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DVDEF

Narc

Critique
Synopsis/présentation
Il y a de ça quelques années, le prolifique réalisateur Steven Soderbergh prédisait la mort du cinéma indépendant. Cette déclaration surprenante, il l'a fait au lendemain d'un festival de Sundance, après y avoir visionné le sublime Memento. À l'époque, aucun distributeur ne voulait se porter acquéreur des droits de distribution du film. Outré, Soderbergh avait suggéré que si un film de la trempe de Memento était incapable de se trouver un distributeur, qu'il s'agissait de la fin du cinéma d'auteur indépendant. Il ne croyait pas si bien dire. Depuis plusieurs années déjà, le cinéma indépendant tel qu'on le connaît apparaît de plus en plus contrôlé par les Majors hollywoodiens via des filiales de moindre envergure. Tel est le cas de Focus Features, de Fox Searchlight et évidemment de Miramax. Même au festival de Sundance, qui se veut un tremplin pour les films indépendants, les films présentés mettent de plus en plus en tête d'affiches des superstars hollywoodiennes. Et pendant que Hollywood s'évertue à produire et à distribuer virtuellement n'importe quel sous-produit, réalisé à gros frais par des tâcherons sans aucune imagination tel que Brett Rattner, de petits bijoux imaginatifs comme Memento réussissent à peine à se frayer un chemin sur nos écrans.

Plus récemment, un autre film d'auteur indépendant a bien failli subir le même sort. Il s'agit du surprenant Narc, du réalisateur et scénariste Joe Carnahan. N'eut été de l'acharnement de l'acteur (et dans ce cas-ci producteur) Ray Liotta et de sa femme pour trouver des fonds pour produire le film, et cette production n'aurait jamais vu le jour. Pis encore, sans l'appui de Tom Cruise et de sa collègue productrice Paula Wagner, qui tombèrent en amour avec le film lors d'une projection à Sundance (!), le film n'aurait peut-être jamais été distribué ! Comme quoi les dirigeants des studios hollywoodiens auraient sérieusement intérêt à revoir leurs priorités.

On dit de l'ouverture d'un film qu'elle est censée donner le ton à l'œuvre toute entière. Et bien sans aucun doute, la première séquence de Narc instaure un climat d'une violence et de brutalité implacable qui prend à la gorge. La séquence en question, une magistrale poursuite filmée caméra à l'épaule entre un policier et un truand, suffit à elle seule à donner rythme et style au film, tout en caractérisant avec une grande acuité le personnage principal, Nick Tellis (Jason Patric). La poursuite se termine évidemment très mal, l'auteur du film Joe Carnahan ne laissant planer aucun doute quant à la nature du film qu'il s'apprête à nous présenter. Pas d'héroïsme, aucune scène de bravoure, juste la cruauté d'un monde pervers et fétide. Par un récit d'enquête somme toute banal, le réalisateur s'attaque à une étude de mœurs et de moralité dense et complexe. Parce que l'enquête, en soit, est surtout prétexte à dépeindre les tribulations des personnages. Une bonne partie du film est d'ailleurs vouée à l'exploration de leur passé, de leur vie familiale, de leurs valeurs, etc. Et au fur et à mesure que l'enquête progresse, les véritables enjeux moraux du récit sont de mieux en mieux cernés. Et la conclusion du film apparaît sans équivoque, là où la ligne entre le bien et le mal devient bien mince. Les personnages ne sont jamais complètement blanc ou noir. Leur enquête les mènes bien sûr en quête de vérité, mais aussi en quête de leur moralité et, ultimement, de leur catharsis et de leur rédemption. Cette observation de personnages ne serait aussi réussie si ce n'était du jeu franchement impressionnant des deux interprètes principaux. Ray Liotta, engraissé et vieilli, s'impose par son agressivité et sa haine. Son jeu nuancé sauve son personnage de la caricature du vulgaire flic agressif. Quant à Jason Patric, la subtilité de sa performance donne beaucoup de crédibilité mais aussi de mystère à son personnage. Très réussis.

Pour un réalisateur novice, Joe Carnahan démontre une belle maîtrise du langage cinématographique. Sa mise en scène est vivante et expressive, attentive à tous les détails. Sa composition d'image s'avère soignée, tout comme l'utilisation stylisée de la photographie, par ailleurs très réussie. Cette dernière s'ajuste intelligemment et subtilement à chaque scène pour leur conférer une expression bien propre. Par exemple, au début du film les scènes se déroulant dans un milieu familial sont filmés avec des couleurs très chaudes vives pour conférer un climat de confort et de bien être chez les personnages. Or, plus le film avance (et plus leur descente aux enfers se poursuit), chaque milieu qui symbolisait pour eux un réconfort deviennent graduellement plus sombres et froids, comme s'ils perdaient tout ce qui est sécurisant à leurs yeux. Les décors du film sont également employés intelligemment. Bref, le réalisateur réussis à insuffler à son film un style et une signature bien propre. Bien entendu, on peut lui reprocher quelques égarements et certaines maladresses (le titre du film surgissant à la dixième minute en est un bon exemple). Mais parions qu'il saura rapidement prendre de l'assurance pour peut-être devenir un réalisateur bien en vue. Enfin, le court-métrage de fiction promotionnel qu'il réalisa pour BMW (intitulé Ticker) subséquemment à Narc laisse déjà voir chez lui une maîtrise plus raffinée du médium.



Image
Narc est offert dans le format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9 (dit anamorphosé). Une autre édition est aussi disponible, celle-ci offrant un transfert plein écran (1.33:1).

Or de tout doute, ce transfert rend entièrement justice à l'aspect froid, sale et cru du film. La stylisation de la photographie est bien reproduite, que ce soit les éclairages sombres et rasants ou l'utilisation de filtres. L'utilisation d'une pellicule au grain plutôt évident est bien rendue. Bizarrement l'interpositif employé pour ce transfert ne semblait apparemment pas en parfait état. Des taches ainsi que des points blancs sont parfois visibles. Si ces défauts auraient pu s'avérer très distrayant avec un film plus conventionnel, ils passent ici presque inaperçu considérant la nature délibérément sale de l'image.

En général, la définition est très bonne. Malgré la présence de grain, qui bloque évidemment certains détails, l'image présente un bon niveau de netteté. Il est impossible de se prononcer sur la naturalité des couleurs tellement celles-ci sont affectés par des effets de styles et par une dé-saturation volontaire. Nous pouvons par contre affirmer avec certitude que l'étalonnement des couleurs est constant et qu'elle ne trahie aucun débordement. Les contrastes semblent avoir été volontairement accentués pour répondre à la facture visuelle du film. Les parties sombres proposent des dégradés subtils et bien détaillés. À quelques rares occasions seulement les dégradés semblent bloquer. Les noirs sont quant à eux relativement purs et profonds. Le fourmillementqu'on peut y voir est somme toute léger.

Le transfert est heureusement exempt de défauts de compression distrayant et la sur-définition des contours est minime.


Son
Cette édition de Narc propose trois bandes-son. Il y en a deux anglaise (Dolby Digital 5.1 / 2.0 Surround) et une française (Dolby Digital 5.1).

Techniquement, il s'agit du deuxième titre où la Paramount offre un doublage français au format Dolby Digital 5.1. La première avait été Kiss the Girls, paru il y a quelques années déjà. S'agit-il d'un changement de politique chez ce studio? Espérons-le !

Les deux mixages Dolby Digital 5.1 sont on ne peut plus satisfaisantes. La dynamique est très bonne, tandis que la présence et la spatialité sont surprenantes pour un film à aussi petit budget. Beaucoup de soin semble avoir été apporté au mixage et à l'intégration des éléments sonores. Le champ-sonore se déploie de tous les canaux, avec prédominance des enceintes avant. Les effets sonores sont précis et bien localisés. Noter l'impact des coups de feu et des cris dans la poursuite d'ouverture. Du bon travail. Les canaux arrière sont judicieusement sollicités pour créer l'ambiance à l'aide de subtiles sonorités et aussi de la musique, par ailleurs fidèlement et très efficacement intégrée. Les dialogues, souvent très intenses et agressifs dans le film (particulièrement avec le personnage de Ray Liotta), sont toujours parfaitement clairs et nets, sans aucune distorsion. Les basses sont souvent impressionnantes. Elles sont franches et puissantes, et toujours employés à bon escient. Le canal .1 (LFE) est bien géré offrant des extrêmes graves puissantes et intenses lorsque nécessaire.

Il y a option de sous-titrage en anglaise seulement.


Suppléments/menus
Le moins que l'on puisse dire, c'est que les suppléments de cette édition sont tout à fait étonnants. Enfin, le contenu des documentaires offerts évite la superficialité et l'autocongratulation pour se concentrer sur des idées précises et pertinentes. Et signe de qualité et de sérieux, c'est le producteur Laurent Bouzereau (responsable des suppléments pour les films de Spielberg et De Palma) qui a produit chaque documentaires sur Narc.

Avant de s'attarder aux quatre documentaires offerts avec cette édition, mentionnons tout d'abord la présence d'une excellente piste de commentaires audio animée par le réalisateur Joe Carnahan accompagné de son monteur John Gilroy. Malgré l'apparente fierté du réalisateur pour son film, il n'en demeure pas moins un animateur sympathique et somme toute modeste. Il explique avec le monteur la plupart des étapes de la production du film ainsi que les nombreuses difficultés en cour de parcours, faute d'un budget décent. Carnahan n'hésite pas à citer ses influences et la provenance de ses idées, tout en essayant d'expliquer la signification de certaines scènes et de la composition d'image. Très intéressant.

S'ensuit une série de quatre documentaires pour le moins fascinants. Chaque documentaire s'attarde à un aspect précis du film, et malgré leur courte durée, chacun propose un contenu riche et stimulant. Le premier documentaire, intitulé Narc : Making the Deal (13 minutes), résume la production du film. À l'aide d'entrevues et de scènes filmées en coulisses, on nous explique la genèse du projet puis la production même du film. Le parcours fut parsemé d'embûches pour l'idéaliste Carnahan, et ce segment fait preuve de beaucoup de générosité et de lucidité dans les informations qu'il dévoile.

Le deuxième segment, et le plus intéressant de tous, se nomme Narc : Shooting Up (19 min.). Ce documentaire s'attarde aux thématiques soulevées par le film ainsi que la portée de son discours moral. Chacun des intervenants y exprime leur lecture, leur interprétation du film et de ses messages. Plusieurs scènes sont décortiquées pour en faire ressortir le sens. Également, la composition d'image est analysée et disséquée, avec exemples à l'appui.

Le troisième documentaire poursuit dans la même veine que le deuxième. Narc : The Visual Trip (13 min.) explique les choix stylistiques de la photographie et du montage par les artisans concernés. À l'aide d'exemples, les intervenants justifient leurs décisions en exposant leurs intentions et leurs objectifs. Très intéressant.

Finalement, The Friedkin Connection (10 min) constitue en une longue entrevue avec le réalisateur William Friedkin (French Connection, Exorcist). Le réalisateur explique d'abord comment il a pris connaissance du film Narc avant même sa sortie, pour ensuite se lancer dans une analyse de l'œuvre et des liens qui existent entre ce film et The French Connection. Le réalisateur conclu en lançant des fleurs à Carnahan pour son bon travail, ce qui agace mais étonne venant de la part de Friedkin.

La bande-annonce originale ainsi que plusieurs publicités pour des films de la Paramount sont également offerts.




Conclusion
Narc est un film dure mais fascinant qui n'est pas sans rappeler certaines œuvres marquantes des années '70, dont French Connection évidemment. Il s'agit d'une œuvre profonde et moralement complexe, filmé avec une maîtrise impressionnante pour un réalisateur novice.

Côté technique, cette édition est tout ce qu'il y a de plus satisfaisant. La qualité d'image rend justice à la photographie du film. Le mixage sonore quand à lui reproduit parfaitement bien toute l'agressivité qui se dégage du film. Quant aux suppléments, ils s'élèvent sans peine au dessus de la moyenne en proposant un contenu intelligent et stimulant.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,7/5

Suppléments:
3,9/5

Rapport qualité/prix:
3,9/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2003-06-29

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Narc

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
105 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Paramount

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Piste de commentaires audio, quatre documentaires et bande-annonce

Date de parution:
2003-06-17

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