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Screen Shot 2016-02-21 at 18.56.40Il était attendu depuis un très long moment, ce passage du célèbre bouquin arrive au grand écran. La question que tout le monde se pose, est bien entendu « Après quelques essais plus ou moins réussi d’adaptations théâtrales, Le Petit Prince pouvait-il s’adapter au cinéma?»

La réponse est plus subtile, car en fait oui et non. Dans le cas de cette adaptation, on a choisi le cinéma d’animation (et le 3D rien de moins), ce qui rend très bien l’essence du livre et de ses illustrations, d’autant plus qu’on diversifie les styles d’animations au gré des juxtapositions entre la fiction du film et l’adaptation du livre. Parce que c’est ici que ça se complexifie, on a fait le choix de ne pas simplement adapter l’histoire originale, mais de l’imbriquer au cœur d’un récit inventé où une petite fille vivant dans un univers rigide, géométrique, sans âme et sans imagination, va découvrir l’histoire du Petit Prince grâce à une rencontre un vieux voisin excentrique qui prétend être l’aviateur. À son contact, elle débutera le voyage qui lui permettra de renouer avec sa propre enfance. Encore là, c’est un choix qui se défend. On peut se demander si l’histoire de St-Exupery ne pouvait pas se suffire en elle-même?

Oui, diront les amoureux et fervent puristes de cette saga métaphorique et complexe. Mais justement, les niveaux de lecture sont complexes et pour attirer un plus large public, le fait d’illustrer les propos pouvait être une idée intéressante. Là où ça ne fonctionne plus c’est quand on trépasse la fiction pour tenter de fusionner les deux univers en un seul et que, sous le prétexte d’un rêve, on se retrouve dans un univers inventé (un de plus) ou Le Petit Prince est devenu « Un Grand Prince », vivant dans un univers hermétique, transformé en une grande personne et entouré de personnages (roi, vaniteux, businessman…) plutôt mal adaptés et donnant davantage l’impression de sortir d’une mauvaise production hollywoodienne que de l’univers de St-Exupery.

« Regardez le ciel. Demandez-vous: le mouton oui ou non a-t-il mangé la fleur ? Et vous verrez comme tout change… »

Parce que les personnages de St-Exupéry, sont magiques, complexes, ils sont tout et rien à la fois et ils amènent une réflexion. D’ailleurs le voyage du Petit Prince est guidé avant tout par le caractère évolutif du reflet de ses idées qui grandissent et se permutent. C’est tout le monde, c’est l’univers de la vie et des hommes qu’on retrouve dans le roman. Ici on nous donne parfois (comme le cinéma nous l’a si bien enseigné, l’impression que le monde se divise avant tout entre les bons et les méchants, entre le noir et le blanc, entre le bien et le mal…) Envolés les nuances et les questionnements, envolé les différentes perspectives… Il était là le risque, d’être déçu parce que depuis des années nous nous étions laissé apprivoiser… « Mais je n’étais pas rassuré. Je me souvenais du renard. On risque de pleurer un peu si l’on s’est laissé apprivoiser… » Peut-être, est-ce l’aiguilleur qui a failli à la tâche, le hic, avant tout, est qu’on nous propose trois histoires complètement différentes en un seul film. Alors que le roman repose sur une seule histoire, mais en différents niveaux de lecture qui évoluent avec le lecteur tout au long de son existence. Trois histoires qui auraient chacune été « autosuffisantes », alors on finit par s’y perdre et au final on effleure le tout sans jamais y pénétrer réellement.

Qu’on se le dise, le plaisir de retrouver Le Petit Prince est tout de même bien au rendez-vous. Les scènes réalisées en « stop motion » (celles où l’on se retrouve dans l’histoire originale du Petit Prince) nous donnent l’impression de nous promener directement dans le roman de notre enfance qui aurait pris vie. Ce sont des scènes d’une grande exactitude et d’une infinie poésie. L’éventail des voix est aussi vraiment impressionnant : Clara Poincaré, André Dussollier, Florence Foresti, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Guillaume Gallienne. Oui, la magie va et vient, tout au long du film à la morale un peu trop appuyée. Mais elle y est et c’est ce qui est l’essentiel… Invisible ou pas.

Le Petit Prince est une allégorie universelle, à chaque lecture, on a l’impression de rencontrer les personnages pour la première fois. À chaque voyage on s’y retrouve autrement sans masque, sans épines. Peut-être qu’ici, on raisonne simplement trop comme une grande personne. Parce qu’au fond du fond du fond, on a un plaisir sincère à retrouver l’univers de St-Exupéry au grand écran, plaisir d’enfance, plaisir de cœur et plaisir de souvenir, le voilà l’essentiel. À regarder avec son cœur d’enfant pour en capturer toute la magie.
Il y aura toujours des renards à apprivoiser, ne gâchons pas notre plaisir…

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le dimanche 21 février 2016 à 19:00 et est classé dans Analyse, Cinéma Québécois, Studios et éditeurs. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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