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DVDEF

Scanner Darkly, A

Critique
Synopsis/présentation
Philip K Dick, l’un des romanciers les plus importants, originaux et influents du 20 éme siécle à été comme il se doit prit d’assaut par Hollywood depuis le années 80.
Dick est décédé juste avant la sortie de Blade Runner au cinéma et n’a malheureusement pas pu profiter un peu de la gloire qui en aurait inévitablement découlé pour lui. Depuis l’usine à rêves à broyé et concassé l’univers du cinéaste avec la violence qui est sienne et l’a réduit à quelques idées fulgurantes sur la réalité, la paranoia, évacuant par la même occasion toute la dimension profondément philosophique.
Il faut bien reconnaître pour qui à lu et apprécié les meilleurs romans de Dick (Le dieu venu du centaure, Glissement de temps sur Mars, Ubik, Au bout du labyrinthe, Substance Mort, SIVA ….) qu’il semble quasiment impossible de restituer la profondeur et la complexité de ces romans au cinéma. Mais dans le même temps on ne peut être que surprit de voir à quel point toutes les adaptations cinématographique des romans (ou plutôt des nouvelles) de K Dick n’en retienne toujours que les péripéties et surtout généralement une idée novatrice et lourde de sens qu’ils s’acharnent à simplifier au maximum.
La ou justement l’immense talent de Dick est de faire passer des idées et concepts (ainsi que leur implications) extrément complexes avec un facilité déconcertante pour le lecteur conférant ainsi à ses œuvres plusieurs niveaux de lecture qui les rendent d’autant plus fascinant, Hollywood s’évertue à faire l’inverse.
Des œuvres comme Total Recall ou Plus récemment Minority Report ne font que très légèrement effleurer par le biais d’une idée l’univers du romancier et surtout en retournent complêtement le sens et les implications pour faire rentrer le film dans leur propre moule.
La ou David Cronenberg a été licencié pour proposer une version trop complexe et cérébrale de la très courte nouvelle Total Recall, Verhoeven (cinéaste que nous apprécions par ailleurs beaucoup) lui se jeta à pieds joint dans une version ultra violente et totalement décérébrée d’un concept dickien pourtant éminemment fascinant.
Nous pourrions continuer à débattre de la faiblesse et du non respect de l’œuvre du romancier qui semble le point commun de toute les adaptations de ses romans mais tel n’est pas notre point ici.

Cependant une fois ce point mis en évidence, la première qualité que nous avons trouvé dans ce A scanner darkly est que son auteur connaît, apprécie et surtour comprend l’univers du romancier. Linklater a tout mis en œuvre pour qu’on le laisse faire l’adaptation de ce livre noir et complexe selon ses propres désirs, et grand bien lui en à pris.

Certes, il à du faire des compromissions inévitables et sa version cinématographique du livre ne semble à nouveau ne reprendre qu’en partie le fond de l’œuvre mais aussi son ambiance, mais il n’en reste pas moins que pour la première fois nous somme donc en présence d’une œuvre dont on peut dire qu’elle adapte fidèlement K Dick.
Il est d’ailleurs surprenant de voir à quel point Linklater est respectueux des péripéties du roman, préférant oter à son film le côté spectaculaire qu’il aurait pu avoir pour rester fidéle au romancier. Cependant les différences entre le roman et le cinéma sont telles qu’une certaine liberté de ce côté la lui aurait permis de plus coller au fond et à l’ambiance poisseuse et desespérée du roman qui à le trahier un peu scénaristiquement.
Au contraire, Linklater à choisi la fidélité narrative et pour ce faire à mis l’emphase sur une composante essentielle de l’univers de K Dick (et trop souvent oubliée) qui est un humour grinçant et situationnel des plus réjouissants. Il s’agit donc la d’un choix qui porte à conséquence puisqu’en évacuant la noiceur et la « remplaçant » par une comédie tordue, le cinéaste à consciemment altéré le roman et fair l’adaptation sienne.
En tant que lecteur du roman, c’est son aspect noir et désespéré qui nous avait le plus marqué et nous ne pouvons donc qu’être un peu déçu sur ce plan la.
Cependant Linklater est totalement cohérent dans sa démarche ne cherche à aucun moment la facilité et à même réussi un véritable exploit qui est de sortir une œuvre aussi exigeante, peu spectaculaire et expérimentale en pleine période d’été souvent synonyme de blockbusters simpliste et spectaculaires.
Son idée de génie est d’avoir trouvé une technique cinématographique qui lui permette de replacer le spectateur dans le même état que le lecteur hypnotisé par le roman. La rotoscopie sur laquelle nous avions pourtant des a prioris fait des merveilles, rendant à la perfection l’ambiance étrange et décalée du roman, l’impression que l’on est soi même drogué. La réalité du film est donc changeante, mouvante, instable du fait même que les acteurs soient redéssinés de telle façon par dessus la pellicule. Le génial concept des « complets brouillés » développé par K Dick (illustration parfaite du talent du romancier, combinant idée visuelle et métaphore profonde en un seul concept) trouve même grâce à cette technique une équivalent visuel absolument sidérant que nous n’aurions jamais penser possible.
Cela est donc à nos yeux une réussite totale puisque pour une fois un gadget technologique remplit donc un effet sensoriel extrémement efficace mais colle aussi totalement au fond de l’œuvre en question puisque l’intention de K Dick était de montrer à quel point il est difficile d’appréhender la réalité de ce qui nous entoure, d’autant plus lorsque l’on est sous l’influence de drogues quelles qu’elles soient. De nombreux spectateurs trouverons certainement l’expérience visuelle provoquée par le film pénible voire même impossible à supporter mais elle est pourtant déterminante dans la réussite de A scanner darkly en tant qu’œuvre cinématographique.
Le choix des acteurs est aussi primordial dans la réussite de ce projet et Keanu Reeves, Robert Downey Jr, Woody Harrelson, Winona Ryder ou Rory Cochrane sont tous parfaits dans des rôles rendus vraiment particuliers par la technique de rotoscopie.
Le passé (ou même présent qui sait) de drogués notoires et excessifs de Downey Jr, Ryder et Harrelson leur à visiblement permis de délivrer des performances sidérantes en tant que junkies pathétiques mais attachants. De plus cela permet une mise en abime des plus amusantes mais également signifiante, impliquant qu’ils étaients des acteurs parfaitement équipés pour comprendre leurs rôles.
La mise en scène de Linklater se fait discrète et ne constitue clairement pas le cœur du film. C’est plus au niveau du montage et encore une fois des délires visuels que permet la rotoscopie qu’il faut chercher l’apport réel du cinéaste. En effet la rotoscopie semble ajouter une arme à l’arsenal cinématographique en permettant de diminuer ou d’augmenter l’importance de certains détails. De même le fait que Linklater l’ait utilisé de la première à la dernière seconde du film est tout à son honneur.

Ne souhaitant pas aborder l’histoire proprement dite du film de façon a vous laisser la surprise intacte, nous n’aborderons donc ce sujet que pour dire qu’un de ses défauts évidents est son peu de clarté et le manque de contrôle de Linklater sur la structure de son histoire.
Cela fait de A scanner darkly une œuvre que les connaisseurs du roman ou de l’univers Dickien en général digérerons sans soucis mais qui restera sans doute coincé dans la gorge de nombreux spectateurs attendant un film de SF d’action comme le nom de Dick les y à habitués.
A nouveau cet aspect embrouillé et vague de l’intrigue est totalement en accord avec l’univers du roman et des ces drogués perdus dans leur nouvelle réalité propre. De même les nombreuses scénes bavardes de discussions à priori sans queues ni tête, pourront être un calvaire pour les non initiés mais se sont révélées des merveilles de comédie noire dans notre cas (la scéne du vélo est pour cela un moment dantesque). Par contre force est de reconnaître que si le film est bien plus profond qu’il ne le laisse penser au premier abord, le verbiage philosophique de Linklater n’est pas des plus fins et rappelle par moments la lourdeur de la saga Matrix dans ce domaine. La non intégration de ces passages qui réfléchissent sur l’univers développé, ou plutôt leut mauvaise intégration au corps du film fait d’autant plus ressortir leur démonstrativité mais leur intérêt est toujours présent.
De même si la paranoia est au centre du film comme il se doit, force est de reconnaître que Linklater n’a pas vraiment réussi à la rendre aussi palpable qu’attendu. Cette dimension clairement liée au côté noir et désespéré de l’œuvre (évoqué plus haut) est donc logiquement mis en retrait par les décisions prises par Linklater en terme d’adaptation. En cela le film n’est pas aussi Dickien qu’il aurait pu l’être mais à nouveau l’aspect foisonnant et complexe de son œuvre fait qu’il semble impossible d’en adapter fidélement un jalon sans en omettre des passages primordiaux.
Le seul cinéaste qui à jusqu'à présent réussi à adapter fidélement l’univers de Philip K Dick (sans paradoxalement l’adapter justement mais en s’en inspirant) reste David Cronenberg dont Videodrome et eXistenZ sont deux films profondément Dickiens et qui ont su eux intégrer toutes les facettes de son univers (paranoia, désespoir, fond philosophique, jeu réalité/fiction, humour noir discret mais efficace, métaphores visuelles et même forte influence religieuse déterminante).

Il ne fait nul doute que A Scanner Darkly est une œuvre qui n’a pas fini de faire parler d’elle et va intégrer le circuit des films « différents » qui osent quelque chose de nouveau, d’anti spectaculaire mais qui sait rester passionnant et émouvant pour peu que l’on se donne la peine de rentrer dans cet univers dans les bonnes dispositions (en regardant les suppléments après un premier visionnage et ainsi avoir un regard autre lors des visionnages suivants).

Une œuvre qui n’est donc clairement pas le film de science-fiction d’été grand public comme quoi elle à été vendue, ni une adaptation totalement réussie d’un roman de K Dick mais certainement une œuvre expérimentale et décalée, passionnante de bout en bout malgré ses défauts.



Image
L’image est présentée au format respecté de 1.85 :1 d’après un transfert 16:9.

La définition générale est d’excellente qualité et d’une constance sans aucun reproche. L’interpositif est d’une propreté remarquable, due en partie à la rotoscopie et offre une image immaculée (aucun grain, ni poussières ou traits).
Les couleurs si particuliéres choisies par le réalisateur et son chef opérateur sont impeccablement rendues, justes, constante et parfaitement saturées (même si la tonalité de l’ensemble et plutôt passée).
Le contraste est bien géré, même si procédé d’animation oblige le résultat est moins percutant que sur un film totalement live.
Les scènes sombres sont impeccablement rendues grace à des noirs vraiment purs et profonds.
La partie numérique est presque totalement exempte de reproches puisque à quelques reprises sont visibles des artefacts de compression qui n’en sont pour autant jamais gênant.

Un transfert de haute volée pour une œuvre très spéciale qui n’en méritait pas moins.




Son
La seule bande-son disponible est en Anglais (Dolby Digital 5.1).

Sa dynamique est d’un excellent niveau même si l’abondance de dialogues fait qu’on ne s’en rend compte que ponctuellement. Sa présence et sa spatialité sont également remarquables mais on n’en profite finalement qu’assez peu.
La musique est impeccablement restituée sans aucune limitations audibles quelles qu’elles soient. Elle est par ailleurs parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les enceintes arrières sont remarquablement utilisées même si elles restent discrètes sur la plupart du métrage. La subtilité fut le maitre mot des concepteurs de cette bande-son qui fut avant tout pensée en terme d’adéquation à l’œuvre et non avec l’intention d’en mettre « plein les oreilles ».
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et aucune trace de parasites ou distortions ne sont à déplorer et ce même à très fort volume.
Les basses fréquences sont impeccablement gérées mais comme pour les enceintes arrières leur utilisation est parcimonieuse et certains spectateurs habituées a des effets constants (et très souvent inutiles) dans ce registre pourront être déçus.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande-son de superbe qualité à l’image du film, cohérente et subtile. Certains spectateurs, surtout ceux pour qui science-fiction rime avec action seront à coups sur déçus mais pour peu qu’ils y prêtent l’oreille, la complexité de cette bande-son parfaitement retranscrite ne pourra alors leur devenir qu’évidente.




Suppléments/menus
Une section fort honnête qui vient apporter des informations importantes quand à la bone appréhension pour les personnes qui ne sont pas familières avec l’univers si particulier du romancier Philip K Dick.
Le commentaire audio à plusieurs voix regroupe ainsi Keanu Reeves, Richard Linklater, le producteur Tom Pallotta, Jonathan Lethem auteur et spécialiste de Philip K. Dick et Isa Dick Hackett la fille du romancier. La vie et l’univers du romancier sont longuement abordés de façon didactique et juste, et tous les autres aspects du films sont également traités avec plus ou moins d’intérêt pour un commentaire qui manque clairement de fluidité (probléme récurrent sur de tels exercices choraux) mais s’avère passionnant pour qui à apprécié le film.

Puis le documentaire intitulé « One Summer in Austin: The Story of Filming A Scanner Darkly” (26 mins) revient en détails sur la génèse et le tournage du film. De nombreux et passionnants extraits vidéos de Philip K Dick ou il parle de son livre, de comparaisons film rotoscopé et tournage sur le plateau permettent de voir à quel point le travail est énorme et enfin des interviews montre à quel point toutes les personnes travaillant sur le film s’y sont investit totalement. Un ensemble donc plaisant et relativement informatif qui ne pourra être qu’un plus pour tout ceux qui ont appréciés le film.

Enfin le documentaire intitulé « The Weight of the Line: Animation Tales” (20 mins) revient en détails et de façon passionnante sur la technique de la rotoscopie, comment le cinéaste l’a abordé, pourquoi l’a t’il choisi et quels en furent les challenges techniques. Un segment indispensable pour tous ceux qui ont été ne serait ce qu’intrigués par le résultat visuel final.

Pour terminer sont offertes plusieurs bandes-annonces donc celle de A scanner darkly.

Un ensemble donc assez complet qui permet d’aborder l’œuvre sous un autre angle, muni d’informations primordiales et ainsi d’en comprendre certains choix qui peuvent paraître surprenants et décevants sans cela.





Conclusion
Une édition d’excellente qualité aussi bien audio que vidéo, qui plus est accompagnée de suppléments de qualité. Nous vous en recommandons donc vivement l’achat.

L’univers de Philip K Dick est malheureusement toujours quasi inconnu du grand public et force est de reconnaître qu’il risque de le rester lorsque l’on découvre cette adaptation relativement fidéle d’un des romans les plus noirs de son auteur.
Linklater en admirateur du maitre a réussi (en partie) la première adaptation relativement fidéle à Kdick, du moins respectant son univers, ses thématiques et ses interrogations philosophiques constantes.
L’aspect expérimental du film est certainement le plus réussi puisqu’il apporte son lot de sensations inédites et il est toujours extrémement réjouissant de voir un cinéaste éviter toute facilité pour montrer un projet passionnant mais « casse gueule » qui lui tient à cœur.

A Scanner Darkly est donc une œuvre sans concessions, expérimentale et peu aisée d’accés mais qui une fois abordée sous le bon angle se révèle passionnante et novatrice sur bien des points.





Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
4,3/5

Suppléments:
3,8/5

Rapport qualité/prix:
4,1/5

Note finale:
4,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2007-02-19

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Scanner Darkly, A

Année de sortie:
2006

Pays:

Genre:

Durée:
100 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
-

Date de parution:
2006-12-19

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