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DVDEF

Good Night, and Good Luck

Critique
Synopsis/présentation
George Clooney en a fait du chemin depuis qu’il a connu la popularité avec la télé série ER. Il faut se souvenir qu’à l’époque où Clooney a choisi de quitter cette série à succès, en 1999, les comédiens qui tentaient de faire le saut du petit au grand écran se sont plus souvent qu’autrement cassé les dents. Pensons notamment aux David Caruso ou Fran Drescher, pour ne nommer que ceux-là. La croyance populaire (ou était-ce une superstition ?) voulait que les deux univers étaient incompatible. Avec du recul, on remarque que Clooney est probablement la star de la télévision qui a réussi la plus belle transition jusqu’au monde du cinéma. Il faut dire que le comédien y est allé de prudence dans ses choix de carrière, optant avant même de quitter ER pour des productions de valeur sûr au box-office qui, bien que sans intérêt, lui ont permis de varier son registre et ultimement lui éviter des étiquettes. Un tueur dans film d’horreur From Dusk Till Dawn, un amant et père de famille dans la comédie romantique One Fine Day, un agent secret dans The Peacemaker, le justicier masqué Batman… Clooney a prouvé qu’il pouvait tout faire.

Deux choses ont ultimement poussé Clooney sur la bonne voit. La première a été son rôle de Batman dans le quatrième volet de la franchise, unanimement qualifié de fiasco par les fans de la série. Au dire de l’acteur lui-même, ce flop lui a fait réaliser qu’il ne devait plus choisir ses rôles par prestige, mais par goût et par conviction. Au même moment vint son association avec le respectable et respecté Steven Soderbergh, pour qui Clooney a interprété le rôle principal dans Out of Sight. Ce rôle a donné le ton dans la carrière à venir de l’acteur, qui s’est mis à enchaîner des projets pour les cinéastes les plus prestigieux de Hollywood : Terrence Malick, les frères Cohen, David O. Russell, mais surtout, encore et toujours Steven Soderbergh, pour qui Clooney a tourné quatre fois. Le deux hommes ont fondé la boîte de production Section Eight ensemble dans le bus d’appuyer des productions qui leur tenaient à cœur telles que Insomnia, Far From Heaven et Syriana. Dans un choix de carrière risqué mais judicieux, George Clooney a risqué son image de superstar pour celle d’un artiste sérieux et engagé, qui n’hésite pas à s’associer à des projets plus risqués s’ils sont porteur d’un discours.

Insatisfait de se limiter uniquement au jeu, voilà que Clooney a voulu tenter sa chance dans la réalisation (d’abord avec Confessions of a Dangerous Mind). Good Night, and Good Luck, qu’il a également co-écrit, n’est que sa deuxième réalisation mais déjà Clooney démontre un savoir faire indéniable derrière la caméra.

Good Night, and Good Luck raconte l’histoire véridique du journaliste de la CBS Edward R. Murrow tandis que lui et son équipe se sont attaqué, via une émission de télévision, à la chasse aux communistes entamée sans discernement par le sénateur Joseph McCarthy. Pour freiner cette véritable chasse aux sorcières, Murrow et son équipe ont critiqué ouvertement sur les ondes les méthodes abusives du sénateur, quitte à perdre en cours de route leurs précieux commanditaires ou, pire encore, à se faire accuser eux-mêmes d’avoir des allégeances communistes.

Fils d’un journaliste, George Clooney a de toute évidence voulu rendre hommage au métier exercé par son père tout en soulignant l’apport des pionniers de la télévision. En ce sens, le constat que dresse le cinéaste sur le pouvoir (et le devoir) des médias et tout aussi actuel que cynique. Cynique non pas en ce qui à trait à la résolution de l’intrigue, au contraire, mais plutôt en ce qui concerne l’implacable parallèle entre contexte social et politique décrit dans le film et celui dans lequel évolue les Etats-Unis à l’heure actuelle. Tandis que dans le film les États-unis voyaient la menace surgir de toute part et se refermaient sur lui-même en faisant régner sur la population un climat de terreur, le climat d’aujourd’hui chez nos voisins du Sud n’est guère différent. Et si à l’époque, quiconque osait critiquer les méthodes peu reluisantes du gouvernement se faisait taxer d’anti-américain et de communiste, la situation actuelle est-elle à ce point différente si ce n’est l’étiquette communiste ? Mais là où le cynisme frappe fort, c’est dans le message que renvoie Clooney. Au tout début du film, dans une sorte de cérémonie hommage à Edward R. Murrow, ce dernier propose un plaidoyer en faveur d’une télévision qui stimule l’esprit, qui instruit, qui provoque des débats. Tel est, dit-il, le pouvoir immense de la télévision. Il supplie presque les producteurs de ne pas abandonner ce pouvoir au profit d’une télévision de divertissement et de spectacle. Or, il est triste de constater que le message n’a pas passé. Aujourd’hui plus que jamais, ce médium au pouvoir si grand de par son implantation a été reléguée plus souvent qu’autrement au divertissement. Et l’information ? De l’information spectacle, où la nouvelle est grossie pour générer des frissons. Combien reste-t-il, aux États-Unis du moins, de commentateurs ou d’éditorialiste sérieux à la télévision ? Ceux qui osent critiquer sur les ondes les agissements douteux du gouvernement américain se font taxer de terroriste par la super-puissante droite américaine, si bien que plus personne n’ose parler. On ne prône plus le débat d’idées, ou la liberté d’expression, et ce dans le pays qui se veut la mère de la liberté d’expression. Le message du film de Clooney, un démocrate affirmé, n’aurait pu être plus à propos dans le contexte actuel. Via une remarquable démonstration de journaliste engagé, le cinéaste (engagé lui-aussi) nous fait poser les bonnes questions. Pour cette raison, Good Night, and Good Luck est un film d’une grande importance, un film aux résonances universelles et actuelles qui, espérons-le, ramènera la critique au goût du jour.

D’un simple point de vue de réalisation, Good Night, and Good Luck est une perle de minimalisme et d’efficacité. Dans un style dépouillée de tout artifice (à l’exception de quelques intermèdes musicaux, il n’y a aucune trame-sonore), Clooney réussis le tour de force de stimuler, de captiver avec un minimum d’effets. Il s’agit ni plu ni moins que d’un exercice de retour aux sources, une sorte de défi de réaliser un film comme dans le bon vieux temps où tout reposait sur un scénario bien ficelé, à des dialogues incisifs et à une mise en scène précise (et non pas à une réalisation de montage, où tant de cinéastes sauvent les meubles). La photographie, qui exploite merveilleusement bien un noir et blanc absolument splendide, est tout à fait à propos et permet d’intégrer avec fluidité des images d’archive. Clooney, qui joue également dans le film, s’est entouré d’une brochette impressionnante de comédiens, à commencer par le fantastique David Strathairn, un comédien terriblement sous-estimé et sous-utilisé, qui offre sa meilleure performance à ce jour.

Il faut féliciter l’Académie du cinéma américaine pour avoir nominé Good Night, and Good Luck dans plusieurs catégories dont les plus prestigieuses. Mais il aurait été utopique de croire qu’un film aussi engagé, dont le message se joue au deuxième degré, puisse gagner quoi que ce soit avec une académie aussi conservatrice et rétrograde.


Image
Le film est présenté au format respecté de 1.85:1 et d’après un transfert 16:9 de toute beauté qui rend parfaitement justice à la magnifique photographie en noir et blanc du film.

L’interpositif employé pour le transfert était dans un état irréprochable qui ne trahi absolument aucune anomalie, que ce soit des points blancs, des égratignures, des taches ou du grain. La définition générale est de très haut niveau. La finesse des détails n’a d’égal que la précision des textures. L’image est toujours parfaitement nette et bien définie.
Le contraste, particulièrement important dans le cas d’un film en noir et blanc, a été géré à la perfection. Le niveau a été ajusté comme il se doit, c’est à dire que l’image offre des contrastes mordants mais sans excès, donc sans écraser les nuances et sans non plus générer de brillances.
Le niveau des noirs a lui aussi profité d’un ajustement des plus précis. Qualibrés aux alentours des 7.5 IRE, les noirs sont toujours profonds et bien contrastés. Qui plus est, ils sont en permanence exempts de toute trace de fourmillement. Les parties denses présentent des dégradés subtils et très précis qui ne bloquent pour ainsi dire jamais.

La partie numérique du transfert est elle aussi sans faille. Tant la numérisation que la compression sont irréprochables.


Son
Cette édition canadienne du film , nous propose un choix de trois bandes-son : deux anglaises (Dolby Digital 5.1 et Dolby 2.0 stéréo) ainsi qu’une française (Dolby 2.0 Stéréo). Aucun sous-titrage n’est proposé. À titre comparatif, la version américaine offerte par Warner propose une bande-son anglaise uniquement mais des sous-titres français, anglais et espagnols sont disponibles. Franchement, vu la qualité plus que douteuse du doublage français (le comédien choisi pour doubler David Strathairn est une honte tellement la voix ne cadre pas avec le personnage) et du mixage stéréo nous fait presque regretter la présence de sous-titrage français en remplacement de ce doublage.

Pour les besoins de cette critique, nous n’allons critiquer que la bande-son multi-canal anglaise. Cette bande-son est fonctionnelle, sans plus. La profondeur y est honnête mais la dynamique est très restreinte. Le champ-sonore se déploie presque exclusivement des canaux avants. Si ce n’est pour intégrer quelques très rares effets d’écho quand un protagoniste parle dans un micro, les canaux arrières sont carrément inutilisés. Pour l’immersion sonore, on repassera. Même dans les intermèdes musicaux, le son n’émane que des enceintes avants. Heureusement, la stéréophonie y est bien exploitée, tout comme l’utilisation du canal central. Le positionnement des éléments sonores est précis et sans bavure, la séparation des canaux est fluide. Comme mentionné précédemment, la profondeur est au rendez-vous, ce qui rend l’environnement assez vivant.
Comme le film est avant tout centrée sur les dialogues, l’accent a été mis sur ceux-ci. En tout temps sont-ils naturels, très nets (c’est à dire sans distorsion ou bruit sonore) et parfaitement intelligibles.
Les basses fréquences n’ont malheureusement pas tout le mordant voulu, mais dans les circonstances s’agit-il d’un défaut ? À notre connaissance, le canal .1 (LFE) n’est jamais sollicité.

Ce mixage va de paire avec la réalisation du film, c’est à dire qu’il est minimaliste. Pour ces raisons, on ne peut blâmer cette bande-son de ne pas livrer la marchandise. Et pour vous en convaincre, pourquoi ne pas comparer la bande-son multi-canal avec le mixage stéréo (anglais ou français) ? La différence vous convaincra.


Suppléments/menus
Si l’édition américaine offerte par la Warner propose très peu de suppléments (une piste de commentaires audio, un documentaire de 15 minutes et une bande-annonce), et bien l’édition canadienne ci-critiquée en offre encore moins ! Pour une raison qu’on ignore, Sony n’a retenu que la piste de commentaires audio et la bande-annonce. Dommage… ce film se serait mérité mieux comme traitement.

La piste de commentaires est animée par George Clooney ainsi que par son co-producteur et co-scénariste, Grant Heslov. Il s’agit d’une très bonne piste de commentaires. Les deux hommes, de toute évidence très décontractés (leur humour pince-sans-rire est réjouissant), abordent avec une grande générosité toutes les facettes de la production du film. Les deux hommes sont engagés politiquement, et ils n’hésitent pas à partager leurs convictions. Très intéressant.



Conclusion
Good Night, and Good Luck est un film socialement important, eu peu au même titre que All the President’s Men ou The Insider, que tous ceux intéressé par la politique ou les médias se doivent de voir. Techniquement, cette édition livre la marchandise. La qualité d’image est pratiquement irréprochable, tandis que le mixage sonore est entièrement au service du film. Il n’y a que les suppléments qui déçoivent…


Qualité vidéo:
4,7/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
2,0/5

Rapport qualité/prix:
3,6/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2006-03-21

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur ACL 16:9 Sharp Aquos LC37DB5U, Lecteur DVD OPPO OPDV971H (Sortie DVI à HDMI avec conversion HD à 720p), Récepteur Sony STR- K75OP, enceintes Bose, câbles Monster Cable

Le film

Titre original:
Good Night, and Good Luck

Année de sortie:
2005

Pays:

Genre:

Durée:
93 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Sony Pictures Home Entertainment

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 stéréo
Française Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:

Suppéments:
Piste de commentaires audio, bande-annonce

Date de parution:
2006-03-14

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