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DVDEF

Transamerica

Critique
Synopsis/présentation
2005 a été l’année de l’homosexualité à Hollywood. D’abord, nous avons assisté à l’ascension fulgurante du Brokeback Mountain d’Ang Lee qui a reçu tous les éloges imaginables de la critique. Ensuite, nous avons eu droit à la consécration de Phillip Seymour Hoffmann pour son rôle de Truman Capote dans Capote, personnage aux mœurs sexuelles très ambiguës. Puis, beaucoup plus discrètement, Cillian Murphy a joué les travestis dans l’adaptation du roman de Patrick McCabe, Breakfast on Pluto. Il n’en fut pas moins pour que le public et la critique applaudissent devant cette soudaine audace des producteurs à vouloir traiter de sujets « controversés ».

Transamerica a bénéficié de cette « explosion sexuelle » pour obtenir une certaine notoriété. D’abord présenté dans plusieurs festivals (Festival du film de Tribeca, Festival International du film de Berlin, notamment), ce sont les frères Weinstein qui ont achetés les droits pour le distribuer en Amérique du Nord. Et c’est lentement, mais sûrement que ce petit film a réussit à rejoindre son public à travers une distribution limitée dans les salles de cinéma. Doté d’un budget d’un million de dollars, le film a généré des recettes de neuf millions de dollars en Amérique du Nord, ce que l’on pourrait qualifier de succès modeste.

Le film raconte l’histoire de Sabrina Claire « Bree » Osbourne (Felicity Huffman), un transsexuel qui est à sept jours de son opération qui fera enfin de lui une femme. Mais voilà : alors que tout est en place pour le moment que Bree attendait depuis un an, un coup de fil vient tout chambouler. Un jeune garçon, arrêté et détenu en prison à New York, lui dit être son fils et demande son aide. Bree, refusant de laisser Stanley (son nom en tant qu’homme, son ancienne vie) refaire surface dans sa vie, reste sans voix devant la nouvelle. Lorsqu’elle annonce la nouvelle à sa thérapeute (Elizabeth Pena), cette dernière se sent dans l’obligation de désapprouver, pour un lapse de temps indéterminé, l’opération que subira le transsexuel. Bree, contrariée, ira donc à la rencontre de son fils, Toby (Kevin Zegers), et ensemble, ils traverseront une partie des Etats-Unis en voiture et apprendront à mieux s’apprivoiser. Mais Bree prend bien soin de ne rien révéler à Toby sur son passé ni sur son statut de père/mère.

Le premier long-métrage du réalisateur Duncan Tucker est un film au sujet risqué, certes, il faut l’avouer. Bree est un transsexuel « dans le placard », comme elle le dit à son médecin au début du film, mais c’est d’abord et avant tout un personnage d’une grande complexité et surtout d’une grande sincérité. Bree est un homme qui n’assume pas son statut de transsexuel et qui n’assume pas non plus son nouveau statut de père/mère, plus particulièrement vis-à-vis de son fils, Toby. Effrayée à l’idée de le décevoir, Bree préfère jouer la carte de la distanciation et de l’indifférence de peur de laisser ses émotions s’emparer d’elle-même, chose qui ne tardera trop à arriver. Quant à Toby, l’ambiguïté du personnage est beaucoup plus évidente, autant sexuelle qu’émotive. On ne connaît vraiment jamais l’orientation sexuelle de Toby alors que ce dernier accepte de vendre son corps à d’autres hommes et se laisse embrasser passionnément par une jeune fille l’instant d’après. De plus, n’ayant pas l’avantage de connaître les véritables motivations de Bree à l’avoir libéré de prison, le jeune homme se permet d’approcher cette « femme » de différentes façons (en la séduisant, en attirant son attention, etc.).

Mais tout cela n’est qu’un prétexte. Jusque là, Tucker réussit à insuffler un rythme intéressant à son film, à savoir celui présent dans la plupart des « road movie » : on fait un petit de bout de chemin, on s’arrête pour rencontrer des gens et on repart. Ce n’est que dans le derniers tiers que le film devient ce qu’il voulait être : un film sur la famille. Bree affronte ce qu’elle a toujours redouté : ses parents. C’est en observant son environnement familial que l’on peut deviner et mieux comprendre les choix de Bree : un père effacé et presque absent (Burt Young), une mère surprotectrice et entêtée (hilarante Fionnula Flanagan) et une sœur un peu zélée (Carrie Preston). C’est en effectuant ce retour au bercail que Bree se rend compte de ce qu’elle veut vraiment pour Toby et c’est ainsi que le spectateur se rend finalement compte de ce dont ont besoin nos deux personnages : d’une famille.

Il serait, bien sûr, impardonnable de passer sous silence le jeu absolument renversant de Felicity Huffman. C’est probablement une autre des raisons qui a permis au film sa reconnaissance. L’actrice construit ici un véritable personnage et réussit le défi impossible de nous faire croire que sa Bree est un homme aspirant à devenir femme. Elle donne à Bree une voix et une démarche des plus particulières, mais ce qui la rend si attachante, c’est toute la complexité de ses émotions. Le jeu de Huffman en est encore plus bouleversant et touchant. D’ailleurs, l’actrice a remporté le Golden Globe de la meilleure actrice pour un film dramatique et a été mise en nomination pour l’Oscar de la meilleure actrice qu’injustement, elle n’a pas gagné (on lui a étrangement préféré la très surestimée performance de Reese Witherspoon en June Carter dans Walk The Line). Il faut également saluer le jeu tout en justesse du jeune Kevin Zegers dans le rôle de Toby.

Transamerica est un film sans prétention, au sujet plutôt chaud dont le traitement est des plus chaleureux. Le réalisateur Duncan Tucker a réunit deux personnages complexes et attachants à la recherche d’une famille et de quelqu’un à aimer à travers un « road movie » plutôt conventionnel.



Image
Le film est offert au format d’image de 1.78:1 d’après un transfert 16:9.

La définition générale de l’image du transfert est absolument superbe. Production récente l’oblige, l’interpositif employé était dans un état exemplaire ne laissant paraître aucune trace de quelconque parasite. Le niveau de détails est excellent et les différentes textures sont rendues avec justesse. On n’a qu’à penser aux différents habits que portent Bree pour s’en convaincre. Grâce au même exemple, on peut dire que le rendu des couleurs est absolument superbe. Pas seulement pour les tons des robes légèrement excentriques que porte notre personnage principal, mais aussi pour tous les magnifiques paysages des différents États que Bree et Toby traversent. Toutes ces couleurs sont impeccablement rendues, faisant preuve de pleine saturation et d’aucun débordement alors que les tons de peaux demeurent naturels et constants. La surbrillance est évitée grâce à un niveau de noirs correctement géré.
On notera cependant une légère perte de détails dans les parties sombres, causée ici par un fourmillement relativement agaçant et surtout présent dans la dernière partie, lors des scènes à l’intérieur de la maison des parents de Bree. Malgré cela, nous avons droit à de superbes noirs, purs et intenses.



Son
Nous retrouvons ici deux bandes sons au format Dolby Digital 5.1, l’une en anglais, l’autre en français.

Il faut dire ici que les consommateurs québécois sont bien servis puisque l’édition américaine de ce film n’offre qu’une seule bande son anglaise alors que cette édition ci, distribuée au Canada, offre un doublage québécois du film. À notez même que le film fut présenté dans certaines salles du Québec en version originale anglaise seulement, ce qui fait de ce doublage qu’il est encore plus la bienvenue. Malgré la très bonne qualité du doublage, nous vous suggérons très fortement, pour ceux qui comprennent relativement bien la langue de Shakespeare, de visionner le film dans sa version originale pour pleinement apprécier toute la complexité du jeu de Felicity Huffman, ne serait-ce que pour l’intonation si spéciale qu’elle donne à sa voix.

Même si les deux bandes sons se ressemblent énormément, vous comprendrez que pour cette critique, c’est le mixage anglais qui a été évalué. Sans être d’un dynamisme à couper le souffle, on peut néanmoins dire que la bande son offerte ici rend justice au film. Elle fait preuve d’une excellente présence et d’une spatialité correcte. Visiblement limité par le genre cinématographique, le champ sonore se déploie surtout au niveau des canaux avant. Les enceintes arrière sont employées à des fins d’ambiance seulement et se font souvent sentir avec discrétion et subtilité. Sinon, la trame sonore, composée par David Mansfield s’intègre subtilement, comme tous le reste des éléments sonores, au mixage. Les dialogues, élément prédominant de ce mixage, sont parfaitement et constamment intelligibles. Vous pourrez donc profiter pleinement du jeu d’Huffman et des répliques savoureuses de Fionnula Flanagan. L’utilisation des basses est plutôt rare, mais lorsqu’elles sont employées, elles le sont judicieusement alors que l’emploi des extrêmes graves est complètement anecdotique.

Des sous-titres anglais et espagnols sont disponibles.




Suppléments/menus
Pour la partie « suppléments », il faut dire que nous en retrouvons plusieurs dont l’intérêt varie malheureusement de l’un à l’autre. Mais d’abord, un mot sur l’horrible (et le mot est faible) pochette qui présente un hologramme réunissant d’un côté la Bree du film, et de l’autre la Felicity Huffman de tous les jours, belle et très glamour. À vous de juger la pertinence d’un tel coup de marketing, mais ce n’est certainement pas pour miser sur l’idée de transsexualité … Donc, nous retrouvons le commentaire du réalisateur et scénariste Duncan Tucker, qui est étonnamment assez intéressant. Certes, il ne manque jamais une occasion pour nous rappeler l’excellence et la perfection du jeu de Felicity Huffman, mais il réussit à garder néanmoins l’intérêt en parsemant son discours d’anecdotes de tournage, d’éléments plus techniques ainsi que de certaines précisions concernant le scénario et les personnages.

Nous retrouvons également deux entretiens, le premier, «A Conversation With Duncan Tucker and Felicity Huffman». Bien entendu, il ne s’agit que de pure flatterie. Tucker vante sans arrêt les mérites de son actrice alors que cette dernière fait la même chose pour le réalisateur. Mais heureusement, Huffman fait preuve de modestie et préfère nous raconter comment elle a créé Bree, notamment par la recherche de la voix qu’elle a su donner à son personnage. L’autre, «A Conversation With Duncan Tucker and Kevin Zegers». L’engouement médiatique a fait que les critiques n’avaient de yeux que pour Huffman et il est agréable de constater que l’on n’a pas oublié que Zegers faisait aussi parti de la distribution. Malheureusement, les deux hommes dévient beaucoup trop rapidement leur discussion vers le jeu de … Felicity Huffman. Nous pouvons ensuite admirer l’effrayante plastique de Dolly Parton dans le vidéoclip « Travellin’ Through », chanson nominée pour un Oscar. Et si vous n’êtes toujours pas rassasié, un documentaire sur l’approche de Tucker vers Parton pour sa collaboration à la chanson du film est également présent. Enfin, on retrouve un montage de prises ratées et la bande-annonce diffusée en salles.




Conclusion
Transamerica est un excellent petit film qui vous donnera envie de sourire et qui donne l’impression que la vie est belle, et quelques fois, il faut dire que c’est la bienvenue. Malgré un sujet plutôt controversé, le tout passe très bien surtout grâce à la performance mémorable de Felicity Huffman.

L’édition offerte ici est tout à fait honnête. Le transfert vidéo est tout à fait acceptable et le mixage efficace. À défaut de pouvoir offrir des suppléments consistants, on a préféré opter pour l'inclusion un doublage québécois, ce qui justifie déjà l’achat de cette édition.




Qualité vidéo:
3,7/5

Qualité audio:
3,7/5

Suppléments:
3,2/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2006-07-03

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Toshiba 27A43C, Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Transamerica

Année de sortie:
2005

Pays:

Genre:

Durée:
104 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Alliance Atlantis

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.78:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais (CC)
Espagnol

Suppéments:
Commentaire du réalisateur, entretiens, documentaire, vidéoclip, prises ratées, bande-annonce

Date de parution:
2006-05-23

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