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DVDEF

25th Hour, The

Critique
Synopsis/présentation
Spike Lee est depuis ses débuts un cinéaste engagé et cela a à autant joué en sa faveur qu'en sa défaveur. Sa carrière est plutôt inégale et ce sont ses débuts qui sont les plus intéressants, avec dans des styles différents : She's gotta have it (1986), Do the right Thing (1989), Mo'better Blues (1990), Jungle Fever (1991). Le racisme, ses conséquences et une conscience pro-noire, sont un de ses thèmes favoris, mais malheureusement après les films précités il fera preuve de beaucoup moins de subtilité en traitant ces thèmes. Ses oeuvres en deviendront moins intéressantes et surtout beaucoup plus manichéennes. De même, il faisait preuve d'un sens de l'humour décapant qui lui fit défaut dans la deuxième partie de sa carrière. L'ambition ne lui fera pourtant jamais défaut.

Avec le film qui nous interesse aujourd'hui : The 25th Hour (2002), son inspiration semble revenue ainsi que son plaisir de filmer. On y suit les 24 dernières heures de Montgomery Brogan (Edward Norton) avant son entrée en prison pour les sept prochaines années. Il est une trafiquant de drogue depuis son adolescence et l'argent facile lui a tourné la tête, si bien qu'il est allé trop loin et s'est fait arrêter. Il trouvera réconfort auprès de son père (Brian Cox), ses deux amis d'enfance Jacob (Philipp Seymour Hoffman) et Francis (Barry Pepper). Il en viendra à suspecter sa petite amie Naturelle (Rosario Dawson) de l'avoir dénoncé malgré l'intensité de leur relation. Nous suivrons donc les dernières heures avant son incarcération, au cours desquelles Montgomery exprimera ses regrets, ses frustrations et ses envies.

Les évènements qui se produiront tout au long du film sont placés sous le signe de l'effondrement de ce personnage, de l'amertume et de la mélancolie qui en découle. Cet état d'esprit est metaphorisé de façon poignante par l'image récurrente du chantier restant suite à l'attentat du 11 septembre sur les deux tours du World Trade Center. Cette vision est d'une puissance évocatrice énorme et son intégration à la trame du film est absolument remarquable, évitant tout aspect commémoratif et n'étant jamais employé pour mener un combat, simplement pour souligner le traumtisme subi par les Etats-Unis et faire un parallèle avec le héros. Cela permet à Spike Lee de faire fonctionner son film à plusieurs niveaux et de rendre supportable et éventuellement justifiable le monologue hallucinant de Montgomery. Cette scène de sept minutes, pivot central du film, exprime toute la colère et la frustration du héros qui s'en prend à toutes les ethnies et même aux personnes qu'il aime. Edward Norton y délivre une performance splendide (même si dérangeante), digne de celle de Robert de Niro lors de ses célèbres monologues dans Taxi Driver (1976) de Martin Scorcese (par ailleurs producteur et ami de Spike Lee).

Le problème du film est que Spike Lee utilise parfois de grosses ficelles pour faire avancer les évènements ou provoquer l'émotion alors même que beaucoup d'autres éléments sont finement traités, et cela amène un déséquilibre (les policiers, la mafia russe, le flash-back de fin). De même, le côté lâche de la progression des évènements et le fait qu'il ne nous montre jamais les mauvais côtés de Montgomery, affaiblissent un peu la portée de l'oeuvre. Sa mise en scène qui retrouve une énergie salvatrice (en rapport avec ses oeuvres précédentes), son engagement politique et sa volonté de dénoncer des situations qui le dérangent, nous permettent de dire que Spike Lee est de retour à son meilleur. Il y a quelques scènes extraordinaires, d'une intensité et d'une justesse rares, qui vous obligent à ressentir et relféchir sur sa vision (le monologue, la rencontre de Naturelle, la scène où Monty se fait volontairement passer à tabac, les scènes de danse dans la boîte de nuit).

La photographie très travaillée de Rodrigo Prieto, se partageant entre des sequences granuleuses surexposées pour les flashbacks et des couleurs ternes pour le présent, est parfaitement dans l'esprit du film renforçant les émotions dégagées. La musique de Terence Blanchard a la même fonction mais s'avère souvent trop pompeuse (malgré ses qualités), et finit par desservir le film en appuyant trop sur le côté tragique et universel des sentiments décrits. Les acteurs principaux sont tous formidables et sont pour beaucoup dans l'impact émotionnel du film, malgré le côté manichéen et cliché des rôles de certains.

Un film fort qui marque le retour de Spike Lee sur le devant de la scène. Le côté engagé et dénonciateur du film, son ambition, la trame du scénario, ses acteurs et une grande partie de la mise en scène sont ses meilleurs atouts. Son aspect décousu et parfois trop manichéen marque ses limites. Une oeuvre qui doit être vue, ne serait-ce que pour le fait qu'il s'agit du premier film qui ose intégrer les attentats du 11 Septembre en tant qu'élement dramatique important.



Image
L'image est présentée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La défintion générale passe de correcte à excellente, mais cela est totalement voulu par le réalisateur. Le grain présent à plusieurs reprises, ainsi que la sursaturation des couleurs et un contraste trop poussé sont également intentionnels et rendent un jugement précis sur la qualité du transfert difficile. L'interpositif est propre mais cependant on aperçoit quelques traces et points tout au long du film. Les couleurs sont fort bien restituées et les défauts que vous pourriez y voir sont la volonté de Spike Lee. Le contraste est de haut niveau, permettant une élimination totale des brillances. Les noirs sont profonds et purs et permettent un excellent rendu des scènes sombres (la boîte de nuit), qui conservent un niveau de définition appréciable. Les dégradés sont également remarquables, permettant un rendu très convaincant de la photographie aux textures si différentes et à l'ambiance si sombre.

La partie numérique est de façon surprenante un peu en recul par rapport au reste du transfert. Sur le générique des fourmillements viennent se mêler au grain d'origine et à plusieurs reprises, on peut remarquer de la surdéfinition. De même, quelques défauts de compression sont clairement visibles au cours du film.

Un transfert de qualité dans l'ensemble mais dont quelques défauts sont difficilement tolérables pour production d'importance.


Son
Les bandes-son disponibles sont respectivement en Anglais (DD 5.1) et Français (DD 5.1).

La dynamique de la bande-son anglaise est remarquable, que l'on constate surtout lors des scènes dans la boîte de nuit. La présence et la spatialité sont également de haut niveau et offrent au film un réalisme non négligeable. La musique est parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Lors du monologue de E. Norton et dans la boîte de nuit, l'ampleur du son est phénoménale et le champ sonore ouvert. Les enceintes arrières sont régulièrement sollicitées et de façon toujours très convaincante. Leur puissance et leur précision est étonnante pour un film plutôt basé sur les dialogues. Ceux-ci sont impeccablement rendus, toujours parfaitement intelligibles. Malheureusement, des saturations font leur apparition à plusieurs moments dans le film et ce sans raisons apparentes. Cela reste peu gênant sur l'ensemble mais est très étonnant au vu de la qualité générale de cette bande-son. Les basses fréquences sont parfaitement managées et assurent à cette bande-son le complément profond et puissant qu'elle nécessitait.

La bande-son en français possède exactement le même mixage que son homologue anglaise, et pour une fois un doublage artistiquement satisfaisant.

Les sous-titres sont disponibles uniquement en Anglais. Des sous-titres français sont présents mais uniquement dans le but de traduire les panneaux et autres insriptions en Anglais dans le film, et non les dialogues.

Une très bonne bande-son dont le rendu est légèrement parasité par un défaut surprenant pour un film aussi récent.



Suppléments/menus
Une section satisfaisante en quantité comme en qualité.

Le commentaire audio de Spike Lee regorge d'informations passionnantes mais présentées sans structure et surtout sur un ton monotone qui ne facilite pas l'adhésion. Néanmoins, on apprend beaucoup sur la fabrication du film. Le deuxième commentaire audio est effectué par David Benioff, l'écrivain du scénario (qui s'inspire de son propre roman) et celui-ci s'oriente beaucoup plus vers le sens qu'il a voulu donner à son travail. L'exercice du commentaire n'étant pas facile, on lui pardonnera ses longues pauses et son ton par moment peu assuré. En fait, il aurait été sans doute judicieux de regrouper et monter ces deux commentaires de façon à n'en faire qu'un seul. Il aurait ainsi combiné les qualités des deux intervenants et éliminé les pauses.

Le documentaire de vingt-deux minutes intitulé : Spike Lee : Evolution of a Filmmaker, est une excellente rétrospective de la carrière du réalisateur, faisant intervenir beaucoup de personnalités l'ayant cotoyé (M. Scorcese, W. Snipes, Halle Berry). Les huit dernières minutes se recentrent sur le film lui-même et S. Lee et E. Norton y font preuve d'un engagement total.

Viennent ensuite six scènes coupées d'un intérêt faible et d'une qualité moyenne. Il est en tout cas intéressant de voir que Spike Lee n'a coupé que des passages nettement moins intéressants que ceux présents dans le film.

Un étrange segment est également présent : Ground Zero : a tribute (5 min 33 s). Il s'agit d'images vidéos des décombres de l'attentat du World Trade Center, accompagné d'une musique composée pour l'occasion et sans aucun commentaire. Cela lie définitivement l'ambiance du film à la catastrophe.
Un ensemble fourni qui présente l'avantage de couvrir tous les aspects du film, même s'il ne va pas vraiment au fond des choses.




Conclusion
Une édition DVD techniquement étrange. L'ensemble est résolument bon aussi bien au niveau visuel que sonore, mais quelques défauts surprenants subsistent. Les suppléments remplissent correctement leur office et leur ton évite l'autocongratulation.

Un film étrange dans sa construction et d'une cohérence un peu faible, mais recélant des scènes incroyables de force et d'intensité. Spike Lee à un peu tendance à utiliser de grosses ficelles à certains moments, mais sa détermination, son engagement et ses éxpérimentations visuelles rattrapent ces faiblesses. Pour la première fois depuis le onze Septembre, un film de fiction intègre la tragédie et même plus, en fait un élément à part entière de l'oeuvre sans la surdramatiser. Les acteurs sont tous formidables et permettent au film de pouvoir questionner ses spectateurs sur leur état d'esprit général, ce qui est assez rare pour être signalé. Une oeuvre un peu trop manichéenne par moments (mise en scène et scénario), mais qui emporte l'adhésion par sa force et son adéquation à l'état d'esprit de l'époque.


Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
3,4/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-05-16

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
25th Hour, The

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
135 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Buena Vista

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Oui

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
2 commentaires audio,2 documentaires, scènes coupées

Date de parution:
2003-05-20

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