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DVDEF

Munich (WS)

Critique
Synopsis/présentation
Pour plusieurs, il y a deux Steven Spielberg, que l’on pourrait ici qualifier, l’un d’enfant et l’autre, d’adulte. Des films comme E.T., War of The Worlds , Jurassic Park et Hook proviennent d’un homme dont l’imagination semble sans limite, un peu comme si il avait, ne serait-ce que l’instant d’une production, capté tous les rêves et tous les fantasmes qu’il avait jadis. Un homme qui ne veut que se faire plaisir. Puis il y a l’autre homme, beaucoup plus mature et engagé qui nous a offert des films comme Schindler’s List, Saving Private Ryan et Amistad. Ce qui fait probablement toute la richesse du cinéma de Spielberg et du cinéaste lui-même c'est l’efficacité avec laquelle il fait basculer ses deux univers pour offrir un spectacle grand public (Minority Report, Artificial Intelligence : AI et même Catch Me If You Can dans une certaine alternative). Plusieurs s’opposent d’ailleurs à cette idée, croyant le réalisateur emprisonné dans un monde où seul le divertissement et le nombre d’entrées au guichet importent.

Pourtant, ce sont étrangement les films politiquement engagés du cinéaste qui fracassent le moins de records aux guichets. Spielberg serait-il aux prises avec cette image d’ « entertainer » pour la grande masse et lui serait-il impossible d’obtenir respect et succès avec des films ayant des motivations beaucoup plus profondes ? On se souviendra de Schindler’s List comme étant le seul et premier film ayant fait obtenir à Speilberg la statuette tant convoitée qu’est l’Oscar, en particulier grâce à son attachement personnel au sujet (Spielberg est Juif). Les vingt premières minutes de Saving Private Ryan ont complètement troublé les esprits des spectateurs alors qu’en ce qui concerne Amistad, plusieurs cinéphiles ont complètement oublié que cette œuvre faisait partie de la filmographie du cinéaste. Ce qui fait de Spielberg un cinéaste qui n’a manifestement plus rien à prouver auprès de la critique, mais qui a tout un nouveau public a gagné. Cela fait de son tout dernier film Munich, un pari très risqué. D’abord, parce qu’il s’agit du Spielberg adulte, mature et très engagé, mais surtout, parce qu’il aborde un conflit des plus délicats : celui de l’Israël et de la Palestine.

Mais avant tout, resituons-nous. Le film débute lors des jeux Olympiques de 1972 à Munich où onze athlètes israéliens sont pris en otage et, par la suite, assassinés par des terroristes palestiniens. Quelques jours plus tard, la première ministre israélienne Golda Meir prend alors la décision de poursuivre les responsables des attentats. Une équipe de cinq hommes est alors engagée afin d’éliminer les onze têtes dirigeantes de ce Septembre noir. Avner (Eric Bana), Steve (Daniel Craig), Hans (Hanns Zichler), Carl (Ciaran Hinds) et Robert (Mathieu Kassovitz) devront donc partir à travers l’Europe afin d’accomplir cette tâche patriotique.

Il est important de noter que, bien qu’inspiré de faits réels, le film de Spielberg n’est que pure fiction et spéculation. Certes, les évènements de Munich ont bel et bien eu lieu, de même que le désir de Meir s’est manifesté pour punir les responsables des attentats. Aussi, certains de ces responsables ont trouvé la mort, peu après. Mais là s’arrête toute référence à un fait véridique. Ce qu’il y a entre, la mission des cinq hommes choisis, est ce qui sert de fil conducteur au récit et n’est qu’une théorie. Une théorie franchement vraisemblable développée par George Jonas dans son livre « Vengeance », ce sur quoi Spielberg s’est basé pour construire l’histoire d’Avner et de ses collègues.

Ce qui fait de Munich une réussite est avant tout, le choix de Spielberg de ne prendre aucun parti. Même si les actions commises par Avner et les autres sont souvent très discutables, il ne s’amuse pas à les pointer du doigt en les reconnaissant comme mauvaises ou inacceptables. C’est dans la recherche de profondeur, plus particulièrement celle de son protagoniste principal, Avner, que le cinéaste réussit à montrer cette humanité. Il fait d’Avner, un être complexe, tourmenté, culpabilisé et rempli de remords face à ses propres actions. Il suffit de regarder Eric Bana lors de cette scène à l’hôtel, assis sur un lit, près d’une lampe, juste avant l’exécution d’une de ses missions. Utilisé pour son dévouement pour sa patrie, Avner en vient souvent à se questionner sur sa mission et ses conséquences, pour lui et pour sa famille, qu’il cherche à tout prix à protéger et à garder hors de tout ça. .

Si on oublie la scène d’ouverture de Saving Private Ryan, Munich est probablement le film le plus violent de Spielberg. Plus particulièrement en raison des assassinats de Munich, dévoilés au fur et à mesure par l’entremise de flash-backs. Spielberg utilise adroitement cette violence comme moyen de dénonciation de celle-ci. Avner et son groupe doivent agir avec violence pour contrer la violence. Les actions posées, les réflexions imposées, tout cela crée une importante transformation chez Avner, ce qui révèle souvent une autre des richesses du personnage. Mais ici, Spielberg présente le tout avec un léger manque de subtilité pour ce qui est de certaines scènes, notamment vers la fin, où Avner fait l’amour à sa femme à son retour de mission. Il est impossible ici de ne pas penser au film de Cronenberg, A Histoiry of Violence, où Viggo Mortensen et Maria Bello se livraient au même genre d’ébats et où la transformation du personnage principal se manifestait de façon beaucoup plus subtile, mais pas nécessairement moins prenante.

On peut donc reprocher à Spielberg un léger manque de subtilité, mais certainement pas son sens du rythme. Il réussit à instaurer une tension souvent insoutenable à son intrigue en plus de donner à son récit une allure de thriller qui n’est pas sans rappeler l’ambiance des vieux films noirs. À mentionner également, le jeu de l’acteur australien Eric Bana qui incarne ici probablement l’un de ses meilleurs rôles ainsi que l’apparition (bien trop courte) de la comédienne québécoise Marie-Josée Croze dans le rôle d’une tueuse impitoyable.

Munich est-il un film important dans le porte folio de Spielberg ? Certainement. Il s’agit d’une œuvre puissante, riche, dans la même lignée que Schindler’s List ou encore Saving Private Ryan. Il faudrait cependant que le cinéaste, aussi politiquement engagé soit-il, apprenne maintenant à faire preuve d’un peu plus de subtilité dans les sujets qu’il décide de traiter.



Image
Le film est offert au format d’image respectée de 2.35:1 d’après un transfert 16:9. Une édition au format d'image recadré de 1.33:1 est également disponible.

Puisque nous avons ici une production récente, il va sans dire que l’interpositif employé était dans un parfait état. On ne note, donc, aucune trace de parasite ou d’égratignures. Comme la plupart des transferts récents d’œuvres de Spielberg, on notera un léger grain cinématographique qui n’est pas nécessairement désagréable et agaçant pour l’œil. Sinon, la définition générale de l’image est absolument exemplaire. Chaque détail et chaque texture sont superbement reproduits. L’utilisation des couleurs est des plus remarquable également. Le directeur de la photo Janusz Kaminski fait une judicieuse utilisation de la lumière dans tous les plans, plus particulièrement lors des flash-backs relatant les évènements de Munich. Le tout est parfaitement rendu grâce à un emploi efficace de couleurs pleinement saturées et ne souffrant d’aucun débordement. On ne note non plus aucune trace de surbrillance, le niveau de noirs étant correctement réglé. Les parties sombres, souvent des scènes se déroulant la nuit ou dans l’obscurité, sont absolument superbes à regarder, laissant souvent voir la plupart des détails de la mise en scène de Spielberg, grâce à d’excellents dégradés. Nous avons finalement droit à des noirs purs et intenses.

La partie numérique s’en sort haut la main, étant donné la presque totale absence de supplément.



Son
Nous retrouvons ici deux bandes sons au format Dolby Digital 5.1, l’une en anglais, l’autre en français. Nous avons également droit à une bande son appelée « Decriptive Video Service », destinée aux non-voyants où une voix raconte ce qui se déroule à l’écran au fur et à mesure que le film progresse.

Tout comme le transfert vidéo, la bande son anglaise, utilisée pour cette critique, est sans reproche (très peu de différences entre cette bande son et le mixage français sont notables, par contre). Faisant preuve d’un excellent dynamisme et d’une présence des plus convaincantes, le mixage réussit amplement à nous surprendre étant donné le genre cinématographique présent ici. On effectue une judicieuse utilisation du mixage multi-canal. Les canaux avant sont surtout réservés aux dialogues et les enceintes arrière se manifestent efficacement lors des moments de plus forte tension où l’action y est à son plus haut niveau. Mais règle générale, elles se font plutôt discrètes se contentant d’effets d’ambiance. Comme nous l’avons mentionné, les dialogues sont impeccablement rendus grâce à l’utilisation des canaux avant. Ils sont ainsi parfaitement et toujours audibles. Employées à des moments bien précis (les scènes d’action), les basses se veulent profondes et judicieusement utilisées. La même chose peut s’appliquer à des extrêmes graves qui se manifestent à plusieurs occasions.

Des sous-titres anglais, français et espagnols sont disponibles.



Suppléments/menus
Rien du côté des suppléments. Seule une introduction du réalisateur Steven Spielberg (4 :34) est disponible en option avant de débuter le visionnement du film, si on peut considérer cela comme un supplément. Si nous en voulons davantage, nous devons nous rabattre sur l’édition spéciale de deux disques.



Conclusion
Munich est un excellent thriller politique. Spielberg a touché ici un conflit des plus délicats de façon humaniste, en plus de présenter un personnage complexe et fascinant. Il réussit ainsi à faire écho avec les conflits actuels comme le montre le plan final du film sur les deux tours du World Trade Center. Cependant, Spielberg devrait apprendre à faire preuve d’un peu plus de subtilité, à défaut de vouloir rejoindre le plus large public possible.

Nous avons entre les mains une excellente édition qui rend suffisamment honneur au film, tant par le transfert visuel que par le mixage sonore. On ne peut que regretter amèrement la présence de supplément véritable.



Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
0,5/5

Rapport qualité/prix:
3,2/5

Note finale:
3,7/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2006-07-24

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Toshiba 27A43C, Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Munich

Année de sortie:
2005

Pays:

Genre:

Durée:
164 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Universal

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais (CC)
Espagnol
Français

Suppéments:
Introduction du réalisateur

Date de parution:
2006-05-09

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