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DVDEF

Serenity (WS)

Critique
Synopsis/présentation
Il existe une catégorie de plus en plus restreinte de créatifs dans l'univers de plus en plus aseptisé et ennuyeux d'Hollywood qui se trouve être d'autant plus intéressés par un projet que celui-ci ressemble à une mauvaise idée. Joss Whedon est un des membres les plus actifs de ce groupe. Né dans une famille de scénaristes, son père et son grand-père ont travaillé sur des séries télévisées à succès depuis les années 50, J. Whedon a fait ses début de scénariste sur la populaire série Roseanne. Très rapidement ses dons de dramaturge sont reconnus dans la profession et sa plume est sollicitée de plus en plus souvent pour "réparer" des scripts de films déficients ou ennuyeux. Il interviendra, notamment, sur Speed et Toy Story, ainsi que sur plusieurs autres films (dont il reniera certains comme Alien IV).

Cependant le jeune Whedon ne connaîtra pas le même bonheur pour ses débuts de créateur, en effet son premier film Buffy : The Vampire Slayer (BtVS) sera saboté par un studio et un Donald Sutherland qui s'allieront pour transformer le film en une chose informe particulièrement insipide destinée au public estival, Whedon quittera le plateau de sa création en milieu de tournage dégoutté par le sort réservé à son oeuvre. Cependant le concept du film, a priori épouvantable, d'une jeune fille dotée de super pouvoirs qui serait élue pour combattre les hordes de vampires qui infestent nos campagnes deviendra quelques années plus tard BtVS, la série à succès que tout le monde connaît. Non content du succès d'une mauvaise idée J. Whedon créera trois ans plus tard la série "Angel" mettant en scène le vampire avec une âme et en quête de rédemption du même nom... Encore une fois l'écriture incisive de l'équipe de Whedon transformera un prémisse particulièrement pauvre en une série à succès intelligente et passionnante. BtVS et Angel auront changé le paysage audiovisuel de façon aussi profonde que Twin Peaks l'avait fait à son époque, ramenant devant le petit écran un public qui avait abandonné tous espoir d'y apercevoir le moindre programme digne d'intérêt.

Mais tout cela ne suffisait pas encore au créateur fou (aussi couramment connu sous le pseudonyme de "Dieu" ou "maître" parmi ses fidèles) qui en 2002 créera le comic "Fray", inspiré du Buffyverse, et une troisième série : Firefly. un western spatial qui marquera le début d'une petite descente aux enfers pour l'oeuvre de Whedon en son entier. En effet, BtVS est contrainte de s'arrêter faute d'actrice principale, Sarah Michelle Gellar ayant refusé de renouveler son contrat (passant très près d'en avoir un sur sa tête, commandité par les fans de la série), Firefly subit un traitement des plus déplorables de la part du réseau FOX et sera annulée après seulement douze épisodes diffusés dans le mauvais ordre (l'épisode pilote fut le dernier sur les ondes...) et pour couronner le tout Angel sera annulée un peu plus tard par Warner Bros pour des raisons peu claires.

Le concept derrière Firefly n'est pas le concept le plus populaire de l'industrie du divertissement, en effet Firefly n'était rien d'autres qu'un western, un "Frontier Show", situé dans le futur ou chevaux, bétails, pistolets six coups, vaisseaux ultra-luminiques et armes à rayons se mélangent allégrement. Ce mélange et une écriture hors du commun créeront un engouement quasi immédiat chez les téléspectateurs qui réussirent à trouver la série sur les ondes et une réaction totalement opposée chez les exécutifs du réseau FOX. Cependant la réponse très favorable des critiques et surtout l'élan fantastique des fans derrière la série encourage Joss Whedon à tout tenter pour réincarner le défunt univers de Firefly. Il réussira l'exploit surhumain non seulement de convaincre Universal de faire un long métrage pour continuer la saga du capitaine Mal Reynolds et de son équipage mais aussi de convaincre les gens de FOX de céder les droits de la série pour l'exécution du film, un scénario qu'aucune personne saine n'aurait considéré comme crédible fut il utilisé dans un script (Note: s'il nous lit, nous aimerions beaucoup que M. Whedon nous envoie une copie de ces dossiers sur les dirigeants de FOX et Universal. Ça pourrait nous être utile à nous aussi).
En 2004 le budget est débloqué pour le tournage de Serenity, la continuation très attendue par les fans de la défunte série Firefly.

Après avoir épuisé toutes les ressources de son système solaire natal, l'humanité s'est enfin décidée à le quitter afin d'en épuiser celles d'un autre. Les premières planètes terraformées, celle du coeur, formèrent l'alliance, une sorte d'entité polito-économique qui décida d'unifier sous une bannière politique, économique et culturelle unique toutes les planètes, petites lunes et satellites que l'humanité a colonisées. Cependant les colons des mondes les plus éloignés ne le voyaient pas de cet oeil et s'organisa afin de contrer les vues totalitaires de l'alliance. Malheureusement, cette dernière se révélera un molosse indomptable et les rebelles seront écrasés sans pitié à la bataille de Serenity Valley. Avec cette dernière bataille sanglante s'envolèrent les rêves d'indépendance de 'Mal' Reynolds, sergent engagé volontaire et de son second la sculturale Zoe.

Le film reprend l'action quelques mois après le dernier épisode de Firefly, Objects In Space et quelques années après la bataille de Serenity. Mal (Nathan Fillion) est maintenant capitaine d'un vaisseau de commerce de classe Firefly qu'il a nommé Serenity dont il se sert pour des missions plus ou moins honnêtes, Zoe (Ginna Torres) est toujours son second et s'est mariée à Wash (Alan Tudik) leur pilote. À bord se trouve aussi Kaylee (Jewel Staite) jeune fille prodige en mécanique, Jane (Adam Baldwin) une grosse brute décervelée ainsi que le docteur Simon Tam (Sean Maher) et sa soeur River (Summer Glau) que 'Mal' a recueilli à bord. Cette dernière s'avère être une télépathe pas tout à fait équilibrée qui, de surcroît, se trouve très activement recherchée par l'alliance après que son frère l'ai libéré d'une institution, que les fans reconnaîtront comme une école pour surdoués, dans laquelle des scientifiques menaient des expériences sur son exceptionnel cerveau. Malheureusement ses talents de télépathe lui ont valu d'apprendre des secrets que l'alliance n'aimerait pas ébruiter.

Whedon est depuis longtemps un dealer de petites répliques percutantes auxquelles se droguent ses fans et les dialogue de cette première oeuvre cinématographique est un excellent "fix" pour ceux qui commençaient à ressentir le manque. Chaque personnage aura au moins deux ou trois répliques mémorables, les morceaux de choix allant à, bien sur, Nathan Fillion et Summer Glau mais aussi à Adam Baldwin et Jewel Staite à qui Whedon a donné ce qui restera certainement les meilleures répliques du film. Bien entendu, une transition sur le grand écran destinée au grand public ne se fait pas sans quelques sacrifices qui même s'ils s'avèrent mineurs dans le cas de Serenity n'en sont pas moins bien réels. Les habitués de l'univers ne retrouveront pas toute la complexité que les personnages avaient dans la série, le film se voulant indépendant de cette dernière il a fallu les simplifier afin de les faire tenir dans un film de deux heures. Ainsi les personnages principaux deviennent moins complexe, 'Mal' est le capitaine, Zoe est le muscle, Wash le pilote, Kaley est innocente, Jane est bête etc.

Heureusement l'excellent scénario, pour un film d'aventure, rattrape ce manque de profondeur -par rapport à la série et non pas comparé au reste de la production Hollywoodienne- de l'équipage de Serenity. Le vilain, The Operative, n'est pas le psychopathe sanguinaire classique mais un personnage très équilibré qui se bat pour un idéal auquel il croit. Il sait parfaitement qu'il n'a pas sa place dans l'univers qu'il aide à créer mais ses convictions le pousse à travailler pour l'alliance et il n'y a rien de plus dangereux qu'un idéaliste qui a trouvé sa mission et à qui on donne carte blanche pour l'exécuter. À l'autre bout du spectre nous avons 'Mal' Reynolds, un rebelle engagé volontaire de la première heure dans la lutte contre la "civilisation" offerte par l'alliance, un personnage désabusé qui a tout perdu et dont la seule ambition est de faire vivre son équipage et faire voler son vaisseau, le seul bout de liberté qui lui reste, par tous les moyens disponibles, même criminels. Ces deux personnages vont trouver leur champ de bataille en la personne de River et l'affrontement entraînera l'ensemble de l'équipage du Serenity vers une réalisation de plus en plus forte des dangers que représente l'alliance pour l'humanité.
Dans le plus pur style "Whedonnien" tous les personnages ne connaîtront pas une fin heureuse et les fans se trouveront contraints de dire au revoir à certains de leurs personnages favoris.
À l'arrivée Serenity est une excellente fiction, pleine de personnages auxquels on s'attache facilement, accessible aussi bien aux fans qu'aux non initiés, et qui contient plus d'émotions et d'aventures en deux heures que les six Star Wars réunis. Malheureusement, le film n'aura pas le succès qu'il méritait au box office et ce qui aurait potentiellement pu être une trilogie restera en toutes probabilités un film unique. Les fans auront cependant eu une fin digne de leur regrettée série et le grand public un film d'aventures digne de ce nom, ce qu'on a pas vu sortir des studio Hollywoodiens depuis bien longtemps. Un grand merci à Universal et Monsieur Whedon pour avoir eu le courage de se battre pour adapter un concept aussi risqué que celui de Firefly pour le grand écran.


Image
Serenity nous est proposé au format original de 2.35:1 dans un transfert 16:9. Une copie numérique existant déjà pour la distribution en salle (Serenity fût le premier film distribué dans les salles équipées de matériel pour la projection numérique suivant le nouveau standard digital du DCI) c'est une source particulièrement propre qui fût utilisée pour le transfert.
La définition générale est bonne, l'image est nette et les textures sont bien définies, les couleurs sont justes avec des tons de peau naturels. Aucun débordement n'a été constaté et la qualité est constante sur la longueur du film. Si la brillance est parfaitement réglée, le contraste semble plus élevé que lors de la projection en salle et laisse une impression d'image sale qui est un peu désagréable. Le niveau de détails dans les parties sombres de l'image en pâtit un peu et ne semble pas être aussi bon qu'il le devrait.
On constatera un peu de surdéfinition de contours qui sera cependant assez distrayante malgré sa légèreté et un faible scintillement assez désagréable tout au long du film.
C'est malheureusement un transfert assez moyen qui ne fait pas vraiment honneur au travail du cinéaste Jack N. Green.


Son
La bande sonore du film nous est proposée en Anglais et en Français les deux langues étant disponibles en Dolby Digital 5.1, ces deux versions peuvent être ou non accompagnées du sous-titrage pour sourds et malentendants en Anglais ou de sous-titres simples en Français et Espagnol. Fromage ET dessert, c'est l'opulence la plus totale et tellement rare que nous n'avons pu nous empêcher de le souligner, tout comme les séries télévisées plus le budget est faible et plus les chances de trouver des options Françaises sont grandes, c'est toujours aussi contre intuitif mais la règle semble fonctionner, à suivre...

Nous parlerons ici de la bande originale en Anglais.
C'est une bande son très dynamique qui accompagne Serenity, très présente avec une excellente spatialité, elle se déploie amplement dans l'espace. La séparation des différents canaux est très bonne. On reprochera cependant un trop fort volume des effets sonores qui noient le reste du son dans une cacophonie très fatiguante par moment, l'intégration des différents éléments sonores aurait pu être meilleure mais cela n'a rien à voir avec la production du DVD, c'est un problème du film. Cela a pour conséquence de noyer les dialogues de-ci de-là et quelques bons mots risquent même d'être perdus.
Les effets ambiophoniques eux se font oublier, c'est bien ce qu'on leur demande. L'ambiance est souvent subtile et bien créée avec de nombreux passages d'un canal à un autre pendant les scènes plus vigoureuses.
La production est récente les basses seront donc de bonne facture, bien définies et puissantes. L'enceinte d'extrême grave subira un assaut non négligeable pendant une bonne partie du film, c'est un film d'aventures avant tout.

Il est bien dommage que les effets sonores n'ai pas été mieux maîtrisés car la bande son laisse une impression moyenne lors de l'écoute et diminue le plaisir qu'on retire du film. Le travail de transfert fait pour le DVD est excellent même si on aurait aimé que les niveaux sonores soient révisés pour une utilisation à la maison.


Suppléments/menus
Le film et ces suppléments nous sont présentés sur un seul DVD dans un coffret type Amaray standard. On notera que la couverture est assez laide et peu représentative de l'ambiance du film, la pauvre Summer Glau à l'air d'un croisement entre une femme fatale et un chat.
Au niveau suppléments cette édition nous offre un commentaire audio, une série de quatre documentaires, quelques scènes coupées et un segments de prises ratées.

Fait par Joss Whedon, le commentaire audio promettait d'être divertissant et informatif malheureusement on aura peu aussi bien de l'un que de l'autre. C'est un Whedon particulièrement technique que nous écoutons ici, certains commentateurs racontent le film, lui, il nous décrit le travail de son cinéaste. Même si l'aspect est intéressant de prime abord, il faut bien avouer que deux heures de descriptions d'objectifs et de focales lassent un peu, même si Jack N. Green est très talentueux . C'est un commentaire bien moyen très en dessous des attentes que Monsieur Whedon produit ici.
Les presque quinze minutes de scènes coupées et/ou étendues sont généralement intéressantes surtout si elles sont visionnées avec le commentaire. On y trouvera par exemple l'explication du peu d'exposition des relations de Mal et Inara.
On trouvera aussi un peu plus de 6 minutes de prises ratées qui n'épargnent personne et surtout pas Nathan Fillion qui semble, à son grand plaisir, la victime désignée de J. Whedon quand vient le temps de sacrifier la réputation d'un de ses acteurs. Même s'il n'est pas aussi divertissant que celui présent sur le coffret de Firefly, ce segment reste très amusant.
Pour arrondir le tout le DVD nous offre quatre documentaires :
Future History: The Story of Earth that Was : ce documentaire de 4 minutes 30 revient sur la genèse de la série et du film. Court mais intéressant. What's in a Firefly (6:33) : L'obligatoire documentaire sur les effets spéciaux. Aussi intéressant que d'habitude, ne comptez pas changer votre vision de l'univers en le visionnant.
Re-Lighting the Firefly (9:41) : Certainement le documentaire le plus attendu par les spectateurs qui ont vu ou entendu parlé de la série. Ce documentaire revient sur la période qui couvre l'annulation de la série à la mise en boite du film. Franchement on y trouvera pas grand chose à se mettre sous la dent. Décevant.
Joss Whedon Introduction (3:55) : Ce court morceau de film est l'introduction de Joss Whedon qui fût projetée avant les avant-premières promotionnelles qui furent conduites début 2005. Certainement la pièce de suppléments la plus intéressante du lot.
Comme souvent les suppléments nous sont présenté en 4/3 ce qui n'a aucun sens, on aurait souhaité avoir les suppléments dans le même format que le film.

Un tout très décevant quand au pense au fait que c'est les fans de la série qui ont rendu possible le film. On se serait attendu à ce que le DVD soit plutôt un produit ciblé sur ceux-ci plutôt que le produit grand public standard que l'on a ici.




Conclusion
Serenity est une anomalie, un blip fantôme sur l'écran, jamais ce film n'aurait pu être tourné sans l'amour de J. Whedon pour son concept et sa persévérance extraordinaire à poursuivre une quête que tous jugeaient vouée à l'échec. À notre avis, le résultat est à la hauteur aussi bien des efforts de son créateur que des attentes des fans de la série, les scores que le film a obtenu (et maintient) dans des sites comme l'IMDB ou BoxOfficeMojo témoignent de l'engouement que le film a créé.
Malheureusement l'édition DVD n'est pas dans la même ligue et c'est encore un excellent film qui se trouve desservit par un DVD plutôt moyen, tellement moyen d'ailleurs qu'on se demande fortement si une édition spéciale n'est pas d'ores et déjà en travail, le public potentiel est certainement là si on en croit les ventes d'Amazon.


Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
3,5/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Pascal Cauden

Date de publication: 2006-02-20

Système utilisé pour cette critique:

Le film

Titre original:
Serenity

Année de sortie:
2005

Pays:

Genre:

Durée:
119 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Universal

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais (CC)
Espagnol
Français

Suppéments:
Commentaire audio, scènes coupées, prises ratées, documentaires de production

Date de parution:
2005-12-20

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