement l'adhésion du spectateur. Coincé par un scénario plein de bonnes intentions mais à vrai dire assez maladroit ou du moins trop manichéen pour vraiment émouvoir, Fritz Lang se rattrape sur la mise en scène.
Ainsi il va nous toucher grâce à la limpide et magnifique scène des grenouilles où un splendide parallèle est fait entre un couple de grenouilles et Eddie et Joan. Lang s'est souvenu de la force de la mise en scène de ses films muets, et cette scène nous persuade davantage de l'amour que se portent les deux protagonistes (qui sera le moteur du film) que toutes les autres scènes où ils se déclarent leur amour.
De même, il va grâce à sa réalisation et aux décors et la photographie mettre en avant des points sur lesquels le scénario est plus discret et qui sont ses thèmes principaux. Ainsi la cruauté de la société, l'inhumanité des prisons, la question du choix entre le bien et le mal, vont être soulignés par des dispositifs de mise en scène discrets et parfaitement intégrés au reste du film, la patte Fritz Lang en quelque sorte.

Mais notre homme ne s'arrêtera pas là dans la personnalisation de ce film et il en fera un terrain d'expérimentation sur le regard du spectateur envers l'oeuvre et comment celle-ci le manipule. Pour exemple, dans la séquence du hold-up, il emploie des techniques de narration assez classiques mais fait exploser ce côté traditionnel en faisant ressortir volontairement les mécanismes déstinés à tromper nos attentes de spectateur. Cette séquence est donc emblématique du cinéma de Lang par le fait qu'elle réussit la gageure de nous berner totalement à la première vision mais également de littéralement nous expliquer comment elle nous a trompé lors des visionnages suivants. Non seulement cette séquence est visuellement magnifique mais en plus, contrairement à la virtuosité gratuite des films actuels, cet étalage de la science de la réalisation a une importance capitale pour l'intrigue du film et sa morale.

Sur un plan narratif, elle fonctionne parfaitement et sur le plan reflexif elle nous éclaire sur la façon dont la société est aisément orientable par une association manipulatrice précise d'images pourtant objectives au départ. Cela vient donc en contrepoint parfait de la situation du héros du film. Donc, grâce à une magnifique séquence muette à deux vitesses, Lang nous résume les tenants et les aboutissants du film tout en nous donnant une véritable leçon de mise en scène efficace et épurée, magistral!

Une oeuvre en demi-teintes qui se laisse suivre très aisément mais dont l'aspect émouvant est trop forcé par le scénario, et le côté mélodramatique et tragique a été repris par un trop grand nombre d'autres oeuvres pour encore toucher le spectateur actuel. Nous le conseillerons donc aux amateurs de vieux films qui seront plus enclins à passer par dessus ces obstacles pour se laisser emporter par cette oeuvre malgré ses maladresses.
Nous le conseillons surtout en tant que démonstration de l'immense talent de son metteur en scène, qui prouve que le plus important chez un réalisateur est d'avoir un point de vue et de le défendre.
La vision qu'avait Fritz Lang de notre société est pessimiste et noire mais elle n'en reste pas moins profondément humaine, comme en témoigne le fait qu'il ne juge ses personnages (ou ne les fait se juger entre eux) sur aucune de leurs spécificités (éthique, politique, raciale) mais donne plutôt son avis sur l'ensemble qu'ils représentent, l'humanité et c'est cela qui fait sa force et son universalité.


Image
L'image de cette édition nous est proposée au format de 1.37:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est vraiment faible, même pour un film de cette époque. L'interpositif est très sale. C'est une pluie constante de points blancs, de griffures et de traits qui accompagne le visionnement. Cependant à sa décharge, comme le problème est permanent, on finit par s'y habituer et cela n'est finalement pas aussi gênant que prévu. A noter que le grain est curieusement peu présent. L'étalonnement tonal et la gestion des contrastes sont par contre de bonne qualité, voilà ce qui sauvent cette édition du désastre.
Les parties sombres sont raisonnablement détaillées et les noirs corrects pour un film de 1937.

La partie numérique du transfert est tout à fait acceptable, limitant au strict minimum les fourmillements.

Il est fort dommage que Image n'ait pas jugé utile de restaurer ce classique. Ainsi le film est tout juste visionnable, et il faut vraiment apprécier Fritz Lang pour ne pas être trop dérangé, alors que sans parler d'un travail de fond en comble il aurait été possible d'au moins faire un travail minimal de restauration.



Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby Digital 1.0 mono).

Sa dynamique est très limitée, ceci étant explicable par son age, ses limitations techniques mais surtout la qualité générale de la bande-son.
Du coup, sa présence et sa spatialité sont quasi inexistantes mais, pour un film de 1937, voilà qui est normal.
La musique est correctement intégrée au reste de la bande-son, mais son rendu est affadi par des parasites. Ceux-ci ne sont pas très forts mais sont quasi constants et finissent donc par devenir un peu gênants, sans plus. Les dialogues ne sont pas toujours parfaitement intelligibles mais restent quand même corrects dans l'ensemble. Des sifflantes font par contre leur apparition dès que l'on monte le son pour tenter de mieux saisir certains dialogues. Les basses fréquences sont bien sur anecdotiques.

Il n'y a strictement aucune option de sous-titres disponible et cela est bien dommage pour les personnes ne maîtrisant pas parfaitement l'Anglais, d'autant plus que les dialogues manquent parfois de précision.

Une bande-son décevante car avec les technologies actuelles, les éditeurs consciencieux sont capables de restaurer de façon très significative toutes bandes-son, quelle que soit leur condition.
Notons néanmoins qu'en l'état, cette bande-son remplit son office et permet de découvrir ou redécouvrir ce film malgré ses défauts.


Suppléments/menus
Fidèle à ses habitudes, Image a sorti ce grand classique en format DVD sans aucuns suppléments.

Cela est fort dommage quand on pense à ce qu'un historien du cinéma ou un spécialiste de Fritz Lang aurait pu nous apprendre sur le tournage du film ou sur combien le film a influencé nombre d'oeuvres de la décennie suivante par sa mise en scène lumineuse. Cette édition est même proposée sans menus, nous accédons directement sur la séléction des chapitres.

Il est tout de même triste que cette oeuvre et son réalisateur (cf critique Cloak and Dagger) ne soient pas mieux traités en matière d'édition DVD.



Conclusion
Une édition assez désastreuse au niveau qualitatif comme quantitatif. La qualité est clairement en dessous des standards actuels du DVD, même pour une oeuvre de 1937. De plus, l'édition est totalement minimaliste et donc n'offre rien pour rattraper sa qualité limite.

Seule le film sauve cette édition du naufrage. Cela rend également d'autant plus rageant le fait qu'aucun travail de restauration ne lui ait été appliqué.

Fritz Lang y démontre à nouveau (et si besoin était) son pur génie de la mise en scène et de l'image. Son scénario est intéressant mais un peu trop caricatural et manichéen pour vraiment faire mouche sur toute la ligne. Les acteurs remplissent parfaitement leurs roles mais sont un peu desservis par des personnages unidimensionnels.
L'intérêt du film est dans la réalisation du grand Fritz Lang qui transcende littéralement son matériau de base par des séquences génialement mises en scène.
Une oeuvre moins intéressante que les plus grandes réussites du maître, malheureusement desservie par une mauvaise édition.


Qualité vidéo:
2,5/5

Qualité audio:
2,5/5

Suppléments:
0,0/5

Rapport qualité/prix:
2,8/5

Note finale:
2,8/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-07-07

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
You Only Live Once

Année de sortie:
1937

Pays:

Genre:

Durée:
86 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Image Entertainment

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-5 (simple face, simple couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
-

Suppéments:
Sans

Date de parution:
2003-06-24

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