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DVDEF

Assault on Precinct 13

Critique
Synopsis/présentation
John Carpenter signe avec Assault on Precinct 13 (1976) son premier film professionnel. L'histoire est un habile mélange de western (Rio Bravo, 1959 d'Howard Hawks) et de film fantastique (Night of the Living Dead, 1968 de George Romero).

Un jeune lieutenant de police, Ethan Bishop (Austin Stoker) va prendre son premier poste dans un commissariat de Los Angeles. La commissariat étant en cours de déménagement, celui-ci doit être là avec une équipe réduite dont Leigh (Laurie Zimmer), pour surveiller le batiment. En parrallèle, deux autres fils scénaristiques sont développés. Une bande organisée cherchant à se venger du meurtre de plusieurs de ses membres par la police, finira par assassiner un vendeur de glace et une petite fille, dont le père tuera le chef du gang en voulant la venger. Loin de là, l'ennemi public numéro 1, Napoleon Wilson (Daryl Joston) et d'autres prisonniers sont transférés par autobus dans une nouvelle prison. Le père de la fille et le bus de prisonniers se dirigeront tous deux vers le commissariat. A ce moment, le gang commencera le siège dans le but de venger l'assassinat de leur chef. Les personnes coincées à l'intérieur du commissariat seront obligées de collaborer (policiers et truands) afin de se défendre contre l'envahisseur...

John Carpenter est un cinéaste classique en ce sens qu'il s'inspire de ses glorieux ainés et que sa thématique est constante quels que soient ses films. Avec Assault, il a signé son oeuvre matrice, qui contient déjà l'intégralité des thèmes qu'il developpera tout au long de sa carrière. Les conditions de tournage et son budget ridicule font que cette oeuvre pourra paraître datée pour certains, mais déjà notre homme maîtrise les divers éléments filmiques de façon remarquable. La présentation des divers personnages (importants ou non) et leur regroupement progressif vers le commissariat est orchestré de façon claire et précise, nous apprenant sur chacun juste le nécessaire au bon fonctionnement de l'histoire. Le moins que l'on puisse dire est que sur le plan des personnages, l'ambiguité n'est pas de mise. Son scénario étant des plus simples (des personnes enfermées dans un lieu unique et assiégé), Carpenter ce concentre sur ce qu'il sait faire de mieux, développer le climat et l'ambiance de son film. Ce ne sont pas les motivations psychologiques profondes de ses personnages ou le second degré qui intéresse le cinéaste, mais le développement du récit et la réaction des personnages face aux évênements, ce qui en fait littéralement le cinéaste de l'action et non de la reflexion. Son engagement politique est une fois de plus évident et à travers ce film d'action, il mène un constat social désastreux (et anticipe le pouvoir et l'audace énorme des gangs actuels de Los Angeles, en se basant sur les émeutes de Watts de 1969), et une charge à peine déguisée contre l'efficacité de la police obligée de s'associer avec des criminels pour défendre sa vie.

L'aspect sordide et oppressant dégagé par sa vision de la banlieue de Los Angeles est glaçant et cela est encore renforcé par la musique (composée par J. Carpenter lui-même). Celle-ci est à l'image du film simple, mais efficace, essentiellement atmosphérique mais totalement essentielle pour la cohérence de l'oeuvre. David Holmes lui rendra d'ailleurs hommage en reprenant l'aspect le plus sympathique du thème lorsqu'il composera la trame-sonore de Out of Sight de Steven Soderbergh (1998). Au fur et à mesure que le film avance, l'ambiance est de plus en plus tendue, grâce au montage, à la photographie, à la mise en scène et au scénario. Le jeu des acteurs pourra paraître totalement hors de propos à certains, mais ils suivent les instructions de Carpenter qui souhaite développer "underplaying". Cette technique de jeu distanciée (non naturaliste) se justifie entièrement, car elle permet de développer l'atmosphère irréaliste, à la lisière du fantastique de cette oeuvre.

Les assaillants et leur comportement oeuvrent directement pour le côté fantastique du film (invisibilité, démarche de zombie, nombre apparammment illimité, absence totale de communication), renforçant par leur comportement le côté oppressant et le suspense de l'oeuvre. De plus, leur motivation de se venger de la mort de leur chef paraît bien faible pour déclencher de telles hostilités et surtout pour qu'autant risquent leur vie, et Carpenter prend d'ailleurs un malin plaisir à faire du père de la fillette un prostré, traumatisé par sa tragédie (la mort de sa fille). A l'opposé de cela, les héros (seuls personnages consistants de l'histoire) sont développés de façon très classique, reprenant des attitudes et des schémas de héros de western, (Napoleon Wilson, nonchalant et presque détaché), de film noir (Leigh qui est presque plus solide que ses collègues masculins). Leur décisions suivent un schéma connu (que Carpenter reprendra dans presque tous ses films), se terrant de plus en plus profond dans leur refuge. Heureusement, quelques plages d'aération sont créées par le biais d'un humour noir ou absurde (le jeu des patates). L'aspect statique et répétitif du film est également volontaire, reprenant aisni les figures de style du cinéma que Carpenter affectionne particulièrement, celui des années quarante à soixante où le rythme était loin d'être aussi effréné que dans la fin des années soixante-dix, et qui decontenança certainement (cela est toujours le cas maintenant) une partie des spectateurs ne percevant pas cet aspect référentiel.

John Carpenter est un cinéaste important car il est l'un des derniers grands conteurs du 7ème art, l'un des derniers à avoir vraiment retenu, assimilé, retravaillé les leçons des anciens. Son cinéma est parfois hors du temps, mais il accroche le spectateur comme peu d'autres pour peu que celui-ci soit disposé à se laisser entraîner sans avoir le regard cynique actuel (chercher les erreurs avant les qualités). Assault on Precinct 13 n'échappe pas à la règle, bien au contraire car il a créé cette même règle. Laissez-vous porter par ce suspence très efficace sans vous poser de questions et vous aurez à la fin passé un excellent moment.



Image
L'image est présentée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est dans l'ensemble bonne, passant d'impeccable à acceptable. L'interpositif est par moments immaculé et sale à d'autres passages, sans que ces défauts en deviennent gênants. Le rendu des couleurs est propre, restituant fort correctement la photographie neutre du film et proposant des tons de chair naturels. Le contraste est bien géré, évitant les brillances. Le niveau de noirs est correct, même si une profondeur plus importante aurait permis un meilleur rendu des scènes sombres. Celles-ci sont plutôt bien rendues même si elles ont tendance à proposer des noirs bouchés de temps à autre et souffrir d'un grain plus prononcé que le reste du film.

La partie numérique est impeccable, ne venant jamais amplifier les défauts du transfert. Aucune trace de surdéfinition, de fourmillements ou de défauts de compression.

Une copie magnifique de ce film si souvent présentée dans des conditions lamentables. Certes, de nombreux petits défauts subsistent, mais ils ne parasitent jamais le plaisir du visonnage et sont surtout bien compréhensibles si on tient compte que ce film date de plus de vingt-cinq et de son budget ridiculement bas. Bien des éditions DVD de films de cette époque aimeraient avoir une image aussi belle.



Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (DD 2.0 mono).

Sa dynamique manque un peu d'ampleur mais s'avère surprenante pour la piste mono d'un film à tout petit budget des années soixante-dix. Sa présence et sa spatialité sont tout à fait appréciables lors des passages les plus agités du film (fusillade). L'entêtante musique est remarquablement intégrée au reste de la bande son et son rendu est impressionnant d'ampleur par moments, renforçant du coup son efficacité. Les dialogues sont toujours bien rendus sans distortions ou parasites. Les basses fréquences sont bien présentes, amenant surtout un poids appréciable lors des passages musicaux.

Une bande-son au rendu certes limité par ses conditions de production, mais très satisfaisante en l'état. Elle permet de redécouvrir le film de Carpenter dans des conditions très appréciables et pour tout dire plutôt inespérées.



Suppléments/menus
Un nombre conséquent de segments dignes d'intérêt, même si leur qualité laisse parfois à désirer.

Le commentaire audio de John Carpenter est conforme aux habitudes du cinéaste en la matière, même si pour celui-ci il n'est pas des plus inspirés. Ses anecdotes sont intéressantes et sa mémoire des conditions de tournage et de production est sidérante. C'est quand il faut aller un peu plus loin dans ses motivations ou ses intentions que le cinéaste paraît avoir peu à dire. Mais dans l'ensemble, il s'agit d'un commentaire relativement intéressant et agréable à écouter même s'il manque un peu de substance.

Image Entertainment propose également une otion trop rare sur le support DVD, la trame sonore isolée. Cela permet d'apprécier la musique hors contexte et dans ce cas de s'apercevoir que malgré sa simplicité et son côté répétitif, la composition de Carpenter est très efficace et instille en elle-même une ambiance oppressive.

Vient ensuite une galerie très intéressante qui comprend des extraits du scénario, des scénarimages, des photos de plateau, des photos du film (noir et blanc, couleurs), et du matériel promotionnel sur fond de la musique du film. Elle permet de capter l'ambiance du tournage et d'avoir une idée précise des intentions de J. Carpenter. Un bon complément au commentaire audio.

La nouveauté vient d'une décevante interview de Carpenter en compagnie d'Austin Stoker, dans un cinéma de Los Angeles lors d'une projection d'Assault on Precinct 13. Il s'agit d'un mauvais travail amateur (zooms incessants et caméra instable) et la prise de son est désastreuse. De plus, Carpenter ne semble pas avoir envie de répondre aux questions inintéressantes de son interviewer ni à celle de son public. Le peu d'informations distillées par ce segment sont quasiment déja toutes disponibles sur les autres suppléments de ce titre DVD.

Sont également proposées une bande-annonce de qualité technique et artistique fort moyennes et deux bandes-annonces radios quelconques.

A noter des menus esthétiquement ratés et d'une qualité technique laissant à désirer, ce qui est assez étonnant et regrettable au vu de la qualité du transfert et de la bande-son.

Un ensemble fort correct malgré l'entrevue auquelle on peut reprocher son manque relatif de profondeur, mais qui s'avère fort satisfaisant car il concerne un film assez mal traité habituellement.



Conclusion
Une bonne édition dont les qualités audio et vidéo sont surprenantes. Si la qualité technique de l'entrevue et des menus laissent à désirer, l'intérêt du commentaire et de la galerie rattrapent le tout.

Le premier film d'un grand cinéaste, qui s'avère être la matrice thémathique et stylistique du reste de son oeuvre. Malgré son budget ridicule, le film est d'une efficacité rare et l'ombre du western qui plane sur le scénario est transposée dans la banlieue de L.A et est enrichie d'une ambiance lourde et pesante propre au film fantastique. Les acteurs proposent des performances à part, découlant de la volonté du réalisateur qui est également le compositeur de la musique, le scénariste et le monteur de sa propre oeuvre. Un film immanquable si vous appréciez les autres films de John Carpenter et conseillé si vous appréciez le cinéma des années soixante-dix et son inventivité (ici brillamment mâtinée de classicisme).


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-05-22

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Assault on Precinct 13

Année de sortie:
1976

Pays:

Genre:

Durée:
91 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Image Entertainment

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
-

Suppéments:
Commentaire audio, interview, bande-annonce, spots radio, piste musique isolée, galerie photos et storyboards

Date de parution:
2003-03-11

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