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DVDEF

History of Violence, A

Critique
Synopsis/présentation
David Cronenberg réalise avec A History of Violence une oeuvre à la fois différente de ses précédentes mais en même temps dans leur droite ligne thématique et philosophique. Il s’attaque à un genre qu’il n’avait jamais abordé jusque la, le thriller, et le potentiel commercial largement supérieur à ce qu’il avait pu faire précédemment en font une ouevre passionnante au sein de sa carrière puisqu’il a réussi une fois de plus à fournir un film autre que celui auquel on aurait pu s’attendre. Le plan séquence qui ouvre le film est absolument magistral, non seulement par sa parfaite exécution technique mais surtout par l’ambiance qu’il parvient à instaurer en quelques minutes. Dés cette séquence terminée nous savons que nous allons assister à un spectacle différent. La violence et principalement ses répercussions sur la vie de tout un chacun est le sujet premier et évident du film. Mais le cinéaste Canadien étant un homme épris de philosophie et ne choisissant jamais la facilité, son film regorge de questions soulevées parfois discrètement par la mise en scène et d’autres plus directement par le scénario et les situations décrites, la subtilité étant toujours son maitre. Son jeu jubilatoire sur la mythologie américaine qui occupe la première partie du film est clairement une nouveauté chez lui puisque jamais auparavant il n’avait paru s’intéresser à des sociétés existantes et leur archétypes.

Dans A History of Violence, il ne compose par pour autant un portrait réaliste d’une petite ville américaine mais au contraire une sorte de portrait idéalisé de ce que voudrait être l’Amérique, qui vient en contrepoint de ce qu’elle va se révéler être dans la suite du film.
Le mythe du western (la petite ville et son sheriff), des grands espaces, de la famille unie et heureuse sont présentés de façon juste assez décalée et humoristique pour ne pas devenir cliché mais au contraire un instrument de sa construction dramatique (au même titre que l’introduction sur les tueurs). C’est la mise en scène épurée et très précise qui permet au film d’éviter de tomber dans le travers de la caricature et de rester dans la finesse. Il suffit de voir comment chaque membre de la famille Stall va venir consoler la petite dernière après un cauchemar pour comprendre exactement ou se place le cinéaste. Cronenberg filme des situations classiques mais de façon légèrement décalée, le point de vue n’étant jamais celui que l’on attend ou dont on à l’habitude, le malaise et le doute s’installent immédiatement chez le spectateur. A l’image de cette scène de sexe entre les époux Stall qui s’inventent une situtation classique ou ils redevienent adolescents ou le mari un peu « niais » va avoir les faveurs de la « cheerleader ». Pourtant malgré tout cette harmonie apparente on peut déjà percevoir des petites tensions au sein de la famille, notamment entre le pêre et le fils qui vont donner lieu a des scénes tétanisantes par la suite.

Puis survient le drame qui sera par la suite le moteur ou plus exactement le révélateur des intentions du film et de son intrigue. Tom Stall (Viggo Mortensen) qui tient un petit restaurant du centre ville va tueur les deux malfrats du plan séquence initial alors que ceux-ci s’apprétaient visiblement a massacrer le peu de clients encore présents dans son établissement. La scéne est rapide, sèche et trés brutale, Tom apparaissant immédiatement comme un expert dans l’autodéfense et le maniement des armes aux yeux du spectateur ayant bien compris qu’on ne va pas lui dresser le portrait d’un revenge movie dont le héros va passer du statut de monsieur a celui de tueur indestructible. Nous préférons ne pas continuer plus avant l’analyse descriptive du film afin que vous arriviez vierge de toute information supplémentaire et receviez cette œuvre avec la surprise qui se doit. Cependant ce n’est pas vraiment la surprise qui intéresse Cronenberg mais bel et bien le doute et les questions qu’il va réussir a créer en vous.
A partir de cet acte de violence fondateur toute la dramaturgie du film va se développer et deux films vont se présenter à vous. Un assez classique ou vous allez suivre le parcours du héros et de sa famille face à une menace et les réactions qui en découlent. L’intrigue va donc se dérouler et certainement intéresser plus d’un spectateur habitué à ce genre de film grace à la maitrise impressionnante de Cronenberg à la mise en scène et à la qualité incroyable de l’interprétation générale (en permanence à la limite de la caricature sans jamais y tomber).
Mais c’est l’autre film, celui qui se joue en filigrane, dans les petits détails, dans la psychologie des personnages et surtout dans leurs réactions non pas aux faits mais aux sentiments des autres qui fait que cette œuvre s’élève largement au dessus du lot pour atteindre une dimension toute autre de réflexion sur la violence, les faux semblants et les apparences. Toute la réussite de Cronenberg dans cette partie est d’avoir su de par l’épure de sa mise en scène et son attention extréme au détails donner un caractère profondément réaliste et censé aux réactions de ses personnages et ce malgré leur caractère archétypal premier. Dans la composition de ses scènes, chaque cadre est pensé, le premier plan compte autant que le second plan, chaque mouvement de caméra à son importance et la mise en scène délivre autant d’information primordiales que le récit et les dialogues et c’est bien la toute la grace de ce film que d’allier une forme complexe et exigeante a un fond plus balisé (mais que justement la forme contribue énormément à complexifier pour le meilleur).

En effet, loin des thrillers classiques, souvent de qualité et divertissant ou l’action prend le pas sur le fond et la psychologie, Cronenberg réussit donc le mélange des deux de façon brillante. Certains spectateurs pourront alors se trouvers désemparés ou déçus du rythme assez lent du film et de son intérêt supérieur pour les personnages et leurs dilemmes moraux que pour l’action pure (même si comme nous l’avons dit, quand la violence fait mal et ne s’oublie pas). La violence est l’action mais ses conséquences directes et surtout indirectes, comme l’impact qu’elle peut avoir sur une communauté ou sur une famille, sont le centre du film qui ne cesse de questionner le spectateur. Cronenberg à instauré une distance certaine entre le spectateur et ses héros. Même si ceux-ci sont plus classiques qu’a son habitude, si ils sont sensibles et que l’on s’identifient à eux, il restent néanmoins les sujets d’une expérience, des archétype sensibles mais dont le but premier n’est pas d’exister et de ressentir mais d’être observés et analysés. La ou par le passé le côté théorique et irréaliste de ses œuvres avait pu laisser en chemin nombre de spectateurs « grand public », ici le fait d’œuvrer au sein d’un genre plus traditionnel permet à Cronenberg de rendre sa démonstration plus facile d’accés même si elle reste toujours aussi brillante mais mystérieuse. Ainsi le film s’appuie beaucoup sur le spectateur, l’ayant suffisamment fait s’identifier à ses héros pour qu’il s’y attache mais le gardant suffisamment à distance pour qu’il puisse encore se poser des questions et réagir à tous les détails si significatifs qui parsément l’œuvre. Le final est donc à l’image du film mystérieux et en suspens puisqu’il ne résoud aucune circonvolution de l’intrigue ni ne donne de conclusion précise. Au contraire, avec l’assurance du grand cinéaste en plein possession de ses moyens qu’il est, Cronenberg interroge son spectateur et il ne fait aucun doute que cette fin sublime dans son dépouillement sera différemment interprété selon les sensibilités de chacun et selon que l’on découvre le film ou qu’on le revisionne.

La violence, ses conséquences, ses origines, la possibilité de s’en affranchir, la fascination qu’elle contient en elle-même, telles sont les interrogations que Cronenberg explore dans A History of Violence . Mais comme nous le disions la question de la réalité des apparences, de la transformation d’une personne (physique ou psychologique), l’ambiguité des sentiments sont des thèmes qui parcourent son œuvre et trouvent dans ce film un écho tout particulier (certes plus psychologique et moins physique et philosophique que par le passé), preuve que le cinéaste à su garder toute son intégrité en faisant de cette œuvre de commande qui a priori n’avait que peu à voir avec son univers un film profondément personnel et fascinant.




Image
L’image est présentée au format respecté de 1.85 :1 d’après un transfert 16:9.

La définition générale est d’excellente qualité et sans aucune fluctuation sur toute la durée du film. L’interpositif est vierge de tout parasite et seuls quelques passages au grain visible sont à signaler comme offrant au film un rendu très cinéma.
Le rendu des couleurs très travaillées est absolument superbe, mettant totalement en valeur la belle et complexe photographie de Peter Suschitzsky. Elles sont par ailleurs naturelles, justes, constantes et parfaitement saturées en toutes circonstances.
Le contraste est logiquement géré à la perfection et évite toutes brillances.
Les scènes sombres sont rendues à la perfection grace à des noirs vraiment purs et profonds.
La partie numérique est fort heureusement exempte de tous défauts suffisamment visibles pour être mentionnés ici.

Un transfert de toute beauté qui rend parfaitement justice à l’œuvre et au travail minitieux qu’a demandé son élaboration et ce à tous les niveaux.




Son
Les deux bandes-son disponibles sur cette édition sont en Anglais (Dolby Digital 5.1) et Français (Dolby Digital 5.1).
La dynamique de la bande-son anglaise est d’un excellent niveau. Sa présence et sa spatialité son également de niveau supérieur.
La superbe musique d’Howard Shore est impeccablement sans aucune limitation que ce soit dans le haut ou le bas du spectre. Elle est par ailleur parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les enceintes arrières sont parcimonieusement utilisées, jamais à des fins spectaculaires, toujours pour le soin des ambiances et la musique profite vraiment de cette gestion intelligente.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et sont superbement mis en valeurs par le fait qu’aucune distortions ou parasites ne soit audibles et ce meme à volume très élevé.
Les basses fréquences sont gérées avec la meme finesse et offre le surplus d’assise et de profondeur nécessaire à une restitution de grande qualité.

La bande-son française est d’excellente qualité également, se situant juste un peu en dessous de son homologue anglaise pour un résultat très agréable.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnols.

Voici donc une bande-son de haut niveau, totalement homogène, entièrement au service du film et sachant ne jamais étouffer la progression dramatique et l’équilibre des scènes sous un déluge sonore qui aurait été malvenu sur une telle œuvre.






Suppléments/menus
Un ensemble de haute volée qui confirme toute l’attention que porte Cronenberg à cet aspect des éditions DVD de ses oeuvres ainsi que sa capacité à se mettre à la portée de tous sans jamais sacrifier à l’aspect analytique bien au contraire.

Son commentaire est une fois de plus un modèle du genre. A la fois grand public au sens ou sa voix posée et sa diction agréable sont des plus indéniables, de meme que sa façon d’analyser et de décrortiquer son travail en tout simplicité pour une meilleure appréhension sans pour autant oter toute la magie de l’œuvre. Chapeau !
Le documentaire intitulé « Acts of Violence » (1h 6mins) est du meme acabit. Cronenberg et tous ses collaborateurs évitent le piége du commentaire laconique ou dityrambique mais au contraire nous détaillent intelligemment les divers étapes du processus créatif ainsi que leurs intentions. Découpé en 8 chapitres enfin proposés en continuité, ce documentaire constamment passionnant alterne les interventions et les extraits de plateau ou la bonne humeur et la ferveur créatrice font vraiment plaisir à voir. Un segment exemplaire.
Vient ensuite Scene 44 (Deleted) (2 mins 46 s) qui présente la seule scène coupé montrée sur ce DVD et explique pourquoi elle à été retirée (a bon escient à notre avis).
Puis The Unmaking of Scene 44 (7:05) nous montre comment la scène à été tourné avec le meme soin que les autres bien que Cronenberg explique qu’il souhaitait la retirer dés sa conception meme, du fait qu’elle serait détruire une bonne partie de l’ambiance et du sens qu’il a passé tant de temps à savemment élaborer.
“Violence's History: United States Version vs. International Version” (1:23) montre les scènes les plus gores qui ont nécessitées de trés légères coupes qui font que la version disponible sur cette édition sera la seule, Cronenberg ayant jugé les altérations négligeables et n’ayant donc pas demandé deux versions différentes de son film.
Pour terminer est proposée un segment amusant Too Commercial for Cannes (8:52) ou l’on voit Cronenberg passé au rouleau compresseur des interviews et du délire cannois jusqu'à une très innattendue standing ovation lors de la présentation du film (Cronenberg étant plutôt un habitué des salles silencieux de malaise ou des siéges se vidant durant la seance cf Crash quelques années avant).
Enfin sont malheureusement imposées 4 bandes-annonces en début de dvd et celle du film est disponible séparément mais dévoile beaucoup trop du film pour être recommendable.

Les suppléments sont sous-titrés en Anglais et Espagnol. Curieusement et de façon inexplicable les sous-titres français ne sont pas disponibles pour les suppléments, ce qui est fort dommage.

Voici donc un ensemble qui tient vraiment le haut du pavé, complet, intelligent et didactique, des suppléments comme on aimerait en voir plus souvent.








Conclusion
Une édition aux qualités audio et vidéos remarquables secondées par une ensemble du suppléments complets et passionnants. Nous vous recommandons donc vivement l’achat de cette édition.

David Cronenberg poursuit son évolution artistique tout en restant en parfaite cohérence avec les thématiques qui sous-tendent toute son œuvre. Cette fois-ci il s’attaque a un genre des plus balisé, le thriller, et y applique son regard de cinéaste si particulier pour aboutir à une œuvre hybride à nulle autre pareille.
Les questions soulevées tout au long du film, le jeu constant avec la mythologie et sa destructuration, la mise en scène à la fois épurée et si expressive font que A history of violence est un film qui marque, qui déstabilise, que le spectateur « emporte avec lui » et dont les dilemmes reviennent le hanter longtemps après le visionnage.
L’appartenance à un genre populaire fait qu’il s’agit d’un film qui pourra vraiment décourager plus d’un spectateur par son refus du manichéisme et de compter sur la participation active du public. Soyez donc prévenus et une fois ces différences acceptées plongez vous dans un film fascinant, peu agréable ou jubilatoire de façon immédiate mais qui vous offrira une expérience cinématographique subtile et inoubliable.



Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
4,1/5

Suppléments:
4,4/5

Rapport qualité/prix:
4,5/5

Note finale:
4,3/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2006-05-29

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
History of Violence, A

Année de sortie:
2005

Pays:

Genre:

Durée:
96 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Alliance Atlantis

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire audio, Documentaires, scène coupée,bande-annonce

Date de parution:
2006-03-14

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