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From Hell (2-Disc Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Mary Ann (Polly) Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Catharine Eddowes, Mary Jane Kelly. Cinq prostitués au destin tragique, cinq victimes innocentes dont leur sordide assassinat ont fait la renommée de Jack l'Éventreur (Jack the Ripper). Près de 115 ans après avoir méthodiquement dépecé ces femmes en pleine rue du quartier Whitechapel de Londres, Jack l'Éventreur continue d'alimenter l'imaginaire collectif des pires atrocités. Le mystérieux personnage ne fut pourtant pas le premier tueur en série de l'Histoire. Cependant, son oeuvre démoniaque terrorisa les foules en coïncidant adroitement avec l'alphabétisation croissante de la population urbaine, de même qu'avec l'arrivée de la presse écrite qui lui consacra quotidiennement des articles, allant du reportage détaillé des événements, aux opinions publiques, en passant par les ragots et mythes de toutes sortes. Jack l'Éventreur bénéficia ainsi d'une couverture sans précédent, devenant ainsi le premier criminel vedette des médias. Qui plus est, la fascination pour l'homme se perpétua de générations en générations puisque le coupable ne fut jamais arrêté ou identifié, alors que même le décompte de ses victimes (allant de quatre à plus de neuf) et son modus operandi font encore l'objet de nombreuses spéculations.
En fait, en plus de ses horribles crimes, Jack l'Éventreur est principalement évoqué comme étant celui qui instaura un véritable climat de terreur et d'hystérie au sein de la métropole londonienne. Cette atmosphère, marque des événements, se traduisit d'ailleurs en de nombreuses adaptations, tant littéraires que cinématographiques. Alfred Hitchcock fut l'un des premiers réalisateurs anglais à effleurer le sujet en recréant l'atmosphère de méfiance et de paranoïa présent dans la population suite aux meurtres de jeunes femmes blondes par l'Avenger dans son film muet The Lodger (1926). De nombreuses productions suivirent, notamment Jack the Ripper (1959), Jack el destripador de Londres (1971), Jack the Ripper (1976), Time After Time (1979), Murder by Decree (1979) et autres téléséries. La plus récente adaptation des actes du sadique nous vient cette fois-ci des frères Albert et Allen Hughes (Menace II Society, Dead Presidents), avec à leur film From Hell (2001).
Adapté d'une nouvelle illustrée écrite par Alan Moore et Eddie Campbell, From Hell retrace les meurtres de Jack l'Éventreur vu des yeux du truculent inspecteur Frederick Abberline (véritable enquêteur chargé de l'affaire sur le terrain, interprété par Johnny Depp), voyant et adepte de l'opium et de l'absinthe. La laborieuse enquête amena le jeune Abberline à côtoyer les deux couches sociales les plus opposées de Londres 1888. D'abord, l'Establishment ou haute société (entourage de la reine Victoria, chirurgiens réputés dont les pratiques non-orthodoxes - lobotomies, rite secret et spectacle avec l'homme-éléphant - rappellent amèrement les actes barbares de Jack), puis à l'antipode, la décadence des ruelles malfamées de la ville, inondées de mendiants, prostitués, souteneurs et voleurs.
L'oeuvre des frères Hughes constitue probablement l'adaptation cinématographique la plus stylisée d'un des plus grands mystères du 19e siècle. Si l'histoire paraît parfois s'étiré inutilement, trop romancé et surtout décousu (telle une série de vignettes rapides), From Hell éblouit par l'imagerie et l'ingéniosité de sa photographie. Le film plonge habillement le spectateur dans un univers sombre empreint de débauches et de décadence, une atmosphère entremêlant pauvreté et luxuriance, sexualité et sadisme, rédemption et agonie. Ce style lugubre, de même que cette dualité des thèmes, n'est pas sans rappeler le cachet des films de Burton (principalement Sleepy Hollow), en les poussant cependant à des extrêmes libidinaux, corrompus et dépravants. Malheureusement, les frères Hughes ne se sont pas limités à recréer les événements historiques du district Whitechapel de 1888. Les deux réalisateurs y allèrent de leur propre vision quant à la véritable identité du coupable (une thèse totalement ridicule ne trouvant aucune reconnaissance parmi les experts), et qui peut être rapidement démentie par le seul fait que les cinq victimes de Jack ne se connaissaient pas et que le petit-fils de la reine Victoria, le Prince Albert Victor, n'a jamais eu de relations intimes avec la jeune Annie Crook. À l'instar du Titanic de James Cameron (1997), From Hell reprend un événement historique agrémenté de pure fiction, afin de répondre évidemment aux attentes du public (et aux conventions hollywoodiennes) qui désire, dans ce cas-ci, savoir qui se cache derrière l'imperméable noir et le chapeau haut-de-forme...
From Hell effleure ainsi de nombreux thèmes cinématographiques sans cepednant se classer au sein d'un genre particulier. Malgré un contenu factuel et détaillé, l'oeuvre n'est pas un documentaire. Malgré des meurtres sanglants, le film ne peut être vu comme un film d'horreur. Et, enfin, malgré un esprit gothique, From Hell n'est pas comparable aux films de la Hammer.
Jack l'Éventreur s'identifia comme l'homme ayant donné naissance au 20e siècle. Si l'audace de cette citation peut choquer, il aurait été cependant encore plus véridique d'y ajouter le 21e siècle. Jack l'Éventreur représente collectivement l'incarnation du mal, celui dont les meurtres affectèrent les couches sociales londoniennes du 19e siècle. La froideur de ses actes permit néanmoins de mettre en lumière la médiocrité d'une société entière du bas vers le haut, isolant par le fait même chaque pécheur de ses propres péchés.


Image
Offert temporairement par la 20th Century Fox avant d'être remplacée par une édition simple disque moins coûteuse, cette édition double disques de From Hell est présentée en format original de 2.35:1, et d'après un transfert anamorphosé.
Après nous avoir offert une édition de référence avec The Planet of the Apes (2001), voilà que Fox récidive avec cette édition dont la qualité visuelle est, pour le moins, impressionnante. La définition générale est excellente et laisse transparaître une image riche et détaillée. Les couleurs sont justement balancées et agréablement rendues. Les rouges, verts et jaunes (couleurs principales du film) demeurent toujours brillantes et pleinement saturées, sans toutefois débordées. Les rouges, omniprésents dans From Hell, ont souvent tendance à être marqués par certains problèmes de fourmillement, comme ce fut le cas avec Le Goût des Autres et Amélie. Dans le cas présent, il n'en est rien.
From Hell fut principalement tourné en pénombre ou sous un éclairage réduit. Et c'est là que ce transfert étonne et gagne toute ces lettres de noblesse. Les dégradés sont fluides, subtils et superbement étalés. On approche la perfection avec un niveau de noirs précisément ajusté pour offrir un détail exceptionel. Les noirs sont purs, intenses et profonds. Comme quoi la richesse d'une image commence par des noirs solides et bien rendus...
L'interpositif utilisé est exempt de toute marque, taches ou parasites. La numérisation est exemplaire; aucuns macroblocs, traces de compression, fourmillements ou sur-définition des contours sont observables. En autres mots, ce transfert de From Hell s'approche de ce que nous appelons une image de référence.


Son
La présente édition de From Hell offre pas moins de quatre bandes sonores différentes, soit deux originales anglaises (DTS 5.1 et Dolby Digital 5.1), de même que deux doublages (français et espagnol Dolby Surround 2.0).
Les deux bandes-son originales témoignent, à tout le moins, d'un dynamisme percutant. L'intégration des éléments sonores a été réalisée de façon magistrale, témoignant d'un champ sonore riche et subtil. La séparation des canaux est parfaite, tout comme l'intégration de la trame sonore. L'utilisation des canaux arrières est ponctuelle et toujours adéquate. Ceux-ci servent d'ailleurs principalement à soutenir l'atmosphère lugubre du film. Des canaux d'ambiophonie, on perçoit les murmures, gouttelettes de pluie et bruits de pas. Les dialogues demeurent en tout temps nets et intelligibles, quoique certaines répliques peuvent être parfois difficiles à comprendre pour quelqu'un n'étant pas familier avec l'accent britannique. À cet égard, on peut opter pour des sous-titres (anglais ou espagnol). Enfin, les basses et extrêmes graves (.1, LFE) sont superbement rendues et agressives, le tout au grand bénéfice de la trame sonore de Trevor Jones.
À titre comparatif, la bande-son DTS montre plus de définition et un dynamique des basses plus intense. La différence est perceptible, notamment pour la trame sonore, beaucoup plus efficace et naturelle en DTS.


Suppléments/menus
Offerte temporairement en édition double-disque, cette édition de From Hell est mise en marché sous l'appelation Director's Limited Edition. En fait, il s'agit d'une édition spéciale pour laquelle se sont largement impliqués les artisans du film, notamment les réalisateurs. Les suppléments sont répartis sur les deux disques (le premier disque sera le même pour l'édition régulière à venir).
Débutons donc avec le premier disque de cette l'édition, celui offrant une piste de commentaires audio, 21 scènes retranchées au montage et les tests de calibration audio et video THX Optimode. Premier supplément, la piste de commentaires audio est animée par les réalisateurs Albert et Allen Hughes, auxquels s'ajoutent le scénariste Rafael Yglesias, le directeur-photo Peter Deming et brièvement, l'acteur Robbie Coltrane (acolyte de l'inspecteur Abberline). Cette piste retrace l'historique du film, son passage chez Disney, l'adaptation de la bande-dessinée (comic book) au grand écran, le choix des acteurs, les choix artistiques, et autres faits entourant la production du film. Très formelle, cette piste de commentaires audio demeure néanmoins intéressante et informative.
Deuxième supplément d'importance du premier disque, pas moins de vingt scènes retranchées au montage et une conclusion alternative du film sont proposées, le tout avec ou sans commentaires d'Albert Hughes. Étonnamment, ces scènes sont offertes en version finale (qualité supérieure) et anamorphosées. Fox a eu l'excellente initiative de positionner chronologiquement ces scènes, en plus d'inclure, en amont et aval de chaque scène retranchée, quelques secondes du film (en noir et blanc) où la scène (en couleur) aurait été intercalée. Bien que ces scènes soit amusantes et rapides d'écoute (cinq secondes à deux minutes chacune), l'attrait principal réside dans les commentaires du réalisateur qui explique pourquoi chacune de ces scènes furent retirées du montage final. Une leçon intéressante sur le montage, allant généralement au-delà des descriptions sommaires (i.e "nous avons coupé cette scène pour raccourcir la durée du film").
Maintenant, le second disque s'ouvrant avec six documentaires. Le premier d'entre eux, et de loin le plus intéressant, est Jack the Ripper: 6 Degrees of Separation. Ce documentaire (30 minutes + 20 minutes) tient lieu d'analyse historique du phénomène Jack l'Éventreur. Le segment explique en détails l'identité des victimes du tueur en série, de même que les suspects potentiels dans l'affaire. Sous-jacent au documentaire, des extraits d'une seconde entrevue réalisée en 1975 avec un autre spécialiste du sujet qui soutient la thèse avancée par le film, extraits accessibles lors de l'apparition d'une loupe au fil du documentaire principal. Il est amusant de remarquer que le spécialiste du documentaire principal, plus sérieux, commente la conclusion du film en disant: "This theory is amusing, but it doesn't hold water!" (tdl: "Cette théorie est amusante, mais elle ne tient pas debout!").
Le second documentaire, Production Design (12 minutes), s'attarde sur la réalisation du projet et sur le choix de Prague comme lieu de tournage plutôt que Londres. En plus d'entrevues avec les producteurs, réalisateurs et producteur artistique du film, ce segment offre des extraits filmés en coulisse (scènes de meurtre). Le style gothique, l'atmosphère lugubre et le cachet veillot du film sont également abordés au cours de ce documentaire.
Graphic Novel (10 minutes), troisième documentaire de l'édition double-disque, relate l'adaptation de la bande-dessinée en oeuvre cinématographique. Les réalisateurs parcourent ainsi les diverses pages de la bande-dessinée en question, pointant au passge les scènes calquées du livre, et celles ayant servi à l'élaboration du scénarimage.
Quatrième documentaire, Absinthe Makes the Heart Grow Fonder (10 minutes), parcourt l'historique de ce célèbre breuvage verdâtre. Informatif et surtout amusant... Le cinquième documentaire, quant à lui, intitulé Tour of the Murder Sites (10 minutes), revêt un certain côté trompe-l'oeil. Ainsi, ce segment vous offre la possibilité de visiter les lieux de tournage des cinq meurtres du film à Prague en compagnie des deux réalisateurs. Attention, il ne s'agit pas des endroits véritables (à Londres) où Jack the Ripper a commis ses horribles crimes.
Finalement, le dernier documentaire, A View From Hell (15 minutes), est en fait le segment publicitaire présenté sur la chaîne HBO. Animé par l'actrice Heather Graham, ce segment offre des entrevues avec les artisans du film, et sert principalement de mise en contexte au film. On y explique brièvement l'histoire du Ripper, ses crimes et victimes, puis on passe à la production de l'oeuvre. Le but évident est de mousser l'intérêt pour le film et donc, le contenu informatif est sommaire et léger.
Enfin, deux bandes-annonces terminent la ronde des suppléments, soit une du présent film et une pour le film Unfaithful.
Noter que la première page de suppléments cache un oeuf de Pâques important, celui-ci donnant accès au documentaire complet avec Stephen Knight, auteur du livre Jack the Ripper: The Final Solution. Ce documentaire est en fait le même que celui sous-jacent le segment 6 Degrees of Separation, à l'exception cette fois-ci qu'il s'agit de la version complète (40 minutes). Tel que mentionné plus tôt, Knight soutient maladroitement la théorie du complot Royal (théorie retenu et exploité dans le film). Cette entrevue fut réalisée en 1975, et depuis Knight n'a pu fournir aucune preuve tangible sur la véracité de ces allégations. Sa thèse aurait cependant pu intéresser le producteur des X-Files, tellement cette dernière est farfelue et réfère à une gigantesque opération de complot et camouflage gouvernemental (!). Vous trouverez la façon d'accéder à ce documentaire sur notre page traitant des Oeufs de Pâques...



Conclusion
Une édition à couper le souffle, une image de référence, des mixages percutants, d'excellents suppléments,...que demander de plus? Peut-être un film plus près de la réalité historique et un peu moins sensationnaliste? Néanmoins, cette édition de From Hell demeure, en tout point, un incontournable.
Pour ceux désirant en connaître plus sur le personnage légendaire, permettez-nous de vous suggérer l'excellent site Casebook qui regorge d'informations sur le sujet.


Qualité vidéo:
4,5/5

Qualité audio:
4,5/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
4,2/5
Auteur: Alexandre Caron

Date de publication: 2002-05-01

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC Widescreen 16:9 Toshiba TheaterWide TW40F80, Récepteur certifié THX-Ultra, THX-EX, Dolby Digital 6.1, DTS-ES Discrete Denon AVR-4802, Lecteur DVD-Audio / DVD-Video Toshiba SD-4700, enceintes PSB et central Paradigm Reference, câbles Monster Cable (calibre 12).

Le film

Titre original:
From Hell

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
121 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Twentieth Century Fox

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Oui

Bande(s)-son:
Anglaise DTS
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround
Espagnole Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Piste de commentaires, 20 scènes retranchées au montage, Documentaires, Featurettes, Bande-annonce.

Date de parution:
2002-05-14

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