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DVDEF

Usual Suspects, The (Special Edition)

Critique
Synopsis/présentation
"Qui est Keyser Soze ?" Sachant que The Usual Suspects est un film datant déjà de quelques année et que cette nouvelle édition DVD s'adresse surtout aux amateurs de cette oeuvre, nous allons prendre pour acquis, dans cette critique, que la plupart d'entre vous connaissez déjà la réponse à la question ci-dessus. Si tel n'est pas le cas, libre à vous de sauter immédiatement aux parties techniques de cette critique et éviter qu'on vous révèle l'une des conclusions les plus surprenante et judicieuse des dernières années.
Si The Usual Suspects a atteint une notoriété en aussi peu de temps, certainement est-ce en partie grâce à au coup d'éclat qui termine le film, à savoir lorsque l'identité du mystérieux Keyser Soze nous est dévoilée. Ceux qui croient toujours que la finale on ne peut plus efficace de The Sixth Sense représentait un précédent doivent se raviser puisque The Usual Suspects en est le digne précurseur. Toutefois, il serait réducteur de louanger le film uniquement pour cette unique distinction, aussi réussie soit-elle. En fait, la véritable prouesse de l'œuvre provient surtout de sa construction narrative, qui se révèle être un véritable pied de nez à deux conventions du cinéma.
Au cinéma comme à la télévision, il est curieusement pris pour acquis que ce qui nous est montré à l'écran est logiquement et assurément vrai. Ainsi donc, lorsque nous regardons un film, nous prenons spontanément le rôle d'un témoin. Un témoin placé dans une position privilégiée, une position tierce à l'action réelle du film, qui nous permet d'avoir une vision des événements que même parfois les personnages du film n'ont pas. Cependant, Usual Suspects renverse cette approche en ayant l'audace de mentir, littéralement, au spectateur. Et plutôt que de le faire gratuitement, aux dépends du spectateur, il le fait scrupuleusement, sous son nez, et sans jamais le prendre pour un imbécile. Le film étant raconté à la façon d'un flash-back par un personnage, il est libre à lui de nous raconter ce qu'il désire. Toutes les scènes du film racontées par ce personnage sont donc totalement fausses, puisque ce dernier s'est fixé comme objectif de berner son interlocuteur, un inspecteur de police, et donc nous en même temps. Mais il ne faudrait pas croire que tout le film est une fausseté. Car le film répond à tout le moins en partie aux conventions du cinéma narratif, puisque toutes les scènes se déroulant dans le temps présent (dans le commissariat de police) sont en effet porteuses de la vérité. Pourquoi ? Et bien parce que ces scènes ne sont pas biaisées par les mensonges du raconteur. Un cinéphile attentif pourrait d'ailleurs réussir à déceler la vérité avant la conclusion. Justement, il est dit que le film a déjà été présenté à des enquêteurs de police pour tester leur perspicacité !
Mais Usual Suspects pousse l'audace un peu plus loin en se moquant allègrement d'une autre convention, celle de la projection et de l'identification. Grossièrement, cette convention consiste à ce que, psychologiquement, le spectateur projette ses émotions sur le protagoniste tout en s'identifiant à ses actes et ses sentiments. C'est avec ce procédé que les auteurs d'un film réussissent à captiver un auditoire pendant près de deux heures en les faisant passer par une gamme d'émotions. Comme de s'identifier à un personnage antipathique est difficile, voir impossible pour un spectateur, les auteurs se doivent de créer des personnages qui entraînent la sympathie. Cette formule a été exploitée à son maximum dans le film. En effet, bien qu'il soit un criminel, le protagoniste du film est un petit homme sympathique, fragile, effrayé et flanqué d'un handicape. Comment ne pas s'attirer la sympathie du spectateur ! Ainsi donc, non seulement croire à ses mensonges n'en est que plus facile, mais le spectateur s'identifie complètement à ses émotions et à ses actes… jusqu'à ce qu'il apprenne que c'est en fait lui-même le meurtrier redoutable ! Sans trop que nous nous en apercevions, les auteurs du film ont donc réussis à nous faire identifier complètement à un personnage qui s'avère être un dangereux criminel. La conclusion n'en est que plus surprenante, plus percutante !
Usual Suspects est représentatif d'un cinéma jouant sur la même thématique d'une vérité altérée, avec des films tels Sixth Sense ou encore Beautiful Mind. Qui plus est, cette oeuvre compte énormément sur la réalisation étonnamment maîtrisée de Bryan Singer, qui ne signait ici que son deuxième long-métrage, ainsi que sur une distribution des plus solide. À juste titre, Usual Suspects a remporté les oscars pour le meilleur scénario original (Christopher McQuarrie) et pour le meilleur acteur de soutient (Kevin Spacey). Probablement, le film était trop avant-gardiste pour remporter la palme du meilleur film de l'année…


Image
Ce produit de la MGM n'est pas la première édition du film en format DVD. Polygram puis MGM avaient déjà offert une édition similaire l'une de l'autre, celle-ci offrant le film en format original (2.35:1) mais d'après un transfert non-anamorphosé. Est-il nécessaire de préciser que ce nouveau transfert numérique anamorphosé supplante aisément ces précédentes éditions?
De façon générale, l'image est nette. Les détails et les textures sont reproduits avec précision, excepté peut-être pour quelques arrières-plans qui trahissent un subtil manque de piqué. La colorimétrie nous a semblé juste et naturelle. Les couleurs sont solides, constantes et adéquatement saturées. La densité générale nous a paru adéquate et sans fluctuation. Cependant, le contraste nous est apparu légèrement sur-accentué, ce qui a tendance à bloquer les régions les plus sombres. Les noirs sont quant à eux très purs et profonds.
L'interpositif utilisé pour ce transfert n'est pas de qualité optimale; on y remarque de petites égratignures et des points blancs. Cependant, ces défauts sont bien mineur et n'entache que très peu la qualité générale de ce transfert. Plus désagréable est une sur-définition des contours souvent apparente, qui va jusqu'à provoquer des halos.
À noter qu'un transfert plein écran (4:3) est aussi offert avec cette édition.



Son
Il y a sur cette édition deux bandes-son : l'une est un re-mixage anglais Dolby Digital 5.1, et l'autre est un doublage français Dolby Surround 2.0.
Le re-mixage anglais a été produit à partir du mixage originale de format Dolby Surround 2.0, telle qu'offert avec les précédentes éditions DVD du film. Bien qu'un tel re-mixage est toujours le bienvenu, force est d'admettre que celui-ci n'offre pas d'amélioration majeure par rapport à l'ancien mixage. Le dynamisme sonore demeure sensiblement identique tandis que la spatialité s'en trouve sensiblement améliorée. La trame-sonore semble plus efficacement intégrée, cependant, l'utilisation des effets d'ambiophonies demeure plutôt sporadique, seuls quelques sons d'ambiance et quelques effets-sonores localisés sont audibles, sans plus. Les dialogues sont bien intégrés, ceux-ci étant toujours nets et compréhensibles. Les basses ont une belle profondeur, leur présence appuie convenablement les moments de tension et les scènes d'action. L'ajout d'un canal .1 (LFE) à ce re-mixage est quelque peu superficiel, les extrêmes-graves étant presque absentes.
La bande-son française Dolby Surround 2.0 est très similaire au mixage anglais. Seuls une spatialité réduite ainsi que des dialogues manquant de naturalité sont à remarquer. À noter que des sous-titres anglais, français et espagnols sont également offerts.



Suppléments/menus
Après plusieurs années d'attente, voici donc l'édition spéciale tant attendue par les amateurs du film. Les précédentes éditions DVD du film n'incluaient que la bande-annonce originale ainsi qu'une piste de commentaires audio animée par le réalisateur Bryan Singer et le scénariste Christopher McQuarrie. Cette piste est à nouveau offerte avec cette édition, ce qui est en soit une bonne nouvelle puisque cette dernière est fort intéressante. Le ton de cette piste est léger et convivial, les deux hommes passent apparemment un bon moment ensemble et cette bonne humeur est contagieuse. Les informations divulguées sur cette piste varient de la simple anecdote à des éléments plus techniques. Nous aurions souhaité une peu plus d'unité dans le choix des informations, mais de façon générale, cette piste saura captiver l'auditeur.
Une deuxième piste nouvellement produite pour cette édition est aussi incluse. Animée par le monteur John Ottman, il s'agit à nouveau d'une excellente piste de commentaires, peut-être même supérieure à la précédente piste. Ici, le contenu est strictement technique, l'animateur ne s'encombre pas de détails superficiels et inutiles. L'information est toujours pertinente et intéressante, et le ton est articulé et constant. Du bon travail.
Pas moins de quatre nouveaux documentaires ont été produits spécialement pour cette édition. Les deux premiers sont en fait un long documentaire découpé en deux segments. Le premier est intitulé Pursuing The Suspects (25 min) et le second, Doing Time With The Suspects (27 min). La première partie s'attarde majoritairement au processus de sélection (casting) des acteurs, tandis que la deuxième nous entretient de la relation entre les acteurs et le réalisateur sur le plateau. L'information de ces deux segments est essentiellement présentée sous forme d'entrevues, auxquelles ont participés tous les membres de la distribution ainsi que les principaux membres de l'équipe technique. Le montage est concis et judicieux, seuls les propos pertinents ont été retenus. Font également parties du montage quelques scènes filmées en coulisses ainsi que quelques photographies, judicieusement présentées entre les différentes entrevues. Le ton est, telle la piste de commentaires audio animée par le réalisateur et le scénariste, décontracté et fort agréable d'écoute.
Vous retrouverez ensuite une curieux mais captivant documentaire intitulé Keyser Soze : Lie Or Legend ? (18 min). Ce segment nous est à nouveau présenté sous la forme de plusieurs entrevues, au gré desquelles les intervenants discutent des caractéristiques physiques et psychologiques du personnage en question, de sa création, des indices menant à la découverte de son identité, etc. À nouveau, il s'agit d'un documentaire pertinent, intéressant et de belle facture. Plus bref et beaucoup moins consistant est le segment Heisting Cannes With The Usual Suspects (4 min). Ce court documentaire s'attarde à la première mondiale du film à Cannes ainsi qu'à la réaction phénoménale du public et des journalistes. Nous avons droit à quelques commentaires juteux des acteurs recueillis sur les lieux même, exaspérés qu'ils étaient par l'ampleur médiatique provoqué par l'engouement soudain pour le film. Amusant, mais sans plus.
Finalement, on nous offre aussi un court segment promotionnel de 6 minutes traitant très grossièrement de la production du film. Telle la majorité des segments du genre, il s'agit plus d'une longue bande-annonce entrecoupée de quelques entrevues que d'un réel documentaire.
Vous retrouverez ensuite une série de 5 scènes inédites, totalisant ensemble un peu moins de 5 minutes. Présentées par le monteur John Ottman, qui nous explique les raisons du retrait de ces scènes, ces quelques minutes de métrage inédits risquent de vous laisser sur votre faim puisque aucune d'entres-elles ne sont réellement dignes d'intérêt. Néanmoins, leur inclusion constitue un complément valable. Un peu plus palpitant est un montage de scènes ratées (bloopers) dont la durée totale est de 7 minutes. Présenté cette fois par Bryan Singer, qui nous explique qu'il avait réalisé ce montage pour amuser l'équipe technique et les comédiens, ce segment offre quelques moments savoureux, mais la trop longue durée de ce dernier fini par nous lasser.
Finalement, vous retrouverez un lot de bandes-annonces ainsi que des publicités télévisuelles. Gardez l'œil ouvert également pour découvrir quelques œufs de pâques fort intéressant, contenant entre autres une excellente entrevue de 20 minutes avec John Ottman ainsi que des prises ratées additionnelles captées lors du tournage récent des entrevues.




Conclusion
Il y a longtemps que nous attendions une édition spéciale digne de ce nom pour ce film, et nous pouvons affirmer que l'attente en aura value la peine. Le transfert vidéo et le mixage sonore ne sont peut-être pas de référence, mais à tout le moins le résultat est-il supérieur aux précédentes incarnations du film en format DVD. Quant aux suppléments, ils sont suffisamment nombreux et intéressants pour satisfaire même les plus exigeants. Bref, une édition de fort bonne qualité qui rend justice à la valeur du film.


Qualité vidéo:
3,7/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
3,7/5

Note finale:
3,7/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2002-04-04

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Usual Suspects, The

Année de sortie:
1995

Pays:

Genre:

Durée:
106 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-14 (double face, simple couche/double couche)

Format d'image:
2.35:1 et 1.33:1 (p&s)

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais (CC)
Français
Espagnol

Suppéments:
2 pistes de commentaires audio, documentaires, scènes coupées, bloopers et bandes-annonces.

Date de parution:
2002-04-02

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