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DVDEF

Curse of the Golden Flower

Critique
Synopsis/présentation
Zhang Yimou termine, avec Curse of the golden flower, sa trilogie de films d'arts martiaux en costumes amorcée avec Hero (2002) et poursuivie avec House of the Flying Daggers (2004).

Le moins que l'on puisse dire est que le cinéaste chinois à bien évolué depuis ses débuts, passant d'un cinéma discret et à considération sociale à des superproductions spectaculaires. De même, sans nous risquer à parler en détails d'un sujet que nous connaissons peu, Zimou semble avoir clairement changé de position politique depuis ses premières oeuvres qui lui avaient valu une considération internationale de par leur grâce et de leur finesse. Ils avaient même fait découvrir la remarquable comédienne qu'est Gong Li (et qui l'a d'ailleurs suivi tout au long de sa carrière).

Avec Hero, il avait entamée une trilogie radicalement différente, ce qu'il n'avait pu faire jusque la, où l'esthétique la plus poussée et stylisée prenait clairement les rennes de l'oeuvre au détriment d'un scénario d'une minceur parfois gênante.
Les poses iconiques, un énorme travail sur les couleurs très tranchées, omniprésentes et irrélles ainsi qu'une mise en scène des combats toute basée autour de ralentis outrés et d'effets numériques cherchant la fluidité maximale composent la majeure partie de l'intérêt de l'oeuvre. L'intrigue est minimaliste et l'identification aux personnages est quasi impossible du fait de leur hiératisme et leur développement psychologique inexistant. Cette esthétisme radical fait de Hero une oeuvre à part une excroissance moderne du Wu Xian Pan, le film de sabre chinois auquel Zimou fait subir un traitement de choc.

Avec House of the Flying Daggers, il poussait encore plus loin les recherches esthétiques entamées sur Hero, passant de l'épure du premier à une sorte de surcharge visuelle des plus jouissives. Cette fois-ci, le scénario est aussi mince et les personnages aussi archétypaux: la poésie n'est plus que visuelle. En effet, le destin du trio d'amants tragiques est classique mais poignant, donnant lieu à des scènes totalement irréalistes mais vraiment touchantes.

Pour terminer cette trilogie, Zimou pousse le bouchon encore plus loin et surcharge jusqu'aux limites physiques les visuels de son troisième volet. Le décor principal de la Cité Interdite est sursaturé de décors somptueux offrant une véritable orgie de couleurs qu'il est quasi impossible de retranscrire tant le résultat visuel est radical et excessif. Ce décor surchargé, étouffant mais splendide (tant que l'effet d'écoeurement ne se déclenche pas) est comme dans les deux précédentes oeuvres: le personnage principal du film en donne la tonalité (le désert et le hiératisme pour Hero, la forêt de bambou et la passion pour House of the flying daggers).

Curse of the Golden Flower parle d'enfermement et d'étouffement d'une famille par le poids de leur position sociale mais surtout des conventions drastiques qui régulent la vie du palais comme un véritable métronome. Cette sensation d'oppression discrète est bien rendue par le rythme lancinant et répétitif du film qui fait écho aux interminables et incessants rituels auxquels la famille royale est soumise en permanence.

Dès lors, le désagréable de la situation ne peut que se communiquer au spectateur qui. une fois passé l'émerveillement des premiers travelling dans le palais, trouvera lui aussi immanquablement la vie de ce palais sublime, mais aussi fort contraignante et désagréable.
En cela, le film est radical et risqué puisqu'il possède le plus gros budget du cinéma chinois (au moment de sa production). On se serait attendu dans une production de cette ampleur à une intrigue qui reste séduisante et aimable alors qu'il n'en est rien. Curse of the Golden Flower est même d'une noirceure surprenante tant tous les personnages sont désagréables et coupables d'actes répréhensibles.
Cette radicalité dans le traitement des personnages ou des situations, malgré un aspect pataud et peu subtil, montre bien à quel point la consensualité ronge le cinéma hollywoodien. Il semble en effet totalement impossible d'imaginer une oeuvre de cette ampleur produite en occident, où le personnage central du roi est une véritable ordure qui jamais ne se montre humain et a transmis ces "qualités" à sa famille qui se montre un vrai panier de crabes.

Cette intrigue familiale shaekspearienne en diable est pourtant bien mince et "traditionnelle" mais Zimou est clairement plus intéressé par le développement visuel de son film que par celui de son scénario ou de la psychologie de ses personnages. Ainsi, la narration se fait presque entièrement par le biais de la mise en scène et les dialogues ne présentent d'intérêt que parce qu'ils convoient certaines informations nécessaires à l'avancée de l'intrigue.
Heureusement que le talent visuel de Yimou est resté intact. Pour ceux ayant apprécié ses précédents films, le spectacle est au rendez-vous puisqu'encore plus excessif et chargé que dans les deux précédents volets.
La démesure est donc cette fois-ci le point central du film, démesure des conventions qui paralyse totalement toutes les personnes vivant dans la cité interdite, démesure de la violence familiale exacerbée, démesure des décors et moyens qui trouvent ici une illustration assez incroyable.

Cependant Yimou n'est pas dupe de la dimension internationale que doit avoir son film étant donné le succés de ses deux précédents à travers le monde, et pour cela il se tourne vers les plus grand succès de ces dernières années en terme de films épiques, à savoir la trilogie de Peter Jackson: Lord of the Rings.
Il utilise donc à outrance l'outil numérique pour démultiplier un nombre de figurants pourtant déjà absolument sidérant, nous faisant entrer dans une outrance visuelle et numérique totale.
Mais là où Jackson pouvait se retrancher derrière l'argument fantastique et irréel de son modèle littéraire, Yimou lui ne s'embarrasse pas de vraisemblance et se lance dans l'orchestration de batailles épique qui non seulement ressemblent de beaucoup trop près à celles de Two Towers de Jackson (des cadrages jusqu'à l'enchaînement des plans) mais surtout, n'apportent pas l'émotion escomptée.

En effet, le contraste entre l'étouffement feutré du palais et le chaos sauvage de la grande bataille est tellement poussé que le spectateur a l'impression d'assister à un autre film au sein du film. Si le cinéaste maîtrise toute la partie intime (et répétitive) et les scénes de famille (malgré une certaine grandiloquence), il en est autrement des scénes d'actions où l'on a le sentiment qu'il s'est laissé déborder par sa logistique et les possibilités offertes par le numérique.
Alors que les séquences d'actions étaient le point fort des précédents volets, ce film souffre de ses excès. Ainsi, même les séquences absolument incroyables d'attaques de ninjas volants finissent par lasser tant elles ne semblent pas maîtrisées, sans même aborder une quelconque logique ou crédibilité dès le départ.

Heureusement les acteurs sont tous convaincants dans leurs rôles respectifs et offrent un aspect humain à leur personnage qui vient fort heureusement contrebalancer l'ambiance mortifére qui régne au sein de cette famille. Chow Yun Fat et Gong Li sont notamment très bons et offrent un équilibre fragile à des personnages pourtant éminemment désagréables.

Voici donc un spectacle hybride mais fort distrayant. Étonnament, la partie la plus réussie est la plus aride et cruelle, alors que les éléments les plus spectaculaires se déroulent avec une certaine désinvolture qui ne génère même pas un sentiment de chaos, ce qui aurait pu servir l'histoire.
Aux spectateurs habitués du cinéma chinois, nous leur conseillerons de se jeter sans hésiter sur ce nouvel opus certes inégal mais néanmoins intéressant. Quand à ceux qui voudraient commencer leur introduction au cinéma asiatique par cette oeuvre, nous leur conseillons plutôt de tenter un film moins ouvertement surchargé et aussi chinois dans son fond (alors que paradoxalement il s'agit en même temps d'une oeuvre tournée vers l'occident, ne serait ce que par ses références).




Image
L'image est offerte au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16/9.

La définition générale est d'excellente qualité, même étant donné l'échelle de grandeur des plans et la profondeur de champ utilisée. L'ensemble reste correcte mais manque régulièrement de précision sur les plans larges.
L'interpositif est immaculé et seuls quelques plans plus granuleux sont à constater.
Les couleurs si primordiales, nombreuses et intenses du film sont superbement rendues, naturelles, constantes et parfaitement saturées.
Le contraste est impeccablement géré et évite absolument toutes les brillances malgré les nombreuses scènes qui auraient pu en générer.
Les scènes sombres sont impeccablement rendues grâce à des noirs vraiment purs et profonds.
La partie numérique est quasiment exempte de défauts, si ce n'est que des légères traces de fourmillements lors de scènes de batailles plus amples, tout comme lors de l'utilisation combiné d'éléments en prises de vues réelles et d'éléments numériques, ici moins maitrisé que sur les plus grosses productions américaines.

Un transfert de toute beauté qui pêche par moment des excès visuels en tous genre que Zhang Yimou s'est permis sur cette oeuvre. Une définition qui semble certes au maximum de ce que peut offrir le format DVD, mais qui à dire nouveau fait que ce film sera une démonstration idéale pour les bienfaits de la Haute Definition.






Son
Les deux bandes-son offertes sur cette édition sont respectivement en Cantonnais (Dolby Digital 5.1) et Anglais (Dolby Digital 5.1).

La dynamique de la bande-son cantonnaise est remarquable de bout en bout. Il en va de même pour sa présence et sa spatialité.
La musique est impeccablement rendue sans aucune limitation que ce soit dans le bas ou le haut du spectre. Elle est par ailleurs parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les enceintes arrières sont remarquablement utilisées, créant de remarquables ambiances en permanence, magnifiant le rendu musical et offrant des effets ponctuels remarquables de précision et de puissance contrôlée (l'attaque des ninjas).
Les voix sont parfaitement intelligibles et aucune trace de parasites ou de distortions n'est présente, et ce même à volume très élevé.
Les basses fréquences sont elles aussi parfaitement gérées et apportent un surplus d'assise et de puissance réjouissant, que ce soit lors des scènes de batailles ou des moments plus intimes.
La bande-son doublée en Anglais est elle aussi d'excellente qualité. Toutefois, force est d'avouer que le doublage anglais a tendance à distraire le spectateur habitué à regarder les films dans leur version originale tant les voix choisies et les intonations utilisées ne collent pas aux personnages.

Une bande-son cantonnaise donc remarquable en tous points, qui tire profit au maximum des possibilités du format DVD pour le plus grand plaisir du spectateur qui se voit offrir un spectacle sonore parfaitement à la hauteur du délire visuel concocté par Zhang Yimou.







Suppléments/menus
Une section décevante qui ne propose malheureusement ni commentaire audio de Zhang Yimou, ni la section historique que l'on aurait espéré sur la vie à l'intérieur de la cité interdite.

Est donc offert un documentaire intitulé "Secrets Within" (22 mins), un banal documentaire à fort caractère promotionnel qui offre néanmoins plusieurs informations passionnantes pour les occidentaux que nous sommes... mais fait d'autant plus regretter l'absence d'un vrai documentaire sur l'oeuvre et son contexte.
Le seul autre supplément présent est sans aucun intérêt. Il s'agit d'un montage d'image de la soirée de première du film à Los Angeles, segment qui ne dure que deux minutes. Enfin, sont offertes une dizaine de bandes-annonces.

Voici une section décidément bien légère et terne pour une oeuvre qui aurait pourtant mérité un vrai traitement de collection dans ce domaine, tant les coutumes de la chine antique nous sont étrangères. Le travail de Yimou méritait bien des commentaires poussés de sa part.









Conclusion
Une édition aux qualités audios et vidéos de haute volée mais qui, malgré leur niveau élevé, ne peuvent concurrencer l'envie d'un test immédiat en HD tant le film est un parfait candidat à une démonstration sans équivoque de l'apport du nouveau format sur l'ancien, surtout lorsque la taille des plans est si large. Les suppléments sont par ailleurs franchement décevant tant il y avait à offrir en la matière.

En conclusion nous vous recommandons donc cette édition qui offre un spectacle visuel excellent, mais suggérons néanmoins aux spectateurs amateur du cinéma de Yimou d'attendre une éventuelle édition spéciale en DVD, ou encore mieux une édition en Blu-Ray ou HD-DVD, ce qui leur offrira un écrin à la hauteur de l'oeuvre, spectacle plastiquement fou.

Curse of the Golden Flower est un spectacle des plus étranges pour un spectateur occidental qui se retrouve plongé dans un déluge de décors aux couleurs folles et improbables. Ceux-ci pourront, selon les sensibilités, enthousiasmer ou exaspérer au plus haut point. Le scénario d'une famille royale gangrainée de haine, rancoeur et autres shakespeariennes histoires amoureuses tordues en est son élément le plus classique, mais est loin d'être exploré avec finesse. Il fournit cependant une trame solide à une oeuvre qui se révèle très chinoise dans sa façon d'avancer et sa volonté de faste démesure. Nous recommandons donc ce film à tous les spectateurs épris de cinéma chinois ou asiatique de façon plus générale, tout en prévenant ceux qui ne le sont pas de s'attendre à une oeuvre différente et décalée, qui comporte beaucoup d'éléments communs aux films à gros budgets américains, tout en s'en éloignant pourtant assez radicalement.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
4,4/5

Suppléments:
2,5/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,7/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2007-04-16

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Man cheng jin dai huang jin jia

Année de sortie:
2006

Pays:

Genre:

Durée:
114 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Sony Pictures Home Entertainment

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Mandarin Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:

Date de parution:
2007-03-27

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