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DVDEF

Fog, The (Special Edition)

Critique
Synopsis/présentation
John Carpenter tient une place à part dans le paysage cinématographique mondial et ce depuis ses débuts. Il est l'un des rares à avoir le privilège de pouvoir signer ses films précédés de son nom (John Carpenter's The Fog). Ceci est dû à la place très particulière qu'il a reussi à obtenir dans le coeur du public grâce à l'ambiance et aux sensations uniques distillées par ses films.

Son premier fut son travail de fin d'études, Dark Star (1973), qu'il réalisa aidé au scénario par Dan O'Bannon (futur scénariste d'Alien). Cette histoire de cosmonaute s'ennuyant à mourir dans l'espace, dont l'ordinateur de bord rappelle le Hal 9000 du 2001 de Kubrick par sa conscience de lui-même, se révèle proprement hilarante et possède déja le côté provocateur et rebelle des futurs films de son auteur. Son premier film professionnel sera donc Assault on Precinct 13 (1976), grâce auquel il apprendra à travailler selon un plan défini et nous révèlera ses thèmes de prédilection.. Son admiration pour Howard Hawks (qu'il ne cessera de clamer tout au long de sa carrière) et plus particulièrement pour Rio Bravo (1959), lui fait transposer ce film dans un environnement urbain. Ce principe est celui d'un huis clos au cours duquel les représentants de la loi devront s'associer aux malfrats pour se défendre contre des agresseurs extérieurs. Carpenter y ajoute une touche de fantastique en rendant les assaillants quasi inivincibles, invisibles et surtout sans motivation apparente.

L'horreur et le fantastique l'attirent de plus en plus, car ils lui permettent de tourner des films tout en ayant sa liberté artistique du fait de leur faible budget. Sa rencontre décisive avec Debra Hill leur permettra d'écrire ensemble le script d'Halloween (1978). Celle-ci sera également la productrice du film qui deviendra le film indépendant le plus rentable de tous les temps suite au succès phénoménal qu'il connaîtra. celui-ci possède maintenant le style si caractéristique de son auteur, fait de longs et lents travellings faisant naître l'angoisse et la tension, aidés par une musique simple mais entêtante (composée par Carpenter lui-même) et le lieu de l'horreur qui désormais envahit nos villes (et n'est plus cantonnée comme avant dans les manoirs ou les lointaines contrées exotiques par exemple). Le script est comme toujours relativement simple : quinze ans après avoir tué sa soeur à l'age de 8 ans, Michael Myers (The Shape deviendra le surnom du personnage) s'échappe de l'asile où il était détenu et revient dans sa ville où il tuera d'innocentes gardiennes et incarnera du coup le croquemitaine des comptes d'enfants. C'est l'ambiance et le climat qu'instille Carpenter dans ce film (et les autres) qui en font la valeur et marqueront à jamais l'esprit des spectateurs. Pourtant une lecture beaucoup plus poussée des symboles présents à l'écran permet de comprendre que notre homme est malin et arrive à truffer de sens un genre qui en est le plus souvent dépourvu. La preuve en sera faite avec les suites que ne manquera pas de générer Halloween et qui à part le second (auquel il collaborera), ne retrouverons jamais ni le style ni le sens de l'original (qui inspirera tout un pan du cinéma fantastique en créant un genre : le slasher).

Suite à ce succès planétaire, il tournera le film qui nous intéresse aujourd'hui, The Fog (1979), toujours en association avec Debra Hill. En 1981, il créera de nouveau (après The Shape) un mythe de la culture contemporaine : Snake Plissken. Avec Escape from New York (1981), il combinera le western urbain et un scénario d'anticipation totalement crédible en un film une fois encore d'ambiance et au sous-texte politique plus qu'évident. Le côté anarchiste de Carpenter fait ainsi son apparition dans un film pourtant totalement axé sur le spectaculaire et au gros potentiel commercial. Son style se parfait encore et sa ritournelle musicale fait à nouveau mouche. Kurt Russell deviendra une icône et l'acteur fétiche de Carpenter, en qui on peut sans se tromper voir son alter ego filmique. Son film suivant sera à la fois son chef d'oeuvre et son premier échec commercial. Les grands studios ayant compris l'immmense talent de cet indépendant, lui permettrons de réaliser avec un budget énorme (par rapport à ses productions habituelles) un remake d'un film d'Howard Hawks, The Thing (1980). Il étonnera une fois de plus tout le monde en proposant ici son film le plus maîtrisé au niveau stylistique, et à l'aide de Rob Bottin (alors jeune prodige des effets spéciaux), révolutionnera le monde des effets spéciaux en proposant la "chose" la plus hallucinante jamais vue sur un écran.

Il donnera ensuite l'impression de se fourvoyer en réalisant l'adaptation d'un best seller de Stephen King : Christine (1983). Il n'en est pourtant rien et son esprit subversif est toujours bien présent. Il continuera sa collaboration avec les studios avec Starman (1984) où il change avec succès radicalement de style et d'univers, proche en thématique du E.T de Spielberg (qui causa en partie l'insuccès de The Thing à l'époque). Il se fera ensuite plaisir en retrouvant Kurt Russell pour tourner cette fantaisie fantastique et débridée qu'est Big Trouble in little China (1986) où l'humour vient se mêler au fantastique le plus échevelé dans un mariage moins heureux que sur d'autres de ses films.

Il reviendra à des conditions de tournage minimalistes, un style et des sujets plus proches de sa première période, avec Prince of Darkness (1987). Cette oeuvre, malgré un budget ridicule, reste très impressionnante. Le théme du mal absolu y refait surface ainsi que le principe du huis clos, pour un film pas totalement maîtrisé mais beaucoup plus réjouissant que ces réalisations de studio. Le système de production restera minimaliste pour le brulôt politique qu'est They Live (1988). Il y réussira le meilleur mélange de critique de la société américaine et de science fiction pessimiste qui soit. Une fois de plus ses effets spéciaux et ses idées de mise en scène marquerons les esprits. Il retravaillera avec les studios et signera le fade et initeressant Memoirs of an Invisble Man (1992). Puis il réalisera la très reussi reprise d'un chef d'oeuvre du fantastique des années soixante, The Village of the Damned (1995).

Son film suivant sera son deuxième réel chef d'oeuvre et son oeuvre la plus complexe : In the Mouth of Madness (1995). Il y réussit ce qu'aucun autre n'avait pu, une adaptation convaincante de l'univers d'un génie de la littérature (et une de ses inspirations principales quant aux ambiances) : H.P. Lovecraft. Ce film vertigineux non content d'être une géniale mise en abime du genre fantastique, est également le plus hallucinant au niveau des visuels et du style. Il se risquera ensuite à donner une suite a Escape from New York avec Escape From L.A (1996). Si le contenu politique et la dérision sont bien là, le style et surtout le rythme lui font cruellement défaut. Puis viendra Vampires (1998) où son goût pour le western éclate encore, mais malgré la présence de l'immense James Woods au générique, ne réussira pas à se départir d'un certain ridicule au niveau des situations ou des dialogues qui le maintiennent parmi les moins bons de ses films. Comme si Carpenter s'autoparodiait sans succès comme avec son film précédent. Malheureusement sa dernière oeuvre en date, Ghost of Mars (2001), ne fait que confirmer cette tendance et malgré une bonne ambiance, reste monolithique et mal rythmé. Gageons que comme précédemment dans sa carrière, John Carpenter saura se sortir de cette période beaucoup moins intéressante en nous proposant un authentique chef d'oeuvre avec l'un de ses prochains films. Son cinéma est très typé et c'est ce qui fait à la fois sa force et sa limite.

The Fog est un hommage plus qu'évident aux films gothiques qui ont peuplé la jeunesse de John Carpenter et dont celui-ci à su retenir les leçons et les adapter à son univers. La ville cotière d'Antonio Bay s'apprête à fêter son centenaire lorsque de meurtriers evènements consécutifs à l'apparition d'un brouillard mystérieux ont lieu entre minuit et une heure du matin. Le casting rassemblé par Carpenter apparaît comme parfait pour ce film, mélange de clacissisme (Janet Leigh, actrice mythique de Psychose dont Carpenter est un inconditionnel) et de nouveauté (sa fille Jamie Lee Curtis, révélée par l'oeuvre précédente de Carpenter). Le film est introduit par une séquence où une légende du cinéma (John Houseman, impeccable) narre le conte qui va se dérouler sous nos yeux et par conséquent place d'emblée le film dans le domaine du rêve ou plutôt du cauchemar (dont les figures caratéristiques seront exploitées tout au long du film). Cette hypothèse est definitivement entérinée par la citation d'Edgar Poe qui précède cette séquence. Par conséquent, toutes les invraisemblances que pourraient trouver les plus jeunes dans ce film (ils sont habitués au versant parodique de ce type de film : Scream, qui cite et parodie Halloween) sont justifiées par ce postulat de départ : l'apparente immobilité des fantômes, la naïveté des victimes, le camion qui s'embourbe etc...

De même, le versant politique de Carpenter est encore présent par le biais du passé coupable de la ville, que l'on compare aisément à la construction des Etats-Unis sur les cadavres des Indiens. Les analogies avec The Birds d'Alfred Hitchccok (1961) sont trop nombreuses pour être fortuites : le lieu (ville côtière californienne), les evènements (les oiseaux et le brouillard sont les héros négatifs des films), les personnages (Tippi Hedren et Jamie Lee Curtis partagent le privilège que leur arrivée coincide avec le début des problèmes). Le style du film est comme une relecture du système de mise en scène très efficace, à la fois classique et novateur (hérité en partie des géants classiques du cinéma américain), initié avec Halloween. A noter que ce film (et d'autres dont The Thing) n'aurait jamais eu le même impact sans le fabuleux travail sur la photographie effectué par Dean Cundey (surtout au vu des difficultés générées par le brouillard et le faible budget).

Vous l'aurez aisément compris, nous apprécions beaucoup John Carpenter et tout ce qu'il a pu apporter au cinéma fantastique au cours de sa carrière. Les limites de son cinéma (choix courageux d'oeuvrer dans un genre précis) en font sa valeur, même s'il est dommage vu son talent qu'il ne se soit pas plus aventuré vers des oeuvres plus intellectualisantes (il a montré qu'il en était capable avec In the Mouth of Madness). The Fog constitue une introduction parfaite à son oeuvre du fait de ses différents niveaux de lecture possibles et de sa quasi perfection technique.


Image
L'image est offerte au format respecté (que Carpenter maîtrise si bien) le 2.35:1 d'après un transfert anamorphosé.

La réussite de ce transfert est encore plus significative lorsqu'on le compare à l'ancien disponible en laserdisc. Ainsi, malgré le budget très limité du film, la définition générale est de bon aloi et le niveau de détails tout simplement excellent. Le pire était pourtant à craindre étant donné le nombre de scènes incluant du brouillard (qui comme chacun le sait est l'ennemi juré des transferts numériques) et pourtant le résultat est vraiment superbe. Le talent de Dean Cundey (le directeur photo du film) explose littéralement grâce au superbe rendu des couleurs proposé par cette copie. Le contraste est très bien géré, évitant toutes brillances intempestives. Ainsi le rendu des parties sombres est tout bonnement sidérant pour un film de cet époque et de ce budget. Ceci permettant aux noirs d'être d'une profondeur et d'une variété surprenante, et ainsi de découvrir ce film comme Carpenter le souhaitait lors du tournage.

Le transfert quant à lui est entâché de quelques scènes granuleuses et d'un occasionel fourmillement (quand Andy découvre la planche dans Antonio Bay par exemple) sans que celles-ci viennent réellement gacher le plaisir du visionnement (surtout pour les personnes qui possédaient le laserdisc).

Le travail effectué par la MGM est de haute volée et permet de redécouvrir ce film dans des conditions quasi idéales. A noter tout de même, un petit bémol au niveau des scènes rajoutées avant la sortie définitive du film (cf documentaire), dont la présence est parfois visible par de legères différences au niveau des couleurs et de la luminosité. Ceci est dû à la qualité du transfert et pose la question de la définition maximale possible sur un transfert numérique sans que celle-ci crée des défauts invisibles sur la copie cinéma.


Son
Les bandes-son proposées sont en Anglais (DD 5.1 surround), Anglais (DD 1.0 mono) et Français (DD 1.0 mono).

Il est évident que le remixage en 5.1 l'emporte sur ses deux homologues en mono. Cependant, le remixage proposé, même s'il est de qualité, propose une dynamique correcte mais n'offre qu'une spacialité limitée, ce qui influe sans doute sur la présence qu'on aurait pu souhaiter plus étoffée. La musique est la grande bénéficiaire de ce nouveau mixage et renforce ainsi l'ambiance si particulière du film. Les effets, eux, sont beaucoup plus en retraits et proches de la qualité de ceux de la piste en mono, les enceintes arrières n'étant actives que très ponctuellement. Les dialogues sont parfaitement intégrés à l'ensemble et la qualité de leur restitution ne peut jamais être prise en défaut. Les basses fréquences sont présentes en quantité suffisante mais ne sont pas aussi importantes que dans les futures réalisations du cinéaste.

Les deux bande-son en mono sont de qualité standard pour un film de 1979 et la comparaison donne l'avantage à l'anglaise. La bande-son française est en effet un peu plus étouffée et moins précise que son homologue anglaise. Ces deux pistes auraient largement pu faire l'affaire sans la présence du remixage en 5.1.

Une bonne surprise donc que cette nouvelle bande-son qui permet un bon rendu des ambiances si caractéristiques des films de John Carpenter, même si le travail aurait pu être plus poussé.


Suppléments/menus
Une section extrêmement bien remplie de segments de qualité.

Le commentaire audio de John Carpenter et Debra Hill est une mine d'or au niveau des anecdotes de plateau et des secrets de tournage. Il est par contre regrettable à notre avis que ceux-ci ne nous donnent pas plus d'informations sur leurs intentions et le sens du film, car celui-ci est vraiment lisible à plusieurs niveaux. Cependant il s'agit d'un excellent travail qui ne pourra que combler les amateurs du cinéma de Carpenter et les autres, tant la complicité de longue date des deux intervenants est évidente.

Sont également disponibles deux documentaires sur le film. Le plus ancien, "Fear on film" date de la sortie du film et propose d'interessants mais courts (7 minutes et 50 secondes) extraits d'interviews d'époque (John Carpenter, Debra Hill, Janet Leigh, Adrienne Barbeau et Jamie Lee Curtis). Le passionant documentaire réalisé spécialement pour la sortie de ce DVD s'intitule "Tales from the Myst" et dure 28 minutes. Il rassemble tous les artisans du film qui reviennent avec nostalgie et passion sur sa création. On suit la progression du projet de ses origines jusqu'aux problèmes rencontrés lors de sa première présentation au public. Il s'agit d'un excellent documentaire dont les seuls défauts sont de proposer une partie des interviews du précédent documentaire et d'intégrer de trop longs extraits du film (que l'on est censé avoir vu avant).

On peut également apprécier une séquence de 1 minute et 25 secondes qui compare les scénarimages au résultat final d'une séquence (celle où le bateau Grass Hopper croise le vaisseau fantôme). Les trois bandes-annonces, ainsi que les trois bandes-annonces destinées à la télévision sont dans un piteux état et d'un intérêt très moyen, sinon celui de voir comment étaient vendus les films de John Carpenter à l'époque.

En complément, on peut également decouvrir neuf affiches destinées à la promotion du film. Enfin, les quatre prises ratées proposées témoignent de la bonne humeur qui régnait sur le plateau.

Une section donc très complète et d'un intérêt constant qui permet de revenir sur le film de façon intelligente et de le découvrir sous un voire plusieurs autres angles. A noter également des menus de transition animés et sonores de toute beauté et parfaitement dans le ton du film.



Conclusion
Une édition grandement recommandée aussi bien pour l'oeuvre elle-même, ses qualités techniques que le contenu de ses suppléments. Un film à voir d'urgence pour découvrir le cinéma de John Carpenter et un hommage très réussi aux films de fantômes d'antan


Qualité vidéo:
3,9/5

Qualité audio:
3,3/5

Suppléments:
3,5/5

Rapport qualité/prix:
4,1/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-09-21

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Fog, The

Année de sortie:
1979

Pays:

Genre:

Durée:
90 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1 et 1.33:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire Audio de John Carpenter et Debra Hill, Documentaire d'époque, Nouveau documentaire, Comparaison film/ storyboard, Notes écrites par John Carpenter, Gallerie de matériel promotionnel, Prises ratées.

Date de parution:
2002-08-27

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