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Exorcist 2 : The Heretic

Critique
Synopsis/présentation
John Boorman fait partie des géants du cinéma qui, malgré une carrière inégale, a signé bon nombre de films qui font partie de l'histoire du cinéma. Son premier film est son moins intéressant et sera vite oublié (Catch Us if You Can, 1965).

Dès son suivant, John Boorman se fera remarquer en dynamitant les règles du polar dans son fabuleux film Point Blank (1967). Il est Anglais mais a parfaitement assimilé les méthodes américaines d'élaboration de films efficaces, et les détourne en leur appliquant les principes d'auteurs européens d'habitude employés dans des films d'art et d'essai. Il se paye donc le luxe de signer un film policier avec une vedette (Lee Marvin, pas mal pour le deuxième petit film d'un Anglais inconnu) tout en renouvelant une bonne partie des principes de base de ce genre, et signe ainsi un film unique et indispensable.

Le suivant (Hell in the Pacific, 1968) utilisera encore Lee Marvin (et également Toshiro Mifune, l'acteur fétiche de Akira Kurosawa) et fera ressortir ce qui sera un des thèmes de prédilection de son auteur : la nature et les rapports qu'ont les hommes avec elle. A nouveau J. Boorman dynamite les conventions d'un genre, le film de guerre. Un soldat américain et un japonais se retrouvent coincés sur une île du Pacifique, ils recréent la guerre dans leur monde miniature, et le film d'action et d'aventure devient une grande fable humaine à la Robinson Crusoé teinté d'un humour ravageur.

Il signe ensuite un film radicalement différent des autres qui malheureusement sera son premier échec public. Leo The Last (avec Marcello Mastroiani en 1970) nous parle d'un riche héritier qui vit une vie recluse et morose dans son hotel particulier de Londres, et finira par venir en aide à ses malheureux voisins jamaïcains de la rue d'à côté. Le public n'a pas su percevoir la finesse et en même temps la profondeur des thèmes abordés ici.

Son film suivant marquera les esprits du monde entier par son âpreté, sa violence et sa morale (aux antipodes des idées de l'époque) qui dit que le retour à la nature est aussi un retour à l'état sauvage. Deliverance (1972) sera un grand succès international et imposera Boorman comme un conteur et un technicien hors pair (le tournage sur une vrai rivière sauvage est un réel tour de force technique).

Ses deux prochains films seront ses plus controversés : Zardoz (1973) et Exorcist 2 : The Heretic (1977). Le côté ambitieux de Boorman transparaît pourtant fortement à travers ces deux oeuvres. C'est la mise en image (un peu naïve et kitsch, mais qui assume son côté années 70) associée à un sujet très intellectuel (a-t-on le droit de rendre l'Homme immortel ? et quelles en sont les conséquences ?) qui surprit les spectateurs de Zardoz, peu habitués à réfléchir devant un film de science fiction. Très affecté par l'échec de ces deux travaux, Boorman se concentrera sur un projet qui lui tient depuis très longtemps à coeur : tourner sa version de la légende Arthurienne (dont le côté fable et les interrogations planent sur tous ses autres films). Il livrera ainsi en 1981, Excalibur, son travail le plus abouti plastiquement et dont le côté épique et noir l'adresse directement aux adultes.

Il restera dans la nature pour tourner The Emerald Forest (1985), visuellement splendide et dont les conditions de tournage sont encore une fois extrêmes. Le thème du retour à la nature est présent mais vient en contre pied du traitement qu'il lui avait donné dans Deliverance. Son film suivant, Hope and Glory (1987) sera très autobiographique et par conséquent très émouvant. Les bombardements de Londres durant la Seconde Guerre Mondiale y sont relatés à travers les yeux d'un petit garçon de sept ans (Boorman lui même?).
Ce film marquera la fin du grand Boorman, il semble après celui-ci avoir rangé ses grandes ambitions et son talent au placard. Non que ses films suivants soient mauvais (ils sont même tous interessants et reste la marque d'un grand cinéaste), mais leurs sujets et leur traitement sont plus classiques. Where the Heart is (1990) et Beyond Rangoon (1995), même s'ils font preuve de qualités indéniables, manquent du souffle et des ambitions qui habitaient littéralement tous les films de sa première période. The Général (1998) revient avec bonheur vers un humour des situations et un engagement plus grand de la part de John Boorman. Gageons que ce cinéaste de génie a encore des films à tourner pour nous surprendre et nous étonner.

Exorcist 2 : The Heretic est considéré par beaucoup comme la plus mauvaise suite de l'histoire du cinéma. Cette réputation est en partie due à la grande différence qui sépare The Exorcist de William Friedkin (1973) du présent film, aussi bien dans les intentions que dans le résultat. John Boorman n'aimait pas le film de Friedkin (il a failli le réaliser mais n'appréciait pas le scénario), il a donc décidé de s'en éloigner le plus possible tout en respectant son cahier des charges (car il s'agit là d'un grand film de studio, à l'époque suite d'un des plus grand succès de l'histoire du cinéma). On retrouve donc 4 ans après son exorcisme, Regan Mc Neil (Linda Blair , dont on peut douter des talents d'actrice au vu de sa prestation), en consultation chez une psychanaliste spécialiste en hypnose (Louise Fletcher, dans un rôle quelconque). Cette dernière cherche à faire ressortir de l'esprit de Regan le souvenir de son exorcisme qu'elle prétend avoir oublié. Au Vatican, le père Lamont (Richard Burton, qui ne livre pas sa meilleure performance dans un rôle plus complexe qu'il n'y paraît), disciple du père Merrin (Max von Sydow, l'exorciste mort dans le premier épisode et très crédible), est chargé de mener une enquête sur les circonstances précises de sa mort. Le père Lamont nouera un contact particulier avec Regan et par son intermediaire avec Pazzuzu, le démon qui la possédait. Cette intrigue, si elle n'est pas des plus originale, a le mérite de se démarquer complètement de celle du premier épisode.

Le traitement accordé au personnage par Boorman et un scénario trop vague et plutôt mal écrit sont les deux gros défauts de ce film. L'incohérence de certains rebondissements, certaines lignes de dialogues, le jeu un peu guindé et emprunté des acteurs principaux et quelques gadgets (le synchroniseur qui permet de rentrer en hypnose commune), rendent certaines parties du film proches du ridicule. Il faut cependant noter qu'il en est souvent de même sur beaucoup de films que nous apprécions vraiment, et que ce sont les éléments positifs qui nous les font aimer.

Justement, ceux-ci sont très nombreux dans ce film, à commencer par le talent visuel hors du commun du réalisateur aidé en sa tâche par son décorateur Richard Mc Donald. La scène de la bataille contre les sauterelles, celle de l'ascension de la falaise, la découverte de la ville dorée et la mise en parallèle avec les décors de New york sont parmi les meilleures réussites de décors en studios, et offrent une magnificence au moins équivalente à celle de Black Narcissus (1947) de Michael Powell et Emeric Pressburger (le célèbre duo de réalisateurs anglais spécialistes des reconstitutions en studio). La splendeur visuelle dégagée par le film et ses expérimentations esthétiques lui donnent tout son sens et constituent sa réflexion morale et poétique. On pourra aussi ajouter la belle musique d'Ennio Morricone qui vient relayer le côté rêve éveillé du film et confirme les intentions de John Boorman d'être le moins réaliste possible (en contrepied du premier épisode, dont le réalisme a fait la force), ce qui est somme toute logique pour un film où s'interpenêtrent la magie africaine, la science et la religion (sensation relayée par les décors de l'appartement de Regan et la clinique psychiatrique). Ce film aurait été présenté au grand public sans la référence du premier épisode, il aurait certainement eu du succès et l'aveuglement des critiques face à ses qualités aurait été moindre.

Un film un peu bancal (à cause d'un scénario trop emprunté, n'insistant pas assez sur la fascination du prêtre pour le démon qu'il est censé erradiquer) dont certains éléments ont été négligés (des dialogues guindés et inutilement obscurs, un jeu d'acteur trop stylisé et des détails trop naïfs), mais cependant rendu passionnant par le fabuleux travail visuel et d'ambiance de John Boorman. Une oeuvre à réhabiliter de toute urgence dont il faut oublier certains détails pour bien en apprécier les splendeurs uniques.


Image
L'image est offerte au format de 1.85:1 d'après un transfert anamorphosé.
Le transfert n'a visiblement bénéficié d'aucun soin particulier. Cependant, la définition générale est acceptable et l'interpositif relativement propre. A noter tout de même la présence d'un grain assez important. Les couleurs magnifiques de certaines séquences (en Afrique) sont bien rendues et dans l'ensemble ne souffrent d'aucun défaut majeur si ce n'est un petit côté passé et certaines séquences très fluctuantes.
Le contraste est bien moindre que ce qu'il aurait dû être et fatalement beaucoup de détails (dont le film regorge) sont invisibles. Les parties sombres souffrent de noirs peu profonds et du déficit de contraste, et du coup leur rendu est altéré. Le transfert numérique est plutôt correct sauf sur certains passages où la définition et les couleurs s'écroulent à cause d'un travail bâclé.
On ne peut pas dire qu'un quelconque effort ait été fourni pour faire ressortir les magnifiques qualités plastiques du film mais dans l'ensemble l'image reste acceptable.


Son
La seule bande-son disponible est en anglais (Dolby 1.0 mono) et la bande-son française est absente contrairement à ce qui est indiqué sur la jacquette. La bande sonore anglaise est vraiment de piètre qualité et ne rend absolument pas justice à l'intriguante trame-sonore d'Ennio Morricone.
Le côté étriqué de la piste associé à un volume de sortie très faible font que l'investissement qui a été fourni pour la bande-son n'est pas du tout mis en valeur. L'oeuvre perd ainsi un pan complet de son mode d'expression. Pour le reste, la qualité est standard et conséquence logique de l'utilisation d'un matériau d'époque non restauré.


Suppléments/menus
Une section présente même si on peut douter de l'intérêt réel de tels suppléments.
La séquence d'ouverture qui nous est présentée a été créée pour le remontage du film que John Boorman effectua lui-même suite aux tests désastreux. Fort heureusement, cette édition DVD nous propose cette séquence en suppléments car elle est uniquement explicative (avec la voix de R. Burton en fond) et composée simplement de photos.
Les deux bandes annonces proposées sont de qualité acceptable mais d'un ridicule éhonté. On mesure à quel point les dirigeants de la Warner, à l'époque, ont sabotés la sortie de ce film à cause de sa mauvaise réputation. Il y est vendu comme une oeuvre plus terrifiante que le premier volet, montée de façon anarchique et supportée par une musique pop totalement hors de propos.
Un commentaire audio de J. Boorman s'expliquant sur son film aurait été le bienvenu, permettant ainsi de tout savoir sur les problèmes qu'il a pu rencontrer lors de sa conception et de son tournage.
Encore à l'heure actuelle le film est vanté (sur la jacquette de la présente édition) comme effrayant, ce qui prouve bien le décalage entre les intentions du réalisateur et la politique du studio.



Conclusion
Une édition DVD qui n'est pas toujours à la hauteur techniquement, ce qui ne facilite pas la réhabilitation de cette oeuvre. Cependant, notre recommandation s'adresse aux personnes à l'esprit ouvert. Celles- ci découvrirons alors un film qui malgré ses défauts possède des qualités et un interêt indéniables apportées par le grand réalisateur qu'est John Boorman.


Qualité vidéo:
3,0/5

Qualité audio:
2,5/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,6/5

Note finale:
3,2/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-07-30

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Exorcist 2 : The Heretic

Année de sortie:
1977

Pays:

Genre:

Durée:
117 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol
Portugais
Japonais
Chinois
Thailandais
Coréen

Suppéments:
Une séquence d'ouverture alternative, deux bandes annonces et les filmographies des artisans du film

Date de parution:
2002-08-06

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