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DVDEF

Objective Burma

Critique
Synopsis/présentation
Raoul Walsh est l'un des piliers d'Hollywood, ayant travaillé pour tous les grands studios de 1912 à 1965 (Paramount, Fox, MGM, Universal, RKO, United Artists, Warner, Columbia), ayant dirigé quasiment tous les grands acteurs (G. Cooper, R. Mitchum, D. Fairbanks, C. Gable, J. Wayne, J. Cagney, G. Raft, H. Bogart, K. Douglas, G. Peck) et oeuvré dans tous les genres (western, policier, comédie, comédie musicale, peplum biblique, cape et épée). Son apport au cinéma en général est difficilement mesurable et sur les cent trentetrois films qu'il a réalisés, tous ne sont pas des oeuvres exceptionnelles mais on peut réellement le considérer comme l'un des cinéastes les plus doués qui soient, même si son univers personnel n'est pas aussi développé que celui d'autres grands maîtres (Howard Hawks par exemple).

Nous ne prétendons pas vous dresser la liste de ses meilleures oeuvres, mais plutôt de celles qui ont le plus marqué l'inconscient collectif (en sachant que les films de ses débuts sont difficilement visibles) : The Roaring 20's (1939), They drive by Night (1940), High Sierra (1941), They died with their boots on (1941), Gentleman Jim (1942), Objective Burma (1945), The Man I Love (1946), Colorado Territory (1949), White Heat (1949),Captain Horatio Hornblower (1951), Distant Drums (1951), BlackBeard the Pirate (1952), The Tall Men (1955), Band of Angels (1957), The Naked and the Dead (1958), Esther and the King (1960). Une telle succession de films si différents et si réussis témoigne de l'universalité de Walsh en tant que cinéaste. Il était capable de s'adapter à tous les styles et tous les types de production et d'en tirer le meilleur tout en gardant à l'esprit le respect du spectateur, et cela en fait l'un des plus grands.

Objective Burma (1945) est considéré par beaucoup comme l'un des meilleurs films de guerre jamais tournés et force est de reconnaître qu'à part deux trois scories liées à l'époque et à la production (en pleine seconde guerre mondiale et pour soutenir l'effort de guerre), le film est d'une concision et d'une efficacité rarement atteintes. On y suit une unité de parachutistes commandée par le Capitaine Nelson (Errol Flynn), chargée d'aller détruire une base radar japonaise en pleine jungle birmane en prélude à l'attaque du pays par le gros des troupes américaines. Un journaliste, Mark Williams (Henry Hull), doit les accompagner pour rendre compte de l'opération aux médias. Celle-ci sera un succès mais c'est lorsque Nelson et ses hommes doivent être évacués que la situation se corse. Ils seront obligés de traverser une partie du pays avec l'armée japonaise aux trousses, et quasiment sans contact avec leurs troupes, pour espérer en réchapper.

Ce qui est le plus impressionnant dans ce film est la capacité de Walsh à maintenir en permanence l'attention et l'intérêt du spectateur avec des péripéties a priori peu passionnantes (une opération militaire pure et simple), grâce à la force et la puissance de sa mise en scène. De plus, malgré quelques passages au côté ouvertement propagandiste, le film est loin d'être un chant de victoire ou un plaidoyer pour la paix, il s'agit purement et simplement d'un film de guerre. Quelques passages nous paraîtront aujourd'hui curieux, tel celui de l'indignation des soldats devant la découverte des cadavres de leurs camarades qualifiant l'attitude des soldats japonais d'intolérable et inhumaine, alors que quelques temps auparavant ils ont massacré un nombre beaucoup plus élévé de soldats japonais cachés dans des buissons (les tirant comme des lapins), sans que cela ne leur pose de problème moral.

La clarté et dans le même temps l'abstraction du sujet (des soldats pourchassés par leurs ennemis) offre à Raoul Walsh l'occasion de démontrer son talent incroyable de metteur en scène et plus précisément de metteur en espace. Sa caméra est d'une mobilité incroyable et il permet au spectateur de toujours pouvoir se repérer, sans consacrer de longs et répétés moments à cet effet. Dans chacun de ses plans, il y a une action mais également diverses informations geographiques et temporelles incroyablement aisées à lire et à assimiler. Il s'agit réellement de pureté de la mise en scène, qui n'est parasitée par aucun tic (esthétique) et se concentre sur l'essentiel. Les décors ne sont plus un environnement mais le centre de l'action et font donc partie intégrante du film.

Le sentiment de claustrophobie et de tension degagés par l'action conjointe du scénario, du jeu des acteurs et de la mise en scène est absolument remarquable. L'utilisation du son est également parfaite car la musique est limitée au strict minimum et la bande-son consiste en des bruitages de la jungle et un silence souvent pesant, qui renforce très intelligemment ces sensations. Errol Flynn est certes héroique (et sa barbe ne pousse jamais ainsi que sa moustache, contrairement à ses soldats) mais non triomphant, toujours méfiant et craintif vis à vis de ses ennemis qu'il sait redoutables. Les soldats de son équipe et le journaliste sont également inquiets et totalement incertains du sort qui les attend et cela les rend humains a contrario de nombre de films de guerre manichéens (malgré un côté cliché des différents caractères). Tous les acteurs sont d'ailleurs impeccables sur ce plan et sur celui de l'émotion et de la compassion qu'ils arrivent à susciter sans tirer sur de grosses ficelles scénaristiques. De même, l'humour discret mais efficace (et une certaine autodérision) contribuent à les rendre vraiment humains et donc passionnants. Un mot enfin sur la magnifique photographie de James Wong Howe, toute en contrastes, qui transcende littéralement les choix de réalisation de Walsh sans faire de l'esthétisme gratuit.

On peut donc dire sans risque que Objective Burma est d'une modernité étonnante au niveau de la mise en scène. De même, le choix d'une certaine abstraction dans le traitement d'un film de guerre (plus souvent habitué à l'étalage d'armes et de leurs effets) témoigne d'une vision originale du cinéma, intelligente sans être intellectuelle. Une oeuvre que nous vous conseillons donc vivement pour son efficacité, sa justesse et son refus du manichéisme (hormis certains petits passages), visible par tous et étonne par sa capacité à captiver malgré son âge.



Image
L'image est offerte au format respecté de 1.33:1.

La définition générale est incroyable de qualité pour un film datant 1945. L'interpositif n'est malheureusement pas très propre mais les zones abimées sont relativement concentrées. Le début est catastrophique et laisse présager du pire, puis cela s'arrange fortement et nous ne sommes presque plus gênés par les points blancs apparaissant sporadiquement. Il est tout de même dommage qu'un nettoyage n'ait pas été effectué. La finesse des détails est la plupart du temps assez bonne, mettant parfaitement en valeur la profondeur de champ utilisée par Walsh (on voit parfaitement les détails des arbres en arrière-plan). Le contraste est bien géré dans son ensemble mais un peu trop poussé de temps à autre, ce qui à tendance à bruler un peu les blancs (dans des limites raisonnables) et à créer quelques brillances. Le niveau de noir est bon et leur pureté également. Ainsi, toutes les parties sombres du film sont remarquablement rendues. Les dégradés sont eux aussi d'un niveau incroyable pour une copie de cet âge, et permettent un rendu d'une finesse très agréable et inhabituelle sur ce type de films.

La partie numérique du transfert est impeccable, ne laissant apparaître qu'un peu de fourmillements et de façon sporadique.

Cela rend d'autant plus rageant le fait que la Warner n'ait pas nettoyé l'interpositif (ou mal) car sinon nous aurions eu droit à un transfert quasi parfait.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby 1.0 mono).

La dynamique est certes limitée mais dans les limites de ce qu'on est en droit d'attendre d'une bande-son mono de 1945. Sa présence est correcte mais sa spatialité s'avère bien limitée. La musique est bien intégrée au reste de la bande-son et rendue correctement. Les dialogues restent toujours parfaitement intelligibles et sans traces de saturation. Les basses fréquences sont bien entendu anecdotiques et cela est logique vu la limitation technique des prises de son de l'époque. Les meilleurs passages sont ceux où seuls les sons de la jungle sont présents et réussissent à bien rendre une ambiance oppressante.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.


Suppléments/menus
Une très curieuse section dont on peu douter de l'intérêt par rapport au film.

En effet, sont présentés deux courts films de propagande américains réalisés durant la guerre : The Tanks are coming (1941) et The Rear Gunner (1943). Ils sont tout ce que le film de Walsh n'est pas et représentent un bel exemple du militarisme triomphant inhérent à tout pays en guerre (et spécialement chez les Américains). Leur qualité technique est impressionnante, mais passé le côté amusant des cinq premières minutes, on se demande quel est l'intérêt de tels suppléments. Raoul Walsh a peut-être réalisé un film dans un cadre de propagande mais son oeuvre est à cent lieues de ces banales publicités pour les valeurs américaines et son armée. En fait, leur présence sert le film et permet de rendre compte de la différence entre un vrai cinéaste éclairé et un amateur.

Est également disponible une biographie écrite et déroulante de Raoul Walsh et une bande-annonce curieuse et techniquement faible, qui laisse augurer d'un film plus proche des segments précités que du superbe film de Walsh.



Conclusion
Une édition techniquement correcte et impressionnante de par son image (malgré ses défauts), qui aurait mérité une vraie restauration. Curieusement des suppléments sont inclus sur une édition simple de la Warner, mais leur intérêt est discutable. Notre recommendation est sans soucis décernée à cette édition d'autant plus que son prix de vente est juste. Une oeuvre intense et prenante où Raoul Walsh fait preuve d'un sens incroyable de la narration et de la mise en scène. Il réussit à nous passionner pour le sort de ces soldats perdus dans la jungle birmane avec pour simple but de survivre, et cela est un exploit en soi. Un film de guerre exemplaire, intelligent et vivement conseillé.



Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-05-28

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Objective Burma

Année de sortie:
1945

Pays:

Genre:

Durée:
142 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
2 courts métrages, filmo Walsh, bande-annonce

Date de parution:
2003-05-13

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