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KFilms_carte 01Benoît Jacquot signe ici une adaptation du roman Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau. Poème intense sur l’esclavage où l’on suit le parcours de Célestine, jeune domestique irrévérencieuse, au vécu romanesque, soutenu par le regard toujours vibrant et lumineux de Léa Seydoux. Bercée par une grande lassitude et valsant entre détresses et questionnements, Célestine devient le symbole des grandes réflexions propres aux enjeux du début du 20e siècle, qui étrangement, nous semblent plus actuelles que jamais. Chasser cette servitude que je ne saurais voir.

« Quand je pense qu’une cuisinière par exemple, tient chaque jour dans ses mains la vie de ses maîtres. Une pincée d’arsenic à la place du sel, un petit filet de strychnine au lieu du vinaigre, et ça y est ! Mais non ! Faut-il que nous ayons tout de même la servitude dans le sang. »

Questionnements constants sur nos rapports à l’autorité, sur nos besoins incessants de se mettre à genou devant cette domination de l’Hommes par l’Homme. Cette crainte du pouvoir qui au final, ne fait qu’octroyer davantage de pouvoir à celui qui en abusera. Perpétuel cercle vicieux qui conditionne, et qui rend l’exploitation acceptable. Célestine refuse cette idée, mais du même coup, doit se résoudre, tous les jours à subir les abominations auxquels son rôle social la contraint. Exploitation, viols, harcèlement, humiliations, propositions indécentes et conditions de vie qui frôlent celles des animaux. Pourquoi ? Pour avoir le privilège d’avoir un toit où dormir et quelques morceaux de pain par jour… Résignations ? Constat cruel plutôt. Dans Journal d’une femme de chambre, Célestine n’a pour possibilité que de fuir en changeant de bourreau, de devenir fille de joie dans des maisons closes ou d’attendre un miracle. Le miracle viendra, certes, mais à quel prix ? De toutes ses survivances quotidiennes qui trouvent leurs exils dans le déni de nos valeurs, dans la vengeance et dans quelques désoeuvrements. Parfois obséquieux, mais toujours violent.

Benoît Jacquot dessine un portrait troublant d’une humanité qui au final, n’en est pas toute a fait une. La réalisation, tout comme l’adaptation, se concentre sur les perceptions de cette jeune femme qui refuse tout de même d’être esclave de sa propre vie. Traçant, par le biais des souvenirs, un parcours de vie tortueux et infiniment complexe pour une fille si jeune. Tout se révèle comme une évidence qu’on préfèrerait fuir.

La mise en scène est intelligente, poétique sensible, en équilibre entre beauté et esquive. Une magnifique ode énigmatique, empreinte d’une mélancolie où tout devient une recherche de sens, comme si le réalisateur cherchait obstinément l’angle qui soit toujours très beau et infiniment laid à la fois. Une dualité pleine de tendresse et d’horreur. À l’image de cette relation ambiguë qu’entretiennent Célestine et Joseph (personnage belliqueux, antisémite et taciturne joué avec une grande justesse par Vincent Lindon) qui trouve son essence dans ce besoin obsessif de se libérer. Une volonté partagée par les deux domestiques. L’espoir deviendra le souffle qui possède en lui tous les désirs du monde. Espoir de s’en sortir, espoir de survivre, espoir de simplement exister. Et pourtant l’espoir survit.

Que reste-t-il de nos servitudes plus de cent ans plus tard ? Un patronnât toujours aussi déshumanisé qui fait fi des besoins essentiels de ses sujets ? Un besoin de pouvoir toujours plus grand ? Alors que l’esclave est devenu prolétaire et que l’antisémite est devenu islamophobe, quelle est la véritable différence entre le monde actuel et celui décrit par Mirbeau en juillet 1900?

Journal d’une femme de chambre de Benoît Jacquot est offert en DVD depuis le 22 septembre 2015.

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le samedi 10 octobre 2015 à 15:10 et est classé dans Analyse, Cinéma français, Cinéma International. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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