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DVDEF

Aeon Flux(The Complete Animated Collection)

Critique
Synopsis/présentation
Certains se rappelleront peut-être de cette époque préhistorique où on pouvait regarder le petit écran 24 minutes entières sans voir de publicité et, aussi incroyable que cela puisse paraître aujourd'hui, où recevoir MTV était une quasi assurance d'être populaire pour les plus jeunes et un signe d'appartenance à une certaine élite culturelle pour les jeunes adultes.
Une émission particulièrement à la pointe de la culture de l'animation nord-américaine apparut sur le réseau en 1991 : Liquid Television. Cette émission, dont la première saison fut originellement diffusée sur BBC-2, introduisit quelques monuments de l'animation expérimentale occidentale comme Beavis and Butthead, Stick Figure Theater et ce qui fût certainement le plus original des concepts présentés par l'émission : Æon Flux.

Créée par Peter Chung cette série fut, une fois n'est pas coutume, d'une qualité équivalente à la production animée japonaise de l'époque. Sexe, drogue, violence et manipulation de tout ordre sont la glaise qui forme l'histoire de deux cultures qui s'opposent, Bregma et Monica sont deux nations en guerre séparées par un no-man-land qu'on ne traverse qu'avec un risque extrême pour sa vie (pensez mur de Berlin avec des pièges auto-amputant et des chances de survie bien moindres). Les Breens, habitants de Bregma, sont dirigés par Trevor Goodchild qui usurpe le pouvoir au tout début de la série (Utopia or Deuteranopia?), malheureusement pour lui ce même Trevor se trouve être follement amoureux d'Æon Flux, un agent secret féminin de Monica dont la mission est, a priori, de faire tomber le régime Breen. Toute harnachée, littéralement, de cuir, très agile de sa langue, avec un penchant pour les jeux sexuels sadiques et des allégeances peu claires, le personnage d'Æon Flux est souvent immoral et toujours strictement formaté pour la provocation.

Le coffret que nous offre MTV Home Entertainment et Paramount rassemble, pour la première fois, l'intégralité de la série, c'est à dire un épisode pilote qui fut découpé en six parties lors de sa première diffusion, cinq courts métrages et dix épisodes de 24 minutes.
Le pilote donnera immédiatement le ton avec un nombre de morts tout simplement impressionnant et l'introduction de ce qui apparaît être un sévère fétiche du créateur pour les plaisirs linguaux et la titillation de l'oreille. On retrouvera ces fétiches, ainsi que de nombreux autres, tout au long des cinq mini-épisodes qui se concluront invariablement par la mort de Æon Flux. La série de dix épisodes introduit un semblant de continuité dans l'affrontement entre Æon et Trevor, démarrant au moment de la prise de pouvoir de Trevor et s'achevant dans un futur lointain avec la réunion des deux protagonistes et la complète éradication de l'espèce humaine...

Les scénarios d'une violence extrême, aussi bien physique qu'intellectuelle, des histoires à déroulements non linéaires, des fins rarement heureuses et une propension de "l'héroïne" à manquer ses objectifs de manière spectaculaire sont le squelette de la série. Les limites ne sont jamais nette, Æon effectuera des mission aussi bien pour Monica que pour Trevor, qui lui même travaillera plus d'une fois contre le camp qu'il dirige. La série est un opéra Wagnérien dans sa forme, Kafkaïen dans son fond auquel on assiste médusé, le cerveau pas vraiment certain des informations que l'écran cathodique vient tout juste de distiller.

Peter Chung s'amuse avec la vision du spectateur, il la modèle faisant pencher les sympathies d'un coté ou de l'autre au gré de son plaisir, certaines fois au sein d'un même épisode, le court métrage War en est un excellent exemple. Il n'existe pas de thème ni même de message, si ce n'est, peut-être, la futilité de ces derniers. L'oeuvre est souvent déroutante et l'interprétation n'en est jamais facile, si tant est que l'exercice ne soit pas tout simplement futile.
Le style même du dessin est à l'extrême pointe stylistique des comics américains du début des années 90, le trait est très visible, le dessin tout en ligne, les caractéristiques des personnages sont soulignées à tel point qu'ils en deviennent laids, un dessin très dur se situant quelque part entre celui de l'Elektra de Frank Miller et du V for Vendetta d'Alan Moore.

Æon Flux est une série bien étrange par de nombreux cotés, elle trouve plus ses racines dans la bande-dessinée que dans l'animation occidentale et c'est tant mieux car celle-ci est sous respirateur artificiel depuis bien bien longtemps maintenant.


Image
Æon Flux est présenté au format original de 1.33 avec un tout nouveau transfert 4:3.

C'est une image retravaillée que nous offre le coffret et avant que les puristes crient « Haro sur le baudet ! » nous allons préciser que c'est ici une bonne chose(tm). Le transfert a été fait dans les règles de l'art et les ajouts se limitent à une amélioration du trait, des ajouts d'ombres et d'effets digitaux par endroit. Le travail a complètement été supervisé par Peter Chung qui en fut, en fait, l'instigateur. Les traumatismes engendrés par les modifications faites par Georges Lucas sur les Star Wars ont rendu obligatoire ce genre d'explications pour les plus hystériques d'entres-nous : on ne parle pas d'ajouts ou de modifications de personnages ici.
L'interpositif est d'excellente qualité malgré l'âge du matériel, l'image est très nette avec beaucoup de détails dans le trait. Les couleurs sont glorieuses, les teintes malsaines majoritairement tirées de tons ocres, glauques et jaunâtres sont parfaitement bien rendues, les dégradés sont fluides sans aucune cassure. La saturation est constante sans aberration vidéo ni débordement.
Les niveaux de la brillance et du contraste sont bien ajustés résultants dans des noirs profonds et purs.
Aucun problème n'a pu être détecté lors du visionnement si ce n'est une légère vibration de l'image due à la nature même du matériel. Même la sempiternelle sur-définition de contours n'a pu être détectée.

C'est un excellent transfert, bien supérieur à celui de l'incomplète et introuvable édition précédente.


Son
Comme la plupart des coffrets DVD édités par Paramount seule la bande-son originale anglaise est mise à notre disposition dans le format 2.0 (encodé en Dolby Digital) original ou Dolby Digital 5.1 spécialement créée pour cette édition. Aucun sous-titre n'est disponible, même pas pour les sourds et malentendants.

L'absence complète d'option Française brille par sa présence... Comme toujours on ne pourra que s'en désoler.
Ceci étant dit, là encore il nous faut préciser la teneur des modifications qui ont été faites sur la bande-son avant que des hordes de fans en colère ne viennent brûler les bureaux de l'éditeur après en avoir massacré tous les employés n'en laissant qu'un seul en vie afin qu'il puisse diffuser la terreur du fan parmi les autres éditeur (fait chaud, trouvez pas ?). Même si de nouveaux dialogues ont été enregistrés et une voix remplacée ce n'est pas pour rendre l'oeuvre plus politiquement correcte mais bien pour restituer les dialogues originaux du créateur Peter Chung qui avaient été édulcorés à l'époque pour la diffusion sur MTV, l'oeuvre a été rendue encore moins politiquement correcte et non pas le contraire.

C'est ici la bande sonore 5.1 à laquelle nous allons nous intéresser. La bande sonore est particulièrement dynamique, très spatiale, elle s'impose avec force quelque soit la qualité de la salle d'écoute, la marque d'un très bon travail audio. Les éléments sonores sont bien intégrés à l'intérieur d'un champ sonore très ample. La musique de fond est bien présente sans être intrusive.
La nouvelle bande sonore profite pleinement des canaux ambiophoniques pour créer une très bonne immersion dans l'univers pervers de la série, les effets d'ambiance sont bien localisés et interviennent toujours à bon escient. Les dialogue ressortent parfaitement et font honneur à la fascinante voix de Denise Poirier qui est un élément clef du spectacle. Le canal de basses fréquences est utilisé avec parcimonie. Aucun contrôle dynamique n'est à déplorer, la présence de celui-ci aurait été une honte vu le talent des acteurs qui ont prêté leur voix aux personnages de la série.

Là encore le travail effectué fait mouche et ravira le spectateur, on en oublierait presque l'absence de Français, presque...


Suppléments/menus
Les trois disques de Æon Flux : The Complete Animated Collection nous sont présentés dans un superbe emballage cartonné blanc qui reprend le fameux dessin de la mouche prisonnière des cils d'Æon. Chaque DVD est contenu dans une mini-pochette cartonnée illustrée, le tout est du meilleur effet.
Les transitions entre les options des menus sont animées et la musique d'accompagnement est bien sympathique.

Les deux premiers disque DVD contiennent chacun cinq épisodes de la série dont sept sont commentés. On retrouve Peter Chung sur tous les commentaires ainsi que Howard Baker sur les épisodes qu'il a réalisé (les cinq premiers épisodes furent réalisés par Peter Chung, les cinq autres par H. Baker). À ces deux commentateurs se joignent différents membres de l'équipe de production et de l'équipe artistique ainsi que Denise Poirier sur le commentaire du premier épisode. Ces commentaires sont un peu secs, on entend essentiellement P. Chung qui n'est pas la personne la plus charismatique de la planète et qui, bien qu'exposant ses idée clairement, n'en demeure pas moins ennuyeux. Les commentaires sont intéressants mais pas passionnants. Il est à noter que le créateur n'avance jamais aucune interprétation de l'action (ou son absence) à l'écran, le travail est personnel et P. Chung fait tout pour qu'il le reste.

Le reste des suppléments sont situés sur le troisième disque DVD. On y retrouvera notablement le pilote et les 5 courts-métrages, tous commentés par le créateur et Drew Neumann le compositeur. Cette fois le format court convient mieux à P. Chung et les commentaires se laissent écouter sans ennui, on entend très peu monsieur Neumann.
Un documentaire sur la genèse de la série est présent : Investigation: The History of Æon Flux. Le documentaire est instructif et se laisse regarder sans effort.
The Deviant Devices of Æon Flux est une revue des différentes armes, véhicules et gizmos que l'on trouve au cours de la série. Les images sont accompagnées par une excellente performance de Denise Poirier en tant que voix Æon Flux.
Le DVD contient un épisode de Liquid Television qui donnera une idée de l'ambiance très sur-réelle de l'émission.
On trouvera aussi une galerie de sketches, modèles, tests, storyboards, décors etc.
Le tout est arrondi par une série d'autres travaux du créateur : une promotion pour MTV Loaded, une publicité pour une voiture Honda et pour un CD-ROM de la série.

Si on retire le pilote et les courts-métrages, qui ont plus leur place au sein de la série en elle-même que dans les suppléments, c'est mince. De plus, une bonne moitié du matériel supplémentaire est d'un à propos douteux. Cependant le nombre de commentaires rattrapera aisément ce raté malencontreux.




Conclusion
Æon Flux est une série animée qui aura marquée son époque. Intelligente, sans compromis, cette oeuvre complexe est devenue une légende et garde, 10 ans plus tard, un statut de culte bien mérité.

Le coffret que nous offre MTV et Paramount est exemplaire. Le travail de restauration et d'amélioration de l'image et du son est un modèle du genre, Æon Flux n'a jamais été aussi belle, intrigante et provocatrice que dans cette superbe édition.
L'ensemble du matériel animé est rassemblé dans ce coffret qui, malgré la minceur des suppléments, ne devrait pas tarder à devenir une référence pour quiconque aurait le désir de s'initier au monde tordu d'Æon Flux.
L'achat de ces disques est très vivement conseillé, même (surtout) pour ceux d'entre-nous qui posséderaient les version précédentes.


Qualité vidéo:
4,3/5

Qualité audio:
4,2/5

Suppléments:
3,8/5

Rapport qualité/prix:
4,1/5

Note finale:
4,2/5
Auteur: Pascal Cauden

Date de publication: 2005-12-12

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Toshiba 50HX70, Amplificateur Denon 3801, Enceintes Energy XL-26(x2), XL-C, XL-R (x4), Caisson d'extrêmes graves Klipsch KSW 12, HTPC (composantes 1080i. Lecteur: Media Portal/decodeur mpeg2 et audio : Dscaler 5

Le film

Titre original:
Aeon Flux

Année de sortie:
1995

Pays:

Genre:

Durée:
224 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MTV Home Entertainment

Produit:
DVD

Nombre de disque:
3 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
-

Suppéments:
Commentaires, documentaires, gallerie etc.

Date de parution:
2005-11-22

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