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DVDEF

Crimes and Misdemeanors

Critique
Synopsis/présentation
Woody Allen n'a plus besoin de présentation. Ce réalisateur new-yorkais prolifique travaille en marge d'Hollywood et, depuis quelques années, en marge du grand public : en effet, ses films récoltent de moins en moins de spectateurs aux États-Unis. Allen est néanmoins un artiste complet car, en plus de mettre ses films en scène, il est à la fois scénariste, acteur et parfois compositeur. Cette extraordinaire polyvalence n'est pas sans rappeler celle de Charlie Chaplin.
Sa filmographie fait foi d'une recherche formelle et esthétique intéressante dans le contexte cinématographique américain. Allen a su s'inspirer de réalisateurs européens comme Fellini (pour Stardust Memories) Resnais (pour Desconstructing Harry) et Bergman (pour Interior) et s'inventer aussi un style propre. Sa singularité se manifeste par une importante production de films en noir et blanc. Son imposante filmographie est riche en longs-métrages remarquables dont Manhattan, Annie Hall, Anna and her Sisters et Zelig, pour ne nommer que ceux-là. Dans Crimes and Misdemeanors (Crimes et délits), Allen touche un thème rarement abordé au cinéma: l'impunité.
Crimes and Misdemeanors raconte deux histoires parallèles. La première est celle de Judah Rosenthal (interprété Martin Landau), un ophtalmologiste en vue dans sa communauté, qui décide d'éliminer sa maîtresse jalouse et névrosée. Celle-ci est en effet devenue une menace pour son mariage et sa vie professionnelle. Après l'exécution du contrat, le médecin vit une période de remords durant laquelle la crainte du châtiment (de Dieu ou des hommes) le hante. Mais aucun châtiment ne vient et il ne sera pas inquiété par la justice.
Parallèlement, le spectateur assiste aux déboires de Cliff Stern (interprété par Woody Allen), un cinéaste documentaliste qui tire le diable par la queue, tant dans sa vie professionnelle que conjugale. Pour gagner sa vie, il en est réduit à faire un documentaire complaisant sur son beau-frère (interprété par Alan Alda), qu'il déteste, un producteur de comédies télévisées.
Lors de la scène finale, Rosenthal et Stern font connaissance à l'occasion de la noce de la fille d'un rabbin ami du médecin et parent du cinéaste. Le médecin mentionne à Stern qu'il a une histoire de meurtre parfait qui constituerait un excellent scénario. Une fois son récit terminé, Rosenthal quitte les lieux avec sa femme. Il est l'image même du bonheur et de la réussite.
Au cinéma, le crime et le châtiment vont généralement de pair. Il est même possible d'affirmer que ces sujets constituent le plus grand moteur narratif du septième art. Aux États-Unis, les scénaristes font un grand emploi de cette mécanique, mais pas dans Crimes and Misdemeanors ! Par le biais de cette histoire de meurtre parfait, Allen nous présente une remarquable réflexion sur la moralité et le bonheur, servie par l'une de ses constructions dramatiques les plus complexes.
Napoléon disait quelque chose qui ressemble à ceci: la morale est toujours du côté des plus gros canons. Grâce à l'argent et à ses relations, Rosenthal peut éliminer celle qui menace sa vie familiale et professionnelle sans inquiétude aucune. En effet, qui irait soupçonner cet homme aux apparences intègres et aimé de sa communauté?
Par le geste qu'il pose, Rosenthal est confronté à l'éducation stricte reçue de son père qui repose sur ceci : Dieu voit tout et châtie les pécheurs. Ce meurtre le libère de cette morale (tout hitchcockienne) et lui permet d'accéder au bonheur : voilà un surprenant et superbe paradoxe qui est l'antithèse du cinéma d'Hitchcock.
Cliff Stern constitue le parfait contrepoint à Rosenthal. Il a des problèmes avec sa femme, ne réussit pas à avoir une maîtresse et a une vie professionnelle peu satisfaisante. Stern a une attitude très morale mais n'arrive jamais à être totalement heureux, sauf quand il va au cinéma.
Ce long-métrage est merveilleusement construit. Bien que complexe, la structure narrative garde à tout moment son unité, le personnage du rabbin (interprété par Sam Waterston) servant de trait d'union entre les deux univers. Le recours à des citations cinématographiques judicieuses faisant la transition d'une histoire à l'autre est très ingénieuse.
Dans Crimes and Misdemeanors, on retrouve aussi les artifices cinématographiques mis au point par Allen, tels des scènes ou le passé et le présent sont fusionnés permettant le dialogues entre des personnages du passé avec des personnages présents. Ce film est encadré par une parenthèse des plus symboliques : il commence par l'évocation des yeux de Dieu qui nous regarde, et se termine avec un rabbin aveugle dansant avec sa fille.


Image
Les premiers coffrets des films de Woody Allen présentés par la MGM n'étaient pas de très bonne qualité. Par contre, cet éditeur nous offre ici un produit nettement meilleur. L'interpositif utilisé pour le transfert est de premier ordre. Aucun point blanc, égratignure ou poussière ne viennent distraire le visionnement du DVD.
Le transfert numérique est correct, mais sans plus. Le format original du film de 1.85:1 est préservé, ce transfert est anamorphique. Les couleurs sont, dans l'ensemble, bien reproduites. Les teintes de la peau sont naturelles. Les noirs sont bons : ils n'ont pas toute la profondeur souhaitée, mais ils sont assez stables. Le contraste est satisfaisant entre les parties sombres et celles plus claires.
Le seul élément vraiment moins réussi de l'ensemble est la résolution : effectivement, l'image est légèrement floue par moments. Mais, dans l'ensemble, le spectateur a droit à un produit convenable pour un DVD d'environ 20 $.


Son
Les premiers coffrets n'offraient aucune version français (sauf pour Annie Hall). L'éditeur change ici d'approche en proposant une version française et espagnole monophoniques, en plus de la version originale anglaise monophonique. L'option de sous-titrage dans ces mêmes langues est également offerte.
Pour un enregistrement mono, la prise de son est de qualité. Il n'y a aucune saleté sur la bande produisant des crépitements. Le mixage est équilibré et le souffle est pratiquement inexistant. Les différents plans sonores sont assez bien détachés, mais l'image est tout de même réduite, comme il est possible de le constater dans la scène de l'orage. On peut cependant dire que l'on ne souffre pas de l'absence d'effet ambiophonique.


Suppléments/menus
Comme à son habitude, la MGM se montre avare en suppléments. Les amateurs devront se contenter de la bande-annonce du film car aucune note sur la production, le réalisateur et les acteurs ne vient enrichir le DVD.
Quand pourra-t-on se procurer une véritable édition spéciale des films marquants de Woody Allen? Fait à noter : ce dernier refuse de revoir ses films une fois terminés. Alors, avant que les DVD ne proposent de commentaires audio de Woody Allen, il peut couler beaucoup d'eau sous les ponts. Dommage !



Conclusion
Cette oeuvre audacieuse et complexe est un régal pour l'esprit. Voilà un film qui offre de nombreuses pistes de réflexion et de lecture. De plus, le DVD représente un excellent rapport qualité/prix, malgré le manque de suppléments et l'origine monophonique des bandes sonores. Naturellement, il faut aimer le cinéma de Woody Allen.



Qualité vidéo:
3,0/5

Qualité audio:
2,5/5

Suppléments:
0,5/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,2/5
Auteur: Sylvain Lafrenière

Date de publication:

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC Toshiba 32 pouces, Récepteur Sony STR-DE945, Lecteur DVD Sony DVP-S360, enceintes Energy, câbles Cable Accoustic Research

Le film

Titre original:
Crimes and Misdemeanors

Année de sortie:
1989

Pays:

Genre:

Durée:
104 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono
Espagnole Dolby mono

Sous-titres:
Français
Espagnol

Suppéments:
Bande-annonce

Date de parution:
2001-06-05

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