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augustine_dvdLe Québec des années soixante-dix est une décennie bouillonnante, sous le signe des remises en questions, et des grands changements amorcés durant les années précédentes, cette fameuse révolution tranquille qui aura sorti le Québec de la grande noirceur. Décennie qui aura (entres autres) accru les pouvoirs de l’État au détriment de celui que les communautés religieuses catholiques exerçaient depuis des siècles. L’État (ennemi à abattre) prend donc le contrôle du système de l’éducation en créant les premières écoles publiques entièrement dirigées par le ministère de l’Éducation. C’est au cœur de ces grands bouleversements moraux et spirituels que Léa Pool campe le décor de son dernier film.

Mère Augustine (Céline Bonier) dirige un couvent de jeunes filles qui s’est spécialisé dans l’apprentissage de la musique. Bénéficiant du support de la congrégation, les sœurs enseignantes et les jeunes élèves provenant de milieux sociaux différents y vivent sereinement bercées par l’amour de la musique. D’entrée de jeu, on met l’emphase sur la volonté de Mère Augustine de préparer ses jeunes étudiantes à devenir des femmes éduquées et prêtes à affronter le monde de manière indépendante. Cette détermination à donner aux femmes la place qui leur revient dans ce monde est une préoccupation de tous les instants. Engendrées par de la révolution féministe, ses idées avant-gardistes ne seront toutefois pas les bienvenues au sein de la communauté. Les couvents se retrouvant sans le financement de l’état, on choisira alors d’en fermer plusieurs tout en donnant de nouvelles subventions aux écoles de garçons (bien évidemment) afin qu’elles puissent demeurer ouvertes et se privatiser. L’injustice certaine et la menace de fermeture de son école (où elle s’est jadis réfugiée pour fuir le monde suite à des grandes déceptions et des chagrins) réveilleront en elle, la jeune femme rebelle et combative qu’elle était autrefois. Séquence d’événements qui lui redonneront l’ambition de mener une grande bataille. C’est entre l’État et la communauté que Mère Augustine se retrouvera. Entre les guerres de pouvoir, et le désir absolu de sauver son école.

En découleront une série de questionnements et de déchaînement de passions, bien ancrés dans un contexte social spécifique et de relent de passé qui, tout au long du film, agissent comme une ombre volatile qui égratignent le présent, les jeux de l’amour et de la mort et les raisons qui ont conduit ces femmes à s’isoler derrière les murs cloisonnés d’une réalité religieuse. Comme toujours chez Léa Pool, nous avons à faire avec des personnages féminins très fort, orchestrés avec une grande précision, qui avancent, en équilibre, sur la fine ligne entre ce que la société attend d’eux et ce qu’elles se rêvent elles-mêmes. Un instinct primitif qui transcende le cadre, où la vérité de leur monde se dessine habilement au cœur du regard des actrices. Difficile de ne pas sourire en entendant les répliques cinglantes lancées par Valérie Blais.

La trame sonore dichotomique amalgame Bach, Chopin et les cantiques liturgiques aux grands succès psychotoniques des années soixante-dix à l’heure des Messes à gogo. Dernier effort pour rappeler les brebis égarées à la messe du dimanche qui en aura scandalisé plus d’un. Bercé par la beauté du fleuve, lumineux, à travers la grandeur des saisons québécoises qui colorent chaque scène, et les drames humains qui se jouent en parallèle, le spectateur se verra le témoin d’un grand mouvement social où tous les personnages feront chacun à leur manière, un grand pas en avant pour tenter de s’adapter aux nouvelles réalités. En ce sens, le changement de costume imposé par la congrégation en sera un d’une grande symbolique. Un peu comme si le masque de l’anonymat tombait et qu’elles se retrouvaient face à elles-mêmes, nues pour une rare fois, des corps de femmes qui se dévoilent, qui existeront pour la première fois de leur vie. La passion d’Augustine est une chronique du réel, une ode aux femmes, à la lumière et à la musique. Une démonstration fantastique de tout ce que le cinéma peut apporter comme témoignage sur le monde. Si le cinéma peut raconter des histoires, il peut également être l’Histoire. Bien que l’on soit conscient de demeurer dans la fiction. Bref, nous y passons un agréable moment, avec au final, l’impression de se sentir mieux.

Marie-France Latreille

La passion d’Augustine est paru en format DVD le 23 juin 2015

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Cet article a été publié le dimanche 19 juillet 2015 à 17:43 et est classé dans Analyse, Cinéma Québécois, Studios et éditeurs. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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