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gemma_dvd« Au fin fond de son âme cependant, elle attendait un événement. Comme les matelots en détresse, elle promenait sur la solitude de sa vie des yeux désespérés, cherchant au loin quelques voiles blanches dans les brumes de l’horizon »

Martin (Fabrice Luchini), un homme de lettres, de littérature et de farine, cultive des désirs secrets de création, de chair et de mots. Revenu dans son village normand natal afin de reprendre la boulangerie familiale après un périple parisien dans le milieu universitaire, il vit des heures tranquilles auprès de sa femme et de son fils adolescent. Le jour où un jeune couple d’Anglais tout juste débarqué de Londres s’installe dans une maison voisine, le cours de l’histoire se verra plongé au cœur même de l’abîme littéraire. Saisi par le fait que les nouveaux venus portent le nom de Bovery, Martin, grand amoureux de Flaubert devant l’infini, se verra projeté dans les limbes, quelque part entre l’histoire et une réalité qu’il ne pourra saisir. C’est une véritable passion qui s’emparera de lui, allant jusqu’à lui faire poser des gestes qui auront comme seul but de fusionner le réel et l’histoire de Madame Bovary à celle de la jeune madame Bovery. Quand le désir tourne à l’obsession. « Le désir porte en lui la mort ». Les cartes sont lancées pour mettre en scène une tragique comédie dans ce qu’elle comporte de plus classique.

Avant tout, ce qui est beau dans ce long métrage, c’est l’amour que porte la réalisatrice à ses personnages, un amour sincère, voire charnel qui donne le ton en imposant un visuel quasi érotique à l’ensemble de l’œuvre. La sensibilité de la réalisation est précise bien que parfois, le récit se perd dans une forme de « contemplement » qui ne sert pas toujours à faire évoluer l’histoire. Ceci n’est pas sans rappeler cette manière particulière, un peu lubrique, de filmer les personnages qu’avait Manoel de Oliveira dans des films comme Val Abraham. Un rapport créateur/créature qui s’empare du réalisateur tel qu’énoncé dans les théories d’Alain Bergala. Nonobstant un rapport direct à l’œuvre de Flaubert qui se crée une trame d’une cohérence inégale, l’amour des mots et des grandes œuvres classiques se fraye un chemin assez intéressant qui peut susciter de très belles réflexions chez le spectateur.

Dans l’ensemble, on se retrouve devant une forme de cinéma français plutôt classique, qui ne réinvente rien, nous laissant un peu sur notre faim par moment. Luchini (on aime ou on aime pas) est fidèle à lui-même et nous offre du Luchini dans ce qui existe de plus « Luchinien ». Tout se joue dans le regard qu’il porte à cette jeune femme qui l’a totalement envoûté. Cet envoûtement insaisissable, on le ressent très bien, et c’est ce qui reste à la fin de tout, des jeux de regards et de désirs exprimant une situation qui n’est jamais vraiment claire et à laquelle un humour bien dosé confère une belle harmonie. Lorsque la femme de Martin lui fait remarquer que cette jeune femme (Gemma) est tout ce qui existe de plus banale, il lui répond qu’il considère qu’une femme banale qui ne supporte pas la banalité de sa vie n’est en rien banale. La réplique est très intéressante car dans la forme, c’est ce qui construit le film, une succession d’actes très simples qui se transforment sous la lentille de l’extraordinaire. Un peu comme l’histoire d’un homme d’âge mûr qui tombe sous le charme d’une « jeune » femme et qui tente de chasser la banalité de la situation en le transformant en une quête permutée de littérature transfuge. C’est là que l’assemblage devient intéressant. Gemma Bovery demeure toutefois un film bien senti, fragile et poétique à souhait, un petit élan de passion et de bonheur, qui donne des envies de pétrir longuement et lentement la mie fragile de nos désirs incontrôlables et souvent confus. Comme une odeur obsédante ou languissante de pain chaud qui s’ambre doucement sur la pierre ardente.

Gemma Bovery d’Anne Fontaine est disponible en DVD depuis le 31 mars.

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le mardi 31 mars 2015 à 17:58 et est classé dans Cinéma français. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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