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villemarie_dvdAprès Marécage sorti en 2011, Guy Edouin revient avec un deuxième long métrage tout aussi troublant. Ville-Marie nous plonge au cœur d’un quarante-huit heures dans les méandres tordus du centre-ville montréalais, où les hasards feront s’entrechoquer les destins complexes de quatre personnages qui n’auraient pu jamais se rencontrer et qui se rencontreront eux-mêmes.

Dès la première scène, on est projeté violemment au cœur de même de l’action. De ce brutal catalyseur, la vie des personnages sera changée à jamais, comme si le domino enclenché ne pouvait dès lors plus s’arrêter. Un grand vertige qui se dessine et s’amplifie, marqué par un rythme constant qui glace et percute le spectateur dans ce qu’il a de plus intime.

Sophie Bernard, une grande actrice (interprétée par Monica Belluci, une autre grande actrice) est en tournage à Montréal. Elle en profite pour retrouver son fils Thomas, venu étudier à Montréal, et qu’elle n’a pas vu depuis trois ans. Dès son arrivée, les fils du destin, feront en sorte de tisser une toile, plutôt sinistre qui les amènera à croiser Marie une infirmière de l’hôpital Ville-Marie, qui traîne avec qu’elle de nombreux fantômes qu’elle tente de noyer dans le travail et l’alcool ainsi que Pierre, un ambulancier et ancien militaire revenu terriblement traumatisé des champs de bataille. Quatre personnages qui tentent avant tout de trouver un sens à leurs propres existences. Valse des âmes en peine et des corps fatigués qui vivent à l’intérieur d’eux-mêmes créant une frontière infranchissable avec le reste du monde. Au final, c’est cette série de chocs successifs qui permettra aux différents personnages de sortir de leurs prisons de non-dits respectives et qui les rongent depuis de nombreuses années.

Malgré le froid glacial, les tragédies, la cruauté du passé, les secrets,il se révèlera tout de même une grande volonté d’émerger et de créer une toute petite brèche à l’espoir, afin de permettre à la lumière de s’esquisser doucement un chemin. Naviguant toujours sur la ligne sournoise entre hasard/destin et improbabilité. Le tout bercé par une ville de Montréal (personnage) nocturne, sombre et parsemée de manière plutôt réaliste, mais avec tout de même une pointe d’humour, de chantiers de construction créant un labyrinthe trouble et désordonné, à l’image des chemin noueux empruntés par les les personnages.

Edouin sait faire voyager le spectateur, contrairement, à ses personnages, qui tels des protagonistes du cinéma de Rohmer, confient leur existence aux caprices du hasard, il contrôle habilement chaque petit détail. Cette scène où Sophie et Marie (Monica Belluci et Pascale Bussières) discutent ensemble sur un banc de parc, simulant les confidences entre deux mères, mais qui en vérité, ne révèlent absolument rien, est tout simplement sublime. Toute la détresse de ces deux femmes qui luttent contre elles-mêmes s’y retrouve. Des dizaines de nuances, de détresses, de possibles, d’abnégation, de silence. La beauté du tragique. C’est souvent quand ils ne disent rien que les personnages sont le plus vrais.

Curieusement, regarder Ville-Marie, c’est arrêter le temps, se perdre, et se trouver, voir Montréal autrement, mais sans jamais sortir du réel. Comme tout ce qui est sans être en même temps. Le cinéma de Guy Edouin, se confirme comme ayant un petit quelque chose d’alchimique, qui transforme la brutalité de la vie en quelque chose de profondément humain.

(Ville-Marie est disponible en DVD au Québec le 9 février 2016.)

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le dimanche 14 février 2016 à 15:29 et est classé dans Analyse, Cinéma Québécois, Productions québécoises. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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